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Dernières parutions juin 2014 Par Elisabeth Miso

 

Récits

Etgar Keret, Sept années de bonheur Etgar Keret, Sept années de bonheur. Traduction de l’anglais Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso. Etgar Keret s’est toujours méfié des récits dits réels ou affichant une quelconque quête de vérité, lui qui ne se sent libre et vraiment sincère que dans la fiction. Pourtant, le voilà qui publie un recueil de textes autobiographiques, tranche de vie de sept années, prise entre deux évènements décisifs, la naissance de son fils Lev et la mort de son père. Sans se départir du ton burlesque et décalé qui caractérise ses nouvelles, l’auteur de La Colo Kneller fait surgir de ce matériau intime une subtile réflexion sur l’héritage et la transmission, sur la fragilité de nos vies, sur la société israélienne. Évoquer son quotidien à Tel Aviv ou ses nombreux voyages, est un biais par lequel sonder le sentiment d’étrangeté d’être au monde qui l’habite, cette conscience que d’un instant à l’autre tout peut basculer. Dès la scène d’ouverture où il relate son attente dans l’hôpital où accouche sa femme et où arrivent en urgence les victimes d’un attentat suicide, il jette un des motifs de ces chroniques : ce que cela suppose de vivre dans un pays soumis à de telles tensions. La question des origines, de l’histoire familiale qui vous définit, de l’attachement aux êtres aimés traverse tout le livre. Alors qu’il goûte au bonheur d’être père et fils à la fois, il rend un hommage pudique mais vibrant aux siens. À ses parents tous deux rescapés de la Shoah qui ont nourri de leurs histoires son imaginaire d’enfant et de futur écrivain, à son frère tant admiré, à sa sœur ultra-orthodoxe avec ses onze enfants devenue si lointaine. Et puisqu’il parcourt son territoire intime, Etgar Keret ne manque pas d’interroger le rôle de l’écrivain « [...] il n’est rien qu’un pécheur comme un autre doté d’une conscience à peine plus aiguisée et d’un langage un peu plus précis dont il se sert pour décrire l’inconcevable réalité de notre monde [...] mais parce qu’il est ici, à nos côtés, enfoui jusqu’au cou dans la boue et l’ordure, il est celui qui plus que quiconque peut nous faire partager tout ce qui se passe dans son esprit, dans les zones éclairées et, plus encore dans les recoins sombres. » Éd. de l’Olivier, 208 p., 18 €. Élisabeth Miso

Tezer Özlü, La Vie hors du temps Tezer Özlü , La Vie hors du temps - Sur les traces d’un suicide. Traduction de l’allemand et présentation Diane Meur. « Cette vie ne me comble que lorsque les mots que j’aligne correspondent aux vents qui soufflent en moi, à l’amour qui aime en moi, à la mort qui meurt en moi, à la vie qui veut jaillir de moi. » En 1982, Tezer Özlü entreprend un voyage sur les traces de Kafka, Svevo et Pavese, ces « frères d’âme » qui lui ont fait entendre l’incomparable pouvoir de la littérature. Depuis toujours la romancière turque, n’a cessé de vouloir repousser les murs étouffants de sa jeunesse, des valeurs petites-bourgeoises, de son chaos intérieur (elle séjourne à plusieurs reprises en hôpital psychiatrique), de se dérober à toute forme d’aliénation, sociale ou intime. « Rien ne m’est plus odieux que les frontières, les limites, et je me suis construit une absence de limites au milieu de toutes celles qui existent. » Alors à Berlin, à Vienne, à Prague, Zagreb, Belgrade, Trieste ou Turin, portée par les images et les mots d’écrivains chers à son cœur qui l’ont révélée à elle-même, elle éprouve le monde ambiant, évaluant le poids de la vie réelle face à la seule certitude acceptable à ses yeux, celle de l’intensité de la littérature. Pavese qu’elle convoque en permanence, comme un écho à ses sensations les plus profondes, l’accompagne plus particulièrement dans cette quête absolue de liberté. D’hôtel en hôtel, de lieu inconnu en lieu inconnu, d’étreinte en étreinte avec de jeunes amants, elle apprivoise son errance, comprenant au fil de son périple que chaque nouvelle journée est à la fois une fin et une renaissance. « Maintenant que je vis dans mon absence de limites et ressens la vie plus profondément qu’avant, je suis résolue à ne plus avoir peur. Il est plus agréable de porter son propre poids que celui des autres. » Cette voix d’une lucidité et d’une beauté implacables, s’est malheureusement tue trop tôt (Tezer Özlü est morte d’un cancer en 1986). Éd. Bleu autour, collection « d’un lieu l’autre », 240 p., 17 €. Élisabeth Miso

Anatole Broyard, Kafka faisait fureur Anatole Broyard, Kafka faisait fureur. Traduction de l’anglais (États-Unis) Julie Sibony. Dans ces mémoires restés inachevés, Anatole Broyard (1920-1990) se retourne sur sa jeunesse dans le New York magnétique de l’immédiat après-guerre. Greenwich Village, où il élit domicile en 1946, dégage alors une vitalité contagieuse avec sa population d’écrivains et d’artistes épris d’art abstrait et de littérature. Il emménage avec Sheri Donatti, une peintre particulièrement originale, protégée d’Anaïs Nin, déconcertante, fascinante mais épuisante. « Sheri était sa propre avant-garde. Elle s’était gommée et redessinée elle-même, elle avait réinventé sa façon de marcher, de parler, de bouger, et même de penser et de sentir. » Grâce aux bourses accordées aux anciens GI’s, il fréquente la New School où les cours d’art moderne de Meyer Shapiro lui font forte impression. Il ouvre une librairie d’occasion sur Cornelia Street, « Nous ne nous contentions pas de lire des livres : nous devenions ce qu’ils étaient. Nous les absorbions et en faisions l’étoffe de nos propres vies. » Au contact d’échanges et de rencontres stimulantes, d’écrivains et d’artistes tels W. H. Auden ou Dylan et Caitlin Thomas, lui aussi ambitionne de lier son destin à l’art et à l’écriture. Il veut « être un intellectuel, voir la vie avec de la hauteur [...] », mais à la différence de la plupart de ses amis qui vivent dans l’abstraction des livres, mimant des situations et des personnages de fiction, lui tient à garder « un œil sur le monde ». Dans une Amérique en pleine mutation, le futur écrivain, critique littéraire et journaliste au New York Times, aiguise son esprit et s’adonne au sexe, autre axe essentiel d’exploration de cette époque-là. Les hommes et les femmes se découvrent enfin, tentent de déjouer le silence entre les sexes et de se libérer de leurs inhibitions. « L’énergie de tout ce désir non dépensé, de l’impatience du sexe, était un immense courant traversant la vie américaine. » Éd. Christian Bourgois, 182 p., 15 €. Élisabeth Miso

Daniel Cordier, Les feux de Saint-Elme Daniel Cordier, Les feux de Saint-Elme. On connaît le Daniel Cordier secrétaire de Jean Moulin, résistant et compagnon de la Libération, collectionneur d’art, critique, historien ; on ne connaissait pas de lui cet autre visage ; celui de l’adolescent qu’il fut, collégien de treize ans, à la fin des années 1920, au pensionnat dominicain de Saint-Elme, dans le bassin d’Arcachon, exalté de littérature, découvrant l’amour et le désir, et tourmenté entre son attirance pour l’un de ses camarades, David Cohen - paré d’autant de qualités que de vertus -, et une foi chrétienne qui ne transige pas. Récit autobiographique et récit d’initiation, premiers émois, égarements coupables, lectures reconnaissantes de Gide, passion inassouvie - dans cet univers de silences, de prières, de confessions, de messes, de vêpres et de semaine sainte annuelle -, mais demeurée si vive que son souvenir n’aura de cesse de l’obséder toute sa vie durant, jusqu’à vouloir le faire revivre réellement plus de soixante dix ans plus tard. Lorsque David, si follement aimé, désiré, magnifié, sacralisé en secret, lui avouera lui aussi qu’il l’aime, le jeune épris préfèrera le repousser et fuir, en se faisant renvoyer du collège, plutôt que de succomber à la tentation du diable sinon du mal. Toute sa vie, il regrettera cette occasion, elle le hantera. Récit, Journal ; pages splendides qui allient puissance d’évocation de l’amour, vivacité du souvenir et qualité littéraire. Années 1990 : Daniel Cordier, pour l’avoir si longtemps cherchée, retrouve sa passion de jeunesse. La réalité est-elle jamais à hauteur du souvenir qu’on en a ? « En chacun de nous, il y a un regret qui veille. Le mien s’appelle David. Pour d’autres il n’a que le nom d’une fuite sans retour. C’est là que nous nous rejoignons tous, dans ce qu’on appelle la nostalgie. » Éd. Gallimard, 196 p., 16,50 €. Corinne Amar

Catherine Millet, Une enfance de rêve Catherine Millet, Une enfance de rêve. Une famille ordinaire dans les années 50 - père, mère, frère cadet, grand-mère sous le même toit - un deux-pièces, à Bois Colombes, dans la banlieue parisienne, une promiscuité difficile, une enfance de rêveuse, un père revenu après cinq ans de captivité, des parents qui se déchirent, un gâchis, mais aussi des valeurs ; récit d’apprentissage de la vie, éveil du corps et de la conscience au monde, autoportrait de l’auteur en petite fille, puis en adolescente. « On entre dans la vie avec les poings serrés, et j’ai joué à déplier les doigts minuscules comme font certainement beaucoup de petites filles, en comparant cette main à celle d’un gros baigneur en Celluloïd que j’avais. Elle était délicieusement douce. » Le récit débute par le souvenir de la naissance du petit frère, qui mourra à l’âge de vingt et un ans dans un accident de la route, et s’achève, après la mort du père d’un cancer, du suicide (réussi cette fois-ci) de la mère, ayant enjambé la fenêtre de la chambre donnant sur la cour. « Elle avait soixante-trois ans ». À son enterrement, la proche famille, c’était elle, et elle seule. Autant dire que le titre n’est pas à prendre au premier degré ! Le rôle de la littérature est de dire la vérité, avoue volontiers Catherine Millet, qui prend Cézanne pour maître, « Je vous dois la vérité » ; directrice de la revue Artpress, critique d’art, commissaire d’exposition, auteur, en 2006, de La Vie sexuelle de Catherine M. récit fameux de la période échangiste sinon orgiaque de sa vie où elle décrivait par le menu et sans complaisance, l’usage qu’elle faisait de son propre corps, depuis l’âge de dix-huit, elle retrouve ici le ton qui est le sien, méthodique, détaché, dénué d’auto complaisance, pour raconter ces scènes fondamentales de son enfance autour de ces trois pôles ; la famille, l’école, la lecture. Éd. Flammarion 285 p., 19,50 €. Corinne Amar

Entretiens

Romain Gary, Le sens de ma vie Romain Gary, Le sens de ma vie. Préface de Roger Grenier. « J’ai l’impression d’avoir été vécu par ma vie, d’avoir été objet d’une vie plutôt que de l’avoir choisie et en plus de cela, avec la notoriété, on est donc manipulé par la vie elle-même. », confiait Romain Gary en 1980 lors d’un long entretien accordé à Radio-Canada. Quelques mois seulement avant de choisir de s’éclipser définitivement de ce monde, l’auteur de La vie devant soi y déroule encore une fois son étonnante trajectoire. Dans cet ultime récit autobiographique, énoncé comme d’un seul souffle, il égrène nombre d’anecdotes et de considérations déjà mentionnées dans La Promesse de l’aube et La nuit sera calme, brouillant comme à son habitude les lignes entre réalité et fiction. Né russe, il raconte les émigrations successives puis l’arrivée à 14 ans à Nice avec sa mère Mina Owczyńska, fervente francophile, dont l’influence sera déterminante. Emportée par un cancer en 1941, la directrice de la pension Mermonts, n’aura pu être témoin de la réussite de son fils. Se remémorant les épreuves et les détails savoureux des années de guerre (sa fuite pour rejoindre le général de Gaulle à Londres, ses missions d’aviateur le jour, ses nuits à écrire, le typhus et la typhoïde vaincus de justesse), il souligne non sans humour la dimension romanesque de son existence. Au sortir de la guerre, officier de la Légion d’honneur, compagnon de la Libération, écrivain reconnu et diplomate, il a ainsi exaucé les rêves les plus fous de sa mère. De ses dix-sept ans de carrière diplomatique, il garde notamment un souvenir marquant de son passage aux Nations Unies, épisode inconfortable où sa conscience n’a pu s’accommoder du double langage politique, de l’hypocrisie. La puissance du mensonge, le règne des masques et des légendes fabriquées, il a pu l’observer à loisir à Los Angeles d’abord comme consul général de France, puis comme scénariste. De la fiction hollywoodienne à sa propre mythologie, il n’y a qu’un pas que l’écrivain franchit en abordant sa célébrité, décrivant le curieux décalage entre sa vie réelle et celle véhiculée par les médias, « [...] je vivais en permanence avec un personnage de Romain Gary qui n’a strictement rien à voir avec la réalité de mon moi. » S’il trouve un sens à sa vie c’est d’avoir eu sans cesse à l’esprit « l’amour rendu pour les femmes et pour la femme », c’est ce dont il est sans doute le plus fier, être parvenu à « introduire dans tous (ses) livres, dans tout ce (qu’il a) écrit, cette passion de la féminité [...] » Éd. Gallimard, 112 p., 12,50 €. Élisabeth Miso

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