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Dernières parutions novembre 2012 Par Elisabeth Miso

 

Récits

Jorge Semprun, Exercice de survie Jorge Semprun, Exercices de survie. Introduction Régis Debray. Publié à titre posthume, Exercices de survie devait être le premier volume d’un projet littéraire autobiographique. L’idée de Jorge Semprun était de se pencher à nouveau sur le matériau intime de ses précédents ouvrages, et de l’examiner cette fois, d’articuler une pensée à la lumière d’un thème particulier par volet. Dans ce premier texte inachevé, dont le fil conducteur est la torture, l’écrivain espagnol convoque sa jeunesse, son passé de résistant et de détenu à Buchenwald, ses années de combat communiste contre la dictature de Franco. Membre du réseau Jean-Marie Action dirigé par Henri Frager, il a vingt ans en 1943 quand il est arrêté à Joigny et interrogé par la Gestapo à Auxerre. Aucun récit, aucune description ne prépare à la torture, « (...) la torture est imprévisible, imprédictible, dans ses effets, dans ses ravages, ses conséquences sur l’identité corporelle. » Au-delà de la souffrance ce que retient l’auteur du Grand voyage et de L’Écriture ou la vie, c’est cette conscience inouïe de la réalité de son propre corps et « une expérience de solidarité autant que de solitude. » « Le silence auquel on s’accroche, contre lequel on s’arc-boute en serrant les dents, en essayant de s’évader par l’imagination ou la mémoire de son propre corps, son misérable corps, ce silence est riche de toutes les voix, toutes les vies qu’il protège, auxquelles il permet de continuer à vivre. » Précieux silence, dont il mesurera à son tour toute la valeur, quand d’autres auront le courage de se taire, lui permettant de ne jamais être inquiété pendant ses dix années de clandestinité à Madrid. De son internement à Buchenwald, il fait ressurgir une conversation philosophique avec Henri Frager sur le sens à donner à la torture, à la survie et la grâce, l’incomparable réconfort de la voix d’un certain Widerman chantant du Trenet dans les haut-parleurs du camp. Ce parcours périlleux, cette vie pleine de risques et d’actions qui distingue du « commun des mortels », Semprun n’en tire aucune gloire personnelle. L’ambition est ailleurs, chaque parcelle de mémoire réactivée alimente une réflexion sur les liens ténus entre destin individuel et histoire politique, célèbre la force de la vie et de l’esprit, la force de l’engagement et de la fraternité face à l’adversité, à la barbarie. Éd. Gallimard, Collection Blanche, 112 p., 11,90 €. Élisabeth Miso

Diane de Margerie, Passion de l’enigme Diane de Margerie, Passion de l’énigme. « On est à soi-même sa propre énigme. De là vient la passion de l’enquête. » Fascinée par l’invisible, par « la présence des morts, des actes extrêmes comme le crime et le suicide. », par les ressorts conscients ou inconscients qui régissent les comportements humains, Diane de Margerie a développé depuis l’enfance une passion pour l’énigme. Ses lectures de Conan Doyle, De Quincey, Proust, James, aux auteurs italiens ou japonais, ont nourri ce goût de l’enquête. Pékin, Shanghai, Berlin, Londres, Paris, Rome, partout où elle a vécu elle n’a cessé de vouloir « déceler les mobiles » qui mènent à l’élévation spirituelle ou au Mal, de sonder l’ambivalence humaine, de s’interroger sur les forces en présence : d’un côté la puissance poétique et créatrice de l’autre la cruauté à l’œuvre dans ce monde. Le contexte familial lui a ouvert tout un champ de questionnements. Les lettres d’amour adressées à sa grand-mère Henriette, le journal de sa mère proche de Giraudoux et de Valéry, les Mémoires de son père diplomate, neveu d’Edmond Rostand, avec qui elle partage « ce goût de la recherche et du regard jeté sur le passé », sont autant de sources d’inspiration et de traces des origines que la preuve d’un destin familial ancré dans l’écriture. La littérature occupe une place centrale, l’auteur aborde notamment les premières incertitudes du processus complexe de l’écriture, quand l’idée de mêler l’imaginaire à la réalité lui paraissait impossible et le rôle libérateur qu’a alors joué son ami Alberto Moravia. Au fil des ravissements littéraires, des lieux imprimés en elle et des indices sur sa trajectoire personnelle, Diane de Margerie scrute les différentes formes que revêt son attirance pour le mystère dans sa vie intime et dans sa relation à la littérature. Éd. Mercure de France, Traits et Portraits, 152 p., 16,80 €. Élisabeth Miso

Lorenza Foschini, Le manteau de Proust Lorenza Foschini, Le manteau de Proust. Histoire d’une obsession littéraire . Nouvelle édition, nouvelle traduction par Danièle Valin. C’est l’histoire de la vie du manteau de Proust, le fameux, celui qu’il ne quittait ni de jour ni de nuit, ni d’hiver, ni d’été, et dont on apprend qu’il repose aujourd’hui - un manteau de laine gris tourterelle, croisé, fermé par une double série de trois boutons, à l’intérieur doublé de loutre râpée et mangée par les mites, qu’il repose oui, entre des feuilles de papier de soie, au fond d’une grande boîte à l’odeur de camphre et de naphtaline et à l’abri de tous les yeux - car trop fragile pour être exposé -, dans les réserves du musée Carnavalet, à Paris.
Son auteur, Lorenza Foschini, avec le talent de l’écrivain, journaliste, qu’elle est, et tout autant de la conteuse, nous dit comment un jour, alors qu’elle interviewait le célèbre costumier de Luchino Visconti, Piero Tosi, elle en vint à évoquer avec lui la mémoire de Proust et ces repérages qu’il eut à faire dans Paris, à propos d’un projet fou, sinon irréalisable, de Visconti d’adapter au cinéma La Recherche. Il fit alors cette étonnante rencontre ; il rencontra Jacques Guérin, et Jacques Guérin était le plus grand collectionneur proustien qui fût... Éd. La Table Ronde, 136 p., 15 €. Corinne Amar
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http://www.fondationlaposte.org/art...

Romans

Marie-Hélène Lafon, Les Pays Marie-Hélène Lafon, Les Pays. De quoi sommes-nous faits ? Qu’emportons-nous avec nous quels que soient nos choix de vie de notre pays d’origine ? Quelles traces gardons-nous des paysages, des lieux et des êtres de notre enfance ? Claire la jeune femme qui quitte la ferme familiale de son Cantal natal pour étudier les lettres classiques à la capitale, découvre un territoire et un mode de vie totalement inconnus qu’il va lui falloir apprivoiser. Poussée par la certitude que le monde rural est voué à disparaître, elle rêve d’autres horizons où elle trouverait sa place, « (...) dans son sang et sous sa peau, étaient infusées des impressions fortes qui faisaient paysage et composaient le monde, on avait ça en soi, et il fallait élargir sa vie, la gagner et l’élargir, par le seul et muet truchement des livres. » Cette bourse qu’elle a obtenue, elle compte bien ne pas la perdre et travaille donc d’arrache-pied. À Paris tout est différent, le rapport au temps, le langage des corps, la promiscuité, les odeurs, les sujets de conversation. À la Sorbonne, elle mesure tout ce qui la sépare de ces étudiants bourgeois et cultivés, étonnamment à l’aise pour exprimer leurs idées. Le roman raconte ce passage de l’univers paysan à l’univers citadin, ce passage du silence à la parole, ce dépaysement, ce déracinement volontaire et la capacité de se réinventer sans renier pour autant le monde d’où l’on vient. Marie-Hélène Lafon a mis beaucoup d’elle-même dans son héroïne et confirme avec ce nouveau roman sa perception profondément terrienne et sensuelle des choses, sa proximité évidente avec les livres et la langue. Éd. Buchet-Chastel, 208 p., 15 €. Élisabeth Miso

La femme vertueuse M. l’A. D. L. G., La femme vertueuse ou le débauché converti par l’amour . Édition établie, présentée et annotée par Claudine Brécourt-Villars. Selon Claudine Brécourt-Villars, à l’origine de la réédition de ce roman épistolaire, l’auteur dissimulé derrière les initiales M. l’A. D. L. G serait vraisemblablement le marquis de Luchet (1739-1792), un proche de Voltaire et de Choderlos de Laclos. Publié en 1787, cinq ans après Les Liaisons Dangereuses l’ouvrage réunit quelques figures caractéristiques de la littérature libertine du XVIIIème siècle : le libertin vaincu par l’amour, le libertin conquérant qui ne voit dans la constance amoureuse qu’aliénation et perversion de l’âme, et la femme vertueuse trophée de choix du libertin. Le Marquis d’Alozan transformé par le vif amour que fait naître en lui la Comtesse d’Ozanbrun, renonce à sa vie de débauché au grand désespoir de son ami le Chevalier de Marmeuil, qui tente de le ramener à la raison par tous les stratagèmes. La Comtesse d’Ozanbrun très éprise mais soucieuse de préserver sa vertu et d’écouter son devoir, confie à la Marquise de Montclair la nature de ses tourments. Le chassé-croisé des lettres suit les multiples rebondissements de l’intrigue, dévoile l’évolution des sentiments des différents protagonistes et déploie cette idée chère aux écrivains libertins du Siècle des Lumières, que la connaissance et le progrès de la pensée passent par le corps, par le plaisir des sens. Éd. La Table Ronde, La Petite Vermillon, 340 p., 8,70 €. Élisabeth Miso

Correspondances

Raymond Radiguet, Lettres retrouvées Raymond Radiguet, Lettres retrouvées. Édition établie par Chloé Radiguet et Julien Cendres. Une fièvre typhoïde l’emporte à vingt ans, en décembre 1923, alors qu’il laisse déjà une œuvre prodigieuse de précocité ; deux romans mémorables, Le Diable au corps et Le Bal du Comte d’Orgel, de la poésie, des dessins, des pièces de théâtre, des articles journalistiques, une collaboration à deux livrets d’opéra... Celui qui eut, à quatorze ans, une liaison avec la jeune femme mariée qui inspira Le Diable au corps et se lia avec tous les artistes de Montparnasse, de Max Jacob à Cocteau, Breton, Picasso, Aragon ou encore, le mécène Jacques Doucet, entreprit très tôt de se consacrer à l’écriture. Les éditions Omnibus lui rendent hommage, en publiant à la fois, ses Œuvres Complètes (romans, poèmes, pièces de théâtre, essais, contes) et sa correspondance ; cent-quarante lettres adressées à une trentaine de destinataires. C’est un jeune homme soucieux de se faire connaître, qui écrit à Guillaume Apollinaire : « Cher Maître, Trouverez-vous quelque intérêt à cet essai en prose d’un tout jeune - j’ai dix-sept ans - ? » (11 septembre 1918), se vieillissant de deux ans ; qui prie Jacques Doucet (ce dernier l’ayant pris sous son aile) de lui acheter un de ses manuscrits « ornés d’aquarelles », afin de pouvoir offrir pour le Nouvel An « à certaines personnes de mes amies quelques fleurs ou quelques bonbons », lui envoie une chronique commandée, lui confie qu’il est en train d’écrire un roman :
« (...) Je suis vraiment heureux de faire ces chroniques pour vous, car cela me donne le goût d’écrire en prose, ce qui est, je crois, fort utile. Ainsi, si par hasard, mon premier roman était intéressant, c’est vous que je devrais remercier, car vous m’avez donné l’idée d’écrire en prose (22 décembre 1919). Le Diable au corps vient de naître. Éd. Omnibus, 445 p. 21 €. Corinne Amar

Autobiographies

Santiago H Santiago H. Amigorena, La première défaite . De quelle couleur est la douleur ? Quel est le goût de la souffrance ? Quelle forme exacte a le désespoir ? (p.11). La première défaite est le récit passionnel d’une histoire d’amour et de sa rupture, du souvenir vivace trente ans après de cet amour, et du pouvoir hypnotique du passé lorsqu’il revient habiter le présent aussi intensément que s’il n’y avait que lui. Après que Philippine a décidé de la fin de notre amour, j’ai aimé Philippine pendant quatre ans. Pendant quatre ans, j’ai consacré chaque heure du jour et de la nuit à une seule activité : l’aimer. Il est dit « Roman », et il se conjugue en formes multiples ; Journal, poèmes, monologues, dialogues ou encore, insomnies, voyages, errances, larmes, souffrance, jouissance de cette souffrance. Tout est bon à la mémoire - et même, si tous les jours ressemblent à des dimanches de pluie - pour tout retenir, tout garder ; encenser l’absente, vénérer le souvenir. C’est une ode à l’amour perdu, revécu, six-cent trente-trois pages ou le récit minutieux, compulsif, d’une passion pour une jeune comédienne, née sur les bancs du lycée, éteinte, deux ans plus tard. Enfermé dans son minuscule studio de l’île Saint-Louis, escargot narcissique, clos en l’amour de sa blessure, en l’amour de son amour, Santiago brûle des centaines de poèmes, pleure, s’abîme, refuse l’oubli, ne trouve de répit à son désespoir amoureux que dans l’écriture, sa seule planche de salut - l’écriture qui préserve la vie. Comment survivre à une histoire ? Comment oublier ? Pourquoi se souvenir ? Pour mieux convoquer l’oubli...Peut-être. Écrire devient une obsession, et le ferment littéraire d’un projet autobiographique entrepris il y a près de quinze ans (cinq titres ont déjà paru chez le même éditeur) Éd. P.O.L., 633 p. 25 €. Corinne Amar

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