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Catherine Robbe-Grillet
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

 

Catherine Robbe-Grillet Catherine Robbe-Grillet
© DR.

Catherine Robbe-Grillet est née en 1930 à Paris où elle a fait ses études secondaires (dans une institution religieuse, Notre-Dame-de-Sion) et ses études supérieures (HEC).
Un temps actrice de théâtre, de cinéma et photographe de plateau, elle a publié sous le nom de Jean de Berg, L’Image (Minuit, 1956), et sous celui de Jeanne de Berg, Cérémonies de femmes (Grasset, 1985) et Le Petit carnet perdu (Fayard, 2007).
Sous son propre nom, Catherine Robbe-Grillet est l’auteur de Entretien avec Jeanne de Berg (Les Impressions Nouvelles, 2002) et Jeune mariée : Journal, 1957-1962 (Fayard, 2004).
Viennent de paraître aux éditions Fayard, sa Correspondance (1951-1990) avec Alain Robbe-Grillet et un texte intitulé Alain.

Viennent de paraître aux éditions Fayard, la Correspondance que vous avez entretenue avec votre mari, Alain Robbe-Grillet, de 1951 à 1990 et un récit intitulé Alain dans lequel vous livrez des fragments de votre vie commune, de vos habitudes, où sont reproduits des passages de vos agendas, lettres et petits billets « (...) Tout peut faire archive ; chaque objet, au sens large, peut se concevoir comme une archive en devenir » écrivez-vous dans ce livre. Vous notez tout et vous avez le souci de l’archive... Pouvez-vous nous en expliquer la raison ?

Catherine Robbe-Grillet Ce souci de l’archive correspond au besoin de raconter la vie. Si je n’avais pas tout conservé, j’aurais l’impression de ne pas avoir vécu. Je ne sais pas comment fonctionne votre mémoire, mais moi, arrivée à mon âge, quand je regarde ma vie rétrospectivement, une sorte de vaste moutonnement nuageux se profile. Quelques sommets précis qui ont jalonné mon existence surgissent, mais sinon, l’effacement progressif des souvenirs laisse place à un horizon flou et il me semble qu’un rétrécissement se forme entre ma naissance et mon âge actuel, comme s’il ne s’était rien passé.
Grâce aux archives, grâce à l’écriture des agendas, tout se redéploie. Il m’arrive souvent de les relire et quand je m’arrête sur une date, une journée, c’est comme si je tirais le fil d’une bobine de laine. Les événements défilent à nouveau et se précisent. Soudain, je revois avec un regard amusé un épisode de notre vie, je me souviens avec plaisir d’un des nombreux voyages que j’ai fait avec Alain, des rencontres, des complicités conjugales, intellectuelles. J’ai donc l’impression d’avoir eu une vie pleine avec quelqu’un d’intéressant, d’intelligent, de cultivé. Pour certains, ce n’est pas très important de ne pas garder en mémoire leur existence, de ne pas fixer le temps sur du papier. Pour moi, c’est une véritable anxiété.

N’y a-t-il pas une certaine nostalgie parfois en relisant vos agendas ?

C. R-G. Non, pas de nostalgie mais plutôt l’impression d’avoir profité avec ardeur de mon existence. La relecture m’amuse d’autant plus que mon style est vivant. On me demande souvent comment je vis la disparition d’Alain et je réponds que j’ai l’impression qu’il est encore là car je suis obligée de penser à lui sans arrêt, pour de multiples raisons. A fortiori en ce moment, avec la publication de la Correspondance et du texte Alain ! Il faut dire aussi que nous étions très indépendants. Alain disait parfois que nous étions des « célibataires complices ». Ce n’est pas pour la vie courante qu’il me manque, c’est davantage pour l’échange intellectuel. Très souvent, je m’imagine pouvoir lui raconter ce que j’ai vu, fait ou lu, je songe à lui parler de tel ou tel livre, tel ou tel film qui serait susceptible de l’intéresser... J’avais avec lui une grande connivence.

Vous vous êtes beaucoup écrit et la correspondance témoigne précisément de cette complicité intellectuelle, d’une relation de confiance, d’un amour indéfectible. Elle révèle aussi le quotidien, les voyages, les rencontres, l’actualité littéraire, théâtrale, cinématographique, le contexte politique et historique des périodes comprises entre 1951 et 1990... Près de quarante ans de correspondance...

C. R-G. On s’écrivait évidemment quand on était séparé. Il y a donc des périodes où il n’y a pratiquement pas d’échanges épistolaires, tout simplement parce que nous étions constamment l’un avec l’autre. Entre 1965 et 1970, Alain tournait Trans-Europ-Express, L’Homme qui ment, L’Eden et après. On travaillait ensemble sur les films et il n’y avait pas de raison pour qu’on s’écrive. Les archives de ces années-là se réduisent à des petits mots écrits à la hâte qui concernent la vie quotidienne d’un couple. Mais par exemple, quand Alain était aux États-Unis pour dispenser ses cours, et moi en France, on échangeait beaucoup de lettres.
On se parlait de tout. De nos lectures, de nos sorties, de nos rencontres, de notre propriété en Normandie, des floraisons, du climat... J’ai eu une grande activité culturelle, j’allais beaucoup au théâtre, au cinéma, et je lui faisais part de mes sorties pour qu’il ait l’impression d’être avec moi. Lui m’évoquait ses conférences, les personnalités qu’il rencontrait, me racontait ce qu’il faisait aux États-Unis pour qu’à mon tour, j’aie la sensation d’être proche de lui. Il s’agit d’une correspondance très gaie. Au début de notre rencontre, j’étais méfiante, un peu distante. Il a eu beaucoup de mal à m’apprivoiser et les premières lettres le confirment. Puis, une grande complicité s’est installée entre nous. En relisant cette correspondance, j’ai revécu toute notre vie, depuis notre rencontre...

Il y a souvent beaucoup d’humour dans les lettres, les vôtres et celles d’Alain Robbe-Grillet. Je pense à une lettre de 1962 sous forme de tableau, une « classification dichotomique de vos sentiments » que vous avez écrite ensemble et adressée aux Fano, à une autre de 1952 dans laquelle vous écrivez : « J’ai trouvé, cher Alain, ta lettre tout à fait réussie. Tu mérites vraiment des compliments ; tu possèdes à fond l’art épistolaire et je pense que cet art a droit au titre de littérature, comme le roman, la poésie ou que sais-je encore ! »

C. R-G. Nous étions un couple enjoué et c’est pour cette raison que j’aie tenu à publier les petits billets dans Alain. Il s’agissait de billets doux ou informatifs déposés dans des endroits convenus quand nos horaires ne coïncidaient pas, comme, par exemple, lorsque je jouais au théâtre le soir et que je rentrais tard. Ces écrits sur des bouts de papier étaient presque toujours drôles. Alain signait « T’as le bonjour d’Alfred ! ». Il écrivait de très belles lettres et j’aime particulièrement celles qu’il m’a envoyées du Maroc où il se trouvait en mission pour l’administration des Eaux et Forêts. J’ai conservé aussi la correspondance qu’il adressait à sa famille quand il était au Service du travail obligatoire, au STO en Allemagne. Je pense qu’elle pourra faire l’objet d’une publication ultérieure. Il y a dans ces lettres de nombreuses et très intéressantes descriptions. Il avait vingt ans à l’époque et c’était déjà du Robbe-Grillet.

Qu’est-ce qui vous a poussée à publier votre Journal (Jeune mariée, Fayard, 2004) et aujourd’hui ce portrait Alain ainsi que la Correspondance ?

C. R-G. Cet amour indéfectible est une des raisons pour lesquelles j’ai voulu écrire Alain et publier la correspondance. Parce que j’ai eu l’impression que j’avais vécu avec lui des amours heureuses et transparentes. On s’est toujours tout raconté. Il n’y a pas eu de « pacte » entre Alain et moi à l’instar de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Il se trouve que ça s’est fait naturellement. Je voulais qu’il y ait un témoignage de cette complicité, de cette transparence. Montrer qu’un couple qui s’entend très bien et dans lequel il n’y a pas de grandes scènes de jalousie, de drames, de cachotteries est de l’ordre du possible. Dans mon Journal que j’ai tenu pendant cinq ans, de 1957 à 1962, je raconte des choses qui ne sont pas toujours à son avantage, tels ses moments d’impuissance - c’était très secret et je n’avais pas l’intention de le divulguer -, ou ses prises de positions pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est lui qui m’a poussée à publier ces pages. Alain voulait absolument que le Journal paraisse avant sa mort pour que ça n’est pas l’air d’être une trahison. Pour pouvoir dire « j’assume ce que Catherine raconte dans Jeune mariée ».

Pourquoi avoir « abandonné votre Journal en plein vol, à l’automne 1962 » ?

C. R-G. Ce Journal devenait une tâche pénible parce que je prenais du retard et que j’avais perpétuellement mauvaise conscience. Ce n’était pas supportable. Puis, j’ai recommencé à écrire de façon quotidienne car je voulais qu’il reste une trace de ma vie, mais je ne notais plus dans des cahiers où je pouvais m’étendre sur plusieurs pages sans avoir de limites. J’ai recommencé sous une autre forme, en utilisant des agendas qui me restreignent à une date, à une journée. Il m’arrive de tricher, je rajoute des « paperolles » comme disait Proust, mais tout de même, c’est beaucoup plus circonscrit et j’arrive à suivre. Jusqu’en 1998, il était évident que mes agendas étaient tout à fait intimes, rédigés pour moi seule, pour ma propre mémoire. Ensuite, j’ai su qu’ils iraient dans le fonds Robbe-Grillet à l’IMEC et je me suis demandé si la rédaction en serait désormais moins spontanée. En fait, je continue à raconter ma vie telle qu’elle est, ainsi que celle de Jeanne de Berg qui n’est pas à mettre entre toutes les mains !
Mes agendas ont une double fonction : garder une trace de ma vie comme je l’ai déjà évoqué, et être un peu l’historiographe d’Alain car je savais qu’il ne ressentait pas le besoin de fixer le déroulement de ses journées pour être certain d’avoir existé, puisque son œuvre est là pour témoigner.

En mai et juin 2002 a eu lieu à l‘Abbaye-aux-Dames (Caen) une exposition présentée par l’IMEC, intitulée « Alain Robbe-Grillet, le voyageur du Nouveau Roman », qui était au croisement de l’œuvre et de la biographie (un catalogue illustré a été réalisé à l’occasion de cette exposition). Votre Journal, vos carnets ont d’ailleurs permis de dater les événements...

C. R-G. Effectivement, mes agendas et mon Journal ont servi à établir une chronologie et à alimenter le catalogue de l’exposition organisée par l’IMEC. C’est à cette occasion que j’ai ressorti mes cahiers et que je les ai relus avec Alain qui les a trouvés intéressants et a insisté pour que je les publies. Jeune mariée, Journal 1957-1962 a donc été édité chez Fayard deux ans après l’exposition, en 2004. Je suis également l’auteur de la plupart des photographies qui ont été présentées à l’Abbaye-aux-Dames.

Est-ce que vous avez fait un choix de lettres pour l’édition de la correspondance ?

C. R-G. Il n’y a pas eu de sélection parmi les lettres (1037 feuillets) mais nous avons décidé de couper certains passages répétitifs qui concernent des éléments matériels, des choix de tissus, de fournisseurs, des problèmes d’intendance, etc. Aucune lettre n’a été supprimée parce qu’elle aurait pu être jugée inconvenante ou parce qu’elle aurait pu embarrasser quelqu’un. Les coupes à l’intérieur du texte ont été effectuées afin de rendre ce gros volume accessible et permettre une lecture plus fluide.

Avec Les Gommes, Alain Robbe-Grillet a imposé une écriture nouvelle qui allait faire de lui le chef de file du « Nouveau Roman ». Il a mis les personnages au second plan à la faveur des objets et des lieux. Le récit est atemporel, un mode de description du monde est mis en œuvre... Parlez-nous de cette écriture, qu’en avez-vous pensé à l’époque ?

C. R-G. À l’époque, j’étais beaucoup plus traditionnelle et je me souviens avoir écrit une lettre pleine d’admiration pour Les Mandarins (roman de Simone de Beauvoir publié en 1954). Je ne suis pas sûre que je porterais ce même jugement aujourd’hui. Je sortais d’une institution religieuse aristocratique - bien que je sois née dans un milieu modeste - où l’on est formé à des goûts classiques. Alain m’a ouvert l’esprit, m’a influencée ; ma façon de voir la littérature a peu à peu changé. On absorbe beaucoup de choses par osmose. Ce qui ne veut pas dire non plus que je me calquais sur ses goûts mais j’ai fini par les adopter. J’avais appris à savoir ce qui l’intéressait. Quand il a été élu au Prix Médicis, je suis devenue sa lectrice et je lui préparais une sélection de livres parmi tous ceux qu’il recevait.
Son roman, Les Gommes, paru en 1953, se proposait de détruire toutes les normes établies, mais gardait le caractère d’une enquête policière et il était finalement d’une lecture facile, contrairement à La Jalousie qui est une épure et qui m’a demandé un certain effort. Le narrateur n’est jamais explicitement mentionné dans ce roman, mais les événements sont racontés à travers son point de vue. Les sentiments de jalousie ne sont jamais dits, mais passent par la description folle, obsédante des objets qui l’entourent, des observations auxquelles il se livre en épiant sa femme. Ce texte qui a été un choc pour les lecteurs, dont le choix narratif était révolutionnaire, est devenu le plus célèbre des romans d’Alain Robbe-Grillet. Il exigeait un mode de lecture différent de celui des romans traditionnels et il a formé un lectorat.

Il y a différentes interprétations possibles dans ses romans comme dans le film L’Année dernière à Marienbad. Le lecteur ou le spectateur est convié à participer à l’histoire. L’auteur met ses lecteurs dans la position de découvrir par eux-mêmes le sens de l’œuvre...

C. R-G. Alain tenait à ce qu’il n’y ait jamais un sens fixe qui explique l’œuvre. Il voulait qu’il y ait plusieurs sens, mouvants, qu’il y ait des glissements, qu’un sens s’impose puis un autre et qu’à la fin du livre, il n’y en ait aucun qui prédomine. Il souhaitait donner une liberté au lecteur. Ainsi, le lecteur, ou le spectateur, qui n’est pas prisonnier d’un sens peut se sentir le narrateur.

L’Année dernière à Marienbad (1961) est d’une grande modernité tant du point de vue de la construction, du découpage que de la temporalité et fait écho à l’écriture du Nouveau Roman... Vous évoquez souvent ce film dans la correspondance et dans votre Journal.

C. R-G. J’ai vu de nombreuses fois L’Année dernière à Marienbad et j’ai beaucoup aimé ce film. Il m’a envoûtée. La bande sonore qui a été faite par Francis Seyrig, le frère de Delphine Seyrig, a participé à cet envoûtement. Elle est composée d’une musique d’orgue un peu sacrée qui fait très « cérémonie secrète », et qui s’apparente à une liturgie. C’est un film onirique où la structure temporelle narrative classique est remise en question. Il évoque l’immobilité du temps, l’angoisse de l’oubli...Il déconstruit la narration linéaire, à l’instar du Nouveau Roman.

Parlez-nous de la rencontre entre Alain Robbe-Grillet et Alain Resnais qui retrouvait dans les livres de votre mari quelque chose qui lui appartenait...

C. R-G. Alain Robbe-Grillet a rencontré Alain Resnais par l’intermédiaire des producteurs Pierre Coureau et Raymond Froment. Alain Resnais aimait travailler en collaboration avec des écrivains. Il avait déjà réalisé en 1956 le documentaire Nuit et Brouillard, sur les camps de concentration, scénarisé par Jean Cayrol, auteur des Poèmes de la nuit et du brouillard, et en 1959 Hiroshima mon amour dont les dialogues et le scénario sont de Marguerite Duras. Très rapidement, Alain lui a soumis quatre scénarios possibles et Resnais a choisi L’Année dernière qui est devenu L’Année dernière à Marienbad. Je ne me souviens pas des trois autres, mais on les retrouvera sans doute dans les archives.
Resnais a suggéré de très rares modifications au texte que lui a rendu Alain qui avait d’ailleurs le sentiment qu’il aurait pu faire les mêmes remarques. Il y avait entre eux une complète entente. Il faut souligner qu’Alain a écrit un découpage plan par plan et non un scénario. Resnais l’a accepté tel quel. Un jour, Michelangelo Antonioni avait contacté Alain pour lui proposer de rédiger un scénario. Alain n’avait pas pu satisfaire sa demande car lorsqu’il pensait à une histoire à filmer, il concevait déjà en images, avec tout ce que cela comporte de précisions sur les gestes, les décors, le mouvement des appareils ainsi que sur la succession des plans au montage. Avec un réalisateur qui n’avait pas besoin d’un découpage mais d’un simple scénario, ça ne pouvait pas fonctionner. Avant de commencer la réalisation, (son premier film, L’Immortelle est sorti en 1963) Alain était déjà cinéaste, même si L’Année dernière était son premier découpage de cinéma. Les quelques modifications que Resnais a effectuées ont, selon Alain, joué pour le succès du film. La bande son qu’il avait prévue était beaucoup plus raide, beaucoup moins plaisante que celle choisie par Resnais, et le grand ange blanc surexposé se substitue à une scène de viol. Alain Resnais a conservé autant que possible le découpage, les cadrages, les mouvements d’appareils indiqués, parce qu’il les sentait de la même façon qu’Alain.

Michel Fano a beaucoup travaillé avec Alain Robbe-Grillet, il a réalisé la partition sonore de presque tous ses films... Parlez-nous de cette longue collaboration...

C. R-G. Les possibilités de la caméra dans le domaine subjectif, imaginaire passionnaient Alain qui concevait le cinéma comme un moyen de recherche. Il explique dans un des articles du recueil Pour un Nouveau Roman, que ce qui échappait le plus aux pouvoirs de la littérature c’était « non pas tant l’image que la bande sonore - et surtout la possibilité d’agir sur deux sens à la fois, l’œil et l’oreille ». D’où le travail très intéressant qu’il a fait avec Michel Fano. Il y avait une complémentarité, ou pas, entre la bande sonore et l’écriture cinématographique, avec des écarts, un apport nouveau, qui pouvait être en contradiction avec l’image, ou ajouter un sens ironique. Michel Fano développait de nouvelles formes d’écoute et offrait au spectateur la possibilité de s’interroger sur l’influence, sur l’action que produit le sonore sur l’image et le récit. Ils ont travaillé ensemble depuis L’Immortelle. Michel Fano a écrit notamment la partition sonore de Trans-Europ-Express (1966), L’Homme qui ment (1968), L’Éden et après (1970), Glissements progressifs du plaisir (1974), Le Jeu avec le Feu (1974). Il était libre dans sa création mais c’était aussi, bien entendu, un travail en commun.

Vous avez été photographe de plateau et actrice dans les films d’Alain Robbe-Grillet...

C. R-G. J’ai collaboré à presque tous ses films, soit en tant qu’assistante, je repérais des décors - pour L’Immortelle, j’ai dessiné les costumes -, soit en tant qu’actrice ou photographe de plateau. Alain a toujours fait du son indirect, postsynchronisé, et je pouvais donc déclencher mon appareil photo pendant les prises, ce qui est bien sûr plus intéressant puisque les acteurs sont en plein jeu. Il m’est arrivé aussi de tenir le rôle de l’intermédiaire entre lui et les acteurs pendant le tournage. Après L’Immortelle, il avait pris l’habitude d’écrire au jour le jour les séquences en fonction de ce qui avait été tourné. Le soir, il n’était donc pas question qu’il se mêle à l’équipe, il devait travailler. Les acteurs, et plus particulièrement les jeunes actrices qui parfois n’étaient pas à l’aise dans une scène où il fallait tourner dénudé m’adressaient ainsi leurs doléances que je communiquais à Alain. Aussi, il ne forçait jamais quelqu’un qui n’avait pas envie de jouer une scène et il la modifiait.

Vous avez écrit deux livres sous les pseudonymes de Jean, puis Jeanne de Berg, (L’Image, Minuit, 1956, et Cérémonies de femmes, Grasset, 1985). Qu’est-ce qui vous a décidé à écrire ?

C. R-G. Le premier est un roman et le second un témoignage. Dans Cérémonies de femme, j’ai vécu tout ce que je raconte. Jean-Luc Hennig, sous l’impulsion de qui Grisélidis Réal - pour qui j’ai beaucoup de respect - a écrit La Passe imaginaire et Les Sphinx, m’a interviewée à propos des cérémonies sadomasochistes que j’organisais. À la suite de ces entretiens, Alain m’a incitée à raconter par écrit ces soirées théâtralisées pour leur donner une suite littéraire. Jérôme Lindon m’a aussi encouragée à les écrire.

......

Lundi 5 novembre à 19h30
Centre national du livre

Rencontre avec Catherine Robbe-Grillet à l’occasion de la parution de Alain (Fayard). Catherine Robbe-Grillet évoquera également son recueil de Correspondance 1951-1990 avec Alain Robbe-Grillet paru en même temps.
Rencontre animée par Jean-Claude Perrier.
CNL - Hôtel d’Avejan
53 rue de Verneuil 75007 Paris
Réserver : 01 49 54 68 65
Entrée libre dans la limite des places disponibles


Sites internet

Éditions Fayard
http://www.fayard.fr

Les éditions de Minuit - Alain Robbe-Grillet
http://www.leseditionsdeminuit.com/...

Alain Robbe-Grillet - bibliographie
http://aix1.uottawa.ca/~cmilat/bibl...

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