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Dernières parutions été 2012 Par Elisabeth Miso

 

Autobiographies/ Biographies

Denis Westhoff, Sagan Denis Westhoff, Sagan et fils. S’attaquer à une légende, rendre le « miroir déformant aussi conforme à la réalité que possible », le défi est de taille. Et quand il s’agit de la vie de Françoise Sagan, démêler le vrai du faux semble relever de l’impossible. Denis Westhoff, son fils, désirait rétablir certaines vérités et simplement apporter son propre éclairage de témoin privilégié. La légende a pris forme si vite, dès le succès de son premier roman Bonjour tristesse en 1954, l’a enfermée si jeune dans un personnage, qu’elle a pu recouvrir par moments sa réalité d’écrivain, la presse ne s’intéressant qu’à sa prétendue vie dissolue plutôt qu’à ses écrits. Sagan la femme insouciante, ivre de vitesse au volant de ses bolides, aux amours libres, à la vie de noctambule, Sagan et ses ennuis avec la drogue, avec l’argent. Tous les ingrédients de la légende tenace sont là, mais revisités par le regard aimant d’un fils et le souvenir des conversations avec sa mère. Plus que l’écrivain, c’est avant tout la femme d’une intelligence et d’une générosité exceptionnelles et la mère qui a pris soin de le tenir à l’écart des morsures de la célébrité, que Denis Westhoff dépeint. « Pour être aimé de Sagan, il fallait savoir aimer. » Qu’il se penche sur l’enfance de sa mère, recompose ce qu’il connaît de son existence avant sa naissance, convoque ses propres souvenirs d’enfant notamment tous ces étés magiques dans la propriété normande d’Équemauville, les mêmes traits de caractère viennent inlassablement ponctuer son récit. Une forte indépendance d’esprit, un sens implacable de la répartie, une grande délicatesse dans ses idées et dans son attention aux autres, un talent indéniable pour rendre le quotidien terriblement gai, une aversion pour l’autorité, les obligations, les bassesses liées à l’argent. Faire le portrait de Françoise Sagan suppose de mentionner les êtres chers qui gravitaient autour d’elle, son frère Jacques, Bernard Franck, Jacques Chazot, Paola Sanjust et Charles de Rohan Chabot, Peggy Roche ou encore le fantasque Bob Westhoff auquel l’auteur rend hommage avec une ferveur toute filiale. « Elle aimait à l’excès, maniait l’humour à l’excès, donnait et se donnait à l’excès. En cela plus qu’en tout ce qu’on a pu dire ou écrire, elle était déraisonnable. Elle avait cent fois raison. » Éd. Stock, 256 p., 19 €. Élisabeth Miso

Dostoïevski par Virgil Tanase Virgil Tanase, Dostoïevski. « Le jeune Fiodor Dostoïevski est arrêté le 23 avril 1849. Il est jugé et condamné le 13 novembre de la même année. Le 22 décembre à sept heures du matin, il est conduit devant le peloton d’exécution. S’il l’avait écrite lui-même, à sa façon, sa biographie pourrait passer aux yeux de ceux qui l’ignorent pour un de ses romans. » Ainsi commence l’histoire, racontée, elle aussi comme un roman à rebondissements : nous saurons plus tard que, s’étant lié avec les mouvements progressistes russes, Dostoïevski (1821-1881) a été arrêté, condamné à mort et finalement déporté, fers aux pieds, dans un bagne de Sibérie où il passera quatre ans. Fils de médecin inscrit dans le registre de la noblesse héréditaire de Moscou, il fait des études d’ingénieur, mène une vie dissolue ; alcool, jeu, manifestations d’épilepsie ; premiers écrits publiés à partir de 1846, premiers voyages en Europe en 1862, passion et démon du jeu (la roulette) ; il se couvre de dettes, commence Crime et Châtiment (1866) publié par chapitres dans une revue, se lance dans la rédaction du Joueur, épouse celle qu’il a engagée comme sténodactylographe, joue à la roulette, perd tout, se promet de ne plus jouer, est rédacteur en chef d’un hebdomadaire, entreprend Les Démons, en 1871, Les Frères Karamazov en 1879, part cette même année pour Berlin, est déjà considéré comme l’un des meilleurs écrivains de sa génération ; chaque rouble compte pourtant, et il se bat pour faire paraître, chapitre par chapitre, ses romans. Il est malade, tousse, fait de mauvais rêves, est en cure, consacre son temps à l’écriture... Fluide, ramassée, précisément documentée, écrite au présent, la biographie talentueuse de Virgile Tanase, épouse le mouvement de l’histoire. Éd. Gallimard, Folio Biographies, Texte inédit, 420 p., 9,10 €. Corinne Amar.

Carnets / journaux

Gala Dali, Carnets intimes Gala Dalí, Carnets intimes. Traduction de l’espagnol Anne Confuron. Les pages de ce cahier intime ont été retrouvées trente ans après la mort de Gala, parmi des manuscrits non classés de Dalí dans le château de Púbol en Espagne, dernière résidence de la compagne du peintre. Gala, née Elena Ivanovna Diakonova, se remémore son enfance et son adolescence en Russie et évoque sa passion pour Dalí. Cette femme cultivée, à la personnalité mystérieuse, figure fascinante pour les surréalistes, séduit le milieu des arts et des lettres du Paris des années 20. Femme de Paul Éluard, amante de Max Ernst, elle épouse en secondes noces en 1932 le peintre catalan, devenant sa muse et son unique modèle. De son enfance à Moscou, au sein d’une famille d’intellectuels, se détachent son goût prononcé pour la littérature et une grande soif de liberté. Tout comme ses deux frères aînés et sa sœur cadette, sa sensibilité la porte vers un imaginaire nourri de romans d’aventures et de légendes populaires. Le récit d’un voyage en train de huit jours en famille, à travers la Russie centrale et les montagnes de l’Oural pour rendre visite à son oncle donne la mesure de sa réceptivité à la beauté du monde qui l’entoure, mais aussi de l’intensité et de l’extrême sensibilité avec lesquelles elle semble toujours avancer dans la vie. Les passages consacrés à sa relation avec Dalí sont emprunts d’une grande poésie et d’un amour ardent, révélateurs d’une âme profondément passionnée et romanesque. « Pour moi, c’est l’amour qui est essentiel. C’est le centre de gravité de ma vitalité et de mon cerveau, le ressort qui me lance en avant avec élasticité et agilité, avec davantage de clarté et de précision dans tous les mouvements de mes sens, de mes impulsions, de mes connaissances. » Ils laissent également filtrer, au-delà du rôle de muse, une idée de la teneur de ses échanges artistiques avec son mari, l’énergie créatrice qu’elle a insufflé à son couple. Éd. Michel Lafon, 200 p., 14,95 €. Élisabeth Miso

Adolfo Bioy Casares Adolfo Bioy Casares, Quelques jours au Brésil (Journal de voyage.) Édition, postface et traduction de l’espagnol (Argentine) de Michel Lafon. Né et mort à Buenos Aires (1914-1999), grand ami de Borges qu’il rencontra dès 1932 et qui influença son œuvre, marié à la poétesse Silvina Ocampo, auteur fameux de L’Invention de Morel (1940), l’écrivain tint, de 1947 jusqu’à la fin de sa vie, un Journal intime qui fit près de vingt mille pages. De ce Journal est extrait Quelques jours au Brésil, récit d’un voyage d’une semaine (juillet 1960) qu’il fit, invité à un congrès du PEN Club. Le fantôme amoureux d’un voyage précédent, vient, en filigrane, nourrir les premières pages ; au fil d’une plume spontanée, l’épistolier rejoint le romancier, confrontant ses humeurs, ses démons, ses doutes, son quotidien, ses rêveries érotiques, mêlant fantaisie et réalité. L’écrivain, à Rio, déjeune avec Graham Greene et Elsa Morante (« La femme de Moravia se fâche quand je l’appelle madame Moravia au lieu de l’appeler par son nom que j’ai oublié (p.21) », dîne avec Alberto Moravia et Mario Praz, croise Roger Caillois, visite Brasilia en chantier, Sao Paulo « démesuré, sans beauté », prend un thé à moitié chaud dans une pâtisserie viennoise, remarque une femme blonde dans la rue, retourne au congrès.
Remarquable, tout autant que ce bref journal décousu et diablement vivant, sa prolongation par une postface du traducteur, Michel Lafon, Quelques jours avec Bioy ; le Journal d’une rencontre, d’une amitié, exercice d’admiration, pudique et réussi. Éd. Christian Bourgois, 90 pages, 12 €. Corinne Amar.

Romans

Jack Kerouac et William Burroughs Jack Kerouac, William S. Burroughs, Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines. Traduction de l’anglais (États-Unis) Josée Kamoun, postface James Grauerholz. Au printemps 1945, William S. Burroughs et Jack Kerouac tentent de faire éditer un roman écrit à quatre mains, directement inspiré d’une histoire tragique les concernant tous les deux, le livre restera inédit jusqu’en 2008. Encore inconnus, l’onde de choc de la Beat Generation n’a pas encore saisi la société puritaine américaine (Sur la route de Kerouac sera publié en 1957, Le Festin nu de Burroughs en 1959), ils mettent en scène avec pour toile de fond leur vie bohème dans le New York des années 40, le meurtre d’un de leurs amis par un autre de leurs amis. Burroughs et Kerouac s’y dévoilent sous les traits respectifs de Will Dennison et Mike Ryko, les deux narrateurs. Les personnages de Philipp Tourian et de Ramsay Allen, incarnent eux le meurtrier et la victime, Lucien Carr et David Kammerer dans la vraie vie. Été 1944, Will Dennison barman et détective privé à ses heures et Mike Ryko qui assouvit son besoin d’élargir son horizon dans la marine marchande, arpentent New York, passant d’appartement en appartement, de bar en bar, entourés de jour comme de nuit d’amis plus ou moins envahissants, férus de littérature, toujours à l’affût de quelques dollars. Parmi eux, le très jeune Philipp Tourian à la beauté magnétique, qui ne supportant plus l’obsession amoureuse de Ramsey Allen, projette de s’embarquer pour la France à bord d’un cargo avec Ryko. Les projets d’évasion tournent courts, quand une nuit le jeune homme tue Allen. Burroughs et Kerouac à qui Lucien Carr confia le lendemain son crime, furent inquiétés pour ne pas avoir prévenu la police. Lucien Carr fut libéré au bout de deux ans de prison, se fit un nom comme journaliste à l’agence United Press International et tenta d’effacer de sa mémoire cette sombre histoire. Dans sa postface, James Grauerholz exécuteur testamentaire de Burroughs, revient sur la fascination qu’exerça cette affaire. Le roman porte déjà en germe toutes les audaces de la Beat Generation, le désir de liberté, la spontanéité de l’écriture, l’expérience de l’alcool et de la drogue, une sexualité ambivalente. Éd. Gallimard, Du monde entier, 208 p., 17,90 €. Élisabeth Miso

Benjamin Law, Les lois de la famille Benjamin Law, Les lois de la famille. Traduction de l’anglais (Australie) Élisabeth Peellaert. Benjamin Law, écrivain australien d’origine chinoise, peut se targuer d’avoir une famille plutôt originale. En vingt-trois chapitres savoureux, il s’amuse à décrypter la fantaisie de l’étonnant clan qu’il forme avec ses parents, son frère et ses trois sœurs. Souvenirs d’enfance ou épisodes plus récents égrenés entre Hong Kong et la Susnshine Coast près de Brisbane, nombre des événements relatés par l’auteur doivent leur ressort comique ou émouvant aux multiples manifestations que peut revêtir la cohabitation entre deux cultures d’une génération à l’autre. Son humiliation devant sa consternante incapacité à maîtriser le cantonais, ses ambitions d’acteur contrariées, sa détresse lors des séances de chorale imposées par l’école dans les maisons de retraite, le goût partagé par toute la famille pour les histoires les plus repoussantes, le voyage à Hong Kong pour recueillir les cendres de la grand-mère maternelle, les excursions dans des parcs de loisirs, une mère insomniaque adepte du téléachat, un père qui s’épuise dans ses projets de restaurants et de supermarchés asiatiques, des oncles et des tantes en situation irrégulière pourchassés par la police fédérale, un grand-père paternel qui quitte son petit village près de Canton pour San Francisco, touche après touche, Benjamin Law esquisse un tableau familial des plus attachants, où l’humour le dispute à la tendresse.
Sa façon de manier l’autodérision et la drôlerie avec laquelle il croque les membres de sa famille ne sont pas sans rappeler l’univers de l’américain David Sedaris, autre écrivain maître en saga familiale désopilante. Éd. Belfond, 272 p., 18 €. Élisabeth Miso

Correspondances

Camus-Vinaver, Correspondance Albert Camus - Michel Vinaver, S’engager ? Correspondance (1946-1957) assortie d’autres documents. Édition établie et annotée par Simon Chemama. Un 15 avril 1946, Michel Vinaver, jeune étudiant français d’origine juive, réfugié avec sa famille à New York, aborde Albert Camus à la fin d’une conférence. Celui qui ne sait rien encore du dramaturge, de l’écrivain, qu’il deviendra, et qui doute de sa vocation, écrit à Albert Camus. Et Camus lui accorde du temps, lui prodiguera conseils et encouragements, l’incitera à écrire et publiera, en 1948, chez Gallimard son premier roman « Lataume ». D’emblée, le ton est donné : « Lundi 29 avril 1946, Venez donc vendredi à 17 heures chez moi. Et n’y mettez pas tant de façons, je ne suis pas Greta Garbo. (...). A. Camus
Votre article m’a instruit. Et il respire la bonne passion. »
Camus est chaleureux, bienveillant. Vinaver envoie de longues lettres. Il lit La Peste, s’exalte, critique Les Justes, avoue en avoir éprouvé une impression de décalage - « une déduction intellectuelle, dramatiquement peu convaincante sinon pas du tout » -, dit ce qu’il pense - « moi qui en général reste tranquille, quelquefois trop - à vous secouer, au risque de seulement vous agacer (16 février 1950) » -, envoie ses écrits, séduit Camus par sa franchise et son talent : « Il n’y a pas beaucoup de talents aujourd’hui, ni de vraie force, comme celle qui est à l’œuvre dans ce que vous écrivez « (à Vinaver, 22 mai 1955). Puis, les échanges se font sur un même pied d’égalité, le dialogue est franc qui met en lumière une correspondance amicale, engagée - 15 lettres de Camus, 21, de Vinaver), pose la question du rôle de l’écrivain, de sa responsabilité, de la littérature comme arme de combat. Des textes inédits de Vinaver, en annexe, et le travail précieux de chaque lettre annotée par Simon Chemama. Éd. L’Arche 160 pages, 16,25 €. Corinne Amar.

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