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Dernières parutions octobre 2013 Par Elisabeth Miso

 

Romans

Laura Alcoba, Le Bleu Abeilles Laura Alcoba, Le Bleu des abeilles. Janvier 1979, la narratrice, une enfant de dix ans, quitte l’Argentine pour rejoindre sa mère exilée en France. Deux ans durant, elle s’est appliquée à apprivoiser la langue française en prévision de ce voyage, imaginant sa vie à Paris. Sa mère réside en réalité en banlieue parisienne, au Blanc-Mesnil, dans un appartement qu’elle partage avec une autre réfugiée. Au fil des mois, l’enfant se familiarise avec son nouveau quotidien : la cité de la Voie-Verte, l’école Jacques-Decour, les nouveaux camarades. Un séjour au ski en Savoie prend des allures d’enchantement tant les choses et les mots y ont une densité singulière dans l’épaisseur de la neige. Le français et son « e » muet la fascinent, elle est impatiente de gommer son accent et de maîtriser parfaitement cette langue. « J’aime ces lettres muettes qui ne se laissent pas attraper par la voix, ou alors à peine. C’est un peu comme si elles ne montraient d’elles qu’une mèche de cheveux ou l’extrémité d’un orteil pour se dérober aussitôt. À peine aperçues, elles se tapissent dans l’ombre. » Elle écrit à sa famille et à ses amies restées à La Plata, correspond chaque lundi avec son père prisonnier politique. Malgré l’éloignement, tous deux se donnent rendez-vous en pensées, dans l’espace de leurs lectures communes. Leurs lettres commentent leurs découvertes littéraires et s’attardent notamment sur le goût des abeilles pour la couleur bleue avancé par Maurice Maeterlinck dans sa Vie des abeilles. L’auteur s’est plongée dans ses souvenirs d’enfance et a trouvé la force de relire les lettres de son père. À travers les échanges épistolaires ou les conversations des adultes que capte sa jeune héroïne, Laura Alcoba fait entendre les échos de la dictature militaire qu’elle percevait au même âge et livre un récit pudique de son expérience de l’intégration et de l’exil. Éd. Gallimard, collection Blanche, 128 p., 15,90 €. Élisabeth Miso

Amélie Nothomb, Nostalgie Amélie Nothomb. La nostalgie heureuse. « Ce que l’on a vécu laisse dans la poitrine une musique : c’est elle qu’on s’efforce d’entendre à travers le récit. » Au printemps 2012, après seize ans d’absence, Amélie Nothomb retourne au pays du Soleil levant dans le cadre d’un reportage. L’équipe de télévision veut filmer les retrouvailles de l’écrivaine avec ce pays qui la subjugue, la suivre sur les lieux de son enfance et de sa jeunesse, sur les traces du Japon de ses romans. L’excitation se mêle à l’inquiétude, va-t-elle être à la hauteur de ce voyage intime, être capable de dompter le trouble qui l’envahit à l’idée de revoir Nishio-san sa nounou bien-aimée et Rinri son ex-fiancé ? Elle est née et a vécu au Japon jusqu’à l’âge de cinq ans, y est revenue à vingt et un ans, son histoire nipponne est faite d’arrachements. À chaque étape du périple son émotion est palpable. Kobé et Shukugawa le village de ses premières années sont méconnaissables depuis le séisme de 1995, Kyoto et son Pavillon d’or la laisse « en overdose sensorielle », Fukushima, qu’elle n’avait jamais vue, la saisit par le contraste hallucinant entre les zones intégralement déblayées avec cet « art d’effacer jusqu’au souvenir d’une catastrophe » et celles encore totalement chaotiques. À Kobé, elle rend visite à Nishio-san, maintenant âgée de soixante-dix-neuf ans et s’abandonne enfin à ce chagrin si longtemps contenu d’avoir été séparée petite-fille de cette deuxième mère, « (...) j’ai laissé circuler entre elle et moi un si terrible amour, et nous avons survécu. ». Tokyo exige une réacclimatation, il lui faut se mettre au diapason de la ville, se fondre dans la foule. Le temps d’un après-midi et d’un dîner, elle retrouve Rinri, l’amour de ses vingt ans, le temps de s’interroger et de comprendre les raisons de leur rupture. Aucun regret, aucun remord, aucune nostalgie douloureuse, ne viennent assaillir la romancière durant son séjour. Amélie Nothomb n’emporte avec elle que la grâce de situations intenses et de souvenirs accueillis dans la conscience de l’instant présent, la satisfaction d’énoncer ce qui devait être dit, le sentiment d’extase d’avoir renoué avec le pays mythique. Éd. Albin Michel, 162 p., 16,50 €. Élisabeth Miso

Henry Miller, Crazy cock Henry Miller, Crazy Cock. Traduction de l’anglais (États-Unis) Alain Defossé. Préface Mary Dearborn. Tony Bring, au grand dam de ses parents, a renoncé à un emploi stable pour tenter sa chance comme écrivain. Nous sommes à New York dans les années 1920 et tandis qu’il s’échine à donner naissance au remarquable roman qui lui ouvrira les portes de la célébrité, sa femme Hildred gagne de quoi survivre comme hôtesse dans les bars de Greenwich Village et joue des ses charmes pour obtenir de l’argent des hommes qui la désirent. Hildred est d’une beauté ensorcelante, imprévisible, insaisissable, elle peut se volatiliser et réapparaître sans donner d’explications. Il n’est pas rare que Tony la cherche des nuits entières, elle le rend fou mais il l’a dans la peau. « C’était une actrice, cette femme, sa femme, comme jamais il n’y en eut. Un véritable tissu de dissimulation... » Un beau jour, Hildred s’éprend de Vanya, une artiste émotionnellement perturbée. Malgré son hostilité affichée, Tony se voit imposer un ménage à trois. La jalousie et le soupçon le rongent alors, les scènes se succèdent, son existence devient un enfer. « Vivre avec elles deux, c’était comme de vivre avec un monstre à deux têtes. », écrit Henry Miller qui s’est inspiré de sa relation tumultueuse avec sa seconde épouse June Edith Smith et de la dépression dans laquelle l’a jeté l’idylle de cette dernière avec Jean Kronski. Deuxième roman de Miller, longtemps resté inédit et publié par Belfond en 1991, Crazy Cock assied l’importance de la veine autobiographique dans l’élaboration des œuvres emblématiques à venir telles que Tropique du Cancer, La Crucifixion en rose ou Tropique du Capricorne. Éd. Belfond, [Vintage], 324 p., 18 €. Élisabeth Miso

Récits

Roland Russo, Ailleurs Richard Russo, Ailleurs. Traduction de l’anglais (États-Unis) Jean Esch. « C’est toi dont j’ai besoin. Dès ma jeunesse, j’ai compris que la santé de ma mère, son bien-être étaient entre mes mains. » Enfant, Richard Russo était hanté par les crises nerveuses de Jean sa mère. Jean était séduisante, déterminée, elle avait un emploi bien rémunéré à la General Electric dont elle était très fière, situation plutôt enviable pour une femme dans l’Amérique des années 50. Même si la réalité était tout autre, elle avait à cœur de donner d’elle l’image d’une femme indépendante. L’horizon étriqué de Gloversville dans l’État de New York ne pouvait combler l’étendue de ses aspirations. Elle se sentait prisonnière de cette ville industrielle, de sa famille, des médicaments censés atténuer ses angoisses, cernée par le poids de ses responsabilités depuis que son mari avait déserté le foyer. Le jeune Richard nourrissait « cette conviction grandissante que (sa) mère était perdue dans le labyrinthe de ses pensées et de ses impulsions, et que si elle avait dû s’en échapper un jour, elle l’aurait déjà fait. » Quand tous deux occupaient encore un appartement dans la maison des grands-parents, les adultes présents formaient un rempart rassurant contre ses crises récurrentes. Mais dès qu’elle prit la décision d’accompagner son fils étudiant en Arizona, l’existence de ce dernier ne connut plus de repos. Phoenix, Tucson, Carbondale, Camden, les déménagements à travers les États-Unis obéissent aux différents postes de professeur d’université qu’il décroche au fil des années. Partout, elle le poursuit de sa dépendance affective, le rappelant sans cesse à ce serment initial qu’ils sont tout l’un pour l’autre. La fragilité psychologique de Jean s’aggravant, son fils prend soin de lui trouver un toit à proximité du sien, et de contrôler à chaque nouvelle adresse toute source d’anxiété, loyauté filiale qui parasite pendant des décennies sa vie personnelle. Ce n’est qu’après sa mort qu’il a identifié qu’elle souffrait de troubles obsessionnels compulsifs. Du jour où il s’est surpris à adhérer au verdict de folie de son père (il avait 21 ans), Richard Russo a développé un sentiment de malaise persistant, comme s’il avait trahi la confiance de Jean, son immense amour. Entre culpabilité, exaspération, empathie et reconnaissance infinie, l’auteur du Déclin de l’empire Whiting (prix Pulitzer 2002) brosse le portrait de cette mère envahissante et dégage les traces perceptibles de sa transmission sur sa destinée d’écrivain. Éd. Quai Voltaire/ La Table Ronde, 272 p., 21 €. Élisabeth Miso

Biographies

Sandrine Treiner, L’idée d’une tombe sans nom Sandrine Treiner, L’idée d’une tombe sans nom. Comment décide-t-on de partir sur les traces d’une disparue dont on ne sait rien ou presque, sinon un regard pénétrant d’adolescente sur une photographie, au sein d’une fratrie qui ne sait même pas ce qu’elle est devenue ? Pourquoi s’obstine-t-on à vouloir rendre à un fantôme un passé, une identité, une sépulture, un nom, son nom ? Parce que cela est venu à vous comme une évidence ! Manya Schwartzman ou la trajectoire d’une jeune ouvrière couturière née dans le quartier juif de Kichinev en Bessarabie (aujourd’hui Chisinau, Moldavie), au début des années 1900, engagée avec les militants communistes, parvenue à s’émanciper de son quartier pauvre de Kichinev et de sa condition pour faire la révolution, rejoindre la nouvelle Russie, construire le socialisme, et qui, finalement, disparaît dans les purges staliniennes, en 1937. Elle a compris qu’elle allait mourir, qu’elle s’était trompée d’idéal, et pourtant.... « La politique, l’action, la pensée idéologique, vivre juste, être des gens bien ont été les grandes affaires de générations de l’après-seconde Guerre Mondiale. C’est pour cela que le destin de Manya Schwartzman est obsédant. L’inconnue ne me laisse pas en paix. Elle me hante. Parfois c’est comme un cauchemar. Elle me visite la nuit et me laisse, le jour revenu, une trace légère mais persistante. Je voudrais tout savoir. (p.14) » Alors, vous partez. - Faire, dites-vous, je le dois. Depuis le cimetière juif de Bagneux, à la recherche d’indices sur le monument aux morts des victimes bessarabiennes, jusque-là-bas, au bout du monde, sur les bords de la mer Noire, à Odessa, à Chisinau, en Transnitrie où en 1926 encore, votre héroïne était, vous allez, vous la suivez, vous la cherchez. Vous la faites vivre à nouveau, dans la réalité de son existence et sa détermination radicale. Cela importe. On ne peut pas laisser tomber les héros, disiez-vous... Éd. Grasset, coll. Nos Héroïnes, 11,40 €. Corinne Amar.

Correspondances

Pia Petersen, Instinct primaire Pia Petersen, Instinct primaire. C’est une collection audacieuse, savoureuse qui parle à l’intime ; elle propose à des auteurs de rédiger la lettre qu’ils n’ont jamais écrite. Ici, une femme écrit à l’homme de sa vie, celui qu’elle allait épouser un jour de ciel bleu où l’amour était au rendez-vous. Pourtant (cela paraît, à chaque fois, inimaginable et cependant, pourquoi est-ce si classique ?) la mariée, à deux pas de l’autel et de sa consécration conjugale, se sauve, sans se retourner. Au nom de la liberté. Voulait-elle vraiment l’épouser ? Il lui suffisait de l’aimer d’un amour absolu. Parce que l’amour est à inventer, qu’elle se croyait aimée, comprise, et qu’elle croyait que cela seul, au fond, importait. Un an plus tard, souffrant de l’absence de cet homme qu’elle n’a plus revu ou, du moins, qui refuse de lui donner de ses nouvelles ou encore qui, lorsqu’il la croise dans la rue, feint de ne pas la reconnaître, ne la reconnaît pas - elle n’existe plus pour lui - elle lui écrit. Est-il simple de rayer l’autre de son paysage intérieur, de sa mémoire, de son amour même, lorsque l’amour fusionnel a déserté ? « À force d’entendre les héritières du féminisme décréter qu’une femme n’est jamais complète si elle ne devient pas épouse et mère, un homme peut-il admettre un discours différent de la part de celle avec qui il souhaite partager sa vie ? » Comment supporter sa liberté... Comment admettre de l’autre un discours différent... L’amour est-il force capable de conjurer les sortilèges des conventions sociales, un asservissement aux mœurs d’une époque et ses paradoxes ?
Plongeant dans « la tragédie » de l’incompréhension entre hommes et femmes - chaque individu rechercherait-il exclusivement son propre intérêt ? - Pia Petersen vient observer le sentiment amoureux, en même temps qu’elle explore le cœur même de nos instincts primaires. Éditions Nil, coll. Les Affranchis, 8,10 €. Corinne Amar

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