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Dernières parutions mai 2014 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

René Char, Raul Aguirre, Correspondance René Char - Raúl Gustavo Aguirre, Correspondance 1952-1983. Édition établie par Marie-Claude Char. Avant-propos Rodolfo Alonso. Traduction de l’espagnol Michèle Gazier. Deux décennies d’écart et des milliers de kilomètres de distance n’ont pu entamer la constance des sentiments de René Char et de Raúl Gustavo Aguirre. Les lettres inédites rassemblées ici, témoignent en effet des profondes affinités dont s’est nourrie leur amitié pendant plus de trente ans. Le lien se noue le 6 octobre 1952, quand le jeune poète argentin prend la plume en français pour informer Char de son désir de lui consacrer un numéro de la revue Poesía de Buenos Aires. Comme le rappelle Rodolfo Alonso dans son avant-propos, cette publication fondée au printemps 1950 par Aguirre, accueille des poètes avant-gardistes fervents défenseurs d’une poésie libre, sans dogme ni conventions littéraires, ayant pour seule croyance le rêve de Tzara de « faire de la poésie une manière de vivre ». De missive en missive, Aguirre n’a de cesse de traduire à son aîné dans quelle haute estime il porte son œuvre. « Mais je voudrais vous exprimer combien m’est familière cette langue que vous parlez : elle parcourt souvent les plus silencieux endroits de mon âme et lui en révèle son chant. » Les deux amis s’adressent leurs textes respectifs, évoquent leur admiration réciproque, leurs espoirs mais aussi leurs difficultés quotidiennes, les problèmes de santé pour Char, le fardeau des dictatures successives pour Aguirre. « Ah ! cher Raúl Gustavo Aguirre, comme les hommes sont différents : ceux que la poésie fait saigner mais éclaire, et ceux qui n’ont pour tout viatique que les glaciers de la nuit et leur méchante métamorphose. » Après bien des années d’impatience et d’invitations répétées, René Char reçoit enfin en mai 1974 son ami sud-américain chez lui à l’Isle-sur-la-Sorgue. Jusqu’à la mort brutale d’Aguirre en 1983, la teneur de leurs échanges laisse entrevoir le degré d’engagement avec lequel tous deux ont su conjuguer humanisme et inspiration poétique. Convaincu du pouvoir absolu des mots, Raúl Gustavo Aguirre identifie ainsi le souffle essentiel que donne le poète français à sa vie : « Un siècle après Rimbaud, je crois qu’il faut arriver jusqu’à vous pour trouver une autre voix dans laquelle se désaltérer, une voix aussi chargée de futur dans ce monde qui semble ne plus en avoir. » Éd. Gallimard, 102 p., 12,90 €. Élisabeth Miso

Autobiographies

Buster Keaton et Charles Samuels, La mécanique du rire Buster Keaton et Charles Samuels, La mécanique du rire. Autobiographie d’un génie comique. Traduction de l’anglais (États-Unis) Michel Lebrun. « Le burlesque a bien une formule, mais elle est difficilement compréhensible par tout autre que ses créateurs, du moins dans ses premiers stades. La surprise en est l’élément principal, l’insolite notre but, et l’originalité notre idéal. » Le burlesque Buster Keaton en a fait sa spécialité, marquant définitivement de son génie comique l’histoire du cinéma. Les éditions Capricci ont eu l’excellente idée de republier la passionnante autobiographie de « l’homme qui ne rit jamais ». Keaton y déroule son étonnante trajectoire modelée de succès et de déclin. En véritable enfant de la balle, il a débuté à trois ans sur les planches dans les numéros de music-hall de ses parents. La drôlerie de leur prestation repose sur un enchaînement de cascades audacieuses, son père l’expédiant par exemple à l’autre bout de la scène ou dans la fosse d’orchestre, ce qui lui vaut le surnom de « serpillière humaine ». Keaton raconte la fantaisie de sa famille, les tournées, les coulisses des spectacles, les anecdotes cocasses, les déboires, la dureté de ce type de métier, autant d’histoires inoubliables qui donnent à l’existence une saveur particulière. En repoussant sans cesse les limites de ses capacités physiques et en observant les autres artistes, il a au fil des années affiné son art. Dès ces débuts dans le cinéma, il pressent que son talent comique a trouvé son territoire de prédilection grâce à la liberté et aux possibilités infinies qu’offre la caméra. Dans les folles années d’après-guerre, au moment où l’industrie hollywoodienne est en plein essor, son inventivité fait des étincelles. C’est l’âge d’or des films burlesques où les comédies de Fatty Arbuckle, de Charlie Chaplin, d’Harry Langdon ou d’Harold Lloyd détrônent les mélodrames au box-office. Le réalisateur du Mécano de la « General » dépeint l’effervescence des studios, la créativité des auteurs, les tournages stimulants, la subtilité des gags, les prouesses techniques, la dangerosité des cascades. Il évoque les ascensions éblouissantes, les carrières ruinées ou les vedettes tombées dans l’oubli avec l’apparition du parlant. S’il aime à se rappeler ses heures de gloire, il aborde sans détours la question de sa chute, ses conflits avec la Metro Goldwyn Mayer, son alcoolisme, ses déconvenues sentimentales, considérant malgré tout comme une chance inouïe d’avoir pu à son modeste niveau cultiver tout au long de sa vie sa science du rire. Éd. Capricci, 324 p., 22 €. Élisabeth Miso

Carnets/Notes

Michelangelo Antonioni, Je commence à comprendre Michelangelo Antonioni, Je commence à comprendre. Choix et avant-propos Enrica Antonioni. Traduction de l’italien Jean-Pierre Ferrini. « Le meilleur film est peut-être celui qui naît d’idées multiples, pas d’une seule. Mais il n’est pas facile de repérer ces idées dans le chaos des sensations, des réflexions, des observations, des impulsions que le monde environnant ou notre imagination suscite en nous. », s’interroge Michelangelo Antonioni en 1961 durant la préparation de L’Éclipse. Le réalisateur italien n’avait pas pour habitude de partager ses intuitions, il préférait les coucher sur papier ou les imprimer sur pellicule. Ces fragments de notes choisis par sa femme et parus en 1999, révèlent la finesse de ses méditations et son intimité de créateur toujours prompt à saisir et à déchiffrer la réalité qui traverse son champ de vision. Il dit avoir « toujours voulu tout savoir, comprendre clairement chaque situation. » On apprend ainsi qu’il ne peut s’empêcher de modifier systématiquement la disposition de chaque lieu où il pénètre, « comme un besoin instinctif de (se) sentir dans un rapport physique avec l’endroit où (il se) trouve. » Que les sensations ou les mouvements de caméra sont pour lui associés à des couleurs. Que le vide laissé par les contes que lui lisait sa mère, tous restés inachevés du fait de sa trop grande émotivité enfant, pourrait être une des sources de sa vocation de cinéaste. Chaque page est une preuve de sa sensibilité visuelle, de sa singularité à penser en images. Les descriptions qu’il fait des lignes des gratte-ciel et du jeu des lumières à l’aube depuis le cadre de sa fenêtre d’hôtel new-yorkais ou de cette scène de papiers tourbillonnant au vent dans un pré, illustrent parfaitement l’acuité de son regard. Les notes prises pendant le tournage épique de L’Avventura donnent la mesure de sa détermination et de sa passion totale pour son art. « La chose la plus difficile est de ne s’intéresser à rien, de ne pas lire ni se distraire. Être dans le silence et l’inconnu. C’est de l’inconnu que la réalité s’illumine, du silence que retentit l’appel du dehors. » Éd.Arlea, 64 p., 14 €. Élisabeth Miso

Annie Ernaux, Regarde les lumières Annie Ernaux, Regarde les lumières mon amour. Invitée à collaborer à la nouvelle collection du Seuil « Raconter la vie », codirigée par le sociologue Pierre Rosanvallon, Annie Ernaux a choisi comme sujet d’écriture l’hypermarché à proximité de chez elle, ou le quotidien noté durant un an, de novembre 2012 à octobre 2013, d’un magasin Auchan dans le centre commercial des Trois Fontaines de Cergy-Pontoise. Territoire familier, prosaïque et, par excellence, celui où l’on croise ses « semblables » : employés, clients, il s’y passe toujours quelque chose. Le titre est emprunté à une mère penchée sur la poussette de sa fille à qui elle montre, émerveillée, les guirlandes de Noël, et il arrive qu’un centre commercial soit un lieu de plaisir, même pour quelqu’un qui écrit ! Ainsi, au début du Journal : « Il fait froid, gris. Une espèce de mouvement de plaisir tout à l’heure à l’idée d’aller aux Trois-Fontaines et de faire quelques courses nécessaires à Auchan. Comme une rupture dans le travail d’écriture, une distraction sans effort dans un lieu familier. » Voir pour écrire, dira t-elle, confère une valeur d’existence aux objets et aux individus ; alors elle observe ce qui se passe d’un rayon à l’autre, aborde le poissonnier, parle au caissier, s’étonne de la pénibilité des tâches, s’effraie du système de surveillance et de ses caméras cachées, se voit rabrouer par un vigile au moment de vouloir prendre une photo, remarque combien « la grande distribution fait la loi de nos envies », devant les promotions spéciales, du linge de maison aux œufs de Pâques, en passant par les fournitures scolaires ou les maillots de bain... Annotations factuelles, regard aigu, journal bref qui s’inscrit dans la démarche de l’auteur du Journal du dehors, et de son interrogation perpétuelle de la subjectivité que le social produit. Éd. Seuil, 72 p., 5,90 €. Corinne Amar

Récits

Sophie Avon, Dire adieu Sophie Avon, Dire adieu. Elles étaient si intensément liées, si complices, et pourtant leur amour oscillait en permanence entre passion et rejet. Sophie Avon brosse le portrait de sa mère décédée en 2011 et explore au travers de ce récit intime les contrées de son attachement filial. « Elle aimait ce qui la tenait droite parce qu’elle avait tendance à pencher. » D’aussi loin qu’elle se souvienne, la fille a toujours perçu sa mère comme une grande insatisfaite, une femme immature incapable de dompter ses contradictions, une femme sujette à des états dépressifs meurtrie par la perte de son premier enfant, de l’Algérie sa terre natale, mais dévastée plus que tout par son divorce « le trou noir de son existence, son centre de gravité. » À l’approche de la cinquantaine, elle s’était projetée dans une vie plus exaltante, provoquant cette séparation pour la regretter amèrement par la suite. Enfant, la romancière ne supportait pas d’être éloignée d’elle, « J’avais le sentiment de la deviner mieux que personne, d’être celle qui pouvait la comprendre au plus juste. Je venais d’elle, je l’avais habitée. Moi seule à l’époque avait le goût de l’apprivoiser. Moi seule avait la volonté de remplir ce vide qui la rendait mélancolique. Je désirais combler chacun de ses manques. » D’un côté il y a donc cette mélancolie tenace, ces plaintes infondées et pesantes sur le vide de son existence ou l’absence d’intérêt de ses proches, et de l’autre son étonnante vitalité, sa fantaisie, son besoin de mouvement, sa jeunesse, son ouverture d’esprit, sa cinéphilie assidue, qualités qui en font une confidente idéale. Si elle décrit avec lucidité l’être complexe qu’était sa mère et sa propre attitude, Sophie Avon n’en livre pas moins un vibrant hommage de fille restée inconsolable. « Bien sûr, je sens ma mère en moi, elle est là, elle est dans tous mes gestes, c’est comme si elle s’était coulée dans mes veines, mais elle me manque, elle, en dehors de moi. En vie. » Éd. Mercure de France, 144 p., 14 €. Élisabeth Miso

Luigi Cornaro, Longue vie Luigi Cornaro, Longue vie, bonne santé, Les conseils d’un centenaire. Préface d’Antoine de Baecque. Le titre surprend qui fait penser à une méthode de savoir-vivre aujourd’hui pour un magazine féminin. Rien de cela. C’est le récit pour le moins remarquable, d’une acuité et d’une modernité extraordinaires, d’une vie, à l’époque de la Renaissance italienne. Vénitien et noble, collectionneur d’œuvres d’art et fameux mécène, Luigi Cornaro (1464-1566) tombe gravement malade et frôle la mort à l’âge de 37 ans, pour excès de jouissances, et notamment celles de la table. Les médecins le voient à l’agonie, ils lui prescrivent une seule alternative ; un changement radical d’alimentation. Ascèse imposée, rigueur extrême du régime quotidien ; Cornaro décide alors d’un contrôle strict de son alimentation. Entre tempérance et continence, il s’agit alors d’une conversion radicale. De la jouissance à la sobriété, Cornaro revit une seconde fois, est guéri en l’espace d’un an, en 1505. À l’âge de 83 ans, il se lance dans un recueil de quatre traités autour de la vie sobre, reprenant ce journal dans lequel il aura tout au long de sa vie scrupuleusement consigné au quotidien ces observations sur sa santé, mettant en application une diététique fondamentale, pour prolonger son existence. Ses principaux préceptes ? D’un absolu bon sens et d’une simplicité enviable : entre autres propositions ; - ne boire et ne manger que ce qu’on peut digérer ; - s’habituer à ce que l’appétit ne soit jamais entièrement rassasié ; - s’abstenir de grosses fatigues, ne point se priver de soleil, user modérément de tous les plaisirs, etc. Jusqu’à obtenir la maîtrise heureuse de son corps et que, grâce à une existence réglée, le renoncement en soi des excès devienne source d’autres plaisirs (le chant, la marche, le soleil, la conversation, le sommeil, l’observation de soi). Cornaro meurt à 102 ans, et ce petit traité de la sobriété est une leçon de vie. Éd. Petite Bibliothèque Payot 140 p., 9 €. Corinne Amar

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