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Lettres choisies - Cendrars-Guiette

 

Lettre de Cendrars à Guiette Lettre manuscrite de Blaise Cendrars à Robert Guiette.
Cendrars est assistant sur le tournage de La Roue d’Abel Gance en 1921 et répond à Robert Guiette sur le papier à en-tête du réalisateur où figure le titre initial du film, La Rose du rail.
© Miriam Cendrars

Blaise Cendrars
Robert Guiette
1920-1959

Éditions Zoé

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Lettre de Robert Guiette à Blaise Cendrars

Anvers
3 janvier 1925

Mon cher Cendrars,

Merci ! Merci ! Vos Feuilles de route, c’est de la vie qui est entrée en moi. Le coup de vent qu’elles ont produit a failli disperser mes piles de fiches. J’ai planté là ma thèse qui avance lentement avec la dignité des gens très ennuyeux ; et j’ai écrit une page sur votre livre pour Le Disque vert, qui reparaît. J’espère qu’Hellens la publiera dans le second numéro de la nouvelle série. Mais cela dépend de plus en plus de lui seul, car le despote a balayé tout comité de rédaction. Je serais bien fâché s’il ne publiait pas ma note sur votre livre, non pas que je tienne fort à ce que j’ai écrit parce que je sens que cela reste en dessous de mon admiration pour vous. Mais précisément parce que j’aime ce livre qui me parle de vous.
J’espère pouvoir aller à Paris en février ou mars et vous voir. Je m’étais si bien fait au plaisir de vous y rencontrer que mon dernier voyage m’a paru moins bien rempli que les autres. Paris sans Cendrars n’est pas Paris. Je ne vous en écris pas davantage parce que je ne sais si vous sortirez de ce grimoire. Je n’ai pas lâché mon porte-plume depuis plusieurs heures et ma main se fait bien indocile.
Tous mes bons souhaits pour 1925.
Et mes compliments à tous ceux qui voudront bien se souvenir de moi.
Tout vôtre,
Robert Guiette
Amitiés de mon frère.

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Lettres de Cendrars à Robert Guiette

17 mars 1922

Cher ami,

Ne perdez pas votre temps avec mon article. Dépêchez au contraire votre thèse pour ne plus en entendre parler. Je ne sais pas ce que veut Mayr [auteur de Le Délire graphique et verbal] avec sa Note-articulet sur un sujet X.
Je vous enverrai une submarine [trompette marine] par un ami qui se rend dans 15 jours à Anvers.
Bien vôtre (Paris est moche ; je désespère d’en sortir. J’ai dégoté dans un boui-boui une poule qui vous balance « J’en ai marre » mieux que Mistinguett au Casino. Une espèce d’orfraie bleue et verte, en peau de chauve-souris et les yeux au sirop. Une fleur du mal archi-populo à faire râler Baudelaire.)

Blaise Cendrars

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[7 octobre 1922]

Mon cher ami,

Ne soyez pas fâché si je ne réponds qu’aujourd’hui à vos lettres. J’ai fait du ciné tout l’été, auto, avion, connerie et n’ai pas eu une minute à moi.

Vous me demandez
1- L’Eubage. Ne paraît pas, L’E.N. [L’Esprit nouveau] s’arrêtant.
2- J’ai reçu D. vert n°3. Merci de m’avoir dédié ce poème, en échange, je vous envoie le portrait de Dewinagil Noemy rapporté de Chine par un marin russe.
3- Moganni Nameh. Mauvais, horrible, écrit en 1907. Ne paraîtra pas en volume. M’ai donné aux F.L. [Feuilles Libres] pour tromper sur les romans que j’écris.
5- [le numéro 4 a été oublié en tournant la page] Epstein est plus con que jamais.
6- Ciné : beaucoup de projets.
7- Mes romans : en train.
8- Latin mystique : épatant. Vous trouverai ça.
9- Cravan vous le prêterai à Paris.
10- Faites-vous des cartes de visite avec titre de collaborateur journal et recevrez tous les volumes des poètes. Je vous arrangerai ça à Paris.
11- Quand venez-vous ?
12- Ma main amie

Blaise Candrars

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[Carte postale du Tremblay]

[31 juillet 1926]

Cher ami,

Merci de votre bon article. C’est, je crois le meilleur écrit sur moi par un jeune. Dommage qu’il ne paraisse pas à Paris. Quelle leçon pour ceux d’ici ! Même à 300 F, il ne s’est trouvé personne pour parler de Moravagine dans Les Nouvelles littéraires ! !
Ma main amie,

Blaise Cendrars

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Château Pontier,
L’Escaraycol, par Carry (Bouches-du-Rhône)

Lundi [11 juillet 1927]

Mon cher ami,

Vous savez que je suis loin d’avoir lu toutes les nouveautés - mais votre Allumeur de Rêves est sûrement une des plus mauvaises choses que j’aie lues depuis longtemps. Permettez-moi de vous dire en toute franchise et amitié. C’est ce que j’ai lu de plus « pompier » depuis que je suis au monde.
Je ne veux pas vous décourager, au contraire. Et je vous félicite d’avoir eu le courage de publier ce monstre. C’était la seule façon de vous en débarrasser. Quoi qu’en dise votre préfacier, je crois vous rendre service en vous faisant remarquer que l’on se trompe toujours sur son premier livre (on y tient surtout parce que c’est une erreur). Maintenant, je vous attends. Vous valez mieux et plus. Et votre prochain livre me donnera raison.
Ma main amie

Blaise Cendrars

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[Carte postale avec vue du Tremblay]

[18 mars 1928]

Reçu votre thèse, cher Docteur. Quel soulagement pour vous, mais que de temps perdu. En ai déjà lu la moitié. C’est intéressant, mais parfaitement inutile, à cause de son formalisme byzantin et scolaire.
Mais mon cœur est avec vous.

Blaise Cendrars

Extrait d’un article de Robert Guiette publié dans Variétés, n°9, 2e année, janvier 1930, p. 639-641 (Blaise Cendrars - Robert Guiette, éditions Zoé, page 181)

Dan Yack

[Le Plan de l’Aiguille et Les Confessions de Dan Yack - Prix Goncourt 1929. Cendrars les a réunis en 1946 sous le titre de Dan Yack]

Il y a dix ans, je recevais de Blaise Cendrars des lettres datées de Saint-Gervais, des cartes postales représentant le chalet du Plan de l’Aiguille. C’est alors, pour la première fois, qu’il me conseilla de vivre intensément. Au milieu de mes livres, de mes papiers, de mes classeurs lourds de fiches, au milieu des archives et des manuscrits que je déchiffrais, m’apparut soudain la silhouette de l’homme que j’aurais voulu être, silhouette noire comme une percée dans la neige étincelante : Dan Yack, les cheveux rebroussés par le vent de la montagne, les vêtements comme déchiquetés par la lutte, le piolet à la main. Cet homme qui jouissait de la solitude au point de s’être donné un nom si bien à lui qu’il ne le rattachait plus à personne, m’effrayait et m’enchantait à la fois. Aucun souvenir ne semblait lui avoir été transmis. Le dépôt du passé ne contenait pour lui que sa vie. Il ignore l’indifférence. Telle route, ce n’est pas un itinéraire sur une carte, c’est la fatigue de ses jambes traînant les lourdes bottes par une neige trop moelleuse, c’est l’odeur presque humaine des pins et la sensualité du vent qui se plaque contre la peau ; c’est l’angoisse des distances qui se déplient, se doublent, se décuplent, et l’effort qui risque de ne pas aboutir. L’homme est sans cesse engagé tout entier. L’esprit actif, jouant l’expérience qui peut être mortelle. Chaque geste, chaque mouvement, chaque action rend un son inoubliable dans sa vérité. (...)

© éditions Zoé

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