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Dernières parutions septembre 2012 Par Elisabeth Miso

 

Romans

Nick Flynn, Contes à rebours Nick Flynn, Contes à rebours. Traduction de l’anglais (États-Unis) Anne-Laure Tissut. En 2007, Nick Flynn attend la naissance de son premier enfant. Malgré la perspective de cet événement heureux, une inquiétude se profile pourtant. Crainte de ne rien ressentir « D’être incapable de l’accueillir, d’entrer dans cette vie, de (s’) engager. », mais aussi crainte du monde terrifiant dans lequel sa fille grandira. Les photographies d’actes de torture commis par des soldats américains dans la prison d’Abu Ghraib en Irak divulguées en 2004 ne cessent de le hanter. Il accepte l’invitation d’une avocate de se rendre avec d’autres artistes à Istanbul pour entendre les témoignages d’ex-détenus. Le romancier nourrit son propos de cette réflexion sur la cruauté, la capacité à humilier et à brutaliser, sur cet aveuglement à voir dans l’autre une menace et révèle un autre axe de noirceur, bien plus intime, le chaos de sa propre existence. Nick Flynn tend un miroir « sur la façon dont les photographies sont un genre de rêve, dont les ombres peuvent finir par nous ressembler. » Profondément marqué par le suicide de sa mère et par son obsession à maintenir en vie son père sans-abri (sujet de son roman Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie), il scrute certains épisodes de sa jeunesse, ses errances sentimentales, l’instabilité de son père, trouve des points de similitude avec la fragilité de sa mère dans son addiction passée aux drogues et à l’alcool, « [...] il s’agissait seulement d’entrer dans la nuit sans douleur, dans notre oubli privé, notre désespoir silencieux. » Vivre, écrire, étreindre des femmes mais toujours comme anesthésié, à peine plus présent qu’une ombre. Avec une acuité extrême l’écrivain rend palpable ce sentiment de dépossession de soi-même, cette dissolution, ce désespoir tapi. « Puis, après de nombreuses années désincarnées, une femme (lui) a rendu (son) corps. », une femme a ouvert une brèche de désir, une brèche lumineuse dans laquelle il a choisi de se risquer. Éd. Gallimard, Du monde entier, 336 p., 20,50 €. Élisabeth Miso

Lucile Bordes, Je suis la marquise Lucile Bordes, Je suis la marquise de Carabas. « C’était dur de renoncer à être quelqu’un d’autre, aux nuages de l’art. [...] C’était dur d’être le bout de la route, le dernier. » Ce n’est qu’au soir de sa vie que son grand-père s’est décidé à parler, à dérouler le fil de l’histoire qui expliquait la présence dans son salon de ce piano dont personne ne jouait et des partitions de films muets. Avec ce premier roman, Lucile Bordes recompose le destin étonnant de sa famille, les Pitou, une dynastie de marionnettistes forains qui sillonna les routes de France au XIXe et au début du XXe siècle. L’aventure du Grand Théâtre Pitou débute avec Auguste en 1850 et s’achève avec son grand-père Émile en 1953 le jour de la vente du cinéma familial. Entre ces deux dates, toute une tradition artistique, tout un monde de rêves et de fantaisie, une renommée nationale qui allait culminer sous la direction de l’arrière-arrière-grand-père Émile metteur en scène et machiniste talentueux, mais aussi deux guerres et la concurrence du cinéma qui sonneraient le glas de cette vie nomade. En un récit ramassé, la romancière imagine la poésie et l’ingéniosité des spectacles et restitue l’incroyable énergie déployée par chaque génération pour s’adapter aux progrès techniques de son temps. Une fois le livre achevé, d’autres traces, d’autres pistes sont venues s’ajouter à son récit. Lucile Bordes a ainsi découvert les recherches d’historiens sur sa famille de saltimbanques, les décors et les marionnettes du théâtre Pitou au musée Gadagne à Lyon et le journal d’Émile Pitou conservé au Musée National des Arts et Traditions populaires de Paris. Transmission de l’histoire familiale, silence et exil intérieur du grand-père devenu instituteur, connexion de l’auteur à ses propres souvenirs, le roman tisse tout un réseau de mouvements mystérieux de la mémoire. « Tout ce qu’il faudrait dire, tout ce qui va se perdre, malgré la volonté, la mémoire, l’amour. Et le reste, ce qui restera, ce peu là qu’on ne saura pas dire non plus. Cantonné au rêve. Reclus. » Éd. Liana Levi, 144 p., 14,50 €. Élisabeth Miso

Emmanuelle Guattari, La petite Borde Emmanuelle Guattari, La petite Borde. « Dans le Village de Cour-Cheverny du début des années soixante, la Clinique constituait encore une présence fantastique. La peur des Fous était tangible. » Pour Emmanuelle Guattari, la Clinique La Borde n’a jamais représenté une menace, vivre là et y côtoyer les pensionnaires lui semblait tout à fait naturel. La Borde était son royaume, avec ses frères et la bande d’enfants du personnel soignant, elle a partagé d’intenses moments de liberté dans le parc du château, de ceux qui donnent à votre enfance une beauté singulière. Institution modèle fondée en 1953, La Borde mettait en pratique les convictions de la psychothérapie institutionnelle, cette nouvelle approche psychiatrique née après-guerre qui préconisait la libre circulation des malades et leur implication dans les tâches quotidiennes et dans leur prise en charge médicale. Les trajets vers l’école dans la 2CV Citroën conduite par un des patients, le lait en poudre Régilait du petit déjeuner, l’affreux petit singe Boubou, à hauteur de son regard d’enfant retrouvé, l’auteur égrène quelques scènes de son expérience de ce lieu hors normes et de sa vie familiale d’où se détache la figure de son père Félix Guattari, psychanalyste et philosophe, qui codirigea l’établissement jusqu’en 1992. Éd. Mercure de France, 142 p., 13,50 €. Élisabeth Miso

Jean Grégor, L’ombre en soi Jean Grégor, L’ombre en soi . Au début des années quatre-vingt, Jean Grégor alors adolescent, n’avait qu’une vision floue de la situation délicate dans laquelle s’était mis son père, le journaliste Pierre Péan, avec la parution de son livre Affaires africaines. Des appels téléphoniques anonymes, des cambriolages, une bombe qui explosa devant leur garage, l’inquiétude de sa mère, et le ballet d’étranges visiteurs qui se présentaient dans leur maison de la région parisienne, voilà ce dont il se souvient. Adulte, il apprend qu’un tueur avait été recruté pour éliminer le journaliste gênant. Et que quelques années plus tard, son père provoqua une rencontre avec cet homme et qu’une estime réciproque les liait depuis. La nature romanesque de cette histoire finit par rattraper l’écrivain et le projet d’un livre, sorte d’enquête romanesque sur cette amitié improbable, prend forme. Péan qui a le goût du secret et des dossiers brûlants, redoute de se retrouver personnage d’un livre, mais il laisse faire. Jean Grégor écoute les analyses de son père, interroge ses proches, et au fil des affaires évoquées cerne davantage son « indéfectible attrait pour ce qui n’était ni tracé, ni limpide », sa détermination professionnelle et sa fascination pour l’Afrique. Pour boucler son enquête, le fils s’envole pour le Gabon, recueillir les confidences de l’ex-tueur qui a consenti à se retourner sur son passé trouble. Éd. Fayard, 262 p., 19 €. Élisabeth Miso

Correspondances

Lettres des Camp des Milles Guy Marchot, Lettres des internés du Camp des Milles 1939-1942. « Le 26 août 1939, l’Armée informe le maire d’Aix-en-Provence de la réquisition de la tuilerie des Milles pour un rassemblement d’étrangers ». Le Camp des Milles - aujourd’hui seul grand camp français d’internement et de déportation, encore intact - était une usine de tuiles désaffectée au sud d’Aix-en-Provence. Elle fut transformée en camp d’internement d’étrangers « originaires de l’Empire allemand » ; Allemands qui avaient fui leur pays - antinazis, mais suspects aussitôt que la guerre avait été déclarée à Hitler -, Autrichiens, Russes, Tchèques... Prévu initialement comme un camp de transit pour les étrangers en instance d’émigration, le Camp des Milles servira finalement la déportation de milliers de Juifs, à Auschwitz. Il fallut plus de vingt ans de recherches à l’Association Philatélique du Pays d’Aix, et à Yvon Romero, son Président, à l’initiative de ce projet, pour voir, avec son auteur, ce livre se réaliser ; au cœur de l’histoire politique retracée et d’une histoire du fonctionnement de la poste en temps de guerre, près de cent correspondances, cartes postales, lettres, enveloppes avec leurs timbres, leurs tampons, leurs marques de censure, postées ou reçues aux Milles, dessins inédits, œuvres peintes au Camp des Milles d’artistes internés ; d’autres documents aussi, retrouvés après-guerre chez des descendants d’expéditeurs et destinataires ; autant de témoignages non seulement d’une période clé de l’histoire mais aussi d’un lieu où furent internés de nombreux membres de l’intelligentsia allemande ; intellectuels et artistes comme Max Ernst, Hans Bellmer, Gustav Elrich, Lion Feutchwanger (l’auteur du Juif Süss), Golo Mann (fils de Thomas Mann)... ; et qui vit émerger une production artistique extraordinaire. Ed. Association Philatélique du Pays d’Aix, 209 p. Corinne Amar
Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation La Poste
- Le jeudi 27 septembre, conférence autour du livre de Guy Marchot Lettres des Internés du Camp des Milles 1939-1942, une présentation du Camp et son histoire, sera faite par l’auteur et le président de l’association.
- Le 10 septembre prochain l’inauguration par les autorités gouvernementales et l’ouverture au public du Site-Mémorial du Camp des Milles, grand chantier réalisé dans le cadre de Marseille Provence 2013.

Christian Micouleau, L’Appelé Christian Micouleau, L’Appelé. Christian Micouleau, cadre dirigeant du Groupe La Poste, a rassemblé les lettres qu’il adressa à son père de novembre 1967 à février 1969, période où il effectua son service militaire en Moselle. Pour ce natif du sud, le premier hiver au 61ème Régiment d’Artillerie de brigade de Saint-Avold fut rude. Le jeune homme raconte le déroulement de ses journées, la conduite et l’entretien de son char, les manœuvres harassantes, les corvées, les gardes, les repas déprimants, la bêtise et les brimades des gradés, l’incompétence des médecins et des officiers, la promiscuité avec les autres appelés, les jours de cellule. Déjà champion de Cross du Languedoc quand il intègre l’armée, il continue dès qu’il le peut à s’entraîner malgré le manque de temps libre, de sommeil et un régime alimentaire inadapté aux besoins d’un sportif. Soutenu dans sa discipline de coureur par le commandant et le colonel, jalousé par le capitaine et le lieutenant qui lui refusent tout traitement de faveur, il participe à des courses militaires, parvient à s’entraîner avec le club de Cross local et devient champion de Moselle. Il continue à étudier pour les concours qu’il prépare et ne peut s’empêcher d’écrire pour conjurer l’ennui. En mai 1968, du fait de la crise qui agite le pays, son régiment est mobilisé à Maisons Laffitte, l’occasion pour lui de visiter Versailles et Paris. Libéré en mars 1969 de ses obligations militaires, il se consacre à ses concours et à sa carrière de sportif au sein du Racing Club de France et remportera cinq fois le titre de Champion de France. Éd. Thélès, 230 p., 21 €. Élisabeth Miso

Autobiographies

Félicité Herzog, Un Héros Félicité Herzog, Un héros. Le héros, c’est le père, Maurice Herzog, mythe vivant entré dans la Résistance lors de la Seconde Guerre mondiale, ministre du Général de Gaulle, alpiniste émérite, premier parti à la conquête du sommet de l’Annapurna, en 1950, revenu, les orteils et les doigts gelés, diminué mais couvert de gloire, aventurier au sourire légendaire, séducteur hors pair. « Les cheveux poivrés, la mèche peignée, le teint hâlé, la lèvre supérieure surlignée d’une fine moustache, mon père, à cinquante-cinq ans, ceinturé d’un costume trois pièces et d’une chemise Charvet, incarnait pour nous un être fabuleux. Des yeux de velours, émerveillés par son ascension surhumaine, nimbée de sacrifice. Il avait connu la gloire, toutes les gloires ». Et pourtant. C’est un père absent, indifférent, cynique, « grand acteur » et, plus soucieux de succès politiques et mondains que de l’éducation de ses deux enfants. Ils sont livrés à eux-mêmes dans leur appartement haussmannien, univers prestigieux et malheureux, entre gouvernantes, filles au pair et grandes écoles, devoir d’excellence et séjours au château des grands-parents, enfants de chœur à l’église du village, élégants au dîner, le tout dans une fraternité fusionnelle et rivale, une solitude solidaire et le culte de l’exploit sportif. Lorsque leurs parents divorcent, elle a sept ans. Leur mère, issue d’une grande famille de l’aristocratie française, brillante, libre et moderne, femme avant tout, voyage sans cesse. Portrait réussi d’une époque, d’une famille, d’une fratrie. La deuxième partie du roman évoque plus précisément le frère aîné, Laurent, promis à un bel avenir mais héritier d’une légende trop lourde pour lui, et devenu petit à petit hostile, agressif, dans un équilibre de vie plus que fragile : « C’était lui ou moi : ce fut lui. » Ed. Grasset, 302 p., 17, 10 €. Corinne Amar

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