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Dernières parutions mai 2013 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Hervé Guibert, Lettres Eugene Hervé Guibert et Eugène Savitzkaya. Lettres à Eugène. Correspondance 1977-1987. Dans son testament littéraire du 3 novembre 1991, Hervé Guibert s’opposait à toute publication de sa correspondance, à l’exception de celle nouée avec Eugène Savitzkaya. Initié en avril 1977 par une lettre de Guibert manifestant son admiration pour le premier roman Mentir de l’auteur liégeois, l’échange épistolaire court sur une décennie. Au fil de la lecture de leurs livres respectifs (la première lettre est couplée à l’envoi du premier ouvrage de Guibert La mort propagande), d’un entretien réalisé en 1982 publié dans la revue Minuit, d’un baiser sur l’île d’Elbe une nuit de fin d’année 1983 ou de leur collaboration à l’Autre Journal, les lettres témoignent d’une passion contrariée et de ce lien secret qui unit les deux hommes. L’auteur de À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie aime et souffre de ne pas être aimé en retour. Il se dévoile, s’expose totalement, conscient de franchir les limites de l’envahissement par la fréquence de ses missives mais reprochant à Savitzkaya son silence, sa trop grande réserve. Tout en se consumant d’amour il s’observe aussi comme écrivain épris du matériau de l’état amoureux, soumis au pouvoir du discours amoureux, à la fascination qu’exerce sur lui cette correspondance. Désir de l’autre et écriture sont intimement mêlés révélant la place centrale de l’écriture, la dimension romanesque donnée à son existence, la mystérieuse connivence qui s’établit d’écrivain à écrivain. Hervé Guibert n’avait-il pas reconnu en Eugène Savitzkaya « un frère d’écriture » ? Dans la nouvelle Papier magique, il laisse entendre la valeur de ces lettres en ces termes : « De nouveau c’étaient les lettres que chaque jour imprudemment je lui écrivais qui prenaient le pas sur le vrai récit. C’étaient elles le vrai récit. Mais, pour le faire subsister, les lettres exténuaient le sentiment ». Éd. Gallimard, 144 p., 15,90 €. Élisabeth Miso

Silvia BS, Lettres à des photographies Silvia Baron Supervielle, Lettres à des photographies. Il y en a cent-soixante. Cent-soixante lettres, pour autant de photographies. Numérotées les unes après les autres, et chacune évoquant une tranche de vie, une histoire de famille, un pays lointain, tantôt étranger, tantôt familier, une page de Journal. C’est surtout un fervent hommage à la mère, partout présente, imaginée, rêvée, recommencée, telle une mer rimbaldienne, infinie. Une mère, Uruguayenne, qui lui donne naissance à Buenos-Aires et meurt un an plus tard. En 1961, Silvia Baron Supervielle arrive à Paris, et s’y fixe. Elle finira par écrire directement en français. Si on lui demandait où est sa patrie, elle répondrait : Je n’ai qu’une appartenance : les souvenirs. (...) J’appartiens à des gens, à des lieux, je ne suis enracinée nulle part. De cette tragédie à vie qui lui enleva sa mère avant même d’avoir, avec elle, des souvenirs, - une forme, une odeur, un presque-rien, même pas - elle apprend à la connaître à travers des clichés photographiques, des lettres de celle-ci écrites à sa propre mère, tente de reconstituer son passé qui lui échappe. Alors, elle reprend ses photographies à proximité, en redessine, en réinvente les détails, pour faire revivre ses absents qui ne la quittent jamais. Souffrance sublimée dans l’écriture, sa poésie, sa pudeur. Lettre 33. « J’ignore la raison pour laquelle j’incline à me considérer fille unique, et à te considérer mère unique. J’ai tort nous étions trois filles, les deux citées plus haut et une troisième qui, à sa naissance, fut la cause de ton décès et vécut infirme jusqu’à l’âge de dix ans : Raquelita. (...) j’eus sans cesse le sentiment que je ne ferai jamais son deuil et que mon exil se terminerait lorsque j’aurais retrouvé le paradis à se côtés. Alors, je serai moi-même dans la lumière ». Éd. Gallimard, 133 p., 17 €. Corinne Amar

Romans

Erri De Luca, Les poissons ne ferment pas les yeux Erri De Luca, Les poissons ne ferment pas les yeux. Traduction de l’italien Danièle Valin. « J’aimais l’odeur du corps qui absorbait le sel et le mêlait au reste des senteurs répandues dans l’air. Il faisait partie de l’odeur du monde. » Erri De Luca n’a rien oublié de ces moments de précieuse liberté passés sur l’île d’Ischia en face de Naples. L’été de ses dix ans garde une saveur particulière pour lui, la trace d’un passage initiatique. Cet été-là il occupait ses journées à nager, à faire des mots croisés et des rébus sur la plage près de sa mère, à apprendre les secrets de la mer d’un pêcheur peu bavard et à se demander quand son corps allait enfin se décider à se transformer, à abandonner cette enveloppe d’enfant « contenant toutes les formes futures ». À dix ans, il percevait nettement à sa manière d’être subitement ému, de chanter à voix basse la main sur la bouche, de ne plus se sentir protégé du monde extérieur par les piles de livres de son père dans sa petite chambre de Naples, qu’un changement s’était opéré en lui. Cet été-là il allait entrevoir le sens du mot aimer (cette activité humaine « qui faisait des ravages dans les romans. » et dans les cœurs des adultes) en la personne d’une petite fille du Nord audacieuse et amatrice de polars. Sous les mains de sa nouvelle amie, il ferait l’expérience de la douceur -« Mes doigts se trouvaient entre deux nacres plus douces que du pain. » - sous les coups de trois garçons jaloux de leur complicité son « corps pris dans un cocon » ne demanderait qu’à muer, il en était convaincu. Erri De Luca, avec sa langue épurée et infiniment poétique, restitue ce basculement délicat de l’enfance vers l’adolescence, et contemple dans la confusion de ses sentiments et de ses sensations d’il y a cinquante ans, dans sa relation aux livres ou aux récits de sa mère, dans la confrontation au réel de l’enfant qu’il était les germes de sa sensibilité, de ses engagements et de sa quête d’adulte. « Aujourd’hui, je sais que cet amour à peine éclos contenait tous les adieux suivants. » Éd. Gallimard, Du monde entier, 144 p., 15,90 €. Élisabeth Miso

Don Carpentier, La Promo49 Don Carpenter, La Promo 49. Traduction de l’anglais (États-Unis) Céline Leroy. Après Sale temps pour les braves (1966) que les lecteurs français ont pu découvrir l’an dernier, les éditions Cambourakis publient un autre ouvrage de Don Carpenter, La Promo 49, paru en 1985 aux Etats-Unis. En vingt-quatre courts chapitres, vingt-quatre instantanés, le romancier et scénariste américain effleure les trajectoires d’un groupe d’adolescents, lors des derniers mois précédant la remise des diplômes dans un lycée de Portland en 1949. À l’heure des choix décisifs, du grand saut dans l’inconnu, chacun pressent les promesses ou les cruelles déceptions à venir. Les virées en voiture, l’ivresse du sexe et de l’alcool, les parties de poker, les matchs de base-ball, le désir d’être apprécié par ses camarades, l’obsession du dépucelage, les rixes, les cours de rattrapage d’été, les petits boulots, les bals, l’élection de la Reine du Festival de la Rose de Portland ou la station balnéaire de Seaside, sont autant d’indices d’une insouciance sur le point de se volatiliser. Pour une fille enceinte, un problème de santé, des origines modestes, un accident de voiture, combien de renoncements, de rêves enterrés, de destins déviés ou brisés. Certains disparaissent, certains se marient, certains s’enrôlent dans les Marines, certains doivent trouver un emploi, d’autres encore peuvent s’inscrire à l’université. Don Carpenter qui a lui aussi étudié à Portland et avait le même âge que ses personnages en 1949, dépeint avec lucidité et mélancolie les espoirs et les désillusions de sa génération, saisissant toute la fragilité de ce temps béni de la jeunesse, cet épisode charnière de la vie teinté de chance, d’injustice ou de fatalité. Éd. Cambourakis, 144 p., 17,50 €. Élisabeth Miso

Récits

Agnès Desarthe, Comment j’ai appris à lire Agnès Desarthe, Comment j’ai appris à lire. Enfant, Agnès Desarthe déclare qu’elle déteste lire. Apprendre à lire a été chose très facile, mais voilà les livres l’ennuient. En vérité lire l’angoisse. C’est ce long malentendu entre elle et la lecture, installé durant des décennies, que sonde ici la romancière, traductrice et auteur pour la jeunesse. Il y a bien des coups de foudre, Tistou les pouces verts de Maurice Druon, Prévert, George Sand, Marcel Aymé, Boris Vian, les romans policiers de Carter Brown, Chandler, Chester Himes, Hammet, Le ravissement de Lol V. Stein de Duras conseillé tout comme Brown par son père, mais la méfiance persiste. Tout ce qui manque de poésie, de fantaisie, tout ce qui la ramène au quotidien, à l’ordinaire détourne son attention, étouffe sa curiosité « Mon ennemi, le rempart qui se dresse entre la lecture et moi, serait donc l’univocité, le message, la démonstration. Je résiste au contenu. Je ne tolère que la forme. » Plonger dans l’univers d’un écrivain lui est insupportable, elle n’y voit qu’« une annexion de (s)on intériorité, une colonisation de (s)es sentiments. » Les années d’hypokhâgne et de khâgne sont un tournant, grâce à l’analyse des formes d’une professeur de français le miracle advient, elle se libère de sa peur de la lecture, de ce sentiment de trahison lié à l’histoire familiale. Le français est la langue de l’exil, pour son père forcé de quitter la Lybie de son enfance puis l’Algérie, pour sa mère aux origines russes dont le père a été déporté. « (...) les livres me semblaient si pleins de consensus, de conventions, si saturés d’histoire de France, de paysages et de mœurs françaises et chrétiennes (...) On me tendait un miroir, et je ne m’y reconnaissais pas. » L’apprentissage de la lecture a aussi coïncidé avec son transfert sans qu’elle sache pourquoi dans l’école primaire des garçons, autre source de menace. Dans un subtil jeu d’échos entre imaginaire, fantasmes, écriture, lecture et traduction d’une langue à l’autre, Agnès Desarthe livre le récit passionnant de son voyage intime de l’effroi vers le désir. Éd. Stock, 180 p., 17 €. Élisabeth Miso

Biographies

Bertrand Dermoncourt, Igor Stravinski Bertrand Dermoncourt, Igor Stravinski. « Il était petit (un mètre cinquante-sept) mais semblait grand parce qu’il portait le front haut et dominait son interlocuteur du regard. Physiquement, il avait tout d’un animal. (...) » « Et en même temps, note Nicolas Nabokov, il évoquait un magicien de conte de fées surgi de la profonde forêt russe. » (p.23). On lui disait volontiers une « souplesse d’anguille », un humour « à la fois piquant et perfide » ; on disait aussi, de ce compositeur dandy, grandi « dans une atmosphère de création musicale », naturellement doué pour « transformer les sentiments en musique », tôt célébré par ses pairs grâce aux deux rencontres majeures de sa vie ; le compositeur Rimski-Korsakov qui fut son maître, et le fondateur des Ballets Russes, Serge Diaghilev - pour qui il composa L’Oiseau de feu (1910), Petrouchka (1911) et surtout, son œuvre la plus célèbre, Le Sacre du Printemps (1913) - qu’il fut, finalement, plus admiré que compris. Igor Stravinski (1882-1971), dont l’œuvre s’étend sur près de soixante-dix ans, né en Russie, à Oranienbaum, dans une grande famille de propriétaires terriens de l’aristocratie russo-polonaise, élevé à Saint-Pétersbourg ; plus tard, avec la guerre, exilé volontaire, en Suisse, puis en France, « où battait le pouls de l’activité mondiale », avant de se réfugier aux États-Unis (en 1940), porta probablement toute sa vie la blessure de son émigration, et son évolution artistique, si caractéristique par sa diversité de styles eût été autre, s’il était resté dans son pays natal ; « ayant compris qu’aucun pays ne peut le replacer, il trouve sa seule patrie en musique (...) ; c’est là qu’il a fini par trouver ses seuls compatriotes, ses seuls proches, ses seuls voisins » nous dit l’auteur, par ailleurs directeur de la rédaction du magazine Classica et critique musical, dans une réflexion biographique qui replace l’homme et l’œuvre dans leur contexte. Ed. Actes Sud, 205 p., 18,50 €. Corinne Amar

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