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Dernières parutions avril 2013 Par Elisabeth Miso

 

Romans

Gilles Leroy, Nina Simone Gilles Leroy, Nina Simone, roman. Après Zelda Fitzgerald héroïne tourmentée de son roman Alabama Song (Goncourt 2007), Gilles Leroy s’empare d’une autre légende américaine, marquée elle aussi par la gloire et la déchéance, la chanteuse et musicienne Nina Simone. Déroulant un fil narratif tissé de pure fiction et d’éléments biographiques avérés, l’écrivain révèle un destin artistique nourri de grandes désillusions, de blessures obsédantes, d’un combat intérieur entre force et fragilité, entre vie personnelle et vie publique. Ricardo, personnage imaginaire, entre au service de Nina Simone dans sa villa défraîchie et négligée du sud de la France. L’employé de maison philippin n’a aucune idée de la célébrité de cette femme vieillissante et alcoolique dont les intérêts sont gérés par un agent, un imprésario et un conseiller financier qui vivent à ses crochets. Se prenant de sympathie pour cette nouvelle recrue, la diva déchue lui fait le récit de sa vie. Née en 1933 à Tryon en Caroline du Nord, Eunice Kathleen Waymon de son vrai nom, montre dès l’âge de trois ans de remarquables dispositions pour le piano. Issue d’une famille pauvre et très religieuse, elle peut se consacrer à la musique grâce à un fonds de soutien et fait preuve d’une force de caractère peu commune en refusant du haut de ses onze ans de jouer lors d’un concert public si ses parents chassés du premier rang par un couple de Blancs ne regagnent pas leurs places. Mais elle ne sera pas de taille quelques années plus tard face aux préjugés raciaux qui lui interdisent l’entrée de l’Institut Curtis de musique à Philadelphie, humiliation qui la poursuivra toute sa vie. Elle donne des cours de piano et commence à se produire dans des clubs comme pianiste et chanteuse, se fait remarquer et enregistre son premier disque. Celle qui voulait devenir la première concertiste classique noire, ne tirera jamais aucune réelle fierté de sa phénoménale réussite. Gilles Leroy met en lumière l’étonnante trajectoire de Nina Simone, jalonnée de succès, de déboires sentimentaux et financiers, de frustrations artistiques, d’engagement en faveur des droits civiques aux États-Unis, de traversées du désert et de retours flamboyants, de détermination exceptionnelle et de profonde solitude. Éd. Mercure de France, 272 p., 18,50 €. Élisabeth Miso

Ronaldo Wrobel, Traduire hannah Ronaldo Wrobel, Traduire Hannah. Traduction du portugais (Brésil) Sébastien Roy. Arrivé au Brésil en 1928, Max Kutner immigrant juif polonais, mène une existence discrète, soucieux de ne pas attirer l’attention dans un climat de répression particulièrement durci depuis le soulèvement communiste de 1935. Concentré sur son activité de cordonnier dans le quartier de la Place Onze à Rio de Janeiro, il n’est lié à personne, cultive son célibat se satisfaisant de la compagnie occasionnelle de prostituées et ne se mêle surtout pas de politique. Aussi ne comprend-il pas ce qui lui vaut d’être convoqué par la police un jour de 1936. En ces temps de traque des opposants au régime de Getúlio Vargas et d’inquiétude face à la menace hitlérienne, la censure postale règne. Max se voit ainsi imposer la mission patriotique de traduire des lettres écrites en yiddish circulant entre le Brésil et l’Argentine. La correspondance d’une certaine Hannah résidant à Rio avec sa sœur Guita établie à Buenos Aires le captive rapidement. Le désir vif d’approcher la fascinante Hannah sonne « la fin d’une routine aimable, sans aspirations ni polémiques », plongeant le modeste cordonnier au cœur de multiples péripéties où se croisent prostituées, police politique et espions nazis. Dans un jeu dangereux de dissimulations et de manipulations, les tragédies intimes se superposent aux soubresauts de l’histoire. Éd. Métailié, 240 p., 18 €. Élisabeth Miso

Récits

René de Ceccaty, Un renoncement René de Ceccatty, Un renoncement. Septembre 1949, Greta Garbo prend ses quartiers à Rome pour le tournage de Lover and Friend, une adaptation de La Duchesse de Langeais. Huit ans que sa sidérante photogénie, sa grâce et son jeu si singulier n’ont pas imprimé la pellicule. À quarante-quatre ans, elle pense avec ce personnage balzacien et le talent du réalisateur Max Ophuls enfin tenir son grand retour sous les projecteurs. Mais le film est abandonné et « La Divine » s’éclipse définitivement des écrans. René de Ceccatty en biographe exigeant recompose les faits et débusque les signes annonciateurs de l’impossible réconciliation de Garbo avec le monde du cinéma. Plusieurs facteurs associés semblent en effet avoir compromis ce projet. Le contexte tout d’abord, à cette époque Hollywood a subi quelques bouleversements, la Seconde Guerre mondiale a porté un coup à sa suprématie, les studios ne sont donc plus aussi prospères. Ensuite il y a Garbo elle-même, sa beauté légendaire s’est flétrie. Le regard désabusé qu’elle porte sur sa carrière doublé d’une volonté farouche de se dérober aux indiscrétions de la presse et aux désagréments de la célébrité, traduisent davantage un désir de fuite, d’effacement. La confusion entre ses rôles et sa vie réelle est une véritable agression pour elle, la gloire un enfer. Fixé sur ce geste de disparition, l’auteur tente une approche du mystère Garbo. Il évoque sa déception face à sa filmographie qu’elle juge inconsistante, son indépendance, son indifférence à la notoriété, ses amours, ses amitiés, son ambiguïté sexuelle, sa fortune, sa vie mondaine et luxueuse. S’appuyant notamment sur les lettres, les journaux intimes et les biographies des proches de l’actrice tels que Cecil Beaton, Salka Viertel, Mercedes de Acosta, Cécile de Rothschild ou Sam Green, René de Ceccatty esquisse le portrait d’une femme troublante et insaisissable qui ne pouvait que s’inscrire dans l’histoire du cinéma. Éd. Flammarion, 448 p., 21 €. Élisabeth Miso

Rachel Cusk, Contrecoup Rachel Cusk, Contrecoup. Traduction de l’anglais Céline Leroy. « Nue, la vérité peut se révéler vulnérable, ingrate, scandaleuse. Trop couverte, elle devient mensongère. Pour moi toute la difficulté de l’existence s’est trouvée dans la tentative de réconcilier ces deux facteurs (...) » Rachel Cusk s’est inspirée de son propre divorce pour écrire ce récit lucide sur le couple. Elle contemple le désastre de la séparation, l’équilibre rompu, les repères perdus ; les sentiments, les gestes, les lieux, les souvenirs d’une vie commune qui se vident de leur signification, la laissant comme étrangère à elle-même, comme « exilée de (sa) propre histoire. » Mère de deux filles, elle interroge son rapport à la maternité, les rôles de père et de mère, la répartition des tâches dans un couple, l’idée d’égalité, le sacrifice maternel ou l’émancipation professionnelle. Elle observe les autres couples, « Dès qu’un couple parle, tout ce qu’il dit cache un sous-texte. Le discours est référentiel, mais la réalité à laquelle il se réfère est dissimulée à la vue. » Elle laisse affleurer les contradictions, démonte les stéréotypes de l’amour et de la vie de famille auxquels nous obéissons pensant atteindre l’épanouissement là où se cache aussi une aliénation. Elle identifie la violence, la haine tapie qui surgit entre l’homme et la femme et dans son dégoût du modèle de la sainte famille et des diktats sociaux convoque les mythes littéraires. Sa réflexion trouve ainsi un écho rassérénant dans les tragédies grecques. « Ici, pas de mères fidèles, pas d’enfants parfaits, pas de pères protecteurs et dévoués, pas de morale publique. Demeurent l’émotion et la tentative de l’apprivoiser, de la transmuer pour de bon en une force. » Éd. de l’Olivier, 180 p., 19,50 €. Élisabeth Miso

Jean-Marc Roberts, Deux vies valent mieux qu’une Jean-Marc Roberts, Deux vies valent mieux qu’une. « Notre meilleur jeu avec Alphonse consistait à nous poster devant une station d’autobus et de monter jusqu’au terminus du premier qui passe. Ainsi, avons-nous traversé Paris durant les jeunes années de mon petit garçon, du Marais à la porte de Saint-Cloud, de la Trinité à la Cité universitaire. » C’est à ce petit garçon, encore petit aujourd’hui, que ce récit est dédié. Un homme raconte une histoire, la sienne. Il ne sait pas où il va, sait juste qu’il n’a plus beaucoup de temps. Il est écrivain connu, éditeur célèbre, il apprend qu’il fait une récidive de cancer. La seconde tumeur est grave, il le sait. Texte court, ramassé, des souvenirs en vitesse - tous les mots comptent -, plume légère et grave, mélancolique, parce que la vie qui part rend mélancolique... Le narrateur fait le récit des deux temps qu’il connaît, ces deux parts intimes de sa vie ; le présent et le passé. Pas de futur, plus d’avenir. À la description de sa maladie, à son combat d’un protocole à l’autre, aux décors de l’hôpital, environnement froid, vivant, humain, à la hantise de devenir chauve, viennent se superposer les images radieuses d’une adolescence dans les années 1960, des étés en Calabre, un oncle aimé, la douceur de certains gestes, le parfum des idylles amoureuses, la beauté, la présence des femmes, l’amour de ses cinq enfants, indivisible et détaché... Son tout dernier mot ? « vie ». En 105 pages, il lui rend hommage. Éd. Flammarion, 13 €. Corinne Amar.

Biographies

Saint-Exupery par Virgil Tanase Virgil Tanase, Saint-Exupéry. Il fut l’auteur inoubliable du Petit Prince, paru, il y a 70 ans, un 6 avril 1943 aux États-Unis, en langues française et anglaise, alors qu’il était exilé à New-York, depuis 1941, écrivain-pilote et déjà reconnu, pour son œuvre en grande part inspirée de sa vie de pilote aéropostal. Au moment où un album anniversaire rend hommage au texte intégral du chef-d’œuvre poétique, philosophique de Saint-Exupéry (La Belle Histoire du Petit Prince, Collectif, éd.Gallimard), Virgil Tanase qui avait adapté pour le théâtre Le Petit Prince (en 2006, à la Comédie des Champs-Elysées, à Paris et dans plusieurs pays étrangers), consacre une biographie à Antoine de Saint-Exupéry. On doit à Virgil Tanase, écrivain roumain, établi en France depuis 1977, romancier, dramaturge, d’être doué pour les biographies (dans la même collection ; Tchekhov (2008), Camus (2010), Dostoïevski (2012) ), et de si bien réussir ses introductions qu’on plonge d’emblée dans son sujet comme dans l’ivresse d’un roman à rebondissements. Ainsi, décrit-il dès les premières pages l’entrée dans la vie d’Antoine de Saint-Exupéry qui connut très tôt la tragédie de l’existence. « Jean de Saint-Exupéry a trente-trois ans, Marie de Fonscolombe vingt-et un. Ils se marient le 9 juin 1896 au château de Saint-Maurice et s’établissent à Lyon. (...) ». Marie-Madeleine naît en janvier 1897, Simone en janvier 1898, Antoine, le 29 juin 1900. En 1902, un deuxième garçon, François, et, en 1903, une troisième fille, Gabrielle voient le jour. « Puis, c’est le coup du sort. Le 14 mars 1904, Jean qui se rend avec Marie au château de la Môle, dans le massif des Maures, chez ses beaux-parents, a une attaque cérébrale en gare de La Foux. » Il mourra sur le coup, sera enterré à La Môle, et Marie, « abasourdie » se retrouvera veuve à vingt-huit ans, avec cinq enfants et sans ressources. C’est une mère aimante qui aura à cœur l’éducation de ses enfants et leur bonheur. Antoine lui vouera un amour inconditionnel, l’abreuvant d’affection, et de lettres lorsqu’il est loin d’elle. Adolescent, il a peu de goût pour l’étude, écrit des poèmes, échoue au concours de l’École navale en 1919. L’aviation l’attire, l’architecture, la peinture... Il est admis à faire son service militaire dans l’armée de l’air, obtient son brevet de pilote militaire, est nommé caporal, mais dans l’armée s’ennuie. Il vole en intrépide et sans précautions, se retrouve à l’hôpital, est fiancée à la délicieuse Louise de Vilmorin - la poésie incarnée. Pour lui plaire, il écrit comme elle des poèmes et, comme elle, fume des Craven. Il rêve un temps d’une vie mondaine, mais elle le quitte au moment de l’épouser, car il vit dangereusement et surtout, manque d’une fortune dont elle ne pourrait se passer. Il est engagé en 1926 par la compagnie aéropostale Latécoère et transporte le courrier de Toulouse au Sénégal, rejoindra l’Amérique du Sud, trois ans plus tard. Il devient écrivain presque par accident, s’inspirant de ses expériences d’aviateur et de ses voyages pour écrire ses romans ; Courrier Sud (1929), Vol de nuit (1931), Terre des hommes (1939)... Il disparaît au large de Marseille, un 31 juillet 1944, en mission, abattu par un avion de chasse allemand... Éd. Gallimard, coll. « Folio Biographies », 456 p. 8,60 €. Corinne Amar.

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