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Jakuta Alikavazovic, La blonde et le bunker - Mention spéciale

 

Jakuta Aikavazovic, La blonde et le bunker Un jeune homme réfugié dans les collections permanentes du Centre Pompidou, croise par hasard une femme mystérieuse et blonde, fille naturelle d’Ernest Hemingway (sinon de son sosie), photographe connue que les éclairages artificiels et blêmes fascinent, et qui travaille sur ces lumières de fin du monde. Peu après, il emménage chez elle. Une étrange cohabitation s’opère, dans cette maison au mobilier « beau et froid, élégant et inflammable », sorte de bunker sur deux niveaux qu’elle partage, de surcroît, avec son ex mari, John, ex-écrivain à succès d’une seule œuvre et qui passe beaucoup de temps à réaménager sa bibliothèque. Gray se laisse faire, Gray est amoureux, Anna, non. « Anna lui céda, au rez-de-chaussée (tout près de la porte d’entrée, comme s’il appartenait à la lisière, à un espace de transition) une chambre d’amis à lit simple (...). Elle lui rendait visite de temps en temps, et il était entendu qu’il serait dans sa chambre lorsqu’elle souhaiterait le voir. (...) Ainsi de la situation délicate dans laquelle elle mettait Gray, de leur arrangement un peu étrange - eux au rez-de-chaussée, son ex-mari au sous-sol (...) (p.19). » Des vies originales se croisent, électrons libres et pourtant, liés par des fils invisibles où s’emmêlent des réflexions sur la photographie, le cinéma, l’art en général et son souci de conservation, la perte, la disparition, le mythe d’Eurydice, d’autres mythes... Une photographie grand format qu’Anna vient régulièrement détruire, représentant John signant un autographe sur le front d’une jeune femme blonde qui lui ressemble intrigue Gray, tout comme la quête d’une collection d’art, éphémère sinon fugitive - des « œuvres qui ne sont pas faites pour être vues » - connue de seuls initiés, qu’il est chargé, par l’ex mari - mort entre temps, qui lui a légué une ligne de testament - de retrouver de par le monde. Et le monde le conduira à Venise, sous la pluie en automne, dans un palazzo de second ordre, devisant avec un historien d’art spécialiste des œuvres disparues, et accompagné d’une jeune fille évanescente aux cheveux sombres qui l’appelle Professeur. Liberté de ton et de formes que ce roman, imbroglio de situations, puzzle à l’endroit, à l’envers (il manquera toujours une pièce), présent, passé se conjuguant, héros, anti-héros, beauté et froideur confondues ; quelque chose du roman noir dans La blonde et le bunker. Qui est vraiment Gray ? Nous ne le saurons pas, mais le couple de la femme fatale et du mari embarrassant, exerce sur l’amant une fascination certaine, lequel veut saisir l’insaisissable sur un cliché noir et blanc brillant. « (À présent, elle le recevait dans sa chambre à elle.) Elle est jalouse de l’inconnue, elle est encore jalouse, alors même qu’elle a fini par l’avoir son écrivain, pensa Gray. Il l’attira à lui, al tint dans ses bras - cette femme aux yeux étranges - et un instant, il fut heureux. Elle est moins belle que toi, dit-il, sans savoir lui-même s’il était sincère. Mais il y a un air de famille indéniablement. Ça pourrait être toi. (p.63) ». Énigme sans fin du désir.

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Jakuta Alikavazovic
La blonde et le bunker
Éditions de L’Olivier
Mention spéciale du Jury du Prix Wepler Fondation La Poste 2012

Jakuta Alikavazovic, née en 1979, est une romancière française. Son roman Corps volatils, publié aux éditions de l’Olivier en 2007, remporte le prix Goncourt du premier roman.

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Extrait choisi

Jakuta Alikavazovic
La Blonde et le bunker
Éditions de L’Olivier
Mention Spéciale du Jury 2012

Il hésita à quitter la capitale et, pour finir, chercha refuge au Centre Pompidou (...) Plus tard, il mentirait toujours, systématiquement et par principe, sur leur rencontre.
Il la croisa plusieurs fois. Un jour, il la suivit. Elle portait du blanc, ses cheveux étaient blond platine, vaporeux, un nom venait à l’esprit évidemment, qu’il est interdit d’évoquer (peur panique de la facilité). Elle était là comme chez elle. Elle le baisa dans les toilettes, sous les néons, dans une lumière qui ne pardonnait rien ; il se dit par la suite qu’il ne la vit jamais d’aussi près. Elle était appuyée sur le plan d’eau, lui debout entre ses jambes. Ils se parlèrent plus tard, pour le moment il s’efforçait d’éviter son propre reflet. Elle, qui tournait le dos au miroir (hasard, prudence ou préméditation), était entièrement dans l’instant ; lui en revanche ne pouvait se séparer de lui-même qui se regardait faire. Il ne se reconnaissait pas, il lui semblait qu’ils étaient trois, il eut du mal à jouir. Ensuite il s’inquiéta de savoir si la scène avait été filmée. Elle s’appelait Anna. Elle savait tant de choses dont elle ne lui dit rien ; pas un mot.

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