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Dernières parutions novembre 2013 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Paul Auster - JM Coetzee, Ici et maintenant Paul Auster, J. M. Coetzee, Ici & maintenant. Correspondance (2008- 2011). Traduction de l’anglais Céline Curiol et Catherine Lauga du Plessis. En 2008 au festival d’Adélaïde, Paul Auster et J. M. Coetzee sympathisent. Les affinités sont telles que les deux écrivains s’engagent dans une conversation épistolaire trois années durant. D’un continent à l’autre, leurs lettres, leurs fax ou leurs mails déroulent leur perception respective de l’art, de l’éthique, de la politique, de la crise financière, de la réalité sud-africaine (Coetzee originaire du Cap est devenu citoyen australien) et américaine ou encore de la place qu’occupe la littérature dans leur vie. L’un comme l’autre, ils avouent leur fascination pour le sport, pour ce langage des corps, ce miracle du dépassement de ses propres limites. Coetzee résume en ces mots la beauté du tennis de Federer : « Je viens de voir quelque chose qui est à la fois humain et au-delà de l’humain ; je viens de voir quelque chose comme l’idéal humain rendu visible. » Au fil de leurs échanges, ils s’interrogent aussi bien sur les ressorts mystérieux de l’amitié, sur la valeur essentielle de l’art comme activité humaine inutile, que sur l’influence de la langue maternelle ou de la langue dominante du pays où l’on réside sur notre « façon de penser, de ressentir, de nouer des liens avec autrui [...] » et donc d’écrire. Ils convoquent Beckett, Kafka, Kleist ou Borges pour étayer leur sensibilité littéraire, débattent du pouvoir de la fiction, de l’imaginaire, de la question des personnages ou de l’espace dans un roman. L’état du monde enchaîné au profit matériel, l’abstraction de l’argent, la « conception dégradée de ce qui constitue la vie politique », l’absence de réflexion profonde les préoccupent constamment. Selon Coetzee depuis la fin des années 1970 « Il s’est passé quelque chose [...] qui a eu pour conséquence que les arts ont perdu leur rôle phare dans notre vie intérieure. [...] les écrivains et les artistes n’ont pas su s’imposer dans le rôle d’éclaireur qui leur était échu [...] » Ce à quoi Auster répond « Ma seule consolation est que l’art continue d’avancer en dépit de tout le reste. C’est un besoin humain insatiable [...] » Éd. Actes Sud, 320 p., 23 €. Élisabeth Miso

Mémoires

Jean Rochefort, Ce genre de choses Jean Rochefort, Ce genre de choses. Dans la vie il y a ceux qui respirent la fantaisie et puis les autres, les « bonnets de nuit ». Jean Rochefort appartient indiscutablement à la première catégorie. Lui qui a tant joué avec les mots des autres, l’idée lui est venue à 83 ans de coucher sur le papier quelques souvenirs, guidé par son goût immodéré des autres. Il est ainsi beaucoup question d’amitiés indéfectibles, de moments de grâce ou drôlatiques partagés avec la bande du Conservatoire (Belmondo, Marielle, Cremer, Girardot), avec Philippe Noiret ou la sublime Delphine Seyrig. Sans se soucier de chronologie, l’irrésistible interprète d’Un éléphant ça trompe énormément ou du Mari de la coiffeuse picore dans sa mémoire : ici ses premiers émois érotiques à l’adolescence à la vue d’un bikini, ses désespoirs de grand timide, là son amour du théâtre, son admiration pour Jean Vilar et Harold Pinter. Il se remémore pêle-mêle le pathétique trio de séducteurs maladroits qu’il formait avec Belmondo et Marielle au Conservatoire, leurs échecs sentimentaux momentanément balayés par les danseuses dénudées du cabaret le Mayol, l’ambiance incomparable de Cinecittà ou du tournage du Crabe tambour de Schoendoerffer, une conversation équine inattendue avec la reine d’Angleterre lors d’un dîner à l’Élysée. Aux souvenirs savoureux se superposent les images obsédantes des cadavres de soldats anglais échoués sur une plage pendant la guerre, des cruautés de l’épuration. Jean Rochefort signe là un réjouissant récit, mélange hétéroclite d’impressions d’enfance et d’expériences d’adulte, de scènes cocasses, de légèreté et de gravité, le tout agencé avec l’élégance de celui qui sait manier l’humour et l’autodérision. Éd. Stock, 210 p., 18 €. Élisabeth Miso

Romans

Tomas Espedal, Contre l’art Tomas Espedal, Contre l’art (les carnets). Traduction du norvégien Terje Sinding. « Nous avons en commun, ma fille et moi, d’avoir perdu notre mère. » À la mort de son ex-femme, Tomas Espedal, se consacre pleinement à sa fille cadette de 15 ans. Ses journées sont rythmées par les tâches domestiques, les sorties à la supérette, la contemplation du jardin, l’attente. La nuit il remplit des carnets, s’évertue à faire naître d’ébauches le « livre non écrit », le « livre qui devait tout renfermer . » « Je ne parvenais pas à mettre fin à mon travail, l’écriture refusait de prendre fin, malgré moi elle continuait à me travailler bien après mon coucher : les mots et les phrases me trottaient dans la tête, comme si l’intérieur de mes paupières était une feuille retournée sur laquelle on écrivait [...] » Dans cette solitude quotidienne, à se cogner à sa douleur et à ses tentatives d’écriture, dans cette vieille maison humide de l’île d’Askøy où il cherche ses repères, l’auteur norvégien se raccroche à ce qui le détermine, à son histoire familiale, aux lieux où il a vécu. Il se revoit dans sa chambre d’adolescent plongé dans les livres de sa mère, buvant l’alcool de son père et rédigeant une quantité impressionnante de feuillets ; puis dans sa chambre d’étudiant à Copenhague modelant sa langue au fur à mesure de ses lectures, tenaillé par le désir d’ « écrire des romans comme si c’était de la poésie. » Il se souvient combien il appréciait les moments de complicité avec sa grand-mère paternelle dans son modeste appartement, les récits qu’elle lui faisait de sa jeunesse, du destin de labeur de son père et de son mari, de son amour fou pour son fils. Il retrace la rencontre de ses parents, elle issue de la bourgeoisie, lui fils d’un ouvrier de chantier naval, leur impossibilité à tous deux, malgré la force de leur attachement, à combler ce gouffre social, la perpétuelle insatisfaction de sa mère dans une existence qu’elle ne jugeait pas taillée pour elle. Tomas Espedal qui n’a jamais réussi à se défaire de cette faille lui-même, esquisse une méditation sur la perte, l’absence, la transmission, le rapport aux origines, sur le mouvement de nos émotions induit par la mémoire que nous gardons des êtres, des paroles, des gestes et des lieux. Éd. Actes Sud, 176 p., 20 €. Élisabeth Miso

Récits

Chantal Akerman, Ma mère rit Chantal Akerman, Ma mère rit. Une fille séjourne plusieurs semaines dans l’appartement bruxellois de sa mère octogénaire et souffrante. Il lui est pénible de se confronter au vieillissement, au corps décharné de cette femme qui a été si belle, à ses gémissements. Elle la regarde dormir, s’animer en présence des aides ménagères. Elle voit son extrême fragilité mais aussi son étonnante résistance, sa volonté farouche de vivre. Elle voudrait se protéger de l’angoisse perpétuelle que dégage sa mère, de sa sentimentalité dérangeante. Elle s’est toujours demandé ce que cachait ce débordement constant d’amour, sa mère ne lui a-t-elle pas dit un jour que son cœur était mort dans les camps ? Quand la fille ne supporte plus ce tête à tête, son incapacité à communiquer, elle s’enferme dans une pièce pour écrire. Elle écrit pour la fuir, mais c’est pourtant dans l’écriture qu’elle la retrouve, qu’elle s’en rapproche le plus intimement. Chantal Akerman trace ici le portrait de celle qu’elle redoute tant de perdre « Ne me lâche pas, pas encore. Je ne suis pas prête et peut-être que je ne serai jamais prête. » Elle décrit la mort qui rôde et qui s’éloigne, les hospitalisations à Bruxelles et au Mexique où s’est installée sa sœur. Elle parle des racines polonaises de sa famille, du passé de sa mère, de sa sœur si douée pour la vie, de l’enfance, de la force de son amour filial. Avec lucidité, elle consigne ses propres errances, sa maladie chronique de l’humeur, son besoin constant d’ailleurs, son quotidien à Harlem ou à Paris, son esprit si longtemps occupé par les survivants, son histoire d’amour désastreuse avec C. à New York et son éternel état de « vieil enfant » qui n’a pas su se construire une existence d’adulte. La cinéaste vagabonde entre passé et présent, enroulant sa propre voix à celles de sa mère et de sa sœur, traquant sans relâche quelques éclairs de vérité « [...] parfois je me dis il faut rechercher la vérité mais laquelle. C’est très important. On le sent dans les livres ou les films quand il y a de la vérité. Même quand elle reste obscure, surtout quand elle reste obscure. » Éd. Mercure de France, « Traits et Portraits », 208 p., 22,80 €. Élisabeth Miso

Biographie / Autobiographie

Gisèle Freund, Frida Kahlo Gisèle Freund, Frida Kahlo.  Née d’un père allemand, photographe et d’une mère mexicaine, altière beauté, elle avait eu, à l’âge de 16 ans, la colonne vertébrale brisée, à cause d’un accident de tramway ; longtemps alitée, elle s’était mise à peindre pour ne plus s’ennuyer. Entourée de chiens, d’oiseaux, de fleurs, parée de ses bijoux, enveloppée dans ses châles, elle peignait beaucoup sa vie, de l’intérieur et de l’extérieur, et quoique mutilée, constamment éprouvée par la souffrance physique, elle n’en continuait pas moins de fasciner.
« Elle ressemble à une princesse aztèque. Les cheveux noirs et lisses lui couvrent les épaules. Autour du cou, elle porte de nombreux colliers indigènes en or, et sur les frêles épaules un sarape en soie rouge. (...) » C’est ainsi que la photographe journaliste (exacte contemporaine de Frida Kalho, à qui l’on devait déjà nombre de fameux portraits d’écrivains), partie au Mexique pour quinze jours, restée deux ans, décrit sa première visite chez Frida Kahlo, peu après son arrivée à Mexico en 1950. Elle se lie d’amitié avec l’artiste mexicaine et l’amour fou de sa vie, son mari, le peintre Diego Rivera, muraliste de génie, charismatique en diable, qui lui font découvrir le Mexique. Elle les observe derrière son appareil photographique dans leur maison bleue de Coyoacan, dans leur intimité passionnelle, dans leur bouillonnement créatif, exécute des centaines de clichés, en noir et blanc, puis en couleur, technique rare à l’époque. Sociologue de formation, celle qui considérait le portrait comme un reportage à part entière livre un document biographique inédit, somptueux de photographies aujourd’hui conservées par l’IMEC et numérisées avec soin, agrémenté d’un texte, portrait de Frida Kalho, et de légendes tout aussi personnelles. L’écrivain Gérard de Cortanze préface l’ouvrage. Éd. Albin Michel, 144 p. 20€. Corinne Amar

Lionel Duroy, Vertiges Lionel Duroy, Vertiges. Un homme, écrivain, double de l’auteur, vient de se séparer de la femme qu’il aime et avec qui il a vécu vingt ans et eu deux enfants. Meurtri, il essaie de comprendre ce qui a pu se passer et de raconter l’inimaginable : comment une histoire d’amour, jadis dans la force irrésistible de l’émotion et du désir, devient destructrice, au point de provoquer sa mort. Au souvenir proche d’Esther, sa femme, vient se substituer celui plus ancien et tout aussi prégnant, de Cécile, sa première femme - premier éblouissement - amour passionné avec qui il a aussi vécu vingt ans et, aussi, eu deux enfants, et dont la rupture fut un drame dont il a pensé qu’il ne survivrait jamais. Cependant que d’autres figures féminines encore viennent s’inviter dans la vie du narrateur, il devient ce qu’il est ; un écrivain qui s’observe, ne s’épargnant en rien, explore au plus profond, cette part de l’existence que nous ne maîtrisons pas, se frottant aux murs de la mémoire rapportant, dans les moindres détails, son histoire et celle des siens. De quels héritages sommes-nous faits ? Comment avancer sans se débattre comme si plongés dans l’eau, n’avions de cesse de pousser le sol marin pour sortir la tête ? Comment sauver le sentiment de lui-même, de ses extases et de ses souffrances abyssales ? Comment sortir du chagrin de l’enfance quand, quatrième d’une fratrie de dix, notre besoin d’amour, de reconnaissance, est à jamais inconsolable ? Autant de questions que l’auteur pose (livre après livre), sondant la mémoire, interrogeant l’enfance, la figure de la mère, du père, la durée de l’amour, ses enchantements, ses traumatismes. « J’ai besoin d’écrire sur ce qu’il y a d’infiniment douloureux... (p. 267) ». Comment dire l’émotion que provoque un texte, une écriture, parce qu’elle est taillée au couteau, un mot ajouté à un autre mot et qui sonne toujours juste ? A lire, oui. Éd. Julliard, 470 p. 21€. Corinne Amar

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