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Winston Churchill : portrait. Par Corinne Amar

 

Winston Churchill Homme politique hors pair qui incarna la résistance britannique face à Hitler - lucide sur la menace hitlérienne bien avant 1939 -, adversaire farouche de l’apaisement voulu par Chamberlain, Premier ministre bouillonnant et sans concession, qui plaçait la Grande-Bretagne au-dessus de toutes les valeurs universelles, et proclama, s’adressant à la Chambre des communes pour la première fois qu’il n’avait rien d’autre à offrir au peuple britannique que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur (« I have nothing to offer but blood, toil, tears and sweat... » (13 mai 1940), Winston Churchill fut bel et bien l’homme providentiel qui changea le cours de l’histoire, en cette année cruciale où il se retrouva seul, et qui dura de juin 1940, à juin 1941. Grâce à lui, l’Angleterre sut briser la puissance allemande, alors qu’Hitler avait presque réussi sa percée, en s’alliant les deux géants qu’étaient l’Amérique et la Russie.
Souvenons-nous de cet été 1940 ; Vous me demandez quelle est notre politique ? Je répondrai qu’elle est de faire la guerre, de la faire sur mer, sur terre et dans les airs, de la faire avec toute notre force et avec toute l’énergie que Dieu nous prêtera. Premier ministre et ministre de la Guerre de 1940 à 1945, mais désavoué par les électeurs en juillet 1945, revenu à la direction du pays en 1951, mais décidant de se retirer en 1955 (dix ans avant sa mort), orateur charismatique, peintre et talentueux dessinateur animalier, écrivain récompensé par le prix Nobel de littérature pour ses travaux historiques, Winston Churchill (1874-1965) est entré dans la grande histoire comme l’homme de la situation pendant toute la durée de la guerre, symbole du courage et l’un des grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. En février 1943, l’écrivain Albert Cohen signait un admiratif portrait de lui, Churchill d’Angleterre, sous le titre Message : Belgian Review (édité en France chez Lieu Commun, 1985, pp 17-18). « Je le regarde en ses soixante-huit années. Je le regarde. Vieux comme un prophète, jeune comme un génie, grave comme un enfant. Je le regarde. Grand, beau, solide, voûté, menaçant et bonasse, il fonce, lourd de pouvoir et de devoir, en étrange chapeau de notaire élégant, un cigare passe-temps à la bouche entêtée. Il va hâtivement, lourd et agile, gai dieu marin, entre les deux rangs de la foule qu’il salue de deux doigts gantés et qui rit affectueusement de bonheur et de vassalité. [...]. Et toujours parfaitement heureux. »
Heureux est le mot aussi avec lequel Churchill clôt ses mémoires de jeunesse : Je me mariai en 1908 et vécus dès lors magnifiquement bien et très heureux. Il s’était marié tard. À presque trente-quatre ans, il épousait Clementine Hozier, de dix ans sa cadette, belle, intelligente et sans fortune ; libérale convaincue, férue de politique, proche des grandes questions de l’époque. Soucieuse de contribuer à soutenir Winston dans sa carrière, elle en acceptera l’excitation, les incertitudes et les frustrations. Ainsi, ni folie, ni grande aventure amoureuse, sembla t-il, pour cet homme passionné par ailleurs, mais un mariage d’affection constante, « union modèle pour une vie entière » - ce que vient confirmer la correspondance tout récemment publiée aux éditions Tallandier des Conversations intimes 1908-1964 de Winston et Clementine Churchill, présentée et annotée par leur fille Mary Soames Churchill. Une correspondance, année après année, jour après jour, sur une période de cinquante-six ans, échangée, qu’ils fussent sous le même toit ou séparés pendant de longues périodes par la guerre, la politique, l’histoire ; tourmentés ensemble pour les leurs - joies, chagrins -, par l’imminence de la guerre (31 juillet 1914), par la carrière politique de Winston, ils partagent tout. Il prend le temps de lui écrire un 2 août 1914, à 1h du matin : « Ma chatte, ma chère, C’est fini. L’Allemagne a éteint les derniers espoirs de paix en déclarant la guerre à la Russie, et la déclaration contre la France est attendue à tout moment. [...] Le monde est devenu fou - et il faut que nous nous occupions de nous-mêmes- et de nos amis. [...] Vous me manquez beaucoup - [...] », finit sa missive d’un Douce Kat - mon tendre amour - Votre dévoué W. et d’un petit dessin d’animal. Le lendemain, 3 août, l’Allemagne envahit la Belgique, le surlendemain, 4 août, la Grande Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne. Elle l’appelle « Mon chéri à moi », lui rappelle de ne pas trop fumer ; amour, désir, écoute bienveillante, proximité constante, elle est présente, confidente d’un Churchill lyrique, poétique ou grave ; de ses rencontres - Clemenceau, Mussolini, Hitler, Staline... - de sa passion pour la peinture, le vieux cognac, la chasse... Il est pétillant, vif, mouvant, rassurant autant qu’il le peut, même dans les moments de crises.
« Il n’y a dans la vie de Churchill ni Katharina Orlow qui manqua faire chuter Bismarck, ni Inessa Armand qui faillit pratiquement causer la perte de Lénine - confirmera l’historien Sebastian Haffner, dans sa biographie de Churchill, Churchill, un guerrier en politique (Alvik, 2002). Des passions politiques et des aventures militaires furent en réalité à plusieurs reprises à l’origine de sa chute, des histoires d’amour jamais. Churchill le politicien, était tout le contraire d’un froid calculateur ; il savait se montrer plus chaleureux et plus fougueux qu’aucun autre, peut-être justement parce qu’il conservait intactes sa chaleur, son ardeur et toute la passion que d’autres mettent dans leur vie privée. Il voulait les réserver à ses activités d’homme public. »
La carrière de Winston Churchill commença très tôt, dans le milieu aristocratique de sa naissance et dans le rang des conservateurs, descendant des ducs de Marlborough et fils de lord Randolph, leader en vue du parti tory, mort relativement jeune. Fervent admirateur de son père, Winston aurait aimé être reconnu par lui. Amour non partagé et sans espoir, il ne sentit jamais chez Lord Randolph que du mépris, et grandit, jusqu’à l’âge de vingt ans, en cancre sans perspectives. Son ardeur - et de là, sa fulgurante ascension, tel « un ressort trop longtemps comprimé », il l’éprouva, lorsqu’il fut maître de son propre destin. Sorti de l’école militaire de Sandhurst (l’équivalent de Saint-Cyr), il est envoyé avec son régiment à Cuba, aux Indes, au Soudan, il rêve de combattre, écrit ses premiers articles comme correspondant de guerre, se fait remarquer par ses discours incisifs, couvre la guerres des Boers, est fait prisonnier, s’évade, écrit un livre à succès. Déçu par le Parti conservateur, il se lie aux libéraux en 1904, débute dans la carrière ministérielle à partir de 1905. Il devient ministre du Commerce, puis de l’Intérieur et enfin, Premier Lord de l’Amirauté, en 1911 - ministre de la Marine, œuvrant à la modernisation de la Royal Navy, afin de la préparer pour la guerre. Il doit démissionner après le terrible échec de l’expédition dans les Dardannelles. En 1924, il se rallie aux conservateurs, est élu à Epping et nommé chancelier de l’Échiquier. Battu aux élections de juillet 1945, il devient leader de l’opposition, écrit ses mémoires de guerre, multiplie les interventions publiques sur la nouvelle carte de l’Europe, écrit, peint, voyage, redevient Premier ministre, de 1951 à 1955. En 1953, il reçoit le Prix Nobel de littérature. Ses forces déclinent, sa résistance s’amenuise. En 1955, diminué par une attaque cardiaque, il décide de démissionner, de prendre définitivement congé de la politique et du pouvoir qu’il laisse à Anthony Eden. Il mourra à 91 ans, dix ans plus tard. Il interdit ses funérailles dans l’abbaye de Westminster ou même dans la cathédrale Saint-Paul ; il se voulut enterré aux côtés de son père, dans un petit cimetière de campagne du village de Bladon, dans l’Oxfordshire.

......

Winston et Clementine Churchill.
Conversations intimes 1908-1964.
Présenté par François Kersaudy.
Introduit et annoté par Lady Mary Soames-Churchill.
Traduit de l’anglais par Dominique Boulonnais et Antoine Capet.
Éditions Tallandier, novembre 2013 843 pages, 29.90 €
Publié avec le soutien de la Fondation La Poste

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