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Dernières parutions décembre 2012 Par Elisabeth Miso

 

Biographies/Entretiens

Matteo Collura, Leonardo Sciascia Matteo Collura, Leonardo Sciascia, La difficulté d’être sicilien. Traduction de l’italien Joseph Donato. « Pour ce qui me concerne, je retiens qu’un écrivain est un homme qui vit et qui fait vivre la vérité, qui extrait le simple du complexe, qui double et redouble - pour lui-même et pour les autres - le plaisir de vivre. Même quand il lui arrive de représenter des choses terribles. » Leonardo Sciascia (1921-1989), né à Racalmuto petit bourg de la province d’Agrigente, dans cette Sicile occidentale où la misère est telle que le destin de mineur de soufrière peut sembler plus enviable que la triste condition de paysan, grandit entouré essentiellement de femmes qui décryptent entre elles tous les événements locaux et nationaux. Au fil des histoires ainsi commentées ayant pour toile de fond le fascisme, la corruption ou les crimes mafieux, le jeune Sciascia se forge très tôt un avis sur l’identité sicilienne et italienne. Les livres lui ouvrent d’autres horizons que celui fort rétréci de son village, mais même quand il résidera ailleurs, Racalmuto restera toujours pour lui « le meilleur observatoire des choses siciliennes. » Il choisit de faire de la littérature le cœur de son existence, et son ambition intellectuelle et ses convictions humanistes nourries des écrits de Diderot, de Voltaire, de Montaigne, de Pirandello, de Stendhal, de Brancati ou de Manzoni, le portent naturellement vers un engagement politique, au point de devenir l’une des voix les plus marquantes de l’Italie de la seconde moitié du XXème siècle. Matteo Collura, journaliste au Corriere della Sera, écrivain et ami de Sciascia, esquisse un portrait tout en finesse et extrêmement bien documenté de l’auteur du Jour de la chouette et de À chacun son dû, personnage à l’intelligence redoutable et au courage exemplaire qui n’a eu de cesse de défendre une haute idée de la dignité humaine, de la liberté, de la justice et de dénoncer la violence de la société sicilienne. Éd. L’Harmattan, L’Écarlate, 354 p., 29 €. Élisabeth Miso

Haneke par Haneke Haneke par Haneke, Entretiens avec Michel Cieutat et Philippe Rouyer. « Tous mes films sont conçus en réaction contre le cinéma de consommation courante [...] Je dois donc aller très loin dans la direction inverse, pour tenter de contrebalancer. » Pendant deux ans, entre Vienne et Paris, Michel Cieutat et Philippe Rouyer, critiques pour la revue Positif ont enregistré cinquante heures de conversations avec Michael Haneke. Sur le modèle du remarquable Hitchcock/Truffaut, l’approche chronologique de son travail met en lumière l’exigence artistique à l’œuvre depuis ses débuts à la télévision allemande et au théâtre jusqu’au Rubanc blanc et à Amour, tous deux récompensés par une Palme d’or à Cannes en 2009 et en 2012. Le cinéaste autrichien qui ne déteste rien tant que de s’expliquer sur ses films, par refus d’en limiter la portée par des interprétations inévitablement réductrices, a pourtant accepté de se prêter au jeu des questions, laissant ainsi filtrer certains aspects de sa trajectoire personnelle, quelques pistes de compréhension de sa vision du monde et de son art, quelques ressorts des partis pris esthétiques et des thèmes récurrents (la difficulté de communiquer, la violence, la représentation de la réalité et de la fiction) creusés projet après projet. Il parle de sa rigueur, de sa méticulosité, aussi bien lors de l’écriture du scénario que sur le tournage, toujours en quête du son juste, du dialogue juste, de cet équilibre entre la forme et le contenu qui lui permet d’introduire une tension et de la maintenir jusqu’à la fin. Là où ses détracteurs ne voient que froideur et violence, lui souligne son rejet de tout sentimentalisme mièvre et soutient « ne traite(r) pas de la violence en soi, mais uniquement de sa représentation et de l’exploitation qu’en fait les médias. »
Michael Haneke se retourne sur l’enfant et l’adolescent qu’il était, raconte comment il a aiguisé son regard au contact des films de Bresson, de Tarkovski, de Pasolini, d’Antonioni, de Rossellini, de la Nouvelle Vague, de Cassavetes ou d’Hitchcock. La grande force de son cinéma repose sur sa virtuosité à montrer l’écart qui existe entre la réalité et la perception que nous en avons, à explorer le matériau humain tout en s’interrogeant en parallèle sur la manière de le faire, sur ce médium qu’est précisément le cinéma. « Le talent artistique consiste à savoir regarder et à être à l’écoute de son temps pour articuler la réalité à travers le filtre de sa sensibilité. La richesse artistique d’une œuvre dépend toujours de la sensibilité de son auteur, plus que de son intelligence. » Éd. Stock, 352 p., 29 €. Élisabeth Miso

Récits

Joan Didion, Le Bleu de la nuit Joan Didion, Le Bleu de la nuit . Traduction de l’anglais (États-Unis) Pierre Demarty. Avec L’Année de la pensée magique, Joan Didion avait signé un magnifique hommage à son mari John Gregory Dunne décédé en 2003. La romancière, essayiste, journaliste et scénariste, figure incontournable des lettres américaines de ces dernières décennies, déploie dans Le Bleu de la nuit toute l’acuité de sa pensée autour du séisme provoqué par la perte de sa fille Quintana en 2005. « Ce n’était pas censé lui arriver. », aucun parent ne peut envisager cela, voir mourir son enfant. Sa mémoire réassemble des fragments, des éclats d’une vie qui s’annonçait pleine de promesses pour cette enfant, cette jeune femme si déterminée. La grâce des stéphanotis que Quintana avait piqués dans sa natte le jour de son mariage, la beauté saisissante de Quintana enfant en uniforme d’écolière disparaissant au pied de la colline sur fond de Pacifique à Malibu, son désir jamais rassasié du récit de son adoption, sa volonté de se comporter comme une adulte. La puissance évocatrice de l’écrivain s’empare des images indélébiles, des bribes de conversations inscrites en elle, faisant surgir du plus infime détail une ample réflexion sur les mystères de l’enfance, de la maternité, de l’amour. La mère révèle la face lumineuse de sa fille, mais sonde également sa personnalité complexe, sa peur de vivre, « ses méandres, ses sautes d’humeur », interrogeant dans le même temps tout un réseau intime de peurs aux ramifications diverses, traçant ainsi des lignes entre son inquiétude maternelle qui ne l’a plus jamais quittée du jour où Quintana a fait irruption dans sa vie et une autre peur « [...] ce refus ne serait-ce que d’envisager cette idée, cette incapacité à regarder en face ces certitudes que sont la vieillesse, la maladie la mort. » Sans jamais se départir de sa rigueur intellectuelle et de sa pudeur, Joan Didion réussit à se tenir au plus près de ses émotions, de ses doutes, au plus près de sa lucidité et restitue avec l’élégance qui la caractérise la réalité de la fugacité de la vie, la réalité avec laquelle les fantômes des êtres aimés se manifestent en permanence dans notre chair et dans notre esprit. Éd. Grasset, 238 p., 18,60 € (en librairie le 9 janvier). Élisabeth Miso

Journaux

Jacques Lemarchand, Journal Jacques Lemarchand, Journal 1942-1944, Et quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, on ne peut que passer pour un lâche et un salaud.  Édition établie, introduite et annotée par Véronique Hoffmann-Martinot. Il fut romancier, lecteur aux éditions Gallimard avant de faire partie de leur comité de lecture, critique de théâtre, avisé, pugnace, au journal Combat, puis au Figaro littéraire ; eut nombre de maîtresses, quittant l’une pour l’autre ou en affectionnant plusieurs à la fois ; fréquentait le poète Jean Tardieu avec qui il allait « manger de fausses coquilles St-Jacques dans une boulangerie » ; fut au cœur de la NRF dans les années noires, usa de petits trafics pour survivre, côtoya les milieux littéraires de la collaboration pour qui il écrivit, savait écrire... C’est au départ, un jeune écrivain bordelais de trente-trois ans encore inconnu qui entreprend l’écriture de son Journal, soit de noter méticuleusement « les faits marquants de ses journées ». En guise d’introduction, il dresse un bref état des lieux intitulé : Notes, destinées à me situer exactement. « Je ne pense pas que j’aurai le courage de tenir pendant plus d’une année un Journal aussi détaillé que je voudrais celui-ci. Je ne sais même pas si j’aurai le courage de le tenir pendant un an. » Il continue par une description physique de lui, concise et sans signe particulier - sinon une malencontreuse gale contractée lors d’une brève aventure sexuelle -, évoque l’état de ses finances - lamentable, sa situation sentimentale - Très compliquée, et pleine de menaces - son mode de vie à Paris - J’habite à l’hôtel Voltaire, 3, rue des Carmes... » Ce Journal indécis commencé un jeudi 1er janvier 1942, et dont les éditions Claire Paulhan, à l’empathie généreuse et contagieuse, publient le premier tome, prendra fin trente ans plus tard, à la mort de Jacques Lemarchand (1908-1974). Éd. Claire Paulhan, année MMXII, 672 p., 50 €. Corinne Amar

Correspondances

Sigmund Feud et Anna Freud, Correspondance Sigmund Freud, Anna Freud, Correspondance 1904-1938. Préface d’Élisabeth Roudinesco. Édition établie et postfacée par Ingeborg Meyer-Palmedo. Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni. Freud et sa femme, Martha, eurent six enfants en huit ans, trois filles et trois garçons. Le dernier né - qui n’était pas désiré, aura du mal à trouver sa place dans sa fratrie - fut Anna. Et ce sera elle encore qui parviendra à s’imposer comme fille préférée, disciple choisie et analysée par lui à deux reprises ; entre 1918 et 1920, puis entre 1922 et 1924. Freud : (1856-1939), Anna : (1895-1982), et deux-cent quatre-vingt dix-huit lettres inscrites dans l’histoire du XXe siècle, entre vie intellectuelle et attachement familial, sinon fusionnel.
Au début de leur correspondance, il a 48 ans, sa fille a presque 15 ans. Il se soucie de sa santé, de l’évolution de son poids, pressent que les maux dont elle souffre sont liés à une sexualité tourmentée, et probablement à des tendances homosexuelles, la met pourtant, jalousement, en garde contre les avances d’Ernest Jones, disciple dont il est proche, craint qu’elle ne demeure vieille fille et pourtant, fait tout pour la garder auprès de lui. Les lettres parlent du quotidien qui les anime, évite les sujets brûlants, tait l’homosexualité d Anna qui, en 1925, rencontrera à Vienne l’Américaine Dorothy Tiffany Burlingham, venue pour faire soigner ses enfants et être psychanalysée par Freud. Elles s’installeront ensemble et Anna s’occupera de ses enfants ; leur relation durera 54 ans et, curieusement, demeurera platonique. Elle deviendra analyste à son tour. Le jour de ses 25 ans, le 6 décembre 1920, il lui écrivait cet aveu magnifique ; « Je vois à présent, en te regardant, combien je suis vieux, car tu as exactement l’âge de la psychanalyse. Vous m’avez toutes deux causé des soucis mais au fond j’attends quand même plus de joies de ta part que de la sienne. » Éd Fayard, 666 p., 35 €. Corinne Amar

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