Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Dernières parutions mars 2014 Par Elisabeth Miso

 

Mémoires

Gil Scott-Heron, La dernière fête Gil Scott-Heron, La dernière fête. Traduction de l’anglais (États-Unis) Stéphane Roques. « Je voulais amener les gens qui m’écoutaient à comprendre qu’ils n’étaient pas seuls et qu’il était possible de changer les choses. » Avec ces fragments posthumes composés de 1990 à 2010, Gil Scott-Heron s’écartait des Mémoires classiques. L’enjeu pour lui était de souligner la cohérence de son parcours d’artiste et de citoyen engagé, de jeter des ponts entre son enfance et son combat pour les droits civiques des Afro-Américains et de témoigner de la tournée historique de Stevie Wonder Hotter Than July en hommage à Martin Luther King, avec pour point d’orgue le grand rassemblement du 15 janvier 1981 à Washington. Il a grandi à Jackson dans le Tennessee sous la protection de sa grand-mère avant de s’installer à New York avec sa mère. Il doit à ces deux femmes qui ne se laissaient impressionner par personne et qui croyaient fermement aux vertus de l’éducation, d’être resté fidèle aux valeurs qu’elles lui ont transmises. Très tôt dans les rues de Jackson, du Bronx, ou à l’école, il a pu mesurer l’étendue des inégalités sociales, du racisme et du mensonge du rêve américain, triste réalité qu’il n’aura de cesse de dénoncer plus tard dans ses chansons (The Revolution Will not Be Televised, Whitey on the Moon). Ses aptitudes littéraires, son tempérament audacieux, la chance aussi, lui ouvrent les portes des meilleurs établissements, il intègre ainsi la prestigieuse université Lincoln en Pennsylvanie et publie à vingt et un ans son premier roman, Le Vautour. Il ambitionnait d’enseigner la littérature et de devenir écrivain, sa rencontre avec son comparse Brian Jackson et le succès des albums Pieces of Man et Winter in America au début des années 70, en a décidé autrement. Spoken word, rhythm & blues, funk ou hip-hop, sa palette créative et sa conscience politique ont fait de lui une des figures majeures de la musique noire américaine. Éd. de l’Olivier, 304 p., 23 €. Élisabeth Miso

Journaux

Laurence Tardieu, L’écriture et la vie Laurence Tardieu, L’écriture et la vie. L’effroi, vingt et un mois sans parvenir à articuler des mots qui ne sonnent pas faux, qui ne semblent pas vains. Après La confusion des peines (Stock, 2011), roman autobiographique libérateur, Laurence Tardieu se cogne à l’impossibilité d’écrire. Les raisons de cet égarement ne reposent pas sur la violence du conflit familial qu’a provoqué le livre, mais plutôt sur la nature profonde de ce qui motive sa démarche d’écrivain. Avec ce roman, un basculement radical s’est opéré, « J’avais éprouvé pour la première fois en écriture ce que je cherchais depuis le début : que l’écriture aille se fondre jusque dans la vie. » Elle ne racontait plus des histoires, les mots faisaient sens, une vérité avait pris forme et avec elle la certitude d’avoir traqué de livre en livre quelque chose d’elle même. Qu’allait-elle bien pouvoir explorer maintenant, quelle pensée dérouler, quel territoire défricher, n’avait-elle pas épuisé tout ce qu’elle avait à dire ? Ce journal, échelonné d’août à octobre 2012, débuté dans un avion à destination de New York, au dessus du vide donc, et achevé dans son appartement parisien, restitue cette longue traversée, sa « nuit d’écriture ». Au bout d’un douloureux questionnement, elle a repris confiance, dépassé ses peurs, elle s’est à nouveau laissé prendre par le mouvement de l’écriture, senti le courage de se frotter à l’exigence d’une langue vraie, portée par l’écho en elle de ce qu’ont accompli Agota Kristof, Virginia Woolf ou Annie Ernaux en se tenant au plus près de l’expérience humaine, au plus près de la complexité du réel. « Écrire, c’est plonger en soi, oui, mais, tout en plongeant, faire éclater ce moi, repousser ses propres frontières pour accéder à un espace plus grand. Écrire, c’est faire se rejoindre l’intérieur et l’extérieur, le moi et les autres. » Éd. des Busclats, 108 p., 12 €. Élisabeth Miso

Romans

Bertrand Leclair, Le vertige danois de Paul Gauguin Bertrand Leclair, Le vertige danois de Paul Gauguin. « Avec beaucoup d’orgueil j’ai fini par avoir beaucoup d’énergie et j’ai voulu vouloir ! » écrivait Paul Gauguin dans le Cahier pour Aline dédié à sa fille. La volonté de peindre envers et contre tout, de ne chercher « la beauté qu’à travers l’insaisissable mais puissante vérité intérieure, en misant tout sur le rythme et les couleurs sans mélange [...] », voilà bien le génie de Gauguin. Mais en ce printemps 1885, il est encore le seul à croire à la force de son œuvre à venir. En rejoignant Mette et leurs cinq enfants à Copenhague, il pensait se refaire une santé financière dans le commerce de toiles imputrescibles. Obsédé par sa quête artistique, il a ainsi renoncé à un train de vie aisé de courtier en Bourse et de collectionneur. Ici à Copenhague, tous le pressent de ne pas s’obstiner dans cette voie et de revenir à la raison, sa femme, sa belle-famille, cette bonne société danoise protestante, rigide, pétrie de références esthétiques académiques. Mais il résiste, ce qu’il désire de tout son être c’est créer « follement et librement », n’écouter que son instinct et son audace, creuser plus loin que les impressionnistes, les Degas, Cézanne, Pissarro, Manet ou Mary Cassatt qu’il admire tant. Au sortir d’un hiver interminable, il fuit l’enfer conjugal dans son atelier mansardé, se débat avec sa peinture, correspond avec ses amis impressionnistes et Émile Schuffenecker son ancien collègue, ou couche sur le papier ses bouillonnantes réflexions. Ne confie-t-il pas à Pissarro : « il n’y a pas d’art exagéré. Et même je crois qu’il n’y a de salut que dans l’extrême, tout milieu est médiocre. » Déchiré entre ses responsabilités de père et sa passion pour la peinture, il se nourrit des critiques acerbes que son entêtement suscite, conforte sa détermination dans l’adversité, asseyant définitivement son art sur un rapport de force. Entre pure inspiration romanesque, extraits de lettres, de notes ou des Mémoires rédigés à Hiva Oa, Bertrand Leclair jette un nouvel éclairage sur l’importance de cet épisode danois sur les choix décisifs du peintre. Ce que le pinceau de Gauguin, tente déjà de rendre visible à Copenhague, dans son premier autoportrait comme dans Le Moulin de la Reine, explosera enfin huit ans plus tard en 1893 lors de l’exposition parisienne de ses tableaux tahitiens, tirant ses mots à Stéphane Mallarmé : « Il est extraordinaire qu’on puisse mettre tant de mystère dans tant d’éclat. » Éd. Actes Sud, 192 p., 19 €. Élisabeth Miso

Anne Plantagenet, Trois jours à Oran Anne Plantagenet, Trois jours à Oran. Le 15 septembre 2005, Anne Plantagenet s’envole avec son père pour Oran. Ce voyage vers ses origines, vers ce pays tant raconté par sa grand-mère, elle se sent libre de l’entreprendre maintenant que ses grands-parents pieds-noirs sont décédés. Elle n’est pas née en Algérie, mais elle se reconnaît dans cette histoire. Elle veut elle aussi prendre place dans le récit familial, plonger dans cette photographie aérienne du village de Misserghin qui la fascine depuis l’enfance « [...] pour mettre enfin des couleurs et du mouvement sur ce chagrin figé en noir et blanc. » Elle a convaincu son père de l’accompagner, de retrouver cette terre quittée quarante-quatre ans auparavant. Elle s’inquiète un peu des répercussions émotionnelles, mais elle le pressent ce voyage va dénouer quelque chose, il est comme un passage obligé, une étape essentielle pour accéder enfin à ses propres désirs. L’héritage familial, qui la rendait si fière enfant de se distinguer par des racines exotiques, est devenu inconfortable au fil des années, une fois entrevus le racisme et le déni du colonialisme. Elle s’est donné trois jours pour mettre à l’épreuve ce sentiment de honte, pour confronter les souvenirs évoqués par sa grand-mère, les mythes et les silences familiaux à la réalité, « [...] nous sommes venus pour cela, pour franchir le seuil qui nous sépare du passé et affronter sa mise en images [...] » L’appartement d’Oran, la ferme de Misserghin, autrefois capturés sur des photographies sépia s’incarnent sous ses yeux, existent au présent délestés du poids de l’exil. Anne Plantagenet observe les réactions de son père lancé sur les traces de sa jeunesse, « Il ne dit rien mais ça doit défiler à toute allure dans sa tête, ça doit revenir à gros rouleaux et s’éclater avec fracas contre tous les barrages qu’il avait élevés entre son enfance et lui. ». De rencontres chaleureuses en scènes inoubliables, le séjour un temps redouté s’avère vite lumineux pour le père et la fille. Éd. Stock, La Bleue, 176 p., 17 €. Élisabeth Miso

Autobiographies

Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule. « De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n’ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n’entre pas dans son système, elle le fait disparaître. Dans le couloir sont apparus deux garçons, le premier, grand, aux cheveux roux, et l’autre, petit, au dos voûté. Le grand aux cheveux roux a craché Prends ça dans ta gueule.(...) J’avais dix ans. J’étais nouveau au collège. » Ainsi, commence le récit autobiographique d’une enfance dans un village de Picardie, au sein d’une famille pauvre, plongée désespérée dans la misère, pécuniaire, mais aussi culturelle et morale : Eddy Bellegueule, de son vrai nom - celui dont il se défera aussitôt qu’il se sera autorisé une nouvelle identité- est différent des autres. À la maison, le père est le seul à parler à table, travaille à l’usine, n’aime que les séries télé, la bagarre, est porté sur l’alcool et râle contre « les bougnoules », quand il ne tue pas les chatons ; le frère aîné est obèse, la mère fait ce qu’elle peut. Dans ce monde où être un dur et peser s’imposent, Eddy est maigre et souffre d’asthme, a une voix aiguë, des intonations et des attitudes féminines, aime les poupées, les chanteurs de variétés, les vêtements et les bagues de sa sœur et grandit sous les insultes et les coups, dans la peur, l’humiliation, la douleur, victime résignée d’un monde d’où il sait qu’il est étranger. Il a beau faire pour s’intégrer, pour s’adapter, pour devenir un « dur », comme les autres, quelque chose cloche en lui. Faits sans lyrisme, sans pathos, chapitre après chapitre, jusqu’à la seule issue possible ; la fuite, très loin de sa condition et de ce naufrage, dans un internat scolaire, bac option théâtre. Premier roman d’un auteur de 21 ans, aujourd’hui élève à Normale Sup. Éd. Seuil, 220 p.,17€. Corinne Amar

Jacques A Jacques A.Bertrand, Comment j’ai mangé mon estomac. Le titre, un rien burlesque, interpelle ; à l’intérieur, la phrase est ciselée à sa manière, mélange des genres entre la poésie, le sourire et la réflexion, colorant toute la gravité du monde de légèreté. Parce qu’il est ici question d’un cancer, subrepticement installé chez le narrateur, dans cette région du corps qui, pour certains n’en est pas moins le siège de l’âme, le récit va chercher sa forme sous le ton de l’humour et du détachement. Anatole Berthaud, double de l’auteur n’avait jamais pris au sérieux cet organe avant d’apprendre qu’une tumeur s’était logée à l’entrée de son estomac, organe à priori si peu noble, et pourtant, à bien le regarder, si plein de terminaisons délicates, si fin, si sensible, et surtout, si susceptible... Comment ne pas s’interroger, sur son estomac, justement, et sur ce qu’il a bien pu ne pas digérer pour en arriver à devoir s’auto-digérer ? Si tant est que tout symptôme est une expression de soi, que la maladie est une métaphore de quelque chose, et que tout est...littérature... C’est le récit d’un ventre malade, d’un cancer, et même de deux, puisque le narrateur apprend au même moment que son épouse s’est découvert une tumeur au sein. C’est l’histoire d’une critique pudique, aussi à vif que le corps mis à nu, jamais plaintive, autoportrait d’un estomac en désertion, récit distancié d’un homme qui raconte l’expérience de l’hôpital et des salles d’attente, le Pavillon des cancéreux et les médecins, le refus de se défaire de sa moustache et pourtant...« Pour prévenir l’alopécie -j’avais déjà récolté quelques cheveux épars sur l’oreiller -, j’étais allé chez le coiffeur. Pour une coupe au plus court. (...) Ma barbe ne poussait plus. (...) Mes cils s’étaient envolés. Je m’étais renseigné auprès d’amis comédiens pour savoir où j’allais pouvoir acheter une moustache postiche... » Éd. Julliard, 112 p.,14€. Corinne Amar

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite