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1914-1918 -Le Temps de nous aimer Par Corinne Amar

 

1914-1918, Le Temps de nous aimer À l’heure où je t’écris ce matin, l’heure grave a sonné. (...) En principe et par-dessus tout il reste entendu que si tu pars, je pars. Nous partons ensemble et restons ensemble. Je t’embrasse de tout mon cœur, compte sur moi, je compte sur toi. Ton papa.
En septembre 1914, un père et son fils s’engagent comme simples soldats pour la durée de la guerre. À Verdun, dans la Somme, dans l’Aisne ; ils ont choisi l’artillerie, ils servent côte à côte, au même canon. Amour de toujours et fusionnel. Absence de mère. Avant que la guerre n’éclate, Victor, le père, ancien gouverneur des colonies, ardent républicain épris de justice et d’humanité, est à la retraite, cultive son jardin, en Dordogne. Dandy au port martial, arborant une longue barbe blanche, il a soixante-deux ans. Robert, son fils de vingt-six ans, critique d’art à Paris, fin dessinateur, secrétaire du musée de Cluny, a tout juste épousé Denise, qu’il appelle « Kikite », jeune fille croisée dans son immeuble, enfant douée, premier prix de violon du Conservatoire de Paris. Les deux hommes partent le 8 septembre pour Poitiers. Le même jour, Robert commence sa longue correspondance à sa femme qu’il ne cessera d’adorer, à qui il ne cessera d’écrire, lui contant par le menu, avec humour et précision, avec un talent sûr pour l’écriture et la vie, l’horreur, les péripéties, l’histoire et le quotidien de cette grande guerre : Ce matin, j’ai livré ma tête à la tondeuse, ce qui me change considérablement et me rajeunit ce qui fait tordre papa. Mais il y a un détail à noter : j’ai surtout demandé l’artillerie à cause de papa qui évite ainsi les sacs et les marches.
Puis, viennent, petit à petit, des lettres de Victor  ; [17 janvier] Ma chère Denise, Je vous écris aujourd’hui parce que Robert est occupé par un changement de position dans sa pièce. Si vous le voyiez, vos yeux deviendraient des portes cochères. Ce n’est plus un homme mais un amas de boue. (...). C’est à Kikite, « la petite idole adorée » qu’ils écriront tous les deux, et quasi quotidiennement, jusqu’en décembre 1918, un millier de lettres amoureuses, affectueuses, ferventes par-dessus tout.
Victor, en permission à Paris, pour une mission, début 1916, logé chez Denise, était tombé amoureux de sa bru, et Robert le comprenait tout à fait. Elle répondait à chacune de leurs lettres qu’elle conservait, toutes précieusement classées, muse essentielle dans la vie des deux hommes, et qui savait dire de Victor : - Ah Victor était un curieux personnage... pour lui les femmes étaient des êtres extraordinaires... des êtres à part. Ils brûlaient ses lettres de peur qu’elles ne tombent aux mains de l’ennemi, ils joignaient aux leurs des flots de photographies d’eux, des dessins humoristiques, des fleurs séchées... Ils traversèrent la guerre, la dépassèrent. Tous les trois. Magnifique travail de l’auteur, petit-fils et arrière-petit-fils de Robert et Victor : un très bel ouvrage.

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Thierry Secretan
1914-1918 - Le Temps de nous aimer
Robert, Denise et Victor, courriers de guerre

Éditions La Martinière, 18 octobre 2012 333 pages, 35 €

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