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Dernières parutions janvier 2014 Par Elisabeth Miso

 

Romans

Fabio Viscogliosi, Apologie du slow Fabio Viscogliosi, Apologie du slow. « [...] je doute que l’on organise quoi que ce soit. Au contraire, il me semble que les choses se déplacent, d’instant en instant, et ne cessent de contredire notre sens obstiné de la construction. » Porté par une énergie retrouvée (l’accident mortel de ses parents dans le tunnel du Mont-Blanc avait inspiré son précédent roman), Fabio Viscogliosi interroge dans Apologie du slow notre perception de la réalité et de la fiction, la tentative de « chacun de débusquer le vrai derrière le masque des apparences. » Il est ici question de toutes sortes de mouvements à l’œuvre, de déplacements, infimes ou amples, internes ou extérieurs, de corps transportés, de paysages parcourus comme de ressorts de la pensée et de l’imaginaire. En une succession de textes brefs, fragments autobiographiques et considérations diverses s’agrègent régis par un jeu de correspondances et d’échos. La vitesse des phrases qui surgissent au volant, la netteté des choses qui s’écrivent en conduisant ou le rythme d’une balade en tandem avec son père en Italie renvoient à une panne sèche sur une autre route italienne. L’expérience de l’espace du peintre Mondrian répond à celle de l’explorateur Ernest Shackleton en quête du pôle Sud. Une situation vécue est mise en perspective avec une scène d’un film. Une conversation sur le rêve avec Jean-Luc Godard, une gravure de la série des Caprices de Goya ont à voir avec le souvenir du père racontant ses rêves loufoques. Signes visibles de notre présence ou illusions de l’esprit, Fabio Viscogliosi nous rappelle « que l’essentiel est un doux mirage, et que la vie nous traverse, fugace et brouillonne. » Éd. Stock, La Forêt, 272 p., 19 €. Élisabeth Miso

Maryline Desbiolles,Ceux qui reviennent Maryline Desbiolles, Ceux qui reviennent. Maryline Desbiolles aime déambuler dans les cimetières, rendre visite à ses morts et se laisser happer par les histoires que lui soufflent une photographie ou une épitaphe gravées sur une tombe inconnue. « Comment pense-t-on aux morts dans le cimetière ? Peut-on penser à ce qu’ils ont été, vivants ? » À partir d’éléments épars, mélange de mythes, de souvenirs personnels et de récits transmis, la romancière dessine une biographie familiale dont les racines courent entre l’Italie, la Savoie et le Pays Niçois. Au cimetière de la Pointe, sous la lumière du sud, son père repose ainsi près de Gaby Benevento, un élu communiste local qui a marqué les esprits et qui par sa mère italienne était un proche de la branche de la famille établie à Ugine en Savoie. Ugine destination des vacances d’été, mais dont les fumées noires des aciéries et la personnalité inquiétante de sa tante Odette, en faisaient un endroit étouffant. « Ugine est trop liée à l’enfance. Aller à Ugine, c’était aller vers les drames qui ont précédé ma naissance, drames d’autant plus obscurs que mal connus, mal dits, pas dits du tout, une allusion. », comme ceux notamment traversés pars ses grands-parents toscans pendant la Seconde Guerre mondiale. Les protagonistes et les lieux que Maryline Desbiolles met en scène sont tous liés d’une manière ou d’une autre. Dans ce réseau de ramifications subtiles, l’expérience intime y côtoie la grande histoire, le monde ouvrier de la vallée du Paillon dans les Alpes-Maritimes communique avec celui de la vallée de l’Arly en Savoie et Sylvain Mollier, le cycliste savoyard victime du tueur mystérieux de Chevaline, enterré à proximité de ses grands-parents, trouve également sa place dans cet assemblage de destins. Éd. Seuil, Fiction & Cie, 156 p., 15 €. Élisabeth Miso

Tupelo Hassman, La fille Tupelo Hassman, La fille. Traduction de l’anglais (États-Unis) Laurence Kiefé. « Je m’appelle Rory Dawn Hendrix, fille arriérée d’une fille arriérée, elle-même produit d’une lignée d’arriérées. » Ces mots tranchants c’est une enfant qui les écrit dans son journal. Il faut dire que regarder sa mère barmaid à l’existence chaotique, étancher soir après soir la soif des âmes désespérées juchées sur les tabourets du Truck Stop, cela rend prématurément lucide. Avoir pour seul horizon Calle de la Flores, ce quartier de mobile-homes des faubourgs désertiques de Reno (Nevada), où la survie de chacun dépend de maigres salaires et des aides sociales, où les femmes dissimulent leurs sourires édentés et où les hommes peuvent être de redoutables prédateurs, n’aide pas vraiment à envisager l’avenir avec confiance. Mais Rory Dawn est la fierté de sa mère Johanna Ruth et de sa grand-mère Shirley Rose. Cette enfant a d’impressionnantes prédispositions scolaires, un don pour l’orthographe. Pourra-t-elle enfin accéder à une vie plus douce, briser la fatalité qui poursuit les femmes de cette famille, ces « [...] mères célibataires, mamans allocataires, alcooliques, joueuses, fumeuses, enragées. » ? Comme Shirley Rose avant elle, Johanna Ruth est tombée enceinte à quinze ans, mère de quatre garçons à dix-neuf, elle n’est pas parvenue à surmonter ses mauvais penchants comme le stipulent les rapports d’une assistante sociale de l’État de Californie. « Il y a beaucoup de choses que maman n’a jamais apprises et beaucoup trop qu’elle n’aurait pas dû avoir à apprendre, son avenir a tourné de bonne heure [...] » Lisant entre les lignes de ces conclusions moralisantes, se référant sans cesse à son précieux Manuel de la parfaite scoute ou encouragée par les lettres de sa grand-mère, la jeune héroïne tente de décrypter le monde d’où elle vient, d’en dégager de la beauté et de se construire des rêves. Tupelo Hassman signe un premier roman d’une grâce et d’une humanité rares. Éd. Christian Bourgois, 352 p., 20 €. Élisabeth Miso

Essais

Sébastien Lapaque, Théorie de la carte postale Sébastien Lapaque, Théorie de la carte postale. L’air de rien, cette Théorie de la carte postale s’est finalement imposée au milieu d’autres projets de livres jugés plus pertinents. Rien d’étonnant à cela quand on sait quels sentiments exaltés provoque chez l’auteur l’évocation d’une carte postale. Ce modeste objet de correspondance détient en effet à ses yeux un incomparable pouvoir poétique. Guidé par cette phrase de Mallarmé à Degas : « On écrit les poèmes avec des mots », Sébastien Lapaque se réjouit de célébrer cet art du dialogue bref, cette « façon si simple, mais ardente et profonde, de maintenir et de tisser des liens d’humanité solide et vraie dans le monde de la séparation. » Pas besoin d’idée précise, quelques mots tracés au verso d’une image choisie suffisent selon lui à traduire une émotion, à partager un instant présent, « [...] à produire de la poésie automatique. » Dans son cas, les combinaisons de mots appellent d’autres mots, ceux des poètes mémorisés au fil du temps et qui l’accompagnent en permanence. Écrire, recevoir, acquérir une carte postale, c’est s’abandonner au rêve, à l’imaginaire, à une multitude de récits. L’écrivain en a pour sa part envoyé ou amassé un certain nombre. Il y a les incontournables cartes des vacances (les vues de Bretagne des éditions Jack par exemple reconnaissables entre toutes), celles rapportées des voyages à l’étranger, celles achetées dans les musées ou encore celles plus anciennes d’où s’élèvent les voix troublantes de parfaits inconnus. Chacune renfermant tout un monde à elle seule. Son propos n’a rien de nostalgique, il ne fait pas l’éloge d’un objet regretté mais souligne au contraire la persistance d’un geste épistolaire. « Une carte postale au temps des SMS, c’était la revanche de la relation concrète. » Éd. Actes Sud, 112 p., 10 €, (en librairie le 5 février). Élisabeth Miso

Autobiographies

Santiago Amigorena, Des jours que je n’ai pas oubliés Santiago Amigorena, Des jours que je n’ai pas oubliés. Page 61 ; Vendredi, onze heures du matin, Depuis hier soir, je fais seul des choses que j’ai faites avec toi. Je fais tout un tas de choses (prendre un café campo Santa Margherita, aller voir la Conversation sacrée à San Zaccaria, marcher jusqu’à l’épuisement dans les rues familières et à chaque fois nouvelles de Castello, prendre l’apéritif au comptoir du Florian, dîner près du Ghetto, chez Andrea) que j’ai aimé faire avec toi et qui sans toi me semblent vides, inutiles.
L’auteur, connu comme scénariste, cinéaste, a entrepris une œuvre autobiographique commencée il y a quelques années déjà. Avec Le premier amour (2004) puis, La Première Défaite (2012), un nouveau récit vient nous parler d’une deuxième défaite amoureuse. Le narrateur qui n’est autre que l’auteur part pour un voyage en Italie sur les traces de la femme (la sienne) avec qui il avait fait ce voyage au temps de leur rencontre amoureuse, une comédienne (splendide) qu’il aime d’amour fou avec qui il a deux enfants et qui lui a annoncé qu’elle en aimait un autre, l’aimait encore lui, ne l’aimait plus, enfin ne savait pas, partait de toutes façons. Il pense qu’il va en mourir, il veut mourir. L’histoire était banale, écrit-il... On aime, puis on souffre... Il y a le journal au jour le jour dans les rues de Rome errant, le désespoir lutte avec le désamour - souffrance verlainienne du Nevermore - affreusement mélancolique et hivernale, Rien ne sera plus jamais pareil, et il y a aussi un personnage à la troisième personne, lui, mis à distance qui raconte son histoire. Raconte aussi l’obsession d’écrire, l’importance d’écrire - écrire l’amour et au-delà de l’amour -, et par l’écriture salvatrice, éprouver la sublimation de l’amour.
Une écriture lancinante, plaintive, répétitive et, d’une certaine manière, magnifiquement hypnotique. Éd. POL, 250 p., 14 €. Corinne Amar

Mémoires

Wanda von Sacher-Masoch, Confession de ma vie Wanda von Sacher-Masoch, Confession de ma vie. Préface de Maxime Rovere. Autobiographie singulière, histoire audacieuse d’une vie qui se lit tel un roman à rebondissements, tant l’auteur a le talent du conteur sinon de l’écrivain. Nous connaissions Léopold von Sacher-Masoch (1836-1895), romancier et dramaturge à succès, auteur de la fameuse Vénus à la fourrure, son œuvre-phare de la littérature, analyste obsessionnel des fantasmes de domination et de soumission auxquels il avait attaché son nom, puisant autant dans ses fantasmes que dans sa propre réalité la substance de son écriture ; nous connaissions moins Aurora von Rümeling, née en 1845, dans un milieu pauvre, qui vivait avec sa mère de petits métiers dont la couture et dans le plus grand dénuement, lorsqu’elle rencontre en 1871 Sacher-Masoch, intellectuel réputé, fine fleur des aristocrates désargentés. Elle a vingt-six ans, elle veut coûte que coûte s’en sortir, son intelligence la guide ; elle entreprend, sous le nom d’Alice, une correspondance avec Sacher-Masoch, le rencontre un an plus tard. Hanté par son roman, il croit avoir trouvé en elle l’incarnation de Wanda von Dunajev, l’héroïne de La Vénus à la fourrure. L’excitation est telle qu’il signe avec elle un contrat « d’asservissement », qui les lie pour dix ans : « Traitez-moi comme votre esclave », lui écrit-il le 6 avril 1872. Il l’épouse en 1873, ils auront trois fils. Comment concilier vie de famille, travail, rêves sages, fantasmes fous ? Faire naître Wanda derrière Aurora, laisser la Maîtresse cruelle supplanter l’épouse, la mère de famille, pour satisfaire un mari insatiable dont elle décrit avec une certaine candeur les voluptés ? Wanda nous livre le récit de leur mariage et de leur amour, et raconte ce qu’est être l’épouse de Sacher-Masoch, au-delà du masochisme littéraire, dans la réalité du quotidien. Un beau portrait de femme. Éd. Rivages Poche, Petite bibliothèque, 415 p., 9,65 € Corinne Amar

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Revues

Les moments littéraires,revue semestrielle qui privilégie l’écrit intime. Parution du n°31 : Diane de Margerie. Passion de l’énigme

photo DianedeMargerie Diane de Margerie
Photo © Sophie Bassouls
Romancière, critique littéraire, nouvelliste, traductrice, biographe, son œuvre fait une large place à l’autobiographie. Prix Marcel Proust 1985 pour Le Ressouvenir, Prix Médicis Essai 2004 pour Aurore et George, elle a obtenu en 2001 le Prix Prince Pierre de Monaco pour l’ensemble de son œuvre.
Fille de diplomate, Diane de Margerie passe son enfance à Berlin, puis à Londres où elle est pensionnaire chez les nonnes. Adolescente, elle vit à Shanghai puis à Pékin. Jeune mariée, elle part pour l’Italie.
Son séjour à Pékin lui fait prendre conscience que souffrance et beauté cohabitent sur terre ; ce choc culturel lui fait perdre ses repères et ses valeurs. Son séjour en Chine est le temps de la déconstruction puis de la reconstruction de la pensée. En Italie, c’est le temps de la reconstruction physique, charnelle.
De ses désirs d’explorer la vie des autres, de faire émerger leur part d’ombre, de débusquer les mobiles, les thèmes d’une œuvre sont nés les portraits de George Sand, de Marcel Proust, d’Édith Wharton.
Cette passion de l’énigme, elle la fait partager à ses lecteurs au travers de sa recherche autobiographique. Considérant que l’intérêt du lecteur n’est pas qu’on lui serve tout le dicible, Diane de Margerie transpose le privé dans le roman (Paravent des enfers, Le Détail révélateur...) et livre l’intime dans son œuvre autobiographique : Le Ressouvenir (1985), La Femme de pierre (1989), Dans la spirale (1996), Maintenant (2001), Passion de l’énigme, (2012) et Éclats d’insomnie (2013).
Le dossier que la revue lui consacre comporte un portrait signé René de Ceccatty (Les cinq portes de la fraternité poétique), un entretien et un extrait inédit des carnets de Diane de Margerie (Relation fraternelle : relation ambiguë ? (Marcel et Robert Proust)).
Également au sommaire du n°31
- Journal 2012 de Khaterine L. Battaiellie
Elle a écrit récits, essais, poésie et de nombreux textes parus en revues. Dernières parutions : South Carolina (essai) Editions Marguerite Waknine, Rage(s) (poésie), Editions pré # carré.
- Carnets de Anne Serre Son premier roman, Les Gouvernantes, paraît en 1992. Dix autres livres suivront. Les premiers mettent en scène des personnages et des situations sans qu’y apparaisse la part autobiographique de l’auteur. Dans Au secours, son sixième livre, apparaît pour la première fois un narrateur féminin qui dit « Je ». Dernier livre paru : Petite table, sois mise ! aux éditions Verdier
- Les chroniques littéraires d’Anne Coudreuse
(Présentation de l’éditeur)
http://lml.info.pagesperso-orange.fr/

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