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Archives de la création. Epistolaire n°38 Par Gaëlle Obiégly

 

Revue Epistolaire 38 L’épistolaire raconte des histoires. Le numéro 38 de cette revue vous en livrera quelques-unes : celle, d’abord, d’un homme qui écrivait un roman (Flaubert). Et puis celle d’un homme qui faisait carrière dans le théâtre (Beaumarchais). Ou encore, une histoire d’amitié discrète et intellectuelle (Paulhan-Leiris). Il y a aussi celle de l’écrivain impossible et de sa secrétaire dévouée (Céline et Marie Canavaggia). Et bien d’autres. Passée l’introduction passionnante de Brigitte Diaz, on entre avec élan dans le volume dont les auteurs sont multiples. Ce sont, pour la plupart des chercheurs. Leur signature surplombe celui de l’université où ils travaillent. D’où l’approche rigoureuse des correspondances dont il est question dans la revue. N’empêche, à la fin, nous avons lu des histoires. Ceci tient sans doute aux extraits de lettres insérés dans les articles. Ils font l’effet de dialogues interrompant un récit, le relançant. On entend la voix de celui qui est commenté. Celui ou celle.
Le numéro 38 de la revue Épistolaire se penche sur l’expérience du temps dans la correspondance et sur les archives de la création. Comme les journaux intimes et les carnets de travail, les lettres des écrivains rapportent un avènement. Celui d’un texte, d’un livre, d’une carrière, d’un discours. Par exemple, la correspondance d’Italo Calvino l’amène à formuler des idées, à forger son esprit. La lettre se distingue de l’œuvre mais elle y concourt. Dans le cas de lettres écrites par des écrivains, doivent-elles être considérées comme des documents ou de la littérature ? Certaines correspondances appartiennent à la littérature. Celle de Flaubert, évidemment. Pour autant, si l’élaboration littéraire est l’objet d’une lettre est-ce de la littérature ? De la littérature ou un document ? Comment aborder les lettres d’écrivain, telle est la question principale qui anime ce numéro de la revue Épistolaire.
Considérées comme des archives, les correspondances permettent aux chercheurs d’observer « l’histoire d’une œuvre ». La lettre est un type d’archive d’un grand intérêt. Celui-ci sera commenté au fil des articles constituant ce numéro de la revue. Ces textes que sont les lettres - non imprimés, adressés - seront un jour rassemblés, publiés. Édités, auparavant. Ce travail minutieux de l’éditeur de correspondances, Claire Paulhan le fait magnifiquement. Elle en rend compte dans son article. Elle y expose le projet des Éditions Claire Paulhan, celui de « donner à lire des correspondances d’éditeurs littéraires ». Celle de Jean Paulhan et de Michel Leiris donne lieu à un texte de Françoise Simonet-Tenant où elle écoute un « dialogue intellectuel ». Leur relation épistolaire commence avant la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1930, Michel Leiris a voyagé en Afrique, en est revenu avec L’Afrique fantôme. A son retour, il travaille au musée d’ethnographie du Trocadéro, son livre est publié en 1934 chez Gallimard. Néanmoins il n’a pas de place dans les milieux intellectuels. Son œuvre poétique n’est pas encore nourrie. Quel rôle joue Jean Paulhan dans la vie intellectuelle de Leiris, c’est ce qui est examiné dans l’article qui est consacrée à leur correspondance « dense, lacunaire, modeste ». L’éditeur a pris contact avec l’auteur afin de lui faire écrire une note de lecture sur un livre de Jouhandeau. Les notes de lecture publiées dans la deuxième partie de la NRF prennent de plus en plus d’importance. Paulhan cherche des styles, des esprits vifs pour les rédiger. Leiris en fera partie, bien qu’il ait décliné la première proposition. Son inimitié envers Jouhandeau apparaît dans certaines lettres à Jean Paulhan qui, à l’inverse, témoigne son amitié envers cet écrivain qu’il admire. Peu à peu Leiris et Paulhan se rapprochent et leur intimité se voit à la manière dont ils se disent au revoir. D’un « je suis vôtre » à l’« affectueusement », que s’est-il passé ? Il faudrait se plonger dans cette correspondance dont Françoise Simonet-Tenant nous donne un aperçu. Ce qui retient son attention concerne les spécificités de l’échange entre un auteur et un éditeur, dit-elle, éditeur qui est aussi un écrivain.
Les caractéristiques des correspondances d’écrivain, ce qui les distingue, voilà de quoi parle le numéro 38 de la revue. C’est le dossier principal. Les versants de l’« être écrivain » y sont abordés. C’est-à-dire les affres de la création (Flaubert), la profession littéraire (Beaumarchais), la formation intellectuelle (Calvino), la préparation du livre (Céline), la relation avec l’éditeur (Leiris). Les lettres ne s’y réduisent pas mais chaque article est comme une loupe, grossissant quelques détails afin de discerner ce qui nous informerait sur l’« être écrivain ». Si Calvino donne des nouvelles privées en même temps qu’il développe des questions esthétiques, il fera attention à privilégier ces dernières lorsqu’il pensera à la publication de ses lettres. D’autres écrivains ne prendront pas ces précautions. C’est que Calvino, auteur moderne, tient à se démarquer du concept de « l’homme et l’œuvre ». Par la publication de sa correspondance il transmet une biographie intellectuelle. Le reste ne concerne pas les lecteurs. La correspondance de Calvino, puisqu’elle n’est pas lisible telle qu’elle a été adressée, n’est plus une simple archive. Elle dénote une stratégie littéraire. Ce qui, donc, pourrait la faire appartenir à l’œuvre.
À propos d’œuvre, passons à Céline. Il n’est question que de travail dans les lettres que lui et sa secrétaire s’envoient. Marie Canavaggia les a toutes conservées puis données à la BNF. Son dévouement à l’œuvre de Céline s’exprime encore dans ce don. Les échanges professionnels et affectueux de l’écrivain et de sa secrétaire deviennent des archives littéraires. On y voit l’exigence de Céline quant au respect de son texte. Leurs séances de travail sont données à lire. Céline répond aux questions de Marie Canavaggia au sein même du texte, qu’il annote à l’encre rouge. Chaque lettre est un document de travail, l’ensemble montre l’élaboration du texte, sa préparation avant d’être publié. Puis, la secrétaire se verra chargée d’autres tâches liées au domaine paralittéraire. Édition, promotion, réception critique. Relation de travail que celle de Céline et de Marie Canavaggia, et pourtant on y entend des confidences, des remarques au sujet des sentiments. Car les lettres - une à une - racontent toujours aussi autre chose que ce qu’elles formulent dans leur ensemble. Celles de Flaubert présentent aussi l’écrivain au travail, comme celles de Céline, mais elles diffèrent. Cela tient peut-être aux liens de Flaubert avec les correspondants choisis. Le ton est celui d’une « conversation franche et spontanée » sur la littérature. Littérature qu’il incarne. Les lettres qu’il adresse à Louise Colet et Louis Bouilhet le montre en train d’écrire, de vivre l’écriture. Les extraits cités par Joëlle Robert et Yvan Leclerc font entendre l’expérience douloureuse et les relations de Flaubert avec ce personnage d’Emma Bovary dans lequel il disparaît.
C’est dans sa correspondance que le romancier qui refuse l’explication formule son esthétique.

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Épitolaire N°38
Archives de la création
Expériences du temps dans les correspondances

Présentation, Geneviève Haroche Bouzinac
Introduction. Brigitte Diaz
Association Interdisciplinaire de Recherches sur l’Épistolaire
Librairie Honoré Champion, 2012
http://www.epistolaire.org/revues/r...

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