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Dernières parutions janvier 2012 Par Elisabeth Miso

 

Nouvelles

Dominique Fabre, Il faudrait s’arracher le cœur Dominique Fabre, Il faudrait s’arracher le cœur. « À vingt ans on croit qu’on a une vie dehors qui nous attend. Mais elle ne nous attend jamais comme on voudrait, jamais où on croit qu’elle devrait non plus, où est le bon endroit ? Je ne connaissais pas mon bon endroit. Je ne l’avais jamais connu. » Fin des années 70, début des années 80, à Paris à Clichy, Asnières ou Gennevilliers, partout des vies ordinaires, des désenchantements, de l’ennui, des rêves enfouis et une mélancolie qui vous colle à la peau. Le narrateur de ces trois nouvelles se penche sur son passé. Il a seize ans, son père quitte le domicile familial une simple valise à la main. « Je vais devoir vous laisser », lance-t-il à ses enfants avant de s’absenter de leur vie pour ne plus jamais y revenir tout à fait. Il a vingt ans, il est étudiant en Philosophie Lettres à Nanterre, et traîne son vague à l’âme des beaux quartiers parisiens, où vit un fils d’avocat suicidaire à l’avenir doré tout tracé qui ne le laisse pas indifférent, à la banlieue où il retrouve dans son pavillon de bric et de broc Jérôme son ami d’adolescence qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans la drogue. Parfois, au détour d’une phrase, d’un lieu, le passé qu’on croyait éteint en nous, ressurgit dans les moindres détails. Le temps d’une visite d’appartement à Ménilmontant, votre grand-mère peut vous apparaître à nouveau dans son appartement de la rue de Tlemcen, dans un de ces tailleurs pastels assorti à un chemisier de couleur vive vous regardant derrière ses lunettes papillon. Dominique Fabre joue avec subtilité cette petite musique des souvenirs, des petits riens, des petites et grandes détresses de sa jeunesse. Éd. de l’Olivier, 224 p, 18 €.

Romans

Nathalie Léger, Supplément à la vie de Barbara Loden Nathalie Léger, Supplément à la vie de Barbara Loden. Au départ, il s’agissait pour Nathalie Léger de rédiger une notice sur Barbara Loden pour un dictionnaire de cinéma. Mais à l’évidence, le sujet ne pouvait se contenter d’un cadre aussi restreint. Quelque chose de plus vaste s’est déployé. L’idée d’un portrait intime de Barbara Loden s’est imposée, sur le socle de son lien profond avec le personnage de Wanda, film-culte qu’elle a réalisé et interprété en 1970. Une cartographie sensible de la féminité, esquissée à partir des scènes du film, des fragments d’interviews de la réalisatrice morte prématurément d’un cancer à 48 ans, où se reflèterait ce qu’elle a cherché à exprimer « de l’humiliation, de la soumission, de la disparition sans bruit de soi dans l’autre. » Dans le regard fixe et inquiet de Wanda, incapable de décoder ce que les hommes attendent d’elle, la narratrice a reconnu celui de sa mère et décelé nombre de ses propres incertitudes. Son enquête la mène sur les lieux du tournage, dans ces paysages miniers de Pennsylvanie sur lesquels se découpe la silhouette indécise de Wanda. Dans ses Mémoires, Elia Kazan décrivait sa seconde épouse comme une femme sauvage, insolente et farouchement indépendante. Aucune ressemblance au premier abord avec Wanda (directement inspirée d’une femme réelle), cette mère qui abandonne tout et qui croisera dans son errance la route d’un braqueur minable. En incarnant cette femme comme absente à elle-même, la réalisatrice joue « autre chose qu’un simple rôle, [...] non pas son propre rôle, mais une projection de soi dans une autre interprétée par soi-même à partir d’une autre. » Une projection de ses blessures du passé, une insondable tristesse. Dans une interview à Positif, Barbara Loden confessait « J’ai traversé la vie comme une autiste, persuadée que je ne valais rien, incapable de savoir qui j’étais, allant de-ci de-là, sans dignité. » Éd. P.O.L, 158 p, 14 €.

Tomas Espedal, Lettre Tomas Espedal, Lettre (Une tentative). Traduction du norvégien Terje Sinding. Dès le début le rythme est donné. Les mots, les images, cinglent l’air, vifs, denses, incisifs, sans gras. Des corps s’affrontent : rixes de jeunes, combats de boxeurs, étreintes des amants. Entre violence et désir, toute une vie s’offre à nos yeux, celle de l’auteur. Tomas Espedal attrape le virus de la boxe enfant. Avec son père lui-même ancien boxeur, la garde, les esquives, les jeux de jambes débutent dès le saut du lit. Viennent les premiers combats adolescent, les premières filles, les corps qui se ruent l’un sur l’autre, la peur au ventre mais la découverte du plaisir aussi dans cet abandon à la violence. Sur le ring ou dans l’amour, les corps se cherchent, s’épousent avec brutalité ou douceur. « [...] nous nous sommes toisés à côté du lit, cela ne m’était pas étranger, c’était le moment précédent le combat, quand les adversaires se jaugent, face à face. » Le romancier norvégien n’en est pas à son premier combat, il s’est souvent perdu dans l’ivresse des coups donnés, en a encaissé bien des mauvais, mais cette fois le colosse est à terre, anéanti par la mort de sa femme. Il écrit à la défunte, voudrait la ramener du royaume des morts par la seule force de l’écriture. Il se remémore sa jeunesse agitée avant elle, avant l’ancrage dans cet amour et dans l’écriture. Il se cogne à la réalité de son deuil, enlace une autre femme plus jeune et s’agrippe aux mots. Cette lettre-roman est « seulement une tentative/ une tentative/ d’écrire/ en n’ayant d’égards/ pour rien [...] seulement écrire/ sans égards./ C’est un combat/ sans adversaire/ sans autre adversaire que moi-même/ et cette liberté/ que je ne désire plus. » Dans une langue acérée, abrupte et poétique, Tomas Espedal nous fait entendre sa passion pour sa femme et pour la littérature. Éd. Actes Sud, 152 p, 16 €.

Alain Defossé, On ne tue pas les gens Alain Defossé, On ne tue pas les gens. Alain Defossé avait acquis cette maison de campagne en Bretagne pour son isolement, son calme, un lieu propice à l’écriture. Au fil des années, il avait ses habitudes à Châteaubriant, la ville la plus proche, diner à la pizzeria et boire un verre dans l’un des cafés était devenu un rituel, avec cette position confortable de pouvoir s’inviter dans le décor de ses habitants sans y être vraiment impliqué, s’échapper et revenir, en restant toujours étranger à ces vies-là. Les gens du coin semblaient l’apprécier, il avait noué quelques amitiés. « Rassurant. Une présence rassurante. Ce pour quoi les gens vous aiment n’est jamais ce que l’on croit. C’est la preuve même de leur affection. Ce qu’ils trouvent et prennent en vous, que vous ne saviez pas posséder. » Il aimait particulièrement s’arrêter un moment au bar La Louisiane tenu par Didier. Et puis un soir de juillet 1999 tout bascule, une jeune femme est assassinée à La Louisiane, et le meurtrier n’est autre que Didier. Alain Defossé n’a jamais été interrogé, il était pourtant présent dans l’établissement ce soir-là jusqu’à sa fermeture, avant l’issue fatale il a pu palper l’ambiance électrique qui y régnait, la tension qui montait entre les protagonistes. « Ce que moi j’ai vu, ce que je sais c’est la mise en place progressive, implacable, [...]. Ce que l’on a préparé sous mes yeux, posément, c’est un banquet de sang. » Dix ans plus tard, une émission de Faites entrer l’accusé le ramène à ce drame, « fait céder (son) silence », le besoin de témoigner devient alors pressant. « Cette histoire a empoisonné ma vie. Elle empoisonne également mon écriture. Généralement je fais avec mes poisons. Cette histoire est un coup de couteau, une déchirure, dans ma vie comme dans mon écriture. » Après toutes ces années à tenter de chasser ce souvenir dérangeant, le romancier s’empare à nouveau des faits connus de lui. Entre attachement, culpabilité, colère devant la distorsion télévisuelle de la réalité, Alain Defossé dessine sa vérité des lieux et des êtres de cette époque et fait la lumière sur ce que cette affaire a ébranlé en lui. « Ce qui a été tué est non seulement une jeune femme, mais tout un équilibre, un sens. » Éd. Flammarion, 144 p, 15 €.

Laura Alcoba, Les passagers Laura Alcoba, Les passagers de l’Anna C. « (...) depuis de longs mois, je m’efforce de reconstruire ce bout d’histoire : deux grands adolescents (mes parents) s’embarquent à l’insu de leurs proches pour aller à Cuba. (...) Ils quittèrent leur domicile au début du mois de septembre 1966, y retournèrent au milieu de l’année 1968. Après avoir réalisé un drôle de périple qui les conduisit de Buenos Aires à Paris, de Paris à Prague, de Prague à La Havane. Où ils ont vécu près d’un an et demi. Puis de La Havane à Prague et de Prague à Gènes. Où ils prirent l’Anna C. (...) ».
C’est l’histoire de ce voyage, celui d’un groupe de jeunes révolutionnaires argentins quittant l’Argentine pour apprendre la révolution, la répandre, rejoindre Cuba et le Che Guevara. Au sein du groupe, Soledad et Manuel, et leur bébé d’un mois (l’auteur). Laura Alcoba reconstitue l’histoire à partir des souvenirs de ses parents et des rares survivants de ce périple au cours duquel elle est née. Mêlant évocations familiales et historiques, fiction romanesque, elle retrace un voyage initiatique, cette sortie de l’adolescence pour une jeunesse fervente et convaincue prête à donner sa vie pour la Révolution. On apprend à manier les armes, à se défendre, à tuer, on écoute les discours de Castro, on s’aguerrit à une discipline militaire, des amitiés naissent, des caractères se forgent : il y a un « après » à atteindre, un « là-bas ».
C’est l’histoire d’une toute petite enfance vécue dans la clandestinité ; un bébé est là, dans le décor. « Je ne sais pas quel nom je portais à l’époque - mes parents ne s’accordent pas sur la question, comme sur tant d’autres choses. » Laura Alcoba est née en Argentine, en 1968, et son enfance restera marquée, comme pour beaucoup d’exilés latino-américains, par la dictature militaire. Éd Gallimard. 224 p. 17,25 €. Corinne Amar.

Journaux

Belinda Cannone, La chair du temps Belinda Cannone, La chair du temps. 11 mars 2011 - 17 septembre 2011 : c’est un journal. C’est important, tenir un journal, c’est « le lieu où l’on se rassemble et, surtout, se ressemble » : écrire, dit-elle, pour comprendre comment le temps agit sur nous. Universitaire, romancière, elle appelle cela retrouver la chair du temps ; c’est-à-dire, lutter contre l’amnésie, mais aussi, mêler les événements d’une existence et une réflexion littéraire, consigner ce travail souterrain - journal-laboratoire, ingrat, mystérieux, laborieux, nécessaire - qui prélude à l’écriture d’un roman, et noter, tout noter de la vie pour ne pas oublier. Voilà pourquoi elle tient son journal : parce qu’avec les photos, il est une mémoire indéfectible, et qui séjourne, précieuse, dans deux malles en métal. « (...) je conservais, enfermé à double tour, TOUT : dans l’une mes journaux depuis que j’ai dix ans, dans l’autre mes photos et quarante années de correspondance (lettres de mon père, de ma grand-mère, de mes amoureux, de je ne sais plus qui, ça me reviendra au fur et à mesure, peut-être, peut-être). Les journaux contiennent toute ma vie. » Mais un jour, la fameuse maison est visitée et les voleurs emportent, avec l’ordinateur portable, « un lecteur de DVD et un vieil élément de chaîne hi-fi », les deux fameuses malles cadenassées qu’ils croyaient vraisemblablement - et à juste titre - porteuses de trésors. Alors, vient le sentiment violent et terrassant de la catastrophe, l’effroi du grand vide. En fin, le moment de la mélancolie. Que reste t-il, quand il ne reste plus rien ? Comment assimiler le choc du dépouillement radical ? Par l’écriture à nouveau. La chair du temps fait le constat d’une perte irrémédiable et le journal de cette perte : « Il fallait résister à la mélancolie. Je lui ai opposé le désir du livre ». Ed Stock. 270 p. 19 €. Corinne Amar.

Correspondances

Voltaire et le Duc d’Uzès Philippe Lamarque, Jacques de Crussol, Duc d’Uzès. Voltaire et le Duc d’Uzès. Correspondance de 1751 à 1760. Présentation de l’éditeur : C’est le 27 août 1751 que le Duc d’Uzès écrivit pour la première fois à Voltaire, alors que celui-ci résidait à Potsdam auprès du Roi de Prusse, Frédéric II, comme chambellan. Cette première lettre marqua le début d’un long échange épistolaire entre deux beaux esprits, s’étalant sur près d’une décennie. Jacques de Crussol, l’actuel Duc d’Uzès, 17ème du nom, possède dans ses collections, un livre manuscrit dans lequel ont été méthodiquement réécrites, les 14 lettres qui ont été échangées entre Voltaire et le 8ème Duc d’Uzès, entre 1751 et 1760. S’agissant d’une correspondance complète, chaque lettre trouvant sa réponse, ce document présente un intérêt particulier. L’ouvrage (beau, relié toile sous jacquette) est introduit par Jacques de Crussol. Il comprend un fac-similé du manuscrit, la retranscription des lettres et une étude approfondie de la correspodnance par Philippe Lamarque. Éd du Gui. 248 p. 95 € (http://www.culture-cadeaux.com/voltaire-et-le-duc-d-uzes-correspondance-p-200.html). N.J.

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