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Dernières parutions février 2013 Par Elisabeth Miso

 

Romans

Julian Barnes, Une fille qui danse Julian Barnes, Une fille, qui danse. Traduction de l’anglais Jean-Pierre Aoustin. « Qui a dit qu’un souvenir est ce qu’on croyait avoir oublié ? Et il devrait être évident que le temps agit moins comme un fixatif que comme un solvant. » Tony Webster, le narrateur sexagénaire du dernier roman de Julian Barnes (lauréat du Man Booker Prize 2011), qui a renoncé depuis longtemps à ses rêves d’adolescent, se laissant porter par une existence sans relief, voit ressurgir un pan de son passé. Dans les années soixante, il formait avec Alex, Colin et Adrian, un quatuor de lycéens anglais déterminés à se forger un avenir d’une densité digne des auteurs et des philosophes qu’ils vénéraient. Adrian par la clarté de ses actes et de sa pensée, impressionnait son entourage. Tony eut pour petite amie la troublante Veronica qui lui préféra Adrian. Puis Adrian se suicida à vingt-deux ans. Quarante plus tard, un courrier d’un cabinet d’avocats notifie au narrateur qu’il hérite du journal intime d’Adrian. À nouveau en contact avec Veronica et perturbé par la réapparition de la lettre cruelle qu’il avait adressée par dépit à l’époque à son ami, Tony est confronté aux petits arrangements de sa mémoire, aux remords et au terrible constat de n’être devenu qu’une somme de résignations. « On approche de la fin de la vie - non, pas de la vie elle-même, mais d’autre chose : la fin de toute possibilité de changement dans cette vie. » Julian Barnes tisse une fascinante méditation sur notre rapport au temps, sur les mouvements de la mémoire, les récits que nous inventons à notre sujet, et sur la façon dont les choses nous échappent inexorablement. Éd. Mercure de France, 208 p., 19 €. Élisabeth Miso

Alain Mabanckou, Lumières de Pointe noire Alain Mabanckou, Lumières de Pointe-Noire. Vingt-trois ans après son départ pour la France, dix-sept ans après la disparition de sa mère, Alain Mabanckou foule à nouveau le sol de Pointe-Noire, la ville portuaire congolaise où il a grandi. Phobique des cadavres depuis son plus jeune âge, il n’a pas assisté en 1995 aux funérailles de sa mère. Le moment est enfin venu pour lui de renouer avec les lieux, les êtres et les mythes de son enfance. « Je me suis arrêté au bord du ruisseau des origines, le pas suspendu, dans l’espoir d’immobiliser le cours d’une existence agitée par ces myriades de feuilles détachées de l’arbre généalogique. » Retour à la source donc, à la mère dont la présence innerve tout le roman. Pauline Kengué, cette femme volontaire qui vendait des arachides sur le marché et qui avait pu acquérir une parcelle et y construire une modeste cabane, se faisait un devoir de masquer ses angoisses et ses difficultés à son fils. Au fil de ses déambulations dans la ville et de ses rencontres, l’écrivain réactive sa mémoire, superposant sans cesse sa vision actuelle aux images du passé, sa perception d’adulte à son imaginaire d’enfant. La cabane de maman Pauline désormais pantelante, l’ancien lycée Karl-Marx rebaptisé, l’ex-cinéma Rex occupé par une église pentecôtiste, partout les marques du temps lui rappellent sa longue absence. Avec les membres de la famille de sa mère, les retrouvailles sont particulièrement émouvantes. « Grand-mère Hélène », une tante qui nourrissait tous les enfants de sa rue, bien que mourante, le reconnaît immédiatement. Grand Poupy, son cousin, qui lui enseignait comment séduire les filles, tonton Mompéro qui ne s’est jamais pardonné la mort du chien Miguel, tonton Matété qui l’initia à une chasse nocturne dans la brousse. Tous sont heureux de revoir ce parent exilé. Tous le ramènent aux origines, à cette inspiration constante qu’est la culture congolaise, aux fondements de sa personnalité et de son univers d’écrivain, et lui laissent cependant entendre toute la distance qui s’est immiscée entre eux, entre lui et sa terre natale. Éd. Seuil, Fiction & Cie, 304 p., 19,50 €. Élisabeth Miso

Pierre Béguin, Vous ne connaitrez Pierre Béguin, Vous ne connaîtrez ni le jour ni l’heure. Le 28 avril à 14 heures, leur décision était prise, ils quitteraient ce monde, après soixante ans de vie commune, ensemble main dans la main. Ils ont rassemblé leurs dernières forces, tout entiers tendus vers ce désir de mourir dignement, d’en finir avec les humiliations de la vieillesse, les souffrances de la maladie. Leur fils allait accompagner leurs derniers moments. Comment réagit-on à une telle nouvelle, au suicide assisté de ses parents ? Comment forcer le rempart des rancœurs, des non-dits et des secrets et manifester son amour ? Entre colère, incompréhension et quête d’apaisement, Pierre Béguin sonde ici l’énigme des liens familiaux. Il se souvient du poids du silence, de la rigueur des principes et des interdits transmis de génération en génération. Surtout ne pas faire honte aux siens, ne faire preuve d’aucune originalité, rester à sa place, accepter sa condition. Son père maraîcher, rude et intolérant, n’avait pour référence que le travail manuel. Choisir de faire des études de lettres c’était s’attirer son mépris, creuser davantage le lit de leurs différences, trahir son milieu en somme, leur relation fut conflictuelle. Sa mère, bien que toujours solidaire de son mari et prisonnière de cette vie étriquée, n’était que douceur. La perdre c’est perdre son enfance, être définitivement amputé d’une partie de soi. « Le véritable drame de notre existence n’est pas dans notre finitude, mais dans notre incapacité ontologique à communiquer et à sortir, ne serait-ce qu’un éclair de temps, de notre solitude existentielle. » Pierre Béguin traque l’absence de paroles, l’absence de reconnaissance, mais finit par entrevoir qu’au-delà des manques une transmission s’est tout de même opérée, une indéfectible connexion. Éd. Philippe Rey, 192 p., 17 €. Élisabeth Miso

Autobiographies

Roland Jaccard, Ma vie et autres trahisons Roland Jaccard, Ma vie et autres trahisons . « Je ne suis jamais resté fidèle à mes idées et positions philosophiques ou politiques. J’en suis convaincu : le changement permanent de la pensée est la condition même de la pensée. » Roland Jaccard écrivain, ancien chroniqueur au Monde et éditeur aux Presses Universitaires de France s’est toujours défini comme un nihiliste, un cynique. Mais chez lui le pessimisme n’a rien d’ennuyeux ni de plaintif, il prendrait plutôt la forme d’une aptitude certaine à traverser la vie avec détachement. Une existence sans paradoxes, sans trahisons n’aurait donc aucune épaisseur, aucune véritable saveur, c’est bien ce à quoi semble adhérer ce récit autobiographique. Procédant par bribes de souvenirs, l’auteur vaudois évoque pêle-mêle sa jeunesse à Lausanne, son amitié avec Cioran, son goût pour les jeunes filles, sa passion pour la littérature, le cinéma et la psychanalyse. L’écriture et la lecture ont toujours occupé une place centrale. Son père, persuadé que quiconque savait réellement lire et écrire trouverait forcément sa voie, l’incita enfant à tenir un journal intime. Par un subtil jeu de miroirs avec les livres d’autres écrivains, Roland Jaccard laisse filtrer des drames anciens et des sentiments plus personnels. Convoquer Sylvia dans lequel Leonard Michaels revient sur la folie de sa femme qui s’est tuée à 24 ans, lui permet ainsi d’aborder le suicide de Rachel, son grand amour de jeunesse. Rappeler l’impact déterminant de l’Europe sur Mori Ogai et Natsume Sôseki, revenus au Japon transformés par leur voyage à Berlin et à Londres, c’est mettre en perspective sa propre expérience de l’étrangeté en tant que Suisse installé à Paris. « Ne croire en rien, ni en sa propre résignation, ni en son désespoir. », mais le revendiquer avec humour et élégance, voilà bien une des seules constances de ce septuagénaire qui ne s’imaginait pas dépasser les 40 ans. Clément Rosset à la lecture de son journal L’âme est un vaste pays, lui avait d’ailleurs reconnu ce talent de savoir « suggérer ce qu’il y a à la fois d’anodin et de grave dans la frivolité, la superficialité, bref la substance de toute vie. » Éd. Grasset, 200 p., 16 €. Élisabeth Miso

Nicole Caligaris, Le paradis entre les jambe Nicole Caligaris, Le paradis entre les jambes. C’est un récit autobiographique : l’auteur revient sur le souvenir d’un fait divers sordide, auquel elle a été mêlée, celui du Japonais cannibale et meurtrier d’une jeune Hollandaise de vingt-trois ans. Elle a vingt ans dans les années 80, elle est étudiante, suit un séminaire sur le surréalisme, a pour camarades Issei Sagawa et Renée Hartevelt, et avec eux, fréquente Mouffetard. Le 11 juin 1981, Sagawa invite la jeune femme chez lui, dans le XVIe, lui demande d’enregistrer en allemand la lecture d’un poème de Johannes Becher (bande que les enquêteurs retrouveront), la tue d’un coup de carabine dans la nuque, la découpe en morceaux, prend des photos (39 photographies), où il met en scène le découpage, la cuisson, la présentation culinaire, l’acte de manger. Les morceaux du corps seront retrouvés dans le réfrigérateur de l’appartement. Il sera arrêté peu après et conduit à la prison de La Santé en attendant son jugement. Ils échangeront une brève correspondance (8 lettres) qu’elle a conservée jusque-là et qu’elle livre, à la fin du récit. En 1983, un non-lieu sera prononcé pour irresponsabilité mentale. Sagawa est d’abord envoyé en hôpital psychiatrique ; un an plus tard, il est renvoyé au Japon ; un temps en hôpital puis libre, dès 1986, où il fait les unes des médias, donnant des conférences, inspirant films et documentaires...
Trente ans plus tard, l’auteur revient sur ce traumatisme, sa proximité avec l’événement, l’empreinte laissée sur son développement personnel, sa féminité, sa sexualité, et « la tentative d’en affronter l’opacité ». Procédant par tâtonnements, elle interroge sa propre trajectoire féministe, au regard de tout ce qui la ramène à son sexe ; ce « paradis entre les jambes », tantôt objet et proie, tantôt matrice maternelle. Éd. Verticales, 171 p., 16,90 €. Corinne Amar

Edith Azam, Décembre m’a cigue Édith Azam, Décembre m’a ciguë. Le titre est étrange et deux fois, hivernal. C’est un long poème d’amour, une plante des chemins et des décombres qui monte comme une ombre, comme une plainte, et toxique ; élégie à l’absente. « Je voudrais remonter à la source, remonter vers notre début, et pouvoir tout écrire afin de le vivre à nouveau. (...) Il y a avant tout la musique, celle de ta voix, celle du piano, celle des livres que tu m’a lus, celle de tes silences qui m’ont appris les miens avec tant de justesse. » Elle, qui va partir, qui va tant manquer, elle seule qui fait chavirer le monde entier et harponne le coeur, c’est « Mamie ». « Ma petite Mamie, avec tout cet hiver, surtout ne prends pas froid »... Alors, il y a les livres, et puis l’écriture, dans le coeur des ténèbres, écrire pour exorciser, exorciser la peur, le souvenir, la solitude, la mémoire qui prend feu, la sonnerie du téléphone qui va venir qui ne doit pas qui ne peut pas ne pas ; négocier avec les aiguilles des heures, conjurer la migraine qui zèbre, étreindre son oreiller pour retrouver le goût de la douceur, éteindre la lumière... tel ce poète japonais qui, dans l’ombre d’une maison éclairée par la lune, éteignait sa bougie pour ne pas voir le temps qui se consume... On sait peu de choses de notre auteur, sinon deux mots : une « poétesse sonore ». Rimbaldienne aux poches percées, elle marche sous la lune, « et la lune dans mes yeux me coince les pupilles ». Il n’est qu’à plonger dans ce texte pour être saisi d’emblée par le rythme singulier, original, et l’envie naturelle de le lire à voix haute, pour soi, pour un autre, pour un souvenir partagé, d’égrener ses mots comme on égrène un chapelet, le temps d’une prière qui ne s’arrêterait pas. C’est le long poème d’un amour fou qui ne veut pas mourir et qui brûle de sa lumière. Éd. POL, 183 p., 16 €. Corinne Amar.

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