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Dernières parutions janvier 2013 Par Elisabeth Miso

 

Entretiens

Marguerite Duras, La passion suspendue Marguerite Duras, La passion suspendue. Entretiens avec Leopoldina Pallotta della Torre. Traduction de l’italien René De Ceccatty. En 1987, trois ans après le succès phénoménal de L’Amant, Marguerite Duras accorde une série d’entretiens à la journaliste italienne Leopoldina Pallotta della Torre. Ces conversations d’une rare intelligence jamais rééditées et restées inédites en France, laissent entendre toute la singularité éblouissante de sa pensée et de sa langue. La parole fluide, passant d’une époque à l’autre, d’un lieu à l’autre, d’une émotion à l’autre, Duras livre avec la perception aiguë qui est la sienne des fragments de sa vie et de son intimité d’écrivain. De son enfance et de son adolescence en Indochine, elle dit avoir gardé « une espèce d’attachement animal à la vie » et l’empreinte de la folie de sa mère, de ses liens avec ses deux frères, du séisme de la jouissance avec l’amant chinois. Elle évoque son adhésion au PC, la résistance, ses amours, ses amitiés, son expérience du journalisme, son alcoolisme, ses livres, son cinéma. Elle révèle ce qui se joue pour elle dans l’acte d’écrire. L’écriture surgit et avec elle l’évidence de devoir rompre avec la linéarité, de dissoudre la structure narrative classique, de dénuder le matériau linguistique, de créer des espaces autres, des silences. « Ce n’est que du manque, des trous qui se creusent dans un enchaînement de significations, des vides que peut naître quelque chose. » Roman, théâtre ou cinéma, son œuvre entière est parcourue par cette volonté d’effacement. Écarter toute description inutile, toute psychologie réductrice des personnages qui inviterait à l’identification, ne conserver que l’essentiel pour donner « le moins à voir possible, et le plus à comprendre, à écouter. » Ne laisser ainsi exister que la force de la passion, la force du désir dans ce qu’elle a d’insaisissable, d’inachevé, de « suspendu, dans l’impossibilité d’être nommé. » « Écrire, ce n’est pas raconter une histoire : mais évoquer ce qui l’entoure, on crée autour de l’histoire un instant après l’autre. Tout ce qu’il y a, mais qui pourrait aussi ne pas y avoir, ou être interchangeable, comme les événements de la vie. L’histoire et son irréalité, ou son absence. » Éd. Seuil, 196 p., 17 €. Élisabeth Miso

Récits

Emmanuele Bernheim, Tout s’est bien passé Emmanuèle Bernheim, Tout s’est bien passé. Victime d’un accident vasculaire cérébral à l’âge de 88 ans, André Bernheim sombre dans la dépression. Pour cet homme très actif, grand amateur d’art, voyageur infatigable, qui passe son temps dans les galeries, les cinémas et les bons restaurants, l’hémiplégie est une tragédie. Pas question de vivre diminué de la sorte, l’idée lui est tout simplement insupportable. Résolu à en finir, il demande à sa fille aînée de l’aider. Dans ce récit autobiographique, Emmanuèle Bernheim raconte l’incroyable aventure dans laquelle la jette cette terrible requête. Son écriture rapide et incisive, restitue toute la palette des sentiments qui la traversent, du rejet initial à l’acceptation de la disparition de son père. Sans atermoiement, elle recompose le fil des évènements : l’hospitalisation, l’attente, les diagnostics médicaux, la décision inébranlable d’André, l’association suisse contactée puis l’organisation du suicide assisté à Berne. Cette histoire d’une mort programmée n’a pourtant rien de sinistre tant Emmanuèle Bernheim sait y insuffler une étonnante vitalité par le biais de détails tendres et savoureux (les souvenirs d’enfance, l’humour abrupt d’André, la complicité avec sa soeur Pascale). Bravant leur douleur, les obstacles et les risques encourus, l’auteur et sa sœur ont tenu jusqu’au bout, jusqu’au bout de leur amour absolu pour ce père qui ne voulait pas de « pleureuses ». Déterminées et soudées, elles lui ont offert la liberté de disposer de sa vie comme il l’entendait. Éd. Gallimard, Collection Blanche, 208 p., 17,90 €. Élisabeth Miso

Jackie Kay, Poussière rouge Jackie Kay, Poussière Rouge. Traduction de l’anglais (Écosse) Catherine Richard. « C’est ce qu’il y a d’étrange dans le fait d’être adopté : l’histoire de sa propre adoption a l’air d’être l’histoire de quelqu’un d’autre, ou même celle d’un personnage fictif. On a du mal à la rendre réelle. » L’adoption génère deux types d’attitude, il y a ceux qui ne ressentent pas le besoin de connaître leurs origines et ceux qui conservent « toujours au fond de (leur) cœur un endroit battu par les vents. » En réassemblant les pièces du puzzle, Jackie Kay espérait secrètement percer l’énigme de sa propre personne, cerner davantage d’où lui vient cette impression d’être étrangère à elle-même mais elle ne mesurait « pas à quel point une activité aussi innocente que chercher, retracer ce qui a déjà été tracé par le passé, peut transformer une vie. » La romancière et poète écossaise bénit chaque jour le hasard qui lui a donné pour parents adoptifs des personnes aussi adorables que John et Helen Kay. Pour qu’elle ne grandisse jamais avec le sentiment de rejet, sa mère adoptive avait élaboré une version romanesque du destin de ses parents biologiques, l’histoire d’un amour contrarié entre une jeune femme des Highlands et un Nigérian venu étudier l’agriculture en Écosse. Dans ses rêves d’enfant, son père africain avait la beauté de Sidney Poitier ou de Cassius Clay, la peau d’ « une noirceur fondante, chaude et infinie comme celle du sommeil. » et l’Afrique la couleur d’un chemin de poussière rouge. Comment intégrer à sa propre vie le choc des retrouvailles avec des parents biologiques qui prennent la forme d’une mormone dépressive et d’un évangéliste survolté ? Entre Écosse et Nigeria, entre imaginaire et réalité, passé et présent, humour et trouble, liens de sang et amour profond pour sa famille adoptive, Jackie Kay entreprend un voyage intérieur d’une grande sensibilité aux confins de son identité. Éd. Métailié, 264 p., 19 €. Élisabeth Miso

Guillaume de Fonclare, Dans tes pas Guillaume de Fonclare, Dans tes pas. D’abord le père, puis le meilleur ami, deux absences, deux trouées. Dans ce court récit, Guillaume de Fonclare convoque ses fantômes et explore sa relation à la perte. La mémoire se dérobe, le père décédé dans un crash d’hélicoptère quand il était enfant, n’est plus qu’une silhouette floue. Il se souvient avoir dû quitter subitement la colonie de vacances à la montagne et du trajet de cinq cents kilomètres pour rentrer chez lui en compagnie d’un chauffeur de taxi mutique. Il garde dans un des tiroirs de son bureau le dernier paquet de Gauloises Caporal de son père prélevé sur les lieux de l’accident. Son ami Serge lui s’est suicidé. Un matin, il a déposé ses deux filles à l’école, il est monté au cinquième étage de son entreprise et il s’est défenestré, ne laissant à ses proches aucune lettre pour expliquer son geste. Entremêlant colère, questionnements et infinie tendresse, l’auteur confie sa résistance à faire le deuil de cet ami. Au fil des pages, un autre deuil se superpose, celui de son propre corps meurtri par une maladie génétique qui l’invalide chaque jour un peu plus et qui l’a obligé à abandonner ses activités passées. Mais loin de tout renoncement, la maladie et la mort de Serge lui ont rendu la vie encore plus précieuse « (...) c’est le murmure de ta voix qui m’encourage à exister et à demeurer debout, malgré toutes les difficultés, et l’énigme de ta fin m’encourage à vivre pleinement ; rien n’est assuré pour quiconque, joie, bonheur, tristesse ou désespérance. » Éd. Stock, 96 p., 12,50 € (en librairie le 30 janvier). Élisabeth Miso

Clémence Boulouque, Je n’emporte rien du monde Clémence Boulouque, Je n’emporte rien du monde. C’est un texte bref, glacé, mélancolique et fragile. C’est un récit intime. Il parle de deux amies, adolescentes, elles vont à l’école ensemble, à Paris, elles lisent des bandes dessinées, elles se promènent gare Saint-Lazarre, elles vont regarder les trains qui passent, ceux qui partent vers la Normandie, se promettent qu’un jour, elles le feront : monter dans le train, sans payer, en première classe, et s’offrir la mer. Aller nager, elles en rêvent. L’une, l’auteur, est la fille du juge Boulouque, spécialiste de la lutte contre le terrorisme, magistrat instructeur des attentats de 1986, suicidé le 13 décembre 1990. L’autre, Julie, l’amie de toujours, a disparu un jour d’octobre 1993. « Quand son nom a été appelé, quand personne n’a répondu, que l’heure s’est écoulée sans qu’elle se glisse à sa place, j’ai pensé qu’elle l’avait fait sans moi. Julien non plus n’était pas là, ce vendredi, en cours de philosophie. Partis à la mer. » Eh bien non, ils ne sont pas partis à la mer, et elle ne reverra plus Julie. - Tu es au courant pour Julie ? - Quoi ? - Elle est morte. Ainsi, revient-elle sur ces années, leur jeunesse, leur fusion, leurs amours contrariées, la mode et cette époque des déodorants à la vanille, des caleçons moulants, du guacamole et du chili con carne, des lectures de Marguerite Duras, morte, elle aussi, trois ans après Julie. Il y a les souvenirs, et la plainte, et la colère d’être du côté de ceux qui restent, de ceux qui demeurent - une demeurée, en somme, orpheline pour la deuxième fois, avec tout ça qui se répète. Difficile de vivre. À la synagogue, le jour de Kippour, jour de jeûne et de Grand Pardon, elle tombe sur une citation d’Isaïe ; « Je n’emporte rien du monde », comme guidée par la voix de Julie. Éd. Gallimard, 92 p., 8,90 €. Corinne Amar

Martin Page, L’apiculture selon Samuel Beckett Martin Page, L’apiculture selon Samuel Beckett. « 29 juin- J’ai commandé un café, j’allais attendre encore un peu. J’en ai profité pour enlever ma cravate. Puis, changeant d’avis, je l’ai remise. Le téléphone a sonné, le patron du café derrière le comptoir a décroché. C’était Beckett et il voulait me parler. » La scène se passe à Paris. Un jeune doctorant en anthropologie en manque d’argent est embauché comme assistant par Samuel Beckett, chez lui, pour trier ses archives et les ranger dans des boîtes à destination des universités. Les choses avancent si bien et avec tant de sympathie réciproque qu’il leur vient l’idée de fabriquer de fausses archives afin de les mêler aux vraies. Et voilà nos deux nouveaux amis partis en balade dans Paris à vélo, jusqu’aux Galeries Lafayette où ils s’amusent à acheter ce qui leur tombe sous la main, après être passés par un sex-shop où leur sied une adaptation orgiaque de Romeo et Juliette, qu’ils emportent en quatre exemplaires. Une fois rentrés, ils distillent tout cela allègrement dans les cartons, qu’ils ferment et envoient aussitôt par la poste. « Ce qui compte, c’est la biographie de ceux qui lisent mes livres, plus que la mienne. » C’est un Beckett farceur, qui rit de sa légende, cheveux longs et barbe, chemise en soie à fleurs, amateur de chocolat chaud qu’il fait lui-même, de sandwichs de poulpe ou d’avocat, qui s’occupe de ruches installées sur le toit de son immeuble ; c’est un narrateur qui tient un Journal au jour le jour de son expérience d’assistant d’un écrivain célèbre (Journal qui fut du reste retrouvé dans une université, et daté de l’été et du début d’automne de l’année 1985) ; c’est un auteur qui s’amuse avec son sujet et joue, en artiste, avec l’œuvre, l’image, la création, l’illusion et la vérité. Éd. L’Olivier, 87 p., 12 €. Corinne Amar

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