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Dernières parutions été 2013 Par Elisabeth Miso

 

Conférences

Annie Ernaux, Retour à Yvetot Annie Ernaux, Retour à Yvetot. « Depuis le début, j’ai été prise dans une tension, un déchirement même, entre la langue littéraire, celle que j’ai étudiée, aimée, et la langue d’origine, la langue de la maison, de mes parents, la langue des dominés, celle dont j’ai eu honte ensuite, mais qui restera toujours en moi-même. Tout au fond, la question est : comment en écrivant, ne pas trahir le monde dont je suis issue ? » En octobre 2012, Annie Ernaux répond à l’invitation de rencontrer les habitants d’Yvetot, la petite ville normande où elle a grandi. C’est en tant qu’écrivain qu’elle vient parler de son rapport intime à cette ville, de ce territoire singulier que cette dernière occupe entre mémoire et imaginaire, de son influence déterminante sur son œuvre. Ce qui fait sens pour elle ce n’est pas le souvenir exact d’une topographie, d’une réalité de la ville, mais plutôt comment les lieux sont transformés par la mémoire et l’écriture, ce qu’ils révèlent d’une trajectoire humaine. Yvetot est ainsi « le lieu de (sa) mémoire la plus essentielle », l’espace de son « apprentissage du monde et de la vie », de ses désirs, de sa volonté de s’évader de son milieu par l’école et la lecture, de sa perception aiguë des différences et des inégalités sociales. Ce matériau des origines a modelé sa langue et innerve depuis quarante ans sa quête d’Écrire la vie (titre qu’elle a choisi pour le Quarto/Gallimard qui lui est consacré). Sonder l’intime non pas pour se raconter soi, mais partir de son expérience particulière pour y faire résonner ce qu’il y a de commun à tous, d’universel. Le présent ouvrage réunit le texte de la conférence d’Annie Ernaux, l’entretien avec Marguerite Cornier professeur à Yvetot et auteur d’une thèse sur l’écriture autobiographique d’Annie Ernaux, l’échange avec le public et un choix de photographies personnelles de sa jeunesse à Yvetot légendées de citations de ses livres. Éd. du Mauconduit, 80 p., 9 €.

Mémoires

Agathe Gaillard, Mémoires d’une galerie Agathe Gaillard, Mémoires d’une galerie. En 1965, son bac et quelques économies en poche, la jeune Agathe Gaillard quitte Nîmes pour Paris. Elle trouve un emploi à la librairie La Hune à Saint-Germain-des-Prés et est très vite fascinée par la photographie. Elle s’éprend du photographe Jean-Philippe Charbonnier, le suit dans ses voyages et laisse grandir en elle cette passion pour le langage visuel. En 1968 elle a l’idée d’imprimer un choix d’images de photographes qu’elle admire (Boubat, Cartier-Bresson, Doisneau, Man Ray, Ronis, Charbonnier, Sieff) sous forme de cartes postales. La première série de la collection « Les Chefs-d’œuvre de la photographie » est un succès, d’autres suivront. En juin 1975, elle ouvre sa galerie, rue du Pont Louis-Philippe, dans ce quartier du Marais où le rayonnement du Centre Pompidou va bientôt attirer nombre de galeries. Elle est la première en France à exposer exclusivement de la photographie, consciente de l’ampleur de la bataille à mener pour rendre visible ce médium, pour faire reconnaître les photographes comme des artistes à part entière. Elle ne se donne aucune limite, accueille tous les styles de photographies, elle veut exposer des tirages originaux et laisser les photographes présenter leur travail comme ils l’entendent. « (S)a seule exigence : la qualité, l’originalité de la vision et la force de la réalisation. » Au fil des expositions à Paris et dans le monde, des rencontres enthousiasmantes, des amitiés précieuses notamment avec Kertész ou Guibert, de l’évolution des mentalités et du marché de l’art, Agathe Gaillard recompose toutes les étapes de sa formidable aventure. Ralph Gibson, André Kertész, Gisèle Freund, Erica Lennard, Manuel Álvarez Bravo, Édouard Boubat, Bill Brandt, Edward Weston, Weegee, Mario Giacomelli, Don McCullin, Bernard Faucon, Hervé Guibert, ils sont nombreux à l’accompagner depuis des années. « Ce qui m’importe, à moi, c’est de proposer de multiples définitions de la Photographie, pour qu’à la fin se dégage, peut-être, une idée plus générale. Ce qui me détermine, c’est l’envie de voir la vie avec les yeux des autres, de certains autres qui m’intriguent. Mon regard, bien que très attentif, ne me suffit pas. » Éd. Gallimard, Témoins de l’Art, 176 p., 19,90 €.

Journaux / Carnets

Susan Sontag, Journal volume II Susan Sontag, Journal volume II 1964-1980. La conscience attelée à la chair. Préface de David Rieff. Traduction de l’anglais (États-Unis) Anne Rabinovitch. « Je possède cette chose - mon esprit. Il grandit, son appétit est insatiable. » L’esprit toujours et encore, repousser les limites de la conscience, évoluer sans cesse, une véritable obsession chez Susan Sontag depuis l’enfance. Le premier volume de son journal rendait compte de ses années de formation, de son avidité de savoir et d’expériences multiples, de l’affirmation de sa personnalité et du destin d’écrivain qu’elle s’est très tôt choisi. Ce deuxième volume s’attache lui aux années de maturité, à la notoriété mondiale de l’essayiste et romancière new-yorkaise et poursuit l’observation de l’étonnante vitalité de sa pensée. Toute forme d’expression, tout talent, toute autre intelligence est susceptible d’aiguiser sa curiosité. Tout ce qui véhicule des idées et des émotions intenses la captive. « La seule transformation qui m’intéresse est une transformation totale - même minime. Je veux que la rencontre avec une personne ou un œuvre d’art change tout. » Littérature, peinture, cinéma, théâtre, photographie, sexe, passions amoureuses, engagement politique, caractéristiques de la société américaine ou d’autres cultures ; elle éprouve, dissèque, articule une réflexion. Elle démêle les mouvements de sa pensée dans l’écriture, dans les échanges fructueux avec ses amis (Jasper Johns, Joseph Brodsky), avec les intellectuels et les artistes qu’elle côtoie ou qui la stimulent (Barthes, Beckett, John Cage, Simone Weill, Duchamp, Nietzsche, Adorno, Blanchot, Bataille, Burroughs, Proust, Flaubert...). Elle dresse des listes de livres lus et à lire, de films vus et à voir, prend des notes pour des projets de romans et d’essais, consigne des citations d’écrivains et d’artistes. Elle évoque sa relation complexe avec sa mère, femme froide et narcissique, la façon dont elle s’est construite en opposition à ses goûts et à sa faiblesse. Elle décrit sa dépendance affective, ses efforts pour dominer son addiction à l’amour qui la détourne de ses autres activités, le désespoir dans lequel la jettent ses ruptures sentimentales, sa solitude. Si Susan Sontag avait soupçonné enfant que le monde pouvait être peuplé d’individus intelligents, elle n’aurait peut-être jamais développé une telle exigence intellectuelle, elle pensait que « l’esprit avait besoin de (son) aide pour survivre. », elle en a donc fait l’affaire de sa vie. Éd. Christian Bourgois, 576 p., 24 €.

Fabienne Verdier, L’esprit de la peinture Fabienne Verdier, L’esprit de la peinture, Hommage aux Maîtres flamands. Sous la direction de Daniel Abadie. C’est une aventure qui nécessita quatre années de travail, de notes et de Carnets, pour la calligraphe longtemps passée par la Chine, sensible à la couleur et pourtant, initiée « pendant dix ans de tenter de percevoir toutes les couleurs de la nature au travers de la seule gamme du noir déclinée au lavis » ; formée par des maîtres chinois, lettrés, autant peintres que musiciens, poètes, écrivains. Quatre années de travail intense, fervent, qui conduisirent à un ouvrage en même temps qu’à une exposition à Bruges (Groeninge Museum, 4 mai-25 août 2013). Fabienne Verdier pose aujourd’hui son regard sur les œuvres de maîtres flamands du XVe siècle - Van Eyck, Van der Weyden, Marmion, Memling, Van der Goes -, qu’elle interroge patiemment, réinterprétant, recréant six chefs-d’œuvre qu’elle met en résonance avec sa propre exploration de nouvelles pratiques. - Pourquoi les maîtres flamands ? lui demande t-on ;- Les maîtres flamands ont sacralisé le réel, explique t-elle, au point de transcrire jusqu’à la petite goutte de sueur ou la veine de la tempe du chanoine Van der Paele ». Prodigieuse lecture que cet ouvrage qui met en relief la réflexion picturale de l’auteur - texte et image - ; montre le tableau du peintre et son fragment choisi, confirme la jubilation de l’esprit à œuvrer sur des formes complexes, leurs infinis de plis, d’ors et de chairs ; à pénétrer l’extraordinaire performance dans le réalisme du rendu, jusqu’à aller vers une épure, une simplicité ; approcher leur essence, jusqu’à la réalisation enfin d’une nouvelle forme de peinture abstraite unique et de perspectives inattendues. L’ouvrage est ponctué d’extraits de ses carnets. Éd. Albin Michel, format 245 x 310, 210 p.56,05 €. Corinne Amar

Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi. Qui n’a pas dans sa vie, au moins une fois, entendu prononcer ce nom magique de Saint-Jacques de Compostelle, voire rêver partir sur le Chemin ? Jean-Christophe Rufin, médecin, écrivain, ancien ambassadeur de France au Sénégal, académicien, a suivi à pied, sur plus de huit-cents kilomètres, le Chemin du Nord, jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle, en Galice, dans le nord-ouest de l’Espagne, parti de Hendaye (Pyrénées Atlantiques), en longeant la côte basque et passant par San Sebastian, Bilbao, Santander, Gijon, Oviedo, Lugo. Dimension spirituelle et religieuse ? Certes, mais itinéraire humain avant tout : « Chaque fois que l’on m’a posé la question Pourquoi êtes-vous allé à Santiago ?, j’ai été bien en peine de répondre. Comment expliquer à ceux qui ne l’ont pas vécu que le Chemin a pour effet sinon pour vertu de faire oublier les raisons qui ont amené à s’y engager ? On est parti, voila tout. » Et la marche est une vertu qui offre le moyen de se dépouiller de l’accessoire, de s’éprouver, s’aguerrir, de retrouver à la fois les autres et soi-même, de se rapprocher de l’essentiel. Ce que fit notre pèlerin en herbe, mis à l’épreuve de la frugalité, de l’inconfort des bivouacs mordus par le vent, des averses brutales sur le dos, du manque de sommeil, des ampoules et des pieds endoloris, du dilemme entre camping sauvage ou promiscuité avec les autres pèlerins, de la terrible remise en question du pourquoi. « La nuit tomba et je la contemplai longtemps avant de me coucher pour de bon. En une journée, j’avais tout perdu : mes repères géographiques, la stupide dignité que pouvaient me conférer ma position sociale et mes titres. Quelques mois plus tôt, j’étais servi par un maître d’hôtel aux petits soins qui m’appelait Excellence, et voilà qu’assis par terre, je mâchais des nouilles pas cuites. (...) » Éd. Guérin, Chamonix, 260 p. 19,50 €. Corinne Amar.

Conférences

P Pierre-Georges Latécoère, Correspondances (1918-1928.) Édition et commentaires par Laurent Albaret. Les lettres, télégrammes, courriers de Pierre-Georges Latécoère, fondateur des lignes aériennes de l’Aéropostale, sont autant de témoignages cruciaux éclairant l’Histoire. De lettre en lettre se dessine ici la trame d’une entreprise unique : rêve fou d’un homme qui parvint le premier à faire voler des avions au-delà des limites communément admises. Tout n’avait pas été dit, et encore moins écrit, sur Pierre- Georges Latécoère, l’une des fi gures les plus marquantes de l’aventure commerciale aéronautique française de l’entre deux- guerres. Fruit du travail ambitieux d’un historien sur un fonds d’archives riche de milliers de documents, lettres, télégrammes, courriers rédigés, annotés et expédiés par Pierre-Georges Latécoère, cet ouvrage éclaire la vie et l’oeuvre de cet homme de décisions hors du commun, industriel visionnaire, qui a bâti sa compagnie sur une organisation sans faille. De lettre en lettre, au fi l des mots, se dessine la trame des lignes aériennes qui deviendront l’Aéropostale puis Air France. S’attachant aux sources, ce livre donne toutes les clefs pour accéder à l’intimité de ce capitaine d’industrie qui, pour asseoir son empire, rêva de faire voler des avions au-delà des limites communément admises. Éd. Privat, 718 p., 24 €. Communiqué de l’éditeur.
Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation La Poste.

BD

Allain Glykos et Antonin, Manolis Allain Glykos et Antonin, Manolis. Adaptation du roman Manolis de Vourla, paru en 2005, cette bande dessinée retrace l’exil douloureux du père d’Allain Glykos. Après la Première Guerre mondiale les alliés procèdent au démantèlement de l’Empire ottoman, partage que refuse l’officier Mustafa Kemal qui s’attèle à la reconquête de la Turquie. Manolis coule des jours heureux à Vourla, village de la côte ouest de la Turquie où Grecs, Turcs, Juifs et Arméniens vivent ensemble depuis des siècles jusqu’à ce que les troupes de Kemal s’emparent de Smyrne (Izmir aujourd’hui) en septembre 1922. La vie de Manolis bascule alors, la menace turque les saisit lui et sa grand-mère un matin les laissant totalement démunis. Le petit garçon est sans nouvelles de sa famille, du haut des ses sept ans il ne mesure pas les enjeux du conflit gréco-turc. Il ne comprend pas pourquoi des hommes sont tués, pourquoi il doit marcher en colonne sur les routes avec tous ces gens sous le contrôle des soldats turcs, pourquoi on les entasse sur un bateau à destination de Nauplie, pourquoi il ne reverra plus jamais ses amis turcs Ismet et Nevra, pourquoi sa grand-mère décide de le confier à une famille de Nauplie. Pour échapper à ce cauchemar, il se réfugie dans ses rêves et dans l’histoire d’Ulysse, livre qui ne le quitte pas. Armé de son seul courage, il s’enfuit et parvient à gagner la Crète où il retrouve sa mère et ses frères et sœurs. Quelques années plus tard, adolescent il choisira d’émigrer en France avec l’espoir d’y poursuivre des études. Le texte d’Allain Glykos et le dessin d’Antonin épousent le regard sensible du petit Manolis, enfant pris dans la tourmente d’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire grecque du XXème siècle. Environ 1,2 million de grecs ont ainsi été expulsés d’Asie Mineure. Éd. Cambourakis, 192 p., 20 €.

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