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Richard Wagner : portrait. Par Corinne Amar

 

Richard Wagner Musicien et chef d’orchestre, « incarnation achevée de l’égoïsme créateur, mû par une indéfectible confiance en soi »*, seul compositeur capable de faire naître, un 22 mai 1872, jour de ses 59 ans, dans une petite ville de Franconie appelée Bayreuth - au nord de Nuremberg -, le seul théâtre au monde conçu pour n’y représenter que ses œuvres ; homme de théâtre, penseur, écrivain, politique - qui participa à la révolution de 1848-1849, en montant sur les barricades, fut condamné par défaut et contraint de fuir, il vécut douze années en exil ; créateur protéiforme au charisme évident, qui épousa, avec ses tendances, toutes les contradictions de son siècle, et bouleversa l’opéra traditionnel, Richard Wagner (1813-1883) suscita et suscite encore largement autant de détestation que de vénération. Aussi paradoxal qu’excessif, polémiste pugnace, génie et tout autant crapule, vivant le plus souvent à la solde d’autrui, « quémandeur sans vergogne » et constamment sans le sou, obsédé de lui-même et de son œuvre, d’une volonté démesurée qui lui fit créer l’univers scénique de ses opéras dans sa totalité - il rédige le livret de ses opéras, renouvelle l’art de la mise en scène, fonde la tradition des festivals -, Wagner fut un nationaliste virulent, au caractère grandiloquent, germanique, rattaché au passé, aux mythologies européennes, aux légendes bouddhiques, voire indiennes, aux dieux de l’Edda scandinave, aux héros sublimes ; obstiné dans un antisémitisme notoire qui laissa des traces, tandis qu’il objectivait ses griefs dans des écrits repris par l’idéologie nazie. Aujourd’hui encore, le musicien est maudit en Israël. Depuis la création de l’État d’Israël en 1947, il a toujours été mis à l’écart, sinon interdit, jamais diffusé à la radio et encore moins joué en concert. En juillet 2001, alors que pour la première fois, Wagner était joué en Israël (l’orchestre dirigé par Daniel Barenboim avait donné un fragment de Tristan et Isolde), le tabou brisé avait valu au chef d’orchestre un appel au boycottage. En juin 2012 encore, à Tel-Aviv, cette même tentative de jouer Wagner se produisit, mais au dernier moment, la pression montante fit annuler les concerts (cf. Le Monde 14 juin 2012). « Wagner est mort en 1883, des décennies avant que le dictateur nazi ne prenne le pouvoir en Allemagne. Mais cela ne l’a pas empêché de devenir le musicien vénéré par Adolf Hitler », soulignait le blog El concertino, du journal espagnol El Pais (cité par Le Monde).
S’il a beaucoup composé, il semble que Wagner ait davantage encore écrit ; épistolier, il écrivait plusieurs lettres par jour ; écrivain intarissable, il multiplia les traités de théorie ou de critiques musicales, les essais, les nouvelles, les poèmes - il se percevait lui-même comme un poète -, fut l’auteur d’une étonnante autobiographie, Ma Vie (Folio classique, édition de Jean François Candoni, 2013) - qu’il présenta comme un récit d’une « véracité sans fard » et pourtant, plus ou moins fidèle, plus ou moins approximative ; moins récit factuel qu’« interprétation du réel permettant d’en constituer le sens a posteriori ». Dès 1965, s’émouvant de nombres d’inexactitudes publiées sur lui et décidant de s’en défendre, il dicta à Cosima, sa compagne et fille de Franz Liszt, encore mariée à Hans von Bülow dont elle se sépare en 1867 - pianiste et chef d’orchestre, ancien élève de Liszt, puis disciple de Wagner, ami trahi -, le récit de sa vie, d’après le journal intime qu’il tenait depuis trente ans. Il épousera Cosima en 1870. Ils auront trois enfants avant de pouvoir se marier ; Isolde (1865), Eva (1867), Siegfried (1869). Cosima, de vingt-quatre ans sa cadette, mourra à Bayreuth en 1930, quarante-sept ans après lui, dont elle maintiendra le culte, près d’un demi-siècle, au Festival de Bayreuth.

Richard Wagner naît un 22 mai 1813 à Leipzig, sur fond de victoires napoléoniennes, la même année que Giuseppe Verdi ; Liszt a deux ans, Mendelssohn, Chopin, Schumann sont à peine plus âgés ; Berlioz a dix ans, Schubert en a seize. Tous seront reconnus vingt, vingt-cinq ans plus tard, certains d’entre eux même auront déjà tout donné. Élevé dans une famille modeste sinon laborieuse, mais éprise de poésie, de littérature et de créativité artistique, Wagner est très tôt passionné par le théâtre, la musique - deux de ses sœurs sont musiciennes -, la composition, la direction d’orchestre. Il compose plusieurs opéras (de jeunesse) avant Le Vaisseau fantôme (1843). Suivent Tannhaüser (1845), Lohengrin (1850), Tristan et Isolde (1865)... Persuadé du génie dont il est porteur, il attendra pourtant cinquante et un ans avant que le monde veuille le reconnaître. On est en 1864 : jusque-là, il a dépensé sans compter, même l’argent qu’il n’avait pas, souvent en cavale, des créanciers sur le dos, souvent à bout de course et de ressources (trois ans plus tôt, son Tannhaüser, joué à Paris, fut un échec), et avec peu d’espoir de faire représenter ce qu’il compose.
...Jusqu’à sa rencontre providentielle avec le nouveau souverain de Bavière, Louis II, jeune monarque de dix-huit ans, d’une sensibilité maladive, profondément cultivé, tout juste monté sur le trône, et impressionné sinon foudroyé par le discours et la musique de Richard Wagner. Il deviendra son mécène attitré, le faisant venir auprès de lui à Munich, lui vouant une adoration sans bornes et dont la correspondance qu’ils s’écrivent témoigne. Wagner peut enfin régler ses dettes, et monter son nouvel opéra : Tristan et Isolde. Installé dans une vie de famille et un confort qu’il savoure enfin, il peut enfin et tout entier s’adonner à un immense projet ambitieux, sa Tétralogie ; L’Anneau du Nibelung - selon une structure proche de la tragédie antique, et ainsi composé d’un prologue, L’Or du Rhin - et de trois pièces réparties sur trois journées ; La Wakyrie, Siegfried, Le Crépuscule des Dieux. En 1871, il choisit la ville de Bayreuth, pour accueillir le nouveau théâtre dont il rêve pour ses opéras, chantier grandiose et largement financé par Louis II. Le Palais des Festivals ouvrira en 1876, pour la représentation de L’Or du Rhin. Suivront les trois cycles complets de la Tétralogie.
En 1881-82, Wagner est à Palerme où il achève son dernier opéra, Parsifal, commencé quatre ans plus tôt. Influencé par de nouvelles méditations qui le préoccupent autour du lien sacré entre l’homme et l’artiste, la notion de « compassion », la très antique légende celtique relative au Gallois Perceval ou par la vision de l’Inde comme vraisemblable berceau de son aventure mystique, il présente Parsifal lors du second festival de Bayreuth, en 1882.
Wagner est déjà malade. Il se rend à Venise, avec sa famille, après le festival. Venise - et pour la sixième fois - l’hiver, est souvent un refuge clément aux rudes hivers allemands. Ils séjournent au Palazzo Vendramin Calergi.
Wagner meurt d’une crise cardiaque le 13 février. Cosima est à ses côtés. Trois jours plus tard, une gondole vient le cueillir ; un cercueil envoyé de Vienne par Louis II de Bavière rapatrie le corps, en train, pour Bayreuth. Wagner y sera inhumé, dans les jardins de sa Villa Wahnfried.

(*ainsi est-il présenté par Georges Liébert dans son introduction à la monumentale Correspondance Franz Liszt, Richard Wagner, traduction revue et augmentée par Danielle Buschinger, édition présentée et annotée par Georges Liébert, Gallimard, 2013)

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