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Dernières parutions mars 2013 Par Elisabeth Miso

 

Récits

Paul Auster, Chronique d’hiver Paul Auster, Chronique d’hiver. Traduction de l’anglais (États-Unis) Pierre Furlan. Un matin d’hiver, le sol froid sous les pieds nus au réveil et la neige sur les branches des arbres du jardin, une scène similaire, un ressenti identique à six ans comme à soixante-trois ans, un même corps mais une autre présence au monde, celle d’un corps dense de toute une vie. En janvier 2011, Paul Auster s’attèle à son nouveau livre, un récit autobiographique voulu tel un ensemble de fragments intimes surgis d’une mémoire physique. Douleurs et plaisirs, ruptures et attachements, le corps agité ou apaisé, le corps éprouvé et éprouvant, traversé par toutes sortes d’affects et de pensées, l’auteur de la Trilogie new-yorkaise convoque les gestes, les émotions, les lieux et les êtres dont il est imprégné, dessinant une cartographie sensorielle où lire son parcours d’homme. « Tu y penses rarement, mais chaque fois que tu le fais, tu comprends qu’il s’agit de marques de vie, que cet assortiment de lignes brisées, gravées sur ton visage, sont les lettres d’un alphabet secret qui raconte l’histoire de la personne que tu es, car chaque cicatrice est la trace d’une blessure guérie, et chaque blessure a été provoquée par une collision inattendue avec le monde - autrement dit, un accident (...) » De l’enfance à l’âge adulte, les souvenirs s’agrègent les uns aux autres, sans contrainte chronologique, seule compte la captation du passage du temps. Une joue presque arrachée par un clou à trois ans et demi, la joie de chahuter enfant, les bagarres, la passion pour le base-ball. Les multiples voyages aux États-Unis et à l’étranger, les domiciles successifs. L’exploration de la jouissance, les femmes désirées, les amours instables jusqu’à la rencontre lumineuse en 1981 avec son épouse la romancière Siri Hustvedt. Chaque trace d’un moment vécu renferme sa saisissante réalité et sa fugacité. Chaque contact charnel résonne d’une connexion profonde à l’autre. L’écrivain new-yorkais évoque sa relation à ses parents, la mort prématurée de son père, la personnalité complexe de sa mère, femme séduisante, drôle, insatisfaite et phobique dont la perte a généré un véritable séisme. Tout passe par le corps. L’écriture aussi, aventure physique et intuitive, elle est d’abord musique des mots, affaire de rythme, avant que de faire sens. Paul Auster ausculte son propre corps, son expérience personnelle dans le seul but de restituer une perception commune à tous, la conscience de notre mortalité. Éd. Actes Sud, 256 p., 22,50 €. Élisabeth Miso

Michel Richard, quelques corps parmi les corps Michel Richard, Quelques corps parmi les morts. C’est par une scène aussi brève que terrifiante de cruauté que commence le récit ; dans un restaurant gastronomique de Pékin, le raffinement extrême consiste en la mise à mort du poisson via un supplice extrême : sorti vivant de son aquarium, il a la tête recouverte d’un linge tandis qu’on plonge son corps dans l’huile qui le fait frire. Il est placé au centre de la table du client, sur un plateau tournant, et tandis que ce dernier du bout de ses baguettes entreprend d’en dépiauter la chair, l’œil vivant du poisson se regarde être mangé. Allégorie de l’humain qui ne choisit pas sa mort, qui ne meurt pas en bonne santé, qui se voit mourir « à petit feu »... Et s’il est un cauchemar plus grand encore que la peur de la mort, pour notre auteur, une terreur bien plus manifeste, c’est celle de la vue d’un cadavre. C’est un récit bref, récit intime et pourtant pudique d’une vie qui interroge la proximité avec la mort, évoque les amis, la famille, rend hommage, magnifiquement, à un père qu’il n’a pas eu : « Je ne déteste pas les cimetières. Ce sont même de lieux qui me sont familiers. Aussi loin que je me souvienne de mon enfance, j’allais chaque dimanche, avec ma mère, mon frère et ma sœur, sur la tombe de mon père, mort quand j’étais bébé ». Ce père qu’il n’a pas pu connaître, cet absent dont il traque la trace dans les photographies familiales, dans la correspondance que son père et son oncle avaient échangée, dans les souvenirs de ses frères, dans ce calcul impossible de son propre souvenir - comment se souvenir à un an, trois mois et onze jours de cohabitation ? - et dont il feint de se consoler en se disant qu’au moins, il n’aura pas eu à « faire le deuil », que peut-être même, il a eu de la chance de n’avoir pas été confronté à un père qui n’en soit pas vraiment un, ou que l’on méprise, ou que l’on déteste... Éd. Fayard, 95 p.14 €. Corinne Amar

Sébastien Berlendis, Une dernière fois la nuit Sébastien Berlendis, Une dernière fois la nuit. C’est un récit construit comme un poème en prose ; des paragraphes courts, des phrases vives, saccadées, telle une respiration qui s’essouffle, des images qui surgissent, splendides et fugitives de paysages d’Italie et de lacs, de brumes, de froidure et d’humidité malgré l’été, et sous le signe de l’eau (vapeurs des thermes, inhalations, pluies, brumes, neige, givre, transpiration...) Dans la mer, un corps doit nager, développer sa cage thoracique, pour alléger ses douleurs et ses crises d’asthme, l’été, il est aux Thermes de San Pellegrino, il marche couvert d’un cache-nez, il ne doit pas prendre froid, il n’a pas droit à la promenade... Le temps d’une nuit, le narrateur se souvient : « Mon corps est un corps qui tousse. Qui s’essouffle et s’asphyxie. C’est une toux qui vient de loin. De l’enfance. À quatre ans, les premières crises apparaissent (...). C’est une toux qui prend les jeunes années et qui déplace mon corps de centres thermaux en maisons médicalisées, d’hôpitaux en maisons de repos. » Dans ce sanatorium où l’adolescent retourne en cure chaque année, il y a Simona et la révélation du corps de l’autre, le désir de la première femme aimée, avant que l’inflammation ne gagne du terrain dans les poumons de Simona... Il relit ses lettres, qui disent le corps qui déserte malgré l’amour et le givre qui descend. Il repense à la maison natale de Bracca, village lombard empli d’humidité, à son père qui travaille dans les forêts où il abat des arbres et s’épuise à la tâche, à l’oncle aimé parti pour la ville, Trieste, qui rêve d’émigrer en Amérique, et qui envoie des lettres auxquelles il joint des photographies. C’est le récit d’un homme qui espère que la vie va tenir, mais la vie, il le sait, ne tient qu’à un fil... Éd. Stock, 93 p.12,50 €. Corinne Amar

Essais

Siri Hustvedt, Vivre, penser, regarder Siri Hustvedt, Vivre, penser, regarder. Traduction de l’anglais (États-Unis) Christine Le Bœuf. « Nous sommes tous prisonniers de nos esprits et de nos corps mortels, susceptibles de toutes sortes de transfigurations perceptuelles. En même temps, c’est en êtres incarnés que nous vivons dans un monde que nous explorons, absorbons et nous remémorons - partiellement, bien entendu. » Dans ce recueil d’essais rédigés entre 2006 et 2011, Siri Hustvedt nous invite encore à partager son insatiable curiosité pour l’énigme humaine. Avec l’érudition et la finesse qui la caractérisent, elle cherche à abolir « la fragmentation intellectuelle » entre sciences et humanités, circule librement à sa manière vagabonde d’une discipline où s’illustre la pensée à l’autre, faisant ainsi converser entre elles philosophie, littérature, art, neurosciences et psychanalyse. Qu’elle s’appuie sur des éléments autobiographiques, interroge le langage ou les interactions invisibles d’avant la parole, scrute les processus mentaux de la mémoire et de l’imagination, se réfère aux textes de Montaigne, Saint Augustin, Merleau-Ponty, Freud et Winnicott, ou qu’elle accueille les images nées de son observation des œuvres de Louise Bourgeois, d’Annette Messager ou de Gerhard Richter ; sa démarche intellectuelle n’est jamais coupée de ses émotions. Multipliant les points de vue, la réalité humaine lui apparaît dans toute sa complexité et sa dimension créative. La fiction comme la mémoire « réinvent(ent) des matériaux profondément affectifs pour en faire des récits chargés de sens (...) », au-delà des idées ce à quoi aspire Siri Hustvedt en tant qu’écrivain c’est à une justesse émotionnelle qui révèle les mouvements de nos constructions intérieures et notre rapport au monde et aux autres. Le lecteur ne manquera pas de remarquer la grande proximité, les étroites correspondances littéraires et sensorielles entre ces essais et l’ouvrage présenté plus haut (Chronique d’hiver). En effet, les réminiscences corporelles de Paul Auster trouvent un troublant écho dans l’approche extrêmement sensible de sa femme de ce qu’être humain peut signifier. Éd. Actes Sud, 512 p., 24 €. Élisabeth Miso

Romans

Fanny Chiarello, Une faiblesse de Carlotta Delmont Fanny Chiarello, Une faiblesse de Carlotta Delmont. Avril 1927, Carlotta Delmont, une cantatrice américaine disparaît le lendemain d’une représentation triomphale de Norma à l’Opéra Garnier. Sa fidèle femme de chambre Ida qui l’accompagne dans sa tournée européenne donne l’alerte. La police parisienne enquête, envisage toutes les possibilités, fugue, suicide, crime passionnel, allant même jusqu’à soupçonner son partenaire le ténor Anselmo Marcat, mais le mystère reste entier. La soprano n’a t-elle pas écrit à son compagnon et imprésario qu’une étrange nostalgie s’était emparée d’elle à Paris. Quand elle réapparaît au bout de deux semaines, les cheveux coupés courts, un basculement s’est opéré. À bord du paquebot qui la ramène à New York, elle tente de cerner les ressorts profonds qui l’ont poussée à s’échapper d’une destinée de rêve, à traquer dans sa propre existence le feu de la passion des « femmes écorchées, amoureuses légendaires et vénéneuses » à qui elle donne chair sur scène. Fanny Chiarello dépeint la crise identitaire d’une femme qui pensait avoir trouvé « dans l’opéra ce que la vie ne pouvait lui offrir. Une exaltation si forte qu’elle lui ferait oublier sa condition de mortelle et le caractère éphémère de toutes choses. » L’éclatement du récit articulé autour de lettres, de télégrammes de ses proches, d’articles de presse, du journal intime de Carlotta et d’une pièce de théâtre répond à l’égarement intérieur de l’héroïne et rend d’autant plus perceptibles les frictions à l’œuvre entre quête d’absolu, désir de fiction et réalité. Éd. de l’Olivier, 191 p., 18 €. Élisabeth Miso

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