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Dernières parutions mars 2012. Par Elisabeth Miso

 

Romans

Michel Arrivé, L’homme qui achetait les rêves Michel Arrivé, L’homme qui achetait les rêves. Professeur de linguistique, Michel Arrivé a écrit de nombreux ouvrages universitaires, notamment sur l’œuvre d’Alfred Jarry, sur les relations entre langage et inconscient et sur l’histoire de la linguistique. Il est aussi auteur de textes de fiction. L’homme qui achetait les rêves est son septième roman. Il s’ouvre avec le journal personnel du père Manouvrier, quinquagénaire, expert en mycologie - érudit et sans diplôme -, qui vit d’une maigre « pension d’ancien manouvrier » en Champagne, dans une petite maison à proximité d’un vieux hangar de la SNCF où s’est installée la Senhora Doutora, une Brésilienne d’une quarantaine d’années dont « la foi baptiste tourne au fanatisme » qui exerce de façon singulière le métier de psychothérapeute. Le roman s’articule autour de ces deux personnages, ces deux voix dont l’une s’exprime sous la forme d’un Journal, l’autre sous celle des Souvenirs de la Senhora Doutora. Une troisième voix, en italique dans le texte, alterne avec les deux précédentes. Elle n’incarne pas un personnage du roman, mais semble appartenir à un observateur distant, un témoin qui décrit les lieux, donne des indications historiques et géographiques avec une extrême précision. Elle fait aussi le récit biographique des deux protagonistes dont la rencontre inaugurale vient d’une étrange demande : le père Manouvrier dont les rêves ne le satisfont plus pour mener à bien son projet d’écriture, a l’idée de s’adresser à sa voisine psychothérapeute afin qu’elle lui raconte les songes de ses patients. Un marché est conclu, égayé par la cachaça, une eau-de-vie brésilienne, par des feijoadas et les faveurs de la Senhora. Cette relation se poursuit jusqu’au jour où Manouvrier découvre que son seul ami, le pharmacien du village, fait l’objet d’un chantage... L’écriture, les rêves, la mort, thèmes qui parsèment les romans de Michel Arrivé - citons notamment aux éditions Champ Vallon, Une très vieille petite fille (2006), La Walkyrie et le professeur (2007), ou encore, Un bel immeuble (2010) - se combinent avec subtilité et humour pour livrer un texte aux accents mystérieux par lequel on se laisse porter. Éd. Champ Vallon, 240 p., 18 €. Nathalie Jungerman

Isabel Fonseca, Attachée Isabel Fonseca, Attachée. Traduction de l’anglais (États-Unis) David Fauquemberg. À l’approche de ses 46 ans, Jean Hubbard a de quoi se réjouir du cours de son existence. Chroniqueuse spécialiste de santé, mariée à Mark directeur d’une agence publicitaire londonienne prospère, mère complice de Victoria sur le point de s’envoler vers sa vie de femme, elle a suivi son époux sur une minuscule île de l’Océan indien censée donner un nouveau souffle à leur quotidien. Mais ce petit paradis se fissure instantanément quand elle trouve dans leur courrier réexpédié depuis Londres une lettre qui ne laisse aucun doute sur l’infidélité de Mark. Une mystérieuse Giovana invite ce dernier à se connecter sur un compte électronique dédié à leurs échanges érotiques. Se faisant passer pour Mark, Jean entame une correspondance avec la jeune femme. Totalement déstabilisée par cette découverte, Jean qui s’imaginait baigner dans la sérénité de la quarantaine, craint de voir céder tout ce qu’elle a construit, tout ce en quoi elle a cru. Elle contemple le chemin parcouru, convoque son histoire familiale, sa vie amoureuse, tente de démêler le fil de ses attirances passées et actuelles. « Cela faisait partie de l’âge qu’ils avaient à présent, ramasser des fragments du passé comme sur une grève, chercher les beaux coquillages, les éclats de verre et (toujours ambitieux, toujours curieux) le message dans la bouteille. L’avenir était un truc de gosses : perdu dans l’espace. » Isabel Fonseca, journaliste et épouse de l’écrivain Martin Amis, livre un subtil premier roman sur le temps qui passe, le vieillissement, le désir, les choix qui régissent nos vies, sur la transmission, sur les liens que nous tissons avec les êtres dont nous nous approchons si intimement et qui restent pourtant des énigmes. Éd. Métailié, 320 p., 21 €. Élisabeth Miso

Mick Jackson, Le journal de la veuve Mick Jackson, Le journal de la veuve. Traduction de l’anglais Éric Chédaille. Une sexagénaire quitte précipitamment Londres au volant de la Jaguar de son mari récemment décédé. Elle a préféré fuir sa grande maison si emplie d’une vie à deux et les marques de soutien trop envahissantes de son entourage. Elle loue un cottage dans un village du Norfolk, le temps se dit-elle d’apprivoiser cette peur panique qui la taraude et de mieux décrypter ses émotions et ses obsessions. Elle dort peu, occupe ses journées à de longues promenades sur la côte ou dans les marais, fréquente le pub et couche ses réflexions dans un journal Son esprit vagabonde des bouleversements des derniers mois à ses souvenirs de jeunesse, de ce portrait d’une jeune veuve peint par Holbein à sa manie des listes, « [...] car qu’est-ce que dresser des listes sinon une tentative illusoire pour mettre un semblant d’ordre dans son petit coin d’univers ? » Elle fait ainsi le bilan de son existence, de son couple, de ses désirs et de ses manques. Ce deuil soudain a réveillé un épisode du passé, ce n’est pas tout à fait un hasard si sa fugue l’a conduite dans ce coin du Norfolk. Ici elle s’est sentie vivante comme jamais. C’est d’ici qu’un nouveau départ peut peut-être s’amorcer, qu’un amour peut se mesurer, qu’une vie dans l’absence de l’autre peut s’envisager. « Nous devons relier les éléments les uns aux autres. Nous devons décider de ce qui a du prix à nos yeux, de ce qui est sacré. Et nous y cramponner. » Rien de déprimant dans ce monologue intérieur, Mick Jackson a su glisser de la drôlerie chez cette veuve tout à la fois lucide, fragile, déterminée, émouvante et peu soucieuse du qu’en-dira-t-on. Éd. Christian Bourgois, 274 p., 15 €. Élisabeth Miso

Nouvelles

Jonathan Coe, Désaccords imparfaits Jonathan Coe, Désaccords imparfaits. Traduction de l’anglais Josée Kamoun. Pour Jonathan Coe la forme brève n’offre pas toute la complexité et le long déploiement du roman. Aussi juge-t-il bon d’avertir le lecteur dans son introduction que toute sa production littéraire publiable en matière de récit miniature se résume à ce mince ouvrage. En trois nouvelles et un texte écrit pour Les Cahiers du cinéma, datant des années 90, l’auteur de Testament à l’anglaise et de La vie très privée de Mr Sim compose une petite musique entêtante sur « la notion de perte : temps perdu, occasions perdues, rapidité avec laquelle les événements s’estompent dans le passé sans qu’on puisse jamais les saisir. » Dans Ivy et ses bêtises, le narrateur, en « voyage sentimental » avec sa sœur sur la tombe de leurs grands-parents, se replonge dans ses souvenirs d’un certain Noël en famille et dans son imaginaire d’enfant terrifié par la description d’un meurtre. 9e et 13e projette le rêve éveillé nimbé de mélancolie d’un pianiste de bar new-yorkais qui par manque d’audace a laissé échapper une séduisante opportunité amoureuse. Dans Version originale un compositeur, membre du jury d’un festival de films d’horreur, se reconnaît sur grand écran dans les dialogues d’une scénariste allemande avec qui il a vécu une courte idylle. Journal d’une obsession, raconte la fascination de Jonathan Coe pour le film méconnu de Billy Wilder, La vie privée de Sherlock Holmes, film fétiche dont il a cherché obstinément au fil des années à se procurer la musique ou les parties sacrifiées au montage. Texte intime de cinéphile traversé tout comme l’autobiographique Ivy et ses bêtises par la présence inspirante de son grand-père. Éd. Gallimard, 104 p., 8,90 €. Élisabeth Miso

Biographies

Elizabeth Gouslan, Ava Elizabeth Gouslan, Ava, la femme qui aimait les hommes. Une beauté à se damner, un tempérament volcanique. Ava Gardner ne pouvait qu’imprimer durablement la pellicule. Dernière-née d’une famille de fermiers de Caroline-du-Nord, elle passe son enfance dans le sillage de son frère, affichant des airs de garçon manqué. La jeune femme au corps de rêve, qui débarque à Hollywood en 1940 chaperonnée par sa sœur aînée, n’a nullement l’intention de se laisser formater par l’industrie du cinéma. À 17 ans, sa grâce animale, son élégance, ses yeux d’un vert profond, captent tous les regards. Cinq ans plus tard, elle n’a cependant pas décroché de rôle à sa mesure et se fait davantage remarquer par sa vie dissolue de noctambule et de croqueuse d’hommes avec déjà deux mariages éphémères avec Mickey Rooney et Artie Shaw. Même le tout puissant Louis B. Mayer a renoncé à dompter un esprit aussi indépendant. Si elle excelle en langage corporel, côté plateaux la jeune actrice manque cruellement de confiance en elle. 1946 est l’année du sacre, son rôle de vamp vénéneuse aux côtés de Burt Lancaster dans Les Tueurs de Siodmak braque sur elle tous les projecteurs. Les blondes telle Lana Turner qui monopolisent le box-office n’ont qu’à bien se tenir, une brune incendiaire est née. « Lana était d’hier, de l’époque Jean Harlow, bombe atomique et Pearl Harbour. Ava, d’aujourd’hui. Elle personnifiait l’après-guerre et sa soif de jouissance. Libre, sauvage, insolente, raffolant de vitesse et de bolides, avide de sensations et de découvertes [...] » Les succès s’enchaînent, Pandora, Mogambo. Les journaux à scandale se repaissent de ses liaisons sulfureuses, elle s’en moque tout occupée qu’elle est à satisfaire sa passion dévorante pour Frank Sinatra. « C’était fatal et physique. Elle l’avait dans la peau, il était raide dingue de son corps, de ses gestes, de sa classe, de son ironie cinglante. Ils offraient une allégorie de l’érotisme à une société puritaine qui étouffait d’hypocrisie. » Entre ces deux-là l’attraction restera toujours vivace. Il y aura d’autres chefs-d’œuvre (La Nuit de l’iguane, La Comtesse aux pieds nus) qui seront comme des portraits en creux de la star, des amitiés magnifiques (Huston, Hemingway), et d’autres territoires (Madrid, Londres) où s’aventurer, plus conformes à son insatiable quête d’intensité et de liberté, loin des décors de carton-pâte de Hollywood. Éd. Robert Laffont, 336 p., 21 €. Élisabeth Miso

Journaux

François Noudelmann, Tombeaux François Noudelmann, Tombeaux, d’après La Mer de la fertilité de Mishima. « Le livre/la vie (prendre un livre classique et tout y rapporter de la vie pendant un an) », tel est le contrat de lecture à durée déterminée, proposé par la maison d’édition à un auteur contemporain acceptant de jouer le jeu. Le philosophe François Noudelmann s’est attelé à la tâche avec la tétralogie romanesque de l’écrivain japonais Mishima. « Relire La Mer de la fertilité une nouvelle fois (combien, je ne sais plus tant les lectures ont été différentes, partielles, aventurières, solitaires, imaginaires, fétichistes...) relire convoque les strates de temps et les redistribue, au mépris de la chronologie. » Il a fallu en faire, des voyages, en lire, des textes - sur le Japon, sur Mishima, sur la beauté, sur le suicide, sur l’héroïsme ; il a fallu voir Kyoto et avoir vu Fukushima, se méfier du délire d’interprétation et résister à « l’exotisme de l’ineffable » ; il a fallu aller au plus loin de soi et au plus incontrôlé, jusqu’à faire glisser les nappes de souvenirs derrière les masques de Mishima, pour réussir un opus aussi sensible à l’empire du signe, et donner à voir la lecture comme une aventure existentielle. 21 mars 2010-22 mars 2011 : pages de Journal et pages de lecture se croisent, se répondent, retours en arrière : Valence 1983, Tokyo, juillet 2009, comment appréhender Mishima ? « Au Japon, la gêne l’emporte et mes hôtes ne répondent pas (...). » Kyoto, la Mer Rouge, Massada, le suicide spectaculaire de Mishima - comment avoir la clef définitive d’un tel geste - le souvenir prégnant du père et de sa propre fin... ; autant de fragments d’une seule histoire et vibrant par eux-mêmes dans l’écheveau du récit, l’entrelacs réversible, non prémédité de ce mélange, leur effet de vérité sur soi. Éd. Cécile Defaut, lelivre/lavie125 p. 14 €. Corinne Amar

Mémoires

Lawrence Durrell, Dans l’ombre du soleil grec Lawrence Durrell, Dans l’ombre du soleil grec. Textes choisis et présentés par Corinne Alexandre-Garner. Peintures et dessins de Lawrence Durrell. Durrell a 24 ans. Il a choisi, avec sa jeune femme Nancy, de s’installer dans l’île de Corfou. Il écrit : « N. est allée passer trois jours en ville pour acheter les bricoles qui nous manquent pour meubler la maison. Ici, le silence est comme un pouls que l’on sent battre - le cœur du temps lui-même. Je suis seul toute la journée sur le grand rocher ; la mer est froide - et vous blesse la gorge comme du vin frappé ; mais bleue comme la tombe, et le soleil vous éblouit. Ce soir le bateau m’a apporté une lettre d’elle (p. 57). » On se laisse prendre par le style et on est séduit par la forme qui lui sert d’écrin. Plus qu’un recueil de textes et de correspondances choisis, revisités, c’est une œuvre tout entière recomposée, où se mêlent la vie de Durrell et son œuvre - romans, poèmes, lettres - égrainés de textes, tout aussi littéraires et généreux, d’introductions et de notes, de Corinne Alexandre-Garner. De bout en bout, elle fait entendre la voix de Durrell qui parle et nous fait voyager ; le couple a loué la maison d’un vieux pêcheur - blanche et posée comme un dé sur un rocher -, il écrit, il est heureux, loin du climat britannique qu’il a fui, il se baigne au petit jour et déjeune de raisin, de miel et d’œufs, vient de commencer une correspondance avec Henry Miller, qui signe le début d’une amitié de 45 ans... Il était né aux Indes, fut élevé en Angleterre, vécut toute sa vie, expatrié. Écrivain de l’ailleurs, qui se choisira la lumière de la Grèce pour patrie, avant de s’installer dans un village médiéval du sud de la France, Lawrence Durrell (1912-1990) aurait eu cent ans cette année. Éd. Louis Vuitton et la Quinzaine littéraire 384 p. 28 €. Corinne Amar

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