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Dernières parutions mai 2012 Par Elisabeth Miso

 

Autobiographies/ Biographies

Jeanette Winterson Jeanette Winterson, Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? Traduction de l’anglais Céline Leroy. Près de trente ans après Les oranges ne sont pas les seuls fruits, son premier roman (réédité simultanément chez l’Olivier) dont la trame reposait sur des faits autobiographiques, Jeanette Winterson déroule à nouveau le fil de son enfance. Alors qu’elle tient un journal du processus à l’œuvre pour retrouver sa mère biologique, un autre récit parallèle s’impose à elle, une nouvelle activation de sa mémoire. Née en 1959 à Manchester, elle est adoptée par un couple de pentecôtistes et grandit à Accrington, une petite ville industrielle du nord de l’Angleterre. Mrs Winterson, sa mère adoptive, est une femme massive, souvent cruelle, dépressive pour qui l’existence sur terre n’est qu’« une vallée de larmes », et qui inonde son foyer d’une religion culpabilisante. « [...] son fatalisme était si puissant. Mrs Winterson était son propre trou noir qui engloutissait toute la lumière. » La petite Jeanette se réfugie dans les livres. Malgré l’interdiction maternelle de lire de la fiction, elle s’achète des romans qu’elle dissimule sous son matelas et dévore alphabétiquement la littérature anglaise référencée à la bibliothèque municipale. « J’ai eu besoin des mots parce que les familles malheureuses sont des conspirations du silence. » Quand sa mère découvre sa relation amoureuse avec une autre adolescente, elle la soumet à trois jours d’exorcisme. Toujours plus en conflit avec cette mère délirante, elle quitte le domicile familial à 16 ans, réussit à intégrer Oxford et à devenir l’écrivain qui s’affirmait en elle. « [...] peut-être que le refus , sous n’importe quelle forme, de se laisser briser fait entrer assez d’air et de lumière pour sauvegarder notre foi dans le monde - notre rêve de fuite. » Apprendre à aimer et à se laisser aimer, n’a pas été sans embûches. Parce qu’une part d’elle-même s’est enfin apaisée, Jeanette Winterson a pu élaborer une nouvelle version de son histoire intime, sans amertume, sans haine, sans apitoiement, préférant souligner les ressorts insoupçonnés qui l’ont poussée à réagir face à l’adversité et à s’émanciper. Éd. de l’Olivier, 276 p., 21 €. Élisabeth Miso

Kerjan, Arthur Miller Llliane Kerjan, Ce que je sais d’Arthur Miller. « J’ai entrepris chacune de mes pièces avec l’intention de dévoiler une vérité déjà connue mais pas encore admise. », écrivait Arthur Miller, l’un des auteurs incontournables du théâtre classique américain du XXème siècle avec Tennessee Williams, Eugene O’Neill et Edward Albee. À ses yeux, le théâtre est un incomparable révélateur, le creuset idéal où faire surgir des émotions et des idées qui marquent durablement les consciences. Descendant d’immigrants juifs polonais, sa vie bascule à l’âge de 13 ans, quand l’entreprise textile new yorkaise florissante de son père est touchée de plein fouet par la grande dépression. Pour financer ses études, le jeune Miller travaille comme manutentionnaire ou livreur, s’imprégnant d’une réalité ouvrière qu’il dépeindra par la suite avec la plus grande justesse. Stimulé par les deux prix Hopwood qu’il reçoit étudiant à l’université du Michigan, il choisit la voie théâtrale et connaît son premier succès à Broadway en 1947 avec Ils étaient tous mes fils. La scène sera toujours au cœur de son existence, de son écriture, de ses combats d’intellectuel et de citoyen engagé. Ce qui l’intéresse c’est de mettre à jour la complexité des comportements humains, les imbrications profondes entre désirs personnels et enjeux sociaux. Les personnages qu’il imagine sont des gens ordinaires aux prises avec leurs conflits intérieurs, des choix moraux, une tension sociale. Liliane Kerjan, balaie le brillant parcours littéraire et cinématographique d’un homme exigeant, qui s’est toujours tenu du côté des plus modestes, du côté de l’intelligence, défendant une haute idée de la démocratie et de la liberté. Elle se penche sur les moments lumineux, la reconnaissance de son travail, l’impact de Mort d’un commis voyageur ou des Sorcières de Salem, pièces montées dans le monde entier, le couple mythique formé avec Marylin Monroe, mais aussi sur les épisodes éprouvants à l’image de ce procès devant la Commission sur les activités antiaméricaines en pleine folie maccarthyste. Pièces de théâtre, films, romans, nouvelles, essais, articles de presse, conférences, toute sa vie Arthur Miller n’a eu de cesse de traquer les illusions, les mensonges, les grandes et les petites trahisons, les injustices sociales et les bassesses morales. « Le miroir de la réalité, celui du monde sans beauté, renvoie une image qui n’est guère rassurante ; il faut beaucoup de force de caractère pour le regarder en face et y découvrir son propre visage. » Éd. François Bourin éditeur, 280 p., 20 €. Élisabeth Miso

Dominique Ané, Y Revenir Dominique Ané, Y revenir. Auteur de neuf albums de musique, il est connu dans la chanson française sous son nom d’artiste, Dominique A. ; il publie ici un premier livre, court récit autobiographique où il évoque sa naissance, son enfance, son adolescence, dans la ville dans laquelle il a passé les quinze premières années de sa vie, Provins, en Seine et Marne : tout autour, il n’y a rien : un désert, une ville triste et étouffante, comme peut l’être une ville de province pour un adolescent, fan de new wave et de punk anglais, qui rêve de prendre le large mais ne connaît pour unique port d’attache encore que celui où il a grandi. Un père enseignant une mère à la maison, il est fils unique ; une vie modeste, des parents qui votent communiste « comme tout le monde dans la famille », des cousins proches, un parfum prolétaire, et puis l’école, l’ennui, la timidité, la gaucherie du corps, même à la piscine ; et puis des amitiés fidèles, fondatrices, et le pacte scellé avec la musique - « celle que j’aime ou que j’invente, pour me rehausser à mes propres yeux » ; la ville, enfin quittée, qui donne le sentiment de libération. « Quelques années plus tard, assis sur un carton de déménagement, j’écris sans l’avoir prémédité un long texte sur ma vie rue des Marais : il naît sans effort, de façon quasi automatique, avec la musique dans la foulée [...] ». Plus de vingt ans après, le Bruxellois d’adoption accomplit le voyage à rebours, retourne chanter dans sa ville natale et reconnaît qu’elle n’aura cessé de le hanter ; qu’entre adoration et détestation, elle a, envers et contre tout, modelé sa personnalité. En courts chapitres, il trouve les mots, simples, pour dire les choses, comme avec la musique, en autant de légers flashs qui se succèdent « sans forcément qu’il y ait de fil narratif ». Éd. Stock, 90 p., 12,50 €. Corinne Amar

Mémoires

Paula Fox, L’hiver le plus froid Paula Fox, L’hiver le plus froid. Traduction de l’anglais (États-Unis) Marie-Hélène Dumas. En 1946, Paula Fox rêve d’un autre horizon que celui de New York et de son quotidien difficile, même si sa ville natale lui a offert des « moments pleins d’éclat, de promesses, et même de splendeur » telles ces rencontres fugaces avec Duke Ellington, Billie Holiday ou Paul Robeson. À 23 ans la jeune femme s’embarque pour l’Angleterre et va l’espace d’une année parcourir comme correspondante pour une petite agence de presse britannique l’Europe d’après-guerre. À Londres, hébergée par des amis de son père scénariste à Hollywood, elle évolue entre quartier ouvrier et demeure luxueuse de Chelsea. Londres, Paris, Prague, Varsovie, Barcelone, Madrid, partout la même tristesse qui colle aux lieux et aux êtres, partout des destins brisés et la vie qui reprend ses droits sur les ruines. Par petites touches pudiques et sensibles, l’écrivaine américaine se souvient des moments partagés avec certains témoins de cette guerre, de leurs récits. Une rescapée de Dachau, un survivant qui a perdu sa première femme et ses deux filles dans les camps, des orphelins polonais, un grand oncle dénoncé à la Phalange ou encore l’épouse d’un républicain espagnol réfugié avec une poignée d’autres opposants dans les montagnes ; en quelques portraits Paula Fox donne toute la mesure de ces années sombres et trouve dans ce périple une autre résonnance à ses blessures intimes d’enfant abandonnée, délaissée par des parents instables, ballottée de foyer en foyer. « La Seconde guerre mondiale avait dévasté l’Europe, des millions et des millions de gens avaient été massacré, et en me montrant à moi aussi qu’il y avait autre chose que ma vie, l’année où j’y avais voyagé m’avait libérée de chaînes dont je n’avais même pas conscience. » Éd. Joëlle Losfeld, 128 p., 13,90 €. Élisabeth Miso

Récits

Eleni Sikelianos, le livre de Jon Eleni Sikelianos, Le Livre de Jon. Traduction de l’anglais (États-Unis) Claro. « J’ai passé le plus clair de ma vie à ne pas connaître les gens. Ne pas connaître mon père, mon frère, mon autre frère, ma sœur. Dispersés sur de vastes étendues de temps, d’espace et d’appareils de communication. » Pour Eleni Sikelianos, histoire familiale rime avec manques. Avec ce récit autobiographique, elle tente de capturer, de rassembler les fragments épars de sa relation en pointillés avec Jon, son père dépendant aux drogues et à l’alcool, qu’elle a vu sombrer et qui est mort d’une overdose dans un motel d’Albuquerque. De ce père elle livre le versant obscur, chaotique de l’héroïnomane, mais aussi les moments de grâce à parler de littérature, à écouter les histoires qu’il racontait, à le regarder évoluer parmi les animaux et les arbres qu’il aimait tant. Issu d’une lignée d’aristocrates grecs, petit-fils du poète Angelos Sikelianos et de la chorégraphe Eva Palmer, musicien talentueux, brillant universitaire, beaucoup de possibles s’offraient à lui mais sa haine de la stupidité environnante «  l’a corrompu au point que lui-même est devenu stupide - trop stupide pour vivre. » L’auteur égrène ses souvenirs : Jon décide d’arrêter l’héroïne et traverse les États-Unis en famille, la douceur de la main de Jon sur le sommet du crâne de ses enfants, Jon nageant la nuit avec les phoques du zoo où il travaille. Sous forme de lettres, de notes, de poèmes, de photographies, de rêves de ses proches retranscrits, Eleni Sikelianos dessine avec délicatesse les contours vibrants de son amour pour ce père singulier. Éd. Actes Sud, 159 p., 17 €. Élisabeth Miso

Journaux

Paul Léautaud, Journal particulier Paul Léautaud, Journal particulier, 1935. Édition établie, présentée et annotée par Édith Silve. Né en 1872, mort à 84 ans, il avait entrepris dès l’âge de vingt ans son Journal littéraire, habitait en ermite Fontenay-aux-roses, vivait entouré de chiens, chats et autres animaux par dizaines, écrivain, critique dramatique, secrétaire général du Mercure de France trente-trois ans durant, il fréquenta au quotidien le monde littéraire. Il y a vingt-cinq ans, paraissait le Journal particulier 1933, de Paul Léautaud (publié en 1986), compte-rendu dans les détails de ses amours avec Marie Dormoy, partie qu’il avait dissociée du reste - dix-neuf volumes - de son Journal littéraire. Marie Dormoy, bibliothécaire de la réserve des manuscrits à la Bibliothèque Jacques Doucet, voulait faire acheter par la Bibliothèque le manuscrit du Journal littéraire et avait demandé à Léautaud de lui confier le soin d’établir la dactylographie du manuscrit (activité qui l’occupera toute sa vie et l’attacha à l’homme). Ils devinrent aussitôt amants. Aujourd’hui, paraît la suite de ce Journal, année 1935 ; Léautaud a 63 ans, Marie Dormoy en a 49 ; il reconnaît vivre pour la première fois l’amour « fou », et consigne dans son Journal tout ce qu’il vit de sa liaison avec sa belle amie, l’accablant notamment de scènes de jalousie, trame du Journal. « Dimanche 17 février [...]
8 heures et demie du soir. Eh bien ! Je suis allée espionner, je suis arrivé devant sa maison à 6 heures 5. De la lumière dans sa chambre à coucher. Je suis allé voir au garage : sa voiture à sa place. Je suis revenu me poster devant sa maison, dissimulé dans des parties d’ombre. À 7 heures, la lumière s’éteint, une femme sort. Je crois que c’est elle. Je cours pour voir si elle entre au garage. Ce n’est pas elle. (p.77) » Éd. Mercure de France, 346 p., 22,50 €. Corinne Amar

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