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Dernières parutions décembre 2013 Par Elisabeth Miso

 

Biographies

Goerdie Greig, Lucian Freud Geordie Greig, Rendez-vous avec Lucian Freud. Traduction de l’anglais Michel Marny. Pendant dix ans Geordie Greig, s’est rendu régulièrement au restaurant Clarke’s sur Kensington Church Street à Londres. Lucian Freud aimait y partager son petit-déjeuner avec un cercle d’amis. Être convié à la table de cet artiste secret, connu pour défendre farouchement sa vie privée, était un privilège. Sa conversation était toujours stimulante, il pouvait citer Yeats, la correspondance de Flaubert, s’enthousiasmer pour le génie de Rembrandt, de Vélasquez et d’Ingres, éclairer certains aspects de sa quête créative ou se pencher avec lucidité sur son passé. Mêlant le souvenir de ces échanges avec Lucian Freud aux interviews de ses proches, le journaliste livre un portrait subtil et passionnant du peintre britannique. « Son ambition inflexible n’avait d’égale que la magie de son charme et tous deux furent impitoyablement utilisés pour concourir à son but : se mesurer aux plus grands artistes de tous les temps et mener une vie libre de tout scrupule. » La renommée de son grand-père Sigmund Freud, lui a permis de fuir avec sa famille l’Allemagne en 1933. Il a su très tôt que son destin serait artistique. Se démarquant de l’engouement pour l’abstraction ou l’art conceptuel, il s’est obstiné à explorer le figuratif, « persuadé que l’observation intense et prolongée de l’homme constituait l’essence du propos de l’artiste. » Marqué par l’affection intrusive de sa mère, il n’a eu de cesse de protéger son intimité, cloisonnant sa vie, exigeant de ses proches une discrétion absolue. D’une intelligence redoutable, doté d’un pouvoir de séduction électrisant, il était aussi à l’aise parmi les voyous que dans les sphères aristocratiques et intellectuelles. Son mépris des règles, sa soif de liberté, son besoin de tout risquer, sa libido débridée (deux mariages, de nombreuses maîtresses, quatorze enfants) ont pu affecter son entourage, mais sa vitalité magnétique a souvent fait céder bien des ressentiments. Par l’acuité de son regard, la vérité crue de ses tableaux balayant les conventions, il a bouleversé les codes du portrait et est devenu l’un des peintres incontournables du XXe siècle. Tout entier dédié à l’expression de sa peinture, il cherchait à « donner à l’art une indépendance complète par rapport à la vie, une indépendance qui est nécessaire parce que le tableau pour nous émouvoir ne doit jamais nous rappeler la vie, mais acquérir une vie propre, précisément afin de refléter la vie. » Éd. Christian Bourgois, 280 p., 25 €. Élisabeth Miso

Franck Maubert, Gainsbourg à rebours Franck Maubert, Gainsbourg à rebours. Il a dédié son livre « A celles et ceux qui laissent une trace sur le mur du 5 bis, rue de Verneuil ; écrivain, journaliste, critique d’art, auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la peinture, Franck Maubert qui avait déjà consacré un livre à Gainsbourg (Gainsbourg for ever, Scali, 2005) retrace un portrait de Serge Gainsbourg intime, personnel, s’attache à l’artiste aux dons multiples qui sut marquer son époque et continue, vingt-deux ans après sa mort, d’influencer la musique ; peintre, auteur-compositeur-interprète, pianiste, scénariste, metteur en scène, écrivain, acteur, cinéaste ; il revient surtout sur la vocation de peintre avortée de ce fils d’immigrants russes juifs, Lucien Ginsburg qui, à l’âge de vingt ans ne rêvait que de peinture, art majeur, selon lui, « Je serai Courbet ou je ne serai rien », et avait élu Le Louvre comme champ de ses fantasmes. Maubert aime Gainsbourg, c’est un fait. Il n’eut de cesse de le suivre de loin, de près, l’interviewant un jour sur sa jeunesse de peintre, puis le fréquentant chez lui, aussitôt et de plus en plus régulièrement, à l’écoute captivée de ce connaisseur sensible, « historien d’art vivant, emporté, flamboyant » qui savait être intarissable en matière de tableaux.
« Prendre rendez-vous avec Gainsbourg, disait-il, c’était rayer une journée de son agenda, la nuit qui suivait et, parfois même, le lendemain. Quand il ouvrait la porte du 5 bis, rue de Verneuil, toujours la même question : « Qu’est-ce que tu bois p’tit gars ? « . Quand j’ai réussi à l’entraîner au Louvre, nous étions à jeun. L’art - les arts majeurs comme il disait - avait ce pouvoir de lui redonner sa peau de Lucien Ginsburg. Il oubliait Gitanes, et n’avait pas son pareil pour évoquer les infantes malades de Vélasquez. (...) » Étranger à l’idée du bonheur, et pourtant. Éd. Fayard, 154 p., 14€. Corinne Amar

Romans

Torgny Lindgren, Souvenirs Torgny Lindgren, Souvenirs. Traduction du suédois Lena Grumbach. « La seule hypothèse véritablement plausible semblerait être que toutes nos pensées et tous nos souvenirs, les souvenirs en particulier, ne seraient en définitive rien d’autre que des hallucinations. » Torgny Lindgren n’a jamais cru en la mémoire pour la simple raison qu’il est persuadé de ne pas en avoir. Les souvenirs ne peuvent être fiables puisqu’ils ne restituent pas l’infinité de mémoires que renferment les cellules de notre corps et qu’ils sont des processus psychiques mouvants. L’auteur suédois a toujours soutenu à ses éditeurs qu’écrire ses Mémoires n’aurait rien d’authentique, car pour lui pensées et souvenirs n’ont aucune réalité sans le filtre de l’imagination et de la fiction. « Je ne recherche pas la vérité, dis-je. La vérité, on peut la détenir autant qu’on peut la perdre. Si je commence à écrire pour de vrai, il sera alors question de tout autre chose que de la vérité. L’enjeu, dis-je avec un sérieux solennel, c’est de remplir les vides de la conscience. » S’il s’est laissé convaincre de se lancer sur la piste de ses souvenirs, c’est qu’il y a vu matière à sonder, dans ce tissu d’éléments autobiographiques et d’inventions, de souvenirs personnels ou puisés dans l’histoire familiale et les conversations amicales, la pertinence de sa voix d’écrivain, la fascinante machine à produire du sens et de l’émotion qu’est la littérature. En formidable conteur, il brosse en quelques portraits habilement ramassés et quelques dialogues savoureux toute une identité familiale. « Quand nous parlons, dis-je, nous nous dévoilons dans les mots. Le je devient visible. Par le bavardage on confirme ce qu’on est en tant qu’être humain. Même dans le mensonge on devient ce qu’on est et on est révélé comme étant soi-même. Le bavardage est action. » Torgny Lindgren met en évidence le fil invisible qui relie entre eux les corps puissants de son grand-père maternel, de son oncle Hjalmar et de son père viscéralement connectés à la terre, la fragilité de son propre corps, le rejet de toute sensiblerie, la nature comme source constante d’inspiration, ou les derniers moments passés avec sa mère peu avant sa mort à parler d’écriture, du sens de la vie ou de la recette de la viande de renne séchée au four. Chaque souvenir, chaque parcelle de vie évoquée vient s’imbriquer dans les autres, formant une seule et même histoire collective, où la perception de soi est indissociable des êtres et des récits qui nous définissent. Éd. Actes Sud, 240 p., 22 €. Élisabeth Miso

Récits

José Luis Peixoto, La mort du père José Luís Peixoto, La mort du père. Traduction du portugais François Rosso. Dès son premier roman Sans un regard, qui lui vaut à 26 ans d’être lauréat du prix Saramago, José Luís Peixoto s’impose comme l’un des écrivains portugais les plus prometteurs. Dans ce texte de jeunesse rédigé entre 1996 et 1997, l’auteur rend un vibrant hommage à son père disparu prématurément. Par un après-midi de printemps au volant de la voiture paternelle, il roule en direction de son village, de la maison de son enfance. « [...] tout semble comme avant. Le silence fluvial, la vie cruelle d’être vide. » Les traces du père sont palpables partout, dans le paysage traversé comme dans l’intimité de la demeure familiale. « Tout ce qui te survit m’assaille. », décrit-il, porté par les mouvements de sa mémoire. Il se revoit au volant de cette même voiture sur ces mêmes chemins quand son père lui apprenait à conduire, il se souvient des moments de parfaite complicité avec lui dans le potager, du bonheur simple des repas en famille. « Tu es resté présent en tout. Superposés à la peine indifférente de ce monde qui feint de continuer, tes mouvements, l’éclipse de tes gestes. Mais rien désormais n’est assez grand pour te contenir. » Dans la chambre parentale il enfile les vêtements de son père et dans le reflet du miroir ce dernier lui apparaît, si net, si incroyablement vivant. La chambre conserve encore l’odeur de la maladie, l’odeur de la souffrance et de l’impuissance des proches. « J’ai passé la nuit seul. Avec toi. Près du silence absolu. Dans le noir qui n’existait pas quand les nuits attendaient des matins de soleil, la vie qui descendait de ton visage, et s’arrêtait, et courait sur nos visages. » Ce père était lumière pour les siens, ce qu’il a transmis ne peut s’effacer, c’est pourquoi José Luís Peixoto s’est juré de ne jamais l’oublier, d’être éternellement reconnaissant à la force de cet amour qui l’a profondément structuré pour la vie. Éd. Grasset, 64 p., 10 €. Élisabeth Miso

Correspondances

Marcel Proust, Lettres à sa voisine Marcel Proust, Lettres à sa voisine. Édition établie par Estelle Gaudry et Jean-Yves Tadié. Elle avait tout d’une héroïne de roman, et Marcel Proust ne s’était pas trompé qui l’avait remarquée, alors qu’elle habitait au-dessus de chez lui, à Paris, 102, boulevard Haussmann. Mariée à un dentiste américain, Charles D.Williams, sportif « qui partait tous les samedis avec son chauffeur pour aller jouer au golf », on la disait artiste, distinguée, « très parfumée », elle jouait, semblait-il, de la harpe. Elle savait qui était Proust, l’admirait, elle lui écrivait et lui, avait beaucoup de plaisir à lui répondre. Les lettres s’échangeaient d’un étage à l’autre, s’envoyaient parfois même par la poste. Vingt-trois lettres inédites (et trois à son mari) ont été retrouvées de Proust à Mme Williams, approximativement datées, entre 1908 et 1916, l’édition est agrémentée de photographies tout aussi inédites de Proust, de Madame Williams, de lettres manuscrites de l’écrivain ; des lettres d’une courtoisie exquise - Malgré les tristes jours, des fleurs vous feraient-elles plaisir. Et « quelles » comme dit Verlaine ? -, soucieuses de plaire à leur destinataire, voire de la charmer, et sensibles à leur solitude commune.
« [fin 1914 ?] Mercredi, Madame, Puisse mon livre vous avoir donné autant de plaisir que j’en ai eu à lire votre lettre. (...) Je ne connais aucun des pays dont vous me parlez. Mais j’ai souvent rêvé d’eux ; et vous avez fait, avec vos paroles picturales et ensoleillées, entrer de la couleur et de la lumière dans ma chambre close. » Il dort le jour, le bruit le rend fou, il est précis, maniaque, des travaux sont au cours chez les Williams ou bien, des déménagements, il prie Madame Williams de faire clouer les caisses de telle à telle heure et dans telle ou telle pièce, parce qu’il y est « sensible »...Délicat et de l’humour, en toutes circonstances. Éd. Gallimard, 84 p., 14,50€. Corinne Amar

Actes de colloques

Rilke, Inventaire, Ouvertures Rainer Maria Rilke, Inventaire - Ouvertures. Édité par Michel Itty, Silke Schauder. Préface de Jean-Paul Welterlen.
Rilke, Inventaire : ce livre fait état, en les renouvelant, des thèmes incontournables de la recherche rilkéenne, tels que ses rapports avec la France, les voyages, ses éditeurs, la traduction, Cézanne ou Rodin...
Rilke, Ouvertures : car il explore les résonances de son oeuvre au théâtre, au cinéma, par la lecture, ou le numérique.
Les Cahiers de Malte de Laurids Brigge (1910), les Élégies de Duino (1922) de Rainer Maria Rilke font partie des sommets de la littérature mondiale. Quatre-vingt dix sept ans après sa mort, qu’en est-il du rayonnement de son œuvre, de la puissance novatrice de son écriture et de son éventuel message ? Comment lire cette œuvre protéiforme composée de poèmes, de lettres, d’essais, de traductions poétiques ou littéraires, de prose et de théâtre ? À travers un questionnement multiple et nécessairement pluridisciplinaire, ce livre réunit les contributions de trente-cinq auteurs spécialistes de Rilke et venant de huit pays différents. Douze sections thématiques offrent un regard panoramique sur la vie et l’œuvre du poète. Issu du premier colloque de Cerisy consacré à Rilke que Michel Itty et Silke Schauder ont organisé en août 2009, ce livre apporte des éclairages nouveaux sur son œuvre foisonnante et fertile. Il s’adresse à un large public désireux de suivre la trajectoire d’un poète qui ne cesse de nous interroger. Presses Universitaires du Septentrion. Collection Littératures de langue allemande, 504 p., 34,00 €. (Présentation de l’éditeur)
cf. FloriLettres, édition n°105, mai 2009 :
http://www.fondationlaposte.org/art...

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