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Edito du 7 mars 2001

Monsieur le percepteur...

sylvainjouty3

Il est certainement plus agréable de rédiger une déclaration d’amour (voir le numéro 8 de Correspondances) qu’une déclaration d’impôts. Mais rien n’oblige le misanthrope ou l’ermite à écrire la première. La seconde, à l’inverse, tout Français se doit de l’écrire, contraint, forcé et un tantinet énervé, au mois de mars, de préférence à la dernière minute (31 mars, minuit !), à une époque où chacun préférerait penser aux primevères, aux premiers beaux jours et aux congés de Pâques plutôt qu’à de mesquines histoires d’argent. Voici un grief de taille à mettre au compte du désamour si souvent constaté des Français envers l’Etat : L’Etat ne nous écrit pas de lettre d’amour, il nous demande une déclaration d’impôts ! Bref, il ne sait pas se faire aimer. Et peut-être est-ce mieux ainsi : quand il y parvient, cela donne le 1984 d’Orwell.

A vrai dire la déclaration d’impôt est un genre assez contraignant. La fantaisie n’y est guère de mise, et on se gardera d’y pratiquer la fiction. En effet les inspecteurs des impôts font preuve d’une attitude assez vieillotte et au fond peu scientifique, en exigeant que notre déclaration soit absolument conforme à une "réalité" dont, pourtant, philosophes et romanciers ont depuis longtemps prouvé qu’elle était impossible à cerner. Une telle ignorance des derniers acquis des sciences humaines est, de la part de hauts fonctionnaires, tout à fait choquante !

Pourtant cette correspondance est plus proche de la littérature que d’autres courriers bureaucratiques. On n’en veut pour preuve que la présentation du livre Réussir le concours d’agent de constatation ou d’assiette des impôts, qui précise que ce concours est "plus difficile que les autres, en raison de la nature des épreuves (en particulier celle de français, constituée d’un texte littéraire)". Car le pire, au fond, dans nos rapports épistolaires avec les impôts, c’est quand ceux-ci commencent à nous écrire personnellement... Ah, s’ils savaient nous répondre comme certains de nos lecteurs (trices) ! Sylvain Jouty