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Dernières parutions octobre 2012 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Anne Goscinny, Le bruits des clefs Anne Goscinny, Le bruit des clefs. Le samedi 5 novembre 1977 René Goscinny s’effondre lors d’un test d’effort chez son cardiologue. Tout le week-end la famille et les amis se pressent au domicile du défunt. Ce n’est que le lundi, avec les regards, les chuchotements et les « faux sourires » à l’école qu’Anne sa fille de neuf ans réalise qu’elle ne le reverra plus. « Je voulais un lundi comme les autres. Comme les autres lundis et comme les autres enfants. Pas un lundi avec un mort dans mon cartable. » Trente-quatre ans plus tard, dans une lettre émouvante adressée à son père, Anne Goscinny sonde le silence qu’elle a longtemps érigé entre elle et son chagrin, la volonté tenace d’enfouir cette disparition. Au début elle a tenté de retenir des signes de sa présence, elle a acheté son parfum quand son odeur s’est évaporée de la maison. La nuit elle entendait sa voix qui s’échappait des enregistrements audio et vidéo qu’écoutait sa mère dans sa chambre. Et puis au fil du temps, elle s’est choisi des pères de substitution, d’autres hommes sur lesquels projeter tout un imaginaire et dans les yeux desquels elle se voyait grandir puis devenir une femme. Sa mère est toujours restée très éprise de son mari. Après sa mort, sa fille lui succède dans la gestion du patrimoine artistique du créateur d’Astérix et du petit Nicolas. Tous ces personnages qui lui ont survécu, tous ces personnages qui ont enchanté tant de lecteurs, toutes ces histoires qui la font rire aux larmes. Indissociables de la figure paternelle, d’autres visages de l’histoire familiale accompagnent l’auteur, d’autres morts, celles d’un cousin et d’oncles de son père déportés pendant la guerre. Entre rares souvenirs de la petite enfance, moments de connivence et de tendresse partagés, père fantasmé et traces laissées par sa célébrité, Anne Goscinny met à jour les mécanismes de survie qui lui ont permis de se construire dans cette absence intolérable. « J’ai aimé des hommes. Avec certains j’ai ri et chanté, avec d’autres j’ai dormi sereine. Je n’ai été fidèle qu’à toi. D’une fidélité irréelle. » Éd. NiL, Les Affranchis, 96 p., 7,50 €. Élisabeth Miso

Journal

Mireille Havet, Journal 1929 Mireille Havet, Journal 1929 « Peut-être suis-je morte ? suicidée il y a quelques mois » . Édition établie par Pierre Plateau, annotée par Roland Æschimann, Claire Paulhan, Pierre Plateau et Dominique Tiry, présentée par Roland Æschimann.
Sans doute faut-il commencer par le commencement et avant que de plonger dans le journal de Mireille Havet (1898-1932), s’imprégner de l’introduction de Roland AEschimann, portrait hommage à l’écrivain précoce qui laissera des milliers de pages incandescentes d’un Journal retrouvé dans un grenier et patiemment retranscris ; poète, lesbienne, maudite, extrême, perpétuellement amoureuse, toujours inconsolée, et saoûlée d’opium et de pauvreté. « Aucun mode de connaissance ne parvient à percer le noyau dur d’un être. D’où viennent cette précoce hardiesse intellectuelle, cette inversion, cette aptitude à être à la fois intensément présente et spectatrice froide, voire haineuse de la fête ? » La question restera énigme. Le Journal, année 1929 (cinquième tome publié par les éditions Claire Paulhan) commence l’année de ses trente ans, à New York ; en manque d’argent, en quête de drogue et d’alcool, amoureuse encore une fois, et encore une fois éconduite - [à Norma] « Ah, je n’ose plus rien dire, mais je donnerais bien mes deux poumons pour que tu m’aimes et veuilles bien, comme tu me l’as dit que je sois dans tes mains (18 février 1929) » -, souffrant d’une santé défaillante, à Paris à nouveau, hébergée par des amis, sans jamais de lieu fixe, revenue à un ennui et un désespoir sans fin, « je vis comme ma propre ombre dans un désordre et un abandon complet « août 1929) », Mireille Havet subjugue par l’acuité d’une écriture passionnelle, dépouillée jusqu’à l’os, tant elle se meurt pour la faire naître. Elle mourra en 1932, de tuberculose, dans un sanatorium, en Suisse. Éd. Claire Paulhan, 320 p., 32 €. Corinne Amar.

Récits

Darin Strauss, La moitié d’une vie Darin Strauss, La moitié d’une vie . Traduction de l’anglais (États-Unis) Aline Azoulay-Pacvon. Mai 1988, la vie de Darin Strauss bascule sur une route de Long Island. Sa voiture rentre en collision avec une jeune cycliste qui se déporte subitement. Le jeune homme de dix-huit ans ne peut rien faire. Les cheveux blond foncé qui s’étalent l’espace d’un instant sur son pare-brise sont ceux de Celine Zilke, une adolescente de seize ans, lycéenne dans le même établissement que lui. Dix-huit ans plus tard, le romancier américain qui a évalué chaque moment de son existence à l’aune de cette mort, s’engage dans un récit libérateur. Avec lucidité et sans aucun apitoiement, il traque l‘impact de ce drame et la nature de ce qui s’est déployé en lui à partir de là. « (...) le choc ne se réduit pas à un instant t. La secousse systémique dont vous faites l’expérience finit sans doute par s’estomper, mais l’onde de choc continue de vous secouer, de vous enfouir sous une chape qui étouffe tout. » L’écriture réactive chaque parcelle de sa mémoire : les détails de l’accident, sa stupéfaction dans les heures et les jours qui ont suivi, la confrontation avec les parents de la victime, le regard oppressant des autres, « leurs sentences muettes. » Sans indulgence, il scrute le tumulte de ses sentiments d’alors, son souci de se conformer à l’attitude qu’exige pareille circonstance, son désir de fuite en intégrant l’université et en gardant secret des années durant cet épisode tragique. Mais « On ne laisse rien derrière soi. Vous gardez tout en vous. » Darin Strauss livre une très belle et subtile réflexion sur la quête d’une vérité intime, sur le cheminement de la culpabilité, sur la façon dont elle influence une personnalité et des choix de vie, sur le temps et sur le pouvoir des mots. « Telle est la culpabilité, telle est la douleur : vous ne pouvez plus ignorer, et votre vie se modèle, s’enroule autour d’un événement comme le lierre autour d’une pierre. » Rivages, 208 p., 18,50 €. Élisabeth Miso

Arno Geiger, Le vieux roi Arno Geiger, Le vieux roi en son exil. Traduction de l’allemand Olivier Le Lay. « C’est une singulière configuration. Ce que je lui donne, il ne peut pas le retenir. Ce qu’il me donne, je le retiens de toutes mes forces. » Si la maladie d’Alzheimer s’attaque au cerveau de la personne atteinte, elle altère inévitablement les repères et les représentations mentales de ses proches. De l’étrange voyage au cœur de la démence de son père, Arno Geiger a su tirer un remarquable récit d’adaptation et de métamorphose. Quand la mémoire se fissure, quand le langage se dérobe, quand les lieux, les objets et les visages deviennent des contrées désespérément étrangères que peut-on inventer d’autre ? L’écrivain autrichien raconte tout cela, le temps du déni de la maladie, le temps de l’acceptation et de l’organisation pour lui ses deux frères et sa soeur, la terreur du malade, l’impuissance de l’entourage, les ajustements avec le quotidien, le glissement dans « une vie de fiction » pour maintenir coûte que coûte le dialogue. « Comme mon père n’a plus accès à mon univers, je dois jeter un pont vers le sien. Là-bas, dans les frontières de ses dispositions mentales, par-delà notre société tout entière tendue vers le pragmatisme et l’efficacité, il est encore un homme considérable (...). » Malgré la progression de la maladie « C’est comme si je voyais mon père se vider de son sang au ralenti (...) sa personnalité même s’écoule de lui goutte à goutte. », August Gieger a conservé une malice et une vivacité intellectuelle surprenantes qui donnent à leurs échanges une profondeur particulière. Comme en miroir des symptômes de son père, le fils constate certains changements personnels notables. Ses sentiments à l’égard de ce père autrefois perçu comme autoritaire, renfermé et indifférent ont évolué, laissant la place à une conscience aiguë de la prégnance de ce qui les lie. Concentré sur ces moments de grâce, Arno Gieger parvient à traduire toute la portée de ces retrouvailles définitivement arrachées à l’oubli par le filtre de la littérature. « Je ne voulais pas raconter son histoire après sa mort, je voulais écrire sur un vivant, je trouvais que mon père, comme tout homme, mérite que son destin reste ouvert. » Éd. Gallimard, Du monde entier, 192 p., 17,50 € (en librairie le 18 octobre). Élisabeth Miso

Romans

Cécile Guilbert, Réanimation Cécile Guilbert, Réanimation. Alors que Cécile Guilbert savoure le succès de son brillant Warhol Spirit, paru au printemps 2008, son mari est hospitalisé d’urgence. Le diagnostic tombe, cellulite cervicale, l’infection est telle qu’un coma artificiel s’impose. Face au corps incroyablement inerte de son mari (lui qui incarne à ses yeux le mouvement perpétuel) gisant sur son lit du service de réanimation, face à cette « vie foudroyée transformée en autre chose. Mort vivante ? Vie mourante ? », elle trouve dans le sommeil, la lecture et l’écriture la force de résister au manque de l’être aimé et de tenir à distance l’angoisse. Se complaire dans la douleur ou dans l’abattement ne lui ressemble guère. Elle le photographie avec l’appareil qu’il lui a confié avant d’entrer au bloc opératoire et tient un journal, ensemble de traces de la maladie qu’elle veut enregistrer pour lui. Curieusement une foule d’idées nouvelles et une vitalité inattendues se manifestent. « L’existence doit-elle dérailler pour que la pensée s’anime ? s’effondrer pour qu’un sursaut advienne ? » Inspirée par les écrivains qui ont nourri son imaginaire, par le thème du sommeil dans les contes ou les mythes et par les aphorismes d’Andy Warhol dont la figure fantomatique se superpose à l’apparence spectrale de son époux, elle laisse libre cours à ses pensées. Cécile Guilbert s’empare de ce matériau autobiographique, le recrée et à la lumière de ce que cette épreuve a affûté en elle, projette une vision de l’amour, de la vie, de la mort, de l’esprit et du corps d’une intelligence bouleversante. « Une maladie ne surgit-elle pas d’abord comme une nouveauté radicale, passionnante ? une perspective inédite sur la vie qui, faisant table rase de tout passé, excite par la configuration stupéfiante qu’elle insuffle au réel, aussi cruelle soit-elle ? » Éd. Grasset, 272 p., 18 €. Élisabeth Miso

Pauline Klein, Fermer l’oeil de la nuit Pauline Klein, Fermer l’œil de la nuit . « J’ai remis la lettre dans son enveloppe (...). Une fois dans le hall d’entrée, je l’ai glissée au hasard dans une des boîtes aux lettres (...). Il arrive parfois que l’on reçoive une lettre, un courrier avec un nom et un prénom si différents des nôtres, qu’on se demande comment le facteur a pu se tromper à ce point. Le facteur c’est moi. »
Mais ça, c’est la fin ! En fait, c’est l’histoire d’une jeune femme (la narratrice) qui emménage dans un nouvel appartement. Elle vit seule, on ne sait pas de quoi elle vit, elle ne fait pas grand chose de ses journées, du reste il ne lui arrive pas grand-chose, alors, elle s’intéresse aux autres, se prend de passion pour la vie des ses voisins, un couple d’artistes qu’elle épie à travers l’œil de bœuf de sa porte d’entrée. Il est peintre, elle est auteur. Telle une caméra invisible, elle entre dans leur vie, leur appartement, leurs dialogues. Elle apprend aussi qu’elle aurait un demi-frère, en prison ; ils s’écrivent de longues lettres, se parlent du père qu’ils auraient en commun ; et écrire, ça elle aime, alors elle écrit aussi sur la page Wikipédia consacrée au peintre. Un jour, celui-ci lui fait visiter son atelier. Sur la table, des têtes de poulets sont alignées qui attendent d’être crucifiées ; il crée ses œuvres à partir de viande avariée plongée dans du formol - « si l’art ne frappe pas le système nerveux ou l’aorte, il n’opère pas » -, explique t-il, tout en lui montrant ces petites têtes prêtes à être gélifiées comme les œufs. Jeu de langage et jeu de pistes, brouillage d’identités ; dans un texte bref et savoureux, drôle, inventif, l’auteur explore les frontières de l’art, ce rapport étrange, si subtil, à la chair, au corps, à la prison intérieure ou extérieure, au réel, à la fiction. Éd. Allia 127 p., 6 €. Corinne Amar.
Pauline Klein fait partie des douze nominés du Prix Wepler-Fondation La Poste 2012.

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Témoignage

Françoise Vittori, Nous au singulier Françoise Vittori, Nous au Singulier. Association Autour des Williams. Nous au Singulier nous fait découvrir et partager le quotidien d’une famille confrontée au handicap d’un enfant atteint du syndrome de Williams et Beuren, maladie génétique rare et orpheline, caractérisée par un retard mental et une malformation cardiaque. En faisant de sa fille partie trop tôt la narratrice de ce touchant témoignage, Françoise Vittori lui donne la parole de l’adulte qu’elle aurait dû devenir. Ainsi vues d’en haut, les grandes étapes de la vie de cette famille unie dans le drame et le combat sont décrites avec suspens et poésie.
Nous au Singulier aborde avec recul et sans pathos les difficultés de la vie quotidienne avec un enfant différent : l’enchevêtrement des formalités administratives, les rendez vous pathétiques avec des médecins souvent maladroits et le parcours du combattant que représente la scolarisation.
En juin 2010, Françoise Vittori publie à compte d’auteur Nous au singulier. En mai 2011, elle adresse une lettre à l’association Autour des Williams, dans laquelle elle fait part de son désir de lui céder les droits sur son livre. Conquise par le texte, l’association Autour des Williams envisage immédiatement une réédition de l’ouvrage. En mars 2012 est lancé l’appel à candidature pour la 7ème édition du Prix Handi-Livres. Créé en 2005 par la Mutuelle Intégrance, il est organisé depuis 2011 par le Fonds Handicap & Société par Intégrance et la Bibliothèque Nationale de France. En juin 2012, l’association apprend que Nous au singulier figure parmi les cinq ouvrages présélectionnés dans la catégorie « Biographie ». Le 1er octobre 2012, Françoise Vittori fait partie des cinq lauréats qui a reçu le Prix Handi-Livres 2012.
http://www.autourdeswilliams.org/j/...
http://www.handilivres.fr/laureats2...

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