Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Dernières parutions avril 2012. Par Elisabeth Miso

 

Romans

Angelica Garnett, Vérités non dites Angelica Garnett, Vérités non dites. Traduction de l’anglais Christine Laferrière. Parallèlement à l’entrée de Virginia Woolf dans « La Pléiade », paraît le troisième livre de sa nièce Angelica Garnett, fille des peintres Vanessa Bell (sœur aînée de Virginia Woolf) et Duncan Grant. À quatre-vingt-treize ans, par le biais de la fiction, Angelica Garnett n’en finit pas de sonder son propre parcours et ses sentiments ambivalents à l’égard du fameux groupe de Bloomsbury, cercle d’intellectuels et d’artistes britanniques dont la force créatrice et la liberté de pensée, allaient marquer la première moitié du XXème siècle. Sous les traits de Bettina, la petite fille de Quand toutes les feuilles étaient vertes, mon amour, première des quatre histoires qu’abrite le livre, l’auteur laisse affleurer les impressions de son enfance dans le cadre idyllique de Charleston Farmhouse dans le Sussex, entourée de ses deux frères plus âgés (dont le magnétique Julian Bell, poète décédé pendant la guerre civile d’Espagne) et d’adultes stimulants qui débattent entre eux d’art et de politique, la traitent d’égal à égal et la bousculent de leur ironie. Sa mère, Vanessa Bell, y est dépeinte comme la personne autour de laquelle gravite toute l’énergie des lieux, certes lumineuse et généreuse, mais aussi angoissée, possessive et manipulatrice. Avec la distance de la fiction, des événements clefs de la vie de l’écrivain sont ici relatés, comme ce jour où sa mère lui dévoila quand elle avait dix-sept ans, que son vrai père était Duncan Grant et non Clive Bell. En quatre récits qui ont pour décor le Sussex, Paris, ou la Provence, Angelica Garnett traque la complexité des relations humaines, ses personnages sont en prise avec le mensonge, les vérités non dites, la jalousie ou le désir de manipuler les êtres dont ils veulent se faire aimer, tous ces jeux de pouvoir intentionnels ou inconscients qui empoisonnent l’existence. Éd. Christian Bourgois, 224 p., 17 €. Élisabeth Miso.

Franck Maubert, Le dernier modèle Franck Maubert, Le dernier modèle . Pour Frank Maubert, ce livre est né d’un regard. Il y a plus de trente ans, dans une salle du musée d’Art moderne de Paris, il a croisé le regard d’une femme, Caroline peinte en 1965 par Giacometti. Totalement happé par cette toile, il n’a jamais oublié l’intensité de ce regard et des décennies plus tard, il a pu s’absorber à nouveau dans ces yeux verts « d’une clarté dévorante ». Par une journée de printemps, dans un modeste appartement niçois, le romancier et critique d’art a rencontré le dernier modèle d’Alberto Giacometti, son dernier amour. Caroline fait irruption en novembre 1958 dans la vie de Giacometti, elle a vingt ans, lui soixante. Jeune provinciale débarquée à Paris, elle vit de ses charmes. L’artiste fasciné par les prostituées, éprouve une passion accaparante pour l’insaisissable jeune femme. L’atelier du 46 rue Hyppolite-Maindron impressionne fortement Caroline « [...] j’ai été soufflée, je n’imaginais même pas que des sculptures pouvaient s’imposer à ce point ; elles se tenaient debout comme des personnes, elles donnaient l’impression de respirer encore. Oui, elles étaient vivantes, bien vivantes. » La vieille femme fluette se souvient de tout, des séances de pose à contempler la fureur du peintre-sculpteur au travail, toujours insatisfait, arc-bouté sur sa volonté de capter l’essentiel, la vie dans les yeux de ses modèles. Des déambulations nocturnes dans les bars animés de Montparnasse, dans les rues de Paris au volant de la décapotable rouge qu’il lui avait offerte, de l’enthousiasme de l’artiste devant les tableaux des maîtres italiens ou les antiquités égyptiennes du Louvre, des scènes houleuses avec Annette l’épouse légitime ou encore de ce dîner à Londres en compagnie d’un Francis Bacon ivre. Sur la trame d’un amour fou, Franck Maubert ressuscite les dernières années d’un Giacometti se consumant pour la vie et pour son art. Éd. Mille et une nuits, 129 p., 12,50 €. Élisabeth Miso.

Kirmen Uribe, Bilbao-New York-Bilbao Kirmen Uribe, Bilbao-New York-Bilbao. Traduction de l’espagnol Gersende Camenen. L’espace d’un vol entre Bilbao et New York, Kirmen Uribe retrace le cheminement de son projet de roman sur trois générations de pêcheurs basques espagnols. Traversée transatlantique dans laquelle s’inscrit un voyage dans le temps, toute une histoire familiale, toute une tradition orale et une identité basque. Réflexion sur un monde qui disparaît et sur la mémoire, le roman dessine une cartographie de l’imaginaire, des interactions entre réalité et fiction toujours à l’œuvre dans tout processus de restitution du passé, d’un récit quel qu’il soit. « Le plus important ce sont les histoires, qu’elles soient vraies ou fausses, ou les deux. » Les récits de marins regorgent d’aventures, de prouesses, de naufrages, de légendes, d’un ailleurs mystérieux. Dans le village d’Ondarroa, les mythes ne manquent pas, les vies tournées vers la mer du grand-père Liborio et du père de l’auteur se superposent aux destins de l’architecte Ricardo Bastida et du peintre Aurelio Arteta. Correspondances, journaux intimes, courriers électroniques, témoignages, mots échappés d’un dictionnaire de pêcheurs biscayens, le romancier fragmente son propos dans un subtil jeu entre passé et présent, s’interrogeant sur le « passage de l’ancien au nouveau monde », comme tentait déjà de l’illustrer en 1922, Aurelio Arteta dans cette fresque conservée au Musée des beaux-arts de Bilbao, où monde rural et monde urbain se trouvent liés dans une même danse. « Grâce à ces récits, nous nous rappelons ceux qui nous ont précédés et nous nous faisons une idée de ce qu’ils furent. À chacun nous attribuons un rôle précis dans ces histoires, et en fonction de cette interprétation il vient occuper une place dans notre mémoire. » Kirmen Uribe est revenu s’établir dans son village d’Ondarroa, sans doute parce qu’il n’existe pas à ses yeux de lieu plus inspirant. Éd. Gallimard, Du monde entier, 240 p., 21 €. Élisabeth Miso.

Raphaël Jerusalmy, Sauver Mozart Raphaël Jerusalmy, Sauver Mozart. Le journal d’Otto Steiner (juillet 1939-août 1940). « Vendredi 7 juillet 1939. J’ai horreur du vendredi. Filet de cabillaud et pommes de terre bouillies. Le fils du concierge est allé m’acheter deux cents grammes de cervelas. En catimini. Je festoie dans ma chambre. Dehors, il fait gris. La lumière est triste. » Premières lignes d’un journal tenu par un vieil homme qui, à l’heure de la petite et de la grande Histoire, de la fenêtre de sa chambre, observe l’Europe en guerre. Otto Steiner, juif et malade, joue aux échecs, écoute Chopin, aime Mozart - « La musique me soutient. Elle est tout ce qui me reste » -, déteste les repas fades, le dimanche triste et les teints moribonds. Mélomane distingué, ancien musicien et critique musical, reclus à présent dans un sanatorium de Salzbourg où tout se meurt au compte-gouttes, il égraine les jours, se souvient de ce qui était bon et faisait du bien. Rester vivant, quand tout pourrit, dépérit, est un défi, il a peur du silence, ne veut pas mourir, s’insurge contre son corps qui le trahit, la tuberculose qui règne. Une tentative d’assassinat contre Hitler à Munich, des insomnies menaçantes, la vie malgré tout ; regarder de près les branches dans les arbres, le ciel d’où tombe un rayon de lune. Les nazis se sont emparés de l’Autriche, comme ils s’emparent de l’organisation du festival Mozart qui se prépare. Salzbourg, n’est-elle pas le symbole du rayonnement du Reich ? Avec détachement d’abord, puis effroi, Steiner voit l’emprise du national-socialisme sur la vie culturelle. Au cœur malgré lui de l’événement, il va profiter de la demande que lui fait le directeur du festival de l’aider, pour changer le cours de l’histoire. C’est, en somme, l’histoire d’un attentat musical. Éd. Actes Sud, 150 p. 16, 80€. Corinne Amar

Essais

Raymond Carver, Les feux7 Raymond Carver, Les feux. Traduction de l’anglais (États-Unis) François Lasquin. En 1983, cinq ans avant sa mort, Raymond Carver rassemble dans un même recueil des essais, des poèmes et des nouvelles de son choix, distillant quelques indices fondateurs de sa vie et de son œuvre. L’écrivain américain y livre notamment un portrait de son père qui quitta son Arkansas natal à la recherche d’un emploi dans l’État de Washington. Il se remémore des scènes de son enfance et de son adolescence à Yakima, le courage de son père affûteur dans une scierie, son alcoolisme, sa dépression, ses années de chômage, il revoit cette photo de jeunesse de son père qu’il finit par égarer et qu’il scrutait parfois pensant y déceler un peu de lui-même. Dans la même veine autobiographique, Carver révèle sa perception du métier d’écrivain, ce qu’être écrivain induit au-delà du talent ou du style, cette quête permanente des mots les plus justes pour traduire une vision du monde, une marque singulière. Davantage que ses lectures, ce qui a profondément selon lui façonné son univers, son incapacité à écrire autre chose que des nouvelles ou des poèmes, ce sont ses deux enfants nés alors qu’il n’avait pas vingt ans et toutes ses années à se démener dans toutes sortes de métiers pour faire vivre sa famille, ne parvenant à consacrer que quelques moments fugaces à son ambition d’auteur, arrachés à la médiocrité de sa vie chaotique. Il fallait donc que ses « travaux littéraires produisent des résultats immédiats ». À l’été 1958, une rencontre déterminante le conforte dans sa vocation littéraire. Il suit alors les cours de l’écrivain John Gardner, à l’université d’État de Chico (Californie). Ce dernier lui prodigue encouragements et critiques, et lui inocule une exigence et une morale de l’écriture dont il ne se départira jamais : « [...] il existait un travers encore plus grave, qu’il fallait éviter à tout prix : si les mots et les sentiments étaient insincères, si l’auteur usait d’artifices, s’il parlait de choses qui ne le touchaient pas vraiment, son histoire ne rencontrerait aucune espèce d’écho. » Message reçu. Aucune fioriture, le strict nécessaire dans la brièveté, une tension maîtrisée, juste la vérité nue de vies sans illusions, les nouvelles de Carver éclatent telles des petites bombes.
En avril les éditions de l’Olivier publient deux volumes des œuvres complètes de Raymond Carver, ce livre-ci et N’en faites pas une histoire. Éd. de l’Olivier, 224 p., 14 €. Élisabeth Miso.

Mémoires

Nadejda Mandelstam, Contre tout espoir Nadejda Mandelstam, Contre tout espoir, Souvenirs . Traduit du russe par Maja Minoustchine. Avec une préface de Joseph Brodsky. Parmi les grands poètes juifs assassinés par Staline, il y eut Ossip Mandelstam (1891-1938) - arrêté en 1934, puis en 1938, torturé, humilié, qui mourra d’épuisement, « entre décembre 1938 et avril 1939 », - symbole de cette barbarie et de la résistance de l’esprit contre le terrorisme stalinien. Tout à la fin, il continuait de chanter, récitant à ses compagnons de goulag, ses derniers poèmes. « La mort d’un artiste n’est jamais un hasard, mais le dernier acte créateur qui éclaire sa vie comme un faisceau de rayons. » (Nadejda Mandelstam, p.197). Tout avait été brûlé des écrits de Mandelstam. Nadejda Mandelstam (1899-1980) qui avait épousé Ossip Mandelstam en 1921, fut son épouse pendant dix-neuf ans et sa veuve et sa mémoire, pendant quarante-deux ans - elle avait appris par cœur la majeure partie de son œuvre pour la restituer. Les souvenirs commencent en 1934, une nuit de mai, avec l’arrestation de Mandelstam, font entendre, en même temps que les trois années d’exil qui suivront, toute une génération intellectuelle féconde, de Pasternak à Akhmatova, et se terminent avec la mort du poète. « Je ne me rappelle rien de pire que l’hiver 1933-1934, dans notre nouvel appartement, le seul que j’aie jamais eu. (...) Nous n’avions pas d’argent, rien à manger, et le soir, nous recevions une foule de visiteurs dont la moitié étaient des mouchards. La mort pouvait venir sous forme de destruction rapide et lente. Mandelstam était un homme actif, et il a préféré la destruction rapide (p 199) ». Récit biographique d’une intensité exceptionnelle, témoignage du courage, de l’endurance et de l’énergie d’une résistance morale et intellectuelle face au monde concentrationnaire. Acte de foi, acte d’amour. Éd. Gallimard, Coll. Tel, 540 p. 16, 50 €. Corinne Amar.

Revues

Les Moments littéraires 27 Les Moments littéraires, N°27. Revue de littérature semestrielle consacrée à l’écriture intime. Le premier numéro est paru en janvier 1999. Dans de ce 27e numéro, un dossier est consacré à René de Ceccatty. Il comprend un portrait réalisé par Ralph Heyndels (Professeur de Littérature Française et Comparée à l’Université de Miami et auteur de La pensée fragmentée), un très bel entretien avec René de Ceccatty et le carnet inédit que l’écrivain a tenu durant la création de La Dame aux Camélias, la pièce adaptée du roman d’Alexandre Dumas Fils, pour Isabelle Adjani. Au sommaire également de cette revue de littérature, on trouve des lettres extraites de la correspondance échangée pendant 50 ans entre Tina Jolas (traductrice et ethnologue française, née en 1929 et morte en 1999) et Carmen Meyer. Cette dernière, née à Santiago du Chili en 1921 et décédé en 2006, a traduit certaines œuvres poétiques de Pablo Neruda et d’Octavio Paz et a travaillé quinze ans au Musée des Arts et Traditions Populaires à Paris. Tina Jonas a épousé en 1949 le poète André du Bouchet. En 1956-1957, Tina rencontre René Char, Tina et André se déchirent, se séparent. Carmen écoute, répond, est l’interlocutrice attentive, intelligente, soucieuse. Entre Carmen et Tina, l’amitié entamée à Paris à la fin des années quarante est d’une nature singulièrement profonde, puissante, généreuse, et indéfectible. Les Moments littéraires, 160 p., 12 €.
http://lml.info.pagesperso-orange.fr/

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite