Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Lettres et extraits choisis - Jean Dubuffet et Valère Novarina

édition février-mars 2014

 

Dubuffet et Novarina, photos Jean Dubuffet
Valère Novarina
Personne n’est à l’intérieur de rien
Correspondance 1978-1985

Éditions L’Atelier contemporain

......

Jean Dubuffet à Valère Novarina

Paris, 22 janvier 1978

Cher Valère Novarina,
Je salue l’avènement des Novarina, il y a aussi un Patrice qui se manifeste avec éclat. Je salue la libération de l’écrire, je salue l’écrivain, qui a enfin rompu sa laisse et gambade allègrement. Le monde est à lui maintenant. On repart de bon pied.
Amitiés
J.D.

......

Jean Dubuffet à Valère Novarina

Paris, 12 juillet 1980

Cher Valère Novarina,
C’était un heureux hasard de vous rencontrer chez Cérès Franco. Et le dimanche 22 juin la longue fête à France Culture, je l’ai trouvée excellente, très étonnante et régalante. Les séquences de musique m’ont paru de même farine que les musiques que j’ai faites moi-même naguère. Votre idée qu’on est jeté non dans un monde mais dans une langue, que c’est la langue et non un sang qui coule dans nos veines, est on ne peut plus fondée. Reste à tirer parti de ce faux sang. Vous y excellez.
Amitiés
Jean Dubuffet

......

Valère Novarina à Jean Dubuffet

Trécout, 20 août 1980

Cher Jean Dubuffet,

Votre lettre m’est bien parvenue et m’a fait un immense plaisir  : je suis très heureux que vous ayez été attentif à mon Théâtre des oreilles à la radio.
Isolé dans la montagne, je reprends mes durs travaux d’écriture. Les quelques voix amies qui commencent à se faire entendre me soutiennent. De ma fenêtre je vois Lausanne et j’envoie à votre Musée de l’art brut des signaux fraternels.
Avec toute mon amitié

Valère Novarina

......

Jean Dubuffet à Valère Novarina

Paris, 16 janvier 1981

Cher Valère Novarina,

Voilà pour la Collection de l’Art Brut une pièce pas ordinaire cet album mémorialisant l’acte - les trois actes. Je suis éberlué de ces trois fantastiques opérations de durée chacune 15 à 17 heures avec la production pour les trois ensemble de plus de deux mille dessins. Entreprise à ce que je crois tout à fait inédite et vaillamment renouvelée trois fois, je suis en admiration déjà devant le projet, l’idée du projet, mais il me semble (avec ma loupe) que la réalisation a eu les trois fois plein succès, fastueuse récolte. Vous m’étonnez. Le foisonnement de vos entreprises et l’invention qui s’y manifestent me stupéfient. Mais je suis grandement touché de votre idée de confectionner pour moi ce précieux petit album de photographies, je vous en ai vive gratitude. Ce sera conservé à Lausanne.
Amitiés.
Jean Dubuffet

......

Valère Novarina à Jean Dubuffet

24 mai 1982

Vous pourrez choisir dans ces 24 petites questions, celles qui vous questionnent vraiment, cher Jean Dubuffet... Si je n’ai pas su formuler ma curiosité, nous aurons toujours la possibilité de retourner au Questionnaire à bâtons rompus dont bien des pages me semblent lumineuses... Vous savez comme je me sens proche de vous... Je vous ai quitté l’autre jour plein d’énergie et de courage : il m’en faut en ce moment où je dois pour la première fois relire ce que j’ai écrit, réécrit dix fois depuis cinq ans... D’où vient que la création se présente à moi comme une expérience mentale et une épreuve... ? Quelque chose comme une innocence à toujours reconquérir... J’espère reparler un jour de tout ça avec vous.
Permettez moi de vous saluer avec affection.

Valère Novarina

(Je téléphone tout à l’heure à Flash Art pour nous assurer de la qualité de la traduction.)

......

Valère Novarina à Jean Dubuffet

12 avril 1983

Cher Jean Dubuffet,

La surprise était grande de vous entendre pour la première fois au téléphone : encore plus pneumatique que les pneumatiques... !
Ça m’a fait grand plaisir... Pour vous et votre ami j’ai donc tendu l’oreille : les avis que j’ai recueillis sur le jeune éditeur sont assez mitigés... Il imprime bien les textes, les diffuse mal et semble manquer de tact dans ses rapports avec les peintres... Mais faut-il se fier aux « on dit »... ?
Le Drame de la vie semble donc à peu près casé et devrait paraître début 84... Mais je cherche toujours un éditeur pour le petit recueil, L’Acteur des langues. Croyez-vous que quelque chose soit possible du côté de Lindon... ?
Je vous quitte. Je cours à Perpignan : une lecture et une exposition.
Je vous enverrai quelques photos des toiles. Je vous serre les mains avec grande amitié.

Valère Novarina

.....

Valère Novarina à Jean Dubuffet

14 mai 84

Le clou est au mur, cher Jean Dubuffet, dans mon bureau. Le psycho-site, si vous le voulez toujours bien, sera là, sous mes yeux, tous les jours. Il m’enverra des ondes bénéfiques. Toute la maison (femme, enfants et camélias) se réjouit de cette vente ultra-symbolique ! Avec grande amitié
Je vous serre les mains

Valère Novarina

(Ici, une petite cassette de mes musiques à la radio.)

Pour l’annotation, se référer à l’ouvrage.
© Éditions L’Atelier contemporain

..........

Extrait de la version publiée en tête du n° 1 de l’édition française de Flash Art, automne 1983, pp. 4-10.

V.N. : Savez-vous peindre ?

J.D. : Dans le langage courant savoir peindre signifie le faire en conformité des conventions usuelles. J’y suis inapte. Ni bien doué ni bien exercé. Observez qu’on appelle doués ceux qui sont mieux que d’autres portés à adhérer et à imiter, ce qui ne va guère dans le sens de la création. On appelle bien peindre le faire en fonction des critères reçus. Dans mon optique cela s’inverse. Je vise à des ouvrages qui renouvellent la pensée, qui la transportent sur des terrains neufs et qui par conséquent récusent les notions coutumières sur lesquelles se fonde le bien peindre. Tout ce qui est susceptible de relever du bien peindre est dans mon regard à révoquer. Qui cherche des positions neuves doit s’embarquer sans bagage. J’ai observé que la moindre attache qu’on a conservée avec les territoires dont on veut s’éloigner, le moindre lien qu’on a oublié de couper, fait obstacle au déplacement. Tout se tient et tant qu’il reste une seule balise en place on n’est pas quitte du balisage. Il faut perdre pied complètement. Observez qu’il y a une façon de bien peindre, tandis que de mal peindre il y en a mille. Ce sont celles-ci dont je suis curieux, dont j’attends du neuf, des révélations. Toutes les façons de mal peindre m’intéressent, m’apparaissent génératrices de positions de pensées nouvelles.


Sites internet

Éditions de L’Atelier contemporain
http://www.r-diffusion.org/index.ph...
et pour l’ouvrage :
http://www.r-diffusion.org/index.ph...

Valère Novarina
http://www.novarina.com/index.php

Fondation Jean Dubuffet
http://www.dubuffetfondation.com/bi...

Collection de l’art brut
http://www.artbrut.ch/fr/21070/coll...

FloriLettres 146. Chaissac, Paulhan, Dubuffet. Correspondances
http://www.fondationlaposte.org/art...

Jean Dubuffet - Alexandre Vialatte, Correspondance(s) Entretien avec Delphine Hautois et Marianne Jakobi. Propos recueillis par Nathalie Jungerman
http://www.fondationlaposte.org/art...

Jean Dubuffet : Portrait. Par Corinne Amar
http://www.fondationlaposte.org/art...

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite