Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Michel-Ange : portrait. Par Corinne Amar

 

Michelango, Portrait par Volterra Portrait de Michel-Ange
par Daniele da Volterra (1509-1566)
Musée Teylers, Haarlem

Né en 1475 à Caprese, en Toscane, mort en 1564, à Rome, il symbolisa le génie de la Renaissance. Entre ses doigts, l’impossible devenait vrai. On le dit d’une figure ingrate et d’une taille sans attrait, rustre, sale, qui jamais ne prit souci de son bien-être, couché et levé dans les mêmes vêtements, sans avoir ôté ses bottes, geignant sans cesse, blessé par tout même par l’éloge, tuant la facilité, répudiant le bonheur, mangeant peu, dormant peu, vivant seul, allant seul, obsédé de travail, maussade, irascible, avare et pourtant riche, réclamé, admiré, supplié, et jouissant d’un talent comme personne. « Michel-Ange éclata comme un orage dans le ciel assoupi et surchauffé de Florence. (...) Il fascina la peinture, la sculpture, l’architecture, la poésie. Il leur souffla le vertige de sa force et de son idéalisme affolant. Pas un ne le comprit, et tous l’imitèrent. Chacune de ses grandes œuvres - le David, le carton de la Guerre de Pise, la voûte de la Sixtine, la chapelle des Médicis, le Jugement dernier, Saint-Pierre - régna sur des générations d’artistes et les asservit. De chacune de ces œuvres rayonnait une puissance despotique. Mais cette force éclatait surtout de sa personnalité même, de cette immense vie qui embrassa presque un siècle. » Voilà ce que dit de lui, l’écrivain passionné d’art qu’était Romain Rolland, en préface d’un « Michel-Ange » qu’il lui consacra (éd. Librairie de l’art ancien et moderne, coll. Les Maîtres de l’art, 1907).
Michel-Ange Buonarroti, sculpteur, peintre, architecte et poète, avait quatorze ans quand il fut placé dans l’atelier de Domenico Ghirlandaio, pour apprendre la peinture. Non seulement il dépassa les autres élèves, mais il égala souvent les œuvres du maître.
Il se forma au contact des œuvres antiques à Florence, grâce à Laurent de Médicis, dit Le Magnifique, maître de Florence et mécène. Ce dernier, qui, par amour pour la peinture et la sculpture avait fondé une école, nourrit pour lui de grandes espérances, lui fit donner une chambre dans son palais et lui versa une pension.
En 1496, il part pour Rome étudier la statuaire antique. Il sculpte la Pietà (1499) pour la basilique Saint-Pierre de Rome, puis, de retour à Florence, son colossal David (1504), dans un bloc de marbre que nul n’osait tailler. Lui, le façonna comme une glaise ; exaltation du jeu des formes, splendide sensualité et perfection. À partir de là, commence son rêve de puissance, jusqu’à la fin, poursuivi, jamais satisfait et qui le séparera des artistes de son temps. Son génie lui apporte de prestigieuses commandes de tombeaux : celui du pape Jules II, pour lequel il crée le Moïse (1515), ou ceux de Laurent et Julien de Médicis (1526-1531). Il fascina et pourtant... On ne l’entend jamais rire, on ne le voit jamais sourire. On le décrit comme « un homme qui chemine courbé et peine à lever la tête. Il méprisait les richesses, la compagnie (...). Il n’invita jamais personne à dîner. Il était triste, composait de vers mélancoliques où il prétendait « mourir de chagrin », confie Armand Farrachi dans l’essai savoureux sinon lumineux qu’il lui consacra et qui découvre l’homme et ses tourments, derrière l’œuvre. À trente-trois ans, il écrivait à son frère : « Depuis douze ans, j’ai mené une vie misérable par toute l’Italie, supportant toutes les hontes, souffrant toutes les peines... je suis très anxieux d’esprit et fatigué de corps. » (Michel-Ange face aux murs, Gallimard, coll. L’un et l’autre, 2010, p.16). « Je n’ai aucun ami d’aucune sorte, disait Michel-Ange, et je n’en désire pas (lettre d’octobre 1509). »
Quarante ans plus tard, en 1548, il écrivait encore : « Je suis toujours seul je ne parle avec personne (lettre de mars 1548, à son neveu, Leonardo Buonarroti). Et Romain Rolland d’observer que l’amour est absent des sculptures et des peintures de Michel-Ange. « Il n’y a fait entendre que ses pensées les plus héroïques. Il semble qu’il ait eu honte d’y mêler les faiblesses de son cœur. »
Seul dans son travail, déchiré ente ses contradictions, il ne trouve d’apaisement nulle part, et pas davantage auprès des siens. Quand on lit ses lettres (il laissera une abondante correspondance de plus de cinq cent lettres, étalée sur soixante-huit ans, traduite par Adelin Charles Fiorato et enrichie d’une ample introduction, éditée aux éditions des Belles Lettres, 2011) on est surpris de le voir harcelé par sa famille ; son père qu’il vénère, malgré le fait qu’il soit par lui maltraité, méconnu, ses frères, son neveu). Quant à ses protecteurs, il n’a pas davantage confiance en eux.
En 1504, Michel-Ange est appelé à Rome par le pape Jules II. Une fissure avait causé des dégâts si importants dans le plafond de la chapelle Sixtine au Vatican que le pape chargea Michel-Ange d’en refaire la décoration. Les assistants auxquels il fait appel ne le satisfont pas et s’il s’est plaint à son frère de n’avoir pas l’expérience de la peinture, il a renvoyé les fresquistes florentins que son ancien compagnon d’atelier lui a proposés. En l’espace de quatre ans, de 1508 à 1512, il exécute seul, avec obstination, une maîtrise de l’anatomie humaine et du mouvement, incomparable, et une extraordinaire rapidité, les fresques du plafond de la chapelle Sixtine, travaillant couché sur le dos, sur un échafaudage monté au-dessus de la chapelle.
« Il fallait peindre et peindre encore, jusqu’à la nausée, peindre dans l’inconfort de postures forcées, peindre debout, assis, agenouillé ou accroupi, raidi par l’immobilité, muscles contraints, tête baissée ou se tenir longtemps couché, le nez dans le plâtre et les couleurs délayées, en fermant les paupières contre les projections (...) une si rude fatigue accablait ses muscles et lui serrait les os qu’il avançait bossu, nuque torse, vertèbres jointes et, plein de tourment, s’accrochait un instant à la rambarde avant de se risquer sur une échelle (...) » De cette solitude et de son travail, il s’était fait un système : « Je n’ai aucun ami auquel me fier », écrit-il à son père en 1509. La même année, il écrit à son frère aîné : « Je n’ai aucun ami d’aucune sorte et je n’en veux pas. » Armand Farrachi explore ainsi cette singularité, cette solitude propre à Michel-Ange, due à son extrême vulnérabilité, à son besoin de concentration sur son œuvre, à ce travail sans relâche à mesure qu’il vieillit, se fatigue ; il se penche sur l’énigme de la création, sur cette façon qu’avait Miche-Ange de n’être vivant que dans le travail, que dans l’art  : « Quand il n’était pas à l’ouvrage (...) il restait les bras ballants, l’œil atone, comme mort. »
On le dit visionnaire, on le dit prophète, récalcitrant devant les puissants, aimant les petites gens, et porté par la passion. La qualité de sa nature ? Pessimisme et volonté d’héroïsme, aimant la lutte et la tâche, et fidèle au corps humain qu’il adore et qu’il lui faut connaître, de la tête à l’orteil, du muscle qui tressaille au flanc qui respire. Michel-Ange n’a voulu s’occuper que du corps humain assurera Giorgio Vasari (1511-1574), qui devait connaître tous ses dessins. « Il n’a représenté ni paysages, ni arbres, ni fabriques. »
Architecte, il est nommé à Rome responsable du palais du Vatican et de la basilique Saint-Pierre. Il meurt à Rome l’âge de 89 ans, il travaillait à une seconde Pietà.

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite