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Discours de Leslie Kaplan, lauréate du Prix Wepler Fondation La Poste 2012

 

Prix Wepler 2012 3 De gauche à droite :
Jakuta Alikavazovic, Leslie Kaplan et Jean-Paul Bailly, Président du Groupe La Poste et de la Fondation La Poste.
Brasserie Wepler, Paris 18e
Photo. David Raynal

Chers amis, je suis très heureuse d’être là aujourd’hui pour cette remise du Prix Wepler, et je veux d’abord remercier Marie Rose Guarniéri, la Fondation La Poste et tous les membres du jury. Cela me fait particulièrement plaisir de recevoir un prix où est impliquée au premier chef une librairie indépendante... Depuis que je publie j’ai toujours été soutenue par des libraires qui aiment la littérature, et là, depuis la rentrée de septembre, j’ai un peu sillonné la France de Niort à Bordeaux, et de Mantes à Tarbes et à Lourdes et à Cluny, et j’ai eu l’occasion de vérifier encore une fois à quel point les libraires sont des défenseurs du livre, engagés dans leur travail, leur mission, faire vivre la littérature, toute la littérature, et spécialement la littérature d’aujourd’hui. Ma pensée va aussi à mon éditeur, Paul Otchakovski-Laurens, avec qui j’ai une relation de travail et de confiance qui date de mon tout premier livre, et qui a depuis toujours une conception de la littérature où esthétique et éthique sont liées, fondées sur la recherche et la reconnaissance de ce que peut être une vérité singulière. Et je suis très contente que ce soit précisément ce livre, Millefeuille, qui soit primé. Pour moi la littérature a toujours été une affaire à la fois très sérieuse et très joyeuse, c’est à dire une affaire de pensée. Dans ce livre il s’agit justement d’un vieux professeur de littérature à la retraite, qui aime Shakespeare, qui écrit sur les Rois, un homme qui est devant la mort et qui se bat pour rester parmi les vivants. Pendant l’été il traverse une crise existentielle, et il se pose avec angoisse toutes sortes de questions, que tout le monde peut se poser, sur la filiation, la transmission, l’identité. Qui est-on quand on perd les attributs que la société vous a accordés ? Comment faire, avec ses enfants, avec des jeunes gens plus ou moins perdus que l’on peut rencontrer par hasard ? Qu’est-ce qui reste, quand on disparaît ?
Pour moi c’est un personnage très actuel, en plein dans les contradictions du monde dans lequel nous vivons, et qui est même emblématique du tragique contemporain. Les difficultés de la filiation, de la transmission, et même de l’identité, ne sont pas des questions seulement de maintenant, mais il me semble que le monde actuel, le relâchement des liens, la solitude, l’isolement, les rendent plus aigües.
Écrire de la littérature est une façon de penser, c’est penser avec des mots, pas des concepts, pas des images, et les mots circulent toujours sur plusieurs plans, le conscient et l’inconscient, le son et le sens, ce qui se répète et ce qui change. Cette façon de penser s’attache au détail, refuse ce que j’ai appelé « la catégorie, la case, et le cas », le discours, le cliché, le consensus, la norme, avec tout ce que ce consensus, ce cliché, cette norme comporte de vide, de rappel à l’ordre, d’agressivité. La littérature tient toujours compte de l’inquiétude, et du caractère multidimensionnel de l’expérience humaine, de toutes les contradictions, de tous les contraires, de toutes les couches du réel, de la folie possible, du meurtre, du vide, et elle cherche comment ne pas reconduire le monde tel qu’il est. Elle passe ailleurs, elle déplace. Comme l’a dit Rilke, elle « fait des choses avec l’angoisse ». Ou comme l’a dit autrement Kafka, dans une phrase que j’ai souvent citée, « écrire, c’est sauter en dehors de la rangée des assassins ».
Le plaisir d’écrire, et le plaisir de lire, c’est le plaisir d’être éveillé, perdu, réveillé. La littérature est une façon de penser en tenant compte de sa sensibilité, elle veut ajouter un autre réel au réel du monde, un objet fini et pourtant infini, un livre en somme, toujours ouvert.

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