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Dernières parutions février 2012 Par Elisabeth Miso

 

Romans

Jonathan Miles, Dear American Airlines Jonathan Miles, Dear American Airlines. Traduction de l’anglais (États-Unis) Claire Debru. Bloqué depuis des heures à l‘aéroport de Chicago O’Hare pour des raisons météorologiques, Benjamin R. Ford rédige une longue lettre de réclamation à la compagnie American Airlines, coupable selon lui de mettre en péril les dernières chances qui lui restent encore de remédier au pathétique fiasco de son existence. Ce qui ne devait qu’être qu’un transit entre New York et Los Angeles, où il doit assister au mariage de sa fille, pourrait à sa plus grande angoisse prendre place dans la longue liste d’épisodes lamentables qui jalonnent son quotidien depuis l’enfance. Natif de la Nouvelle-Orléans, il a grandi entre un père Polonais effacé et une mère maniaco-dépressive et schizophrène. « Ils étaient moins des parents que des camarades de cellule et nous marquions tous en secret, consciencieusement, chaque jour d’emprisonnement écoulé. » Adolescent, à la mort de son père, il se réfugie dans la poésie. Passé les premiers éclairs d’inspiration de la jeunesse, son rêve de devenir poète se dissout définitivement dans l’alcool. Sa vie sentimentale n’est que chaos et incompréhension, vingt ans auparavant sa femme s’est envolée pour la Californie, leur fille sous le bras. Pour son premier roman, Jonathan Miles manie avec dextérité la forme épistolaire. Cloué au sol par ses échecs, son héros se livre à un autoportrait à la fois émouvant et à l’humour caustique. Les pages où le narrateur, restitue avec son regard d’enfant de neuf ans, la pitoyable fugue de sa mère au Nouveau-Mexique sont particulièrement hilarantes. L’idée du roman lui est venue un jour qu’il subissait les mêmes mésaventures aériennes que son héros à l’aéroport de Chicago. Éd. NiL, les affranchis, 272 p., 18 €.

Anne Wiazemsky, Une année studieuse Anne Wiasemsky, Une année studieuse. Ça commence par une lettre, la lettre qu’elle envoie à Jean-Luc Godard un jour de juin 1966, pour lui dire qu’elle a aimé son dernier film et puis aussi, qu’elle l’aime, lui. « Masculin Féminin avait servi de détonateur. » La petite-fille de François Mauriac vit avec sa mère et son frère chez ses grands-parents, elle a dix-neuf ans, l’âge du baccalauréat, révise son oral de rattrapage, prend des cours particuliers de philosophie ; il a dix-sept ans de plus qu’elle, est déjà connu, a fait de grands films, a aimé en grand - Anna Karina, Marina Vlady - est à présent « seul, sans aucune attache, libre » ; un an plus tôt, elle a tourné dans Au hasard Balthasar de Robert Bresson, il l’avait remarquée, était séduit déjà, elle n’en a rien fait. Leur rencontre est idyllique, et son souvenir revisité - immersion réussie dans les années de jeunesse, mémoire et journal intime à l’appui, vraisemblance et vérité mêlées - a le charme, au sens propre, du conte de fées : à Paris, Godard a reçu sa lettre ; elle, est dans le Gard, chez son amie, pour la récolte des pêches, elles habitent un château. Il l’appelle là, un soir « aux environs de 10 heures ». Mordu, assurément. « - J’ai besoin de vous voir demain. Où êtes-vous ? Comment puis-je vous retrouver ? Je lui passai Nathalie, plus à même de répondre. Elle expliqua : avion jusqu’à Marseille, location d’une voiture, direction Avignon, le petit village de Montfrin était ensuite indiqué. (...) » Il était là, le lendemain à midi, devant la mairie, à l’endroit où ils s’étaient donné rendez-vous. Ils ne se quittent plus. Ils s’aiment. Elle est étudiante à Nanterre, il fait La Chinoise, elle joue dans La Chinoise, il veut l’épouser, elle hésite, timide, neuve, amoureuse, pudique, la vie est magique parce que tout est possible, elle dit oui. Éd. Gallimard, 265 p., 18 €. Corinne Amar.

Récits

Rithy Panh, Christophe Bataille, L’élimination Rithy Panh avec Christophe Bataille, L’élimination. Rithy Panh avait treize ans quand les khmers rouges prirent possession de Phnom Penh le 17 avril 1975. Son père, haut fonctionnaire de l’Éducation à la retraite, refusa de fuir. Cet homme qui avait cru toute sa vie à la transmission du savoir, ne pouvait soupçonner quelle entreprise de destruction était en marche : la négation pure et simple de l’individu par la domination des corps et des esprits. 1,7 million de Cambodgiens périront ainsi sous le régime de Pol Pot de 1975 à 1979. Le cinéaste pensait pouvoir échapper au récit de son propre enfer et de celui des siens. Après son documentaire S21 - La machine de mort khmère rouge (2003), où il confrontait des anciens bourreaux du centre de torture et d’élimination S21 aux rares survivants, il pensait être davantage en paix avec son histoire. Mais plus de trente ans après le génocide, le procès de Kaing Guek Eav dit Duch, responsable du centre S21 commence. Il décide alors de le filmer (Duch, le maître des forges de l’enfer sorti en janvier). « Je ne cherchais pas à comprendre Duch, ni à le juger : je voulais lui laisser une chance d’expliquer, dans le détail, le processus de mort dont il fut l’organisateur. » Il y a des cheminements intérieurs que la caméra ne peut capter. Le livre s’est imposé de lui-même, co-écrit avec le romancier Christophe Bataille, il entremêle les heures d’entretien avec Duch et les souvenirs de Rithy Pahn. Déplacé avec sa famille dans le nord-ouest du pays, l’adolescent ne contemple plus que désolation autour de lui. Épuisé, affamé, travaillant sur des digues, dans les rizières, nettoyant des salles infectes dans des hôpitaux bondés d’agonisants, ensevelissant des cadavres, il tente de survivre. En quelques semaines il perd son frère, son père, sa mère, ses sœurs, ses petits neveux. Lors de ses échanges avec Duch, Rithy Panh traque la logique implacable qui a pu conduire un homme instruit à adhérer à une idéologie d’une telle barbarie, cette « énigme humaine ». « C’est au cinéaste de trouver la juste mesure. La mémoire doit rester un repère. Ce que je cherche, c’est la compréhension de la nature de ce crime et non le culte de la mémoire. Pour conjurer la répétition. » Conjurer la folle volonté de réduire en poussière un ennemi purement imaginaire, c’est chose faite. Par la force des images et des paroles, les visages de ses proches et des victimes de Duch ne disparaîtront pas. Éd. Grasset, 336 p., 19 €.

Danielle Michel-Chich, Lettre à Zohra D Danielle Michel-Chich, Lettre à Zohra D. Des phrases qui s’enchaînent fluides, simples, des paragraphes courts, sans heurt, ils vont à l’essentiel : « Le 30 septembre 1956 en fin d’après-midi, habillée en élégante jeune femme européenne, vous vous êtes dirigée vers le centre-ville d’Alger. Dans votre sac de plage, vous transportiez la bombe que vos camarades avaient préparée et qu’ils vous avaient chargée de déposer au Milk Bar, un glacier populaire de la rue d’Isly, forcément bondé en cette veille de rentrée des classes. » Ce même jour, une petite fille de cinq ans vient fêter au Milk Bar, avec sa grand-mère, la dernière glace des vacances. Lorsque la bombe explose, elle lui arrache sa grand-mère et la prive de sa jambe gauche. L’élégante jeune femme en question avait vingt-deux ans et, par cet acte assassin, signait le début de sa carrière de femme politique. Comment grandit-on, comment vit-on avec un plâtre qui immobilise tout le bassin et la jambe, et un pantalon à un âge où toutes les petites filles sont en jupe, comment... Cinquante-six plus tard, l’essayiste et journaliste, Danielle Michel-Chich écrit à Zohra Drif, figure historique du FLN - condamnée, en août 1958, à vingt ans de travaux forcés pour terrorisme et finalement graciée par le général de Gaulle en 1962, lors de l’indépendance -, aujourd’hui, avocate à la retraite, sénatrice, vice-présidente du Conseil de la nation. De ce jour et de ce moment violent, irrémédiable, de cette tragédie sans consolation, de ce chagrin si intense qu’elle n’a jamais pu pleurer, elle fait revivre intact le souvenir d’une mémoire d’enfant qui veut comprendre, et cherche à se réconcilier avec l’émotion qu’elle n’a jamais eue, parce que jusque là , elle ne se l’était jamais autorisée. Éd. Flammarion, 105 p., 12 €. Corinne Amar

Mémoires

Juliette Gréco, Je suis faite comme ça Juliette Gréco, Je suis faite comme ça. « Avec mes pantalons noirs, mes cheveux longs et lâchés, mes yeux soulignés de crayon noir et ma bouche sans fard, on me jette des regards stupéfaits, surpris par mon excentricité et mon allure provocante. » La jeune femme qui arpentait les rues de Saint-Germain-des-Prés après-guerre se moquait déjà des convenances. Juliette Gréco a toujours fait ce qu’elle a voulu, insoumise et libre. Toute sa vie, elle a obéi à sa nature déterminée et indépendante, s’approchant des êtres les plus captivants, s’éclipsant dès que l’ennui se faisait sentir. C’est ce parcours flamboyant qu’elle raconte ici. De son enfance dans la demeure bordelaise de ses grands-parents, elle garde d’elle le souvenir d’une petite-fille muette et solitaire. L’absence d’affection maternelle reste longtemps une blessure béante. « Toute mon enfance, j’ai recherché son attention ; elle ne m’a pas vue. C’était un amour à sens unique. Je n’étais qu’une enfant en quête d’une mère, de son regard. » La guerre laissera des traces indélébiles. Arrêtée à Paris en 1943 par la Gestapo, elle est écrouée à Fresnes, sa sœur et sa mère toutes deux résistantes sont déportées (elle les retrouvera en mai 1945). Libérée quelques temps après, elle fait ses débuts au théâtre et malgré la sombre période de l’Occupation, découvre un territoire riche de promesses au cœur de Saint-Germain-des-Prés. Elle se choisit une nouvelle famille de substitution. « Le monde des écrivains et des artistes devient résolument le (sien). » Elle se lie avec Sartre et Beauvoir, se nourrit avec enthousiasme de l’effervescence intellectuelle et créatrice qui l’entoure. Ses amitiés avec Anne-Marie Cazalis, Boris Vian, Merleau-Ponty, Françoise Sagan, sa romance avec Miles Davis, ses folles nuits dans les clubs, la propulsent icône de la jeunesse d’après-guerre, muse de Saint-Germain-des-Prés. Comédienne mais avant tout chanteuse, ce qu’elle veut partager avec le public ce sont des émotions et l’amour des textes magnifiques écrits pour elle par Prévert, Ferré, Brel, Brassens ou Gainsbourg, tous « ces monstres de poésie et de liberté ». Mettre en musique les mots, interpréter avec engagement les mots des autres, mais chanter uniquement ce qu’elle désire, ce qu’elle est. « Depuis toujours, j’essaie de m’exprimer à l’aide de mon corps, de donner de la chair, une forme aux mots. » Des mémoires, un nouvel album, et la scène du théâtre du Châtelet, Juliette Gréco a fêté ses 85 avec un bien bel appétit de vivre. Éd. Flammarion, 300 p., 19 €.

Revues

Cahiers Maurice Ravel 14 Cahiers Maurice Ravel N°14 - 2011. Publiés par la Fondation Maurice Ravel. La série de Cahiers initiée en 1985 par la Fondation Maurice Ravel a pour ambition de mettre à la disposition des spécialistes et du grand public une foule d’informations (articles, extraits de journaux, correspondance, etc...) sur la vie et l’œuvre du compositeur. Cette quatorzième édition se penche sur les liens profonds que tissèrent entre eux Maurice Ravel et Ricardo Viñes. Le contexte familial dans lequel s’épanouit leur vocation musicale, leur rencontre à Paris en 1888 au cours privé de M. de Bériot, les diverses influences qui marquèrent leurs années de formation. Les deux jeunes virtuoses jouent à quatre mains les œuvres de Chabrier, de Debussy et des compositeurs russes. Leurs affinités intellectuelles et artistiques s’aventurent au-delà du domaine musical. Leurs goûts respectifs les portent vers Edgar Poe, Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé, Huysmans, les peintres Boulanger et Odilon Redon. Au sein du groupe des Apaches ils s’intéressent aux musiciens et aux artistes de leur temps. Grâce au soutien constant de son ami, Ravel accèdera à la reconnaissance de son talent. D’autres figures du paysage intime et professionnel de Ravel apparaissent dans ce numéro. La Cantatrice Louise Alvar Harding qui aimait recevoir dans son salon londonien des musiciens et des écrivains étrangers, Georges Jean-Aubry qui s’est beaucoup investi dans la promotion culturelle des musiciens français à Londres, l’éditeur musical Jacques Durand (quatre lettres inédites) ou encore le compositeur, musicologue et critique musical Roland-Manuel interviewé en février 1966. Éd. Séguier, 164 p., 20 €.

Bandes Dessinées

Pablo Julie Birmant, Clément Oubrerie, Pablo. 1 Max Jacob. C’est l’histoire de Pablo Picasso (1881-1973), arrivé de Barcelone, avec son ami peintre Carlos Casagemas, à Paris, à l’âge de la Belle Epoque et de l’Exposition universelle, automne 1900. Les deux artistes ont le même âge, se sont liés d’amitié à Barcelone ; Picasso adorera cette ville nouvelle et son ambiance bohême de Montmartre où il aura élu domicile, alors que Casagemas, profondément mélancolique et désespérément amoureux de Germaine, « sa poule », danseuse au Moulin-Rouge, se suicidera, à vingt ans, d’une balle dans la tête - initiant la période bleue à venir de Picasso. Cette « bio graphique » - premier tome de Pablo, récit en quatre volets, scénarisé par Julie et dessiné par Clément - est racontée et se lit comme une fresque romanesque. C’est l’évocation d’une partie de la vie de Picasso à travers le regard de sa première compagne, Fernande Olivier, qui inspira de nombreuses œuvres de sa période cubiste. « Picasso m’a aimée, Picasso m’a peinte... Il a beau avoir voulu m’effacer, il m’a rendue éternelle ». Et tel un ballon léger dans le ciel (p.5), on voit la belle Fernande planer au-dessus de la Butte Montmartre... C’est un art que de savoir évoquer une vie, et la biographie dessinée s’en empare, avec la grande liberté qui est la sienne ; parti pris de reconstitution d’une époque, d’une atmosphère - rien d’académique ; on se plonge dans ce mariage de la plume et du trait, tonalités terre de sienne, vert d’eau, bleu nuit, cases dessinées au crayon, au fusain, à l’encre, à l’aquarelle, comme autant de tableaux réussis. Et Pablo ressemble à Picasso -, nu, habillé, peignant, buvant jusqu’à la cuite, baisant, claquant des portes, encombré de ses tableaux, déménageant, rencontrant un Max Jacob, poète, critique d’art, impressionné. Éd. Dargaud, 90 p., 16,95 €. Corinne Amar.

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