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Dernières parutions août 2014 Par Elisabeth Miso

édition spéciale août 2014

 

Récits

Paul Auster, Excursions dans la zone intérieure Paul Auster, Excursions dans la zone intérieure. Traduction de l’américain Pierre Furlan. Après avoir dans Chronique d’hiver sondé son parcours sensoriel, tenté de restituer la densité de toute une vie par la mémoire du corps, Paul Auster poursuit son exploration intime cette fois sous le prisme de l’évolution psychologique. « Qui étais-tu, petit homme ? Comment es-tu devenu une personne capable de penser et, une fois que tu en as été capable, où tes pensées t’ont-elles mené ? » Dans ce deuxième volet de son étude autobiographique, il cherche à débusquer les ressorts de la formation de son identité, comment s’est développée sa compréhension du monde, sa conscience de soi, quelles connections avec sa sensibilité d’enfant son imaginaire d’écrivain a-t-il conservées. Quand il observe le petit garçon du New Jersey qu’il était dans les années 50, désarmé devant le couple sans passion formé par ses parents ou la fragilité de sa petite sœur, souvent seul, l’esprit occupé par les héros de ses lectures ou les champions de baseball, par ses rêves d’écriture, l’auteur de Léviathan fait défiler ses bouleversement intérieurs successifs mais aussi ceux d’une Amérique aux prises avec ses mythes mensongers. Très tôt, il saisit la réalité des injustices sociales et l’effet d’un film comme Je suis un évadé (découpé ici du début à la fin) sur un psychisme en pleine mutation a manifestement laissé des traces indélébiles. Plus tard encore, à la fin des années 60, étudiant à l’université de Columbia ou à Paris, il trouve matière à aiguiser sa fibre politique avec les émeutes interraciales de Newark ou la guerre du Viêtnam. Dans cette auscultation de son paysage mental, les lettres adressées à sa première épouse la romancière Lydia Davis que cette dernière lui fait parvenir en vue de confier ses écrits et sa correspondance à une bibliothèque de recherche, sont pour l’auteur new-yorkais comme une plongée dans le journal de jeunesse qu’il n’a pas tenu. Projeté dans ses angoisses existentielles de l’époque, ses indignations de citoyen, ses errances d’écrivain, il redécouvre des impressions du passé enfouies sur lesquelles l’homme inévitablement transformé depuis porte un regard différent. « Malgré le désordre qui est en moi, malgré ma solitude, je suis parvenu en chemin, je ne sais comment, à acquérir... une confiance dans l’écriture, dans ma propre capacité. C’est ce qui me maintient, à présent. », confessait-il alors. Éd. Actes Sud, 368 p., 23 €. Élisabeth Miso

Jeanne Labrune, Visions de Barbès Jeanne Labrune, Visions de Barbès. « Elle ne cherchait rien, n’attendait rien, elle était seulement vivante. Une forme parmi d’autres, fugitive. » Au printemps 2012, Richard Debuisne, le compagnon de Jeanne Labrune, l’acteur fétiche et coscénariste de certains de ses films, disparaît. Désormais la cinéaste doit se résoudre à envisager l’existence sous un autre angle, « augmentée de la présence forte, mais légère, exigeante et bienveillante, de l’être aimé, en soi et hors de soi. » Tout lui rappelle son amour défunt, les objets, les photographies et les vêtements dans leur appartement, le souvenir de leur complicité dans les rues et les cafés de Barbès, leur quartier d’adoption au nord de Paris. La solitude, le deuil, « temps de décuplement de la conscience, de contemplation », lui ouvrent un nouveau champ de vision et Barbès, quartier populaire où se côtoient marginaux, laissés-pour-compte, drogués, pickpockets et trafiquants en tous genres, capte alors toute son attention. Jeanne Labrune écrit comme elle placerait sa caméra, dans un récit extrêmement visuel, elle enchaîne les scènes et les dialogues tragi-comiques, plante le décor de rencontres émouvantes ou d’échanges sous tension. Deux jeunes voleurs déstabilisés, un vieux mendiant au turban bleu décoloré, une prostituée de Bamako, une sans-abri totalement nue au milieu des passants, « image de notre époque, celle de l’interminable et sournoise dépression. », inquiétants ou attachants, les personnages surgissent, se glissent jour après jour dans l’absence intolérable et la ramènent à la vie. Éd. Grasset, 252 p., 18 €. Élisabeth Miso

Entretiens

Françoise Sagan, Je ne renie rien Françoise Sagan, Je ne renie rien. Entretiens 1954-1992. Qui mieux que Françoise Sagan elle-même pouvait démêler le vrai du faux de la légende qui lui collait à la peau ? À l’occasion des soixante ans de la parution de Bonjour tristesse, les éditions Stock republient un ensemble d’entretiens accordés de 1954 à 1992. L’écrivaine s’y montre sans fard, analysant avec une grande acuité cet étrange malentendu creusé entre son ressenti profond et ce tempérament frivole et scandaleux qu’on lui a prêté dès le succès retentissant de son premier roman à dix-huit ans. L’argent, le jeu, la nuit, la vitesse, la désinvolture, l’alcool, les drogues, il n’a plus été question que de cela, bien plus que de ses livres, alors que ce vers quoi elle était tout entière tournée malgré les excès (sa manière d’explorer et de dévorer la vie) c’était l’écriture. « Le rôle de l’écriture est de me mettre toujours en question, d’être mon perpétuel moteur et de ne jamais me rassurer. Si je n’écrivais plus, la vie serait différente, je n’aurais plus envie de trouver les mots qui correspondent à ce que je sens, je n’aurais même plus envie de comprendre ou de connaître, la vie serait morte. » Véritable condensé de son intelligence, ces conversations révèlent au fil des décennies la constance de sa perception des choses, les thèmes récurrents sources d’exaltation ou de désolation. Elle parle bien sûr de la place centrale de la littérature, des auteurs admirés tels Proust ou Sartre, de sa passion pour la langue, de ce que suscite en elle l’acte d’écrire. « J’ai parfois une envie animale d’attraper les mots. » Elle décrit son goût infini pour les autres, son rapport à la solitude, sa quête d’humour et de désintéressement, sa fidélité en amitié, la complexité des relations amoureuses, son respect absolu de la liberté de l’autre, son incapacité à juger, son intolérance pour la bêtise et l’arrogance, sa hantise des habitudes, d’une existence sans risque. Elle décrypte l’aliénation sociale, l’abrutissement par la télévision, l’épouvante des obligations quotidiennes qui privent le plus grand nombre de cette dimension essentielle de « laisser passer le temps, avoir du temps, prendre (son) temps, perdre (son) temps, vivre à contretemps. » Certes, elle a connu quelques revers, des Bleus à l’âme, la gêne pesante du phénomène Sagan, mais au bout du compte elle mesure la chance immense d’avoir suivi son propre désir, libre de penser, d’aimer et d’agir comme elle l’entendait. « Un drame amusant, c’est ça la vie, non ? J’ai acquis une lucidité gaie devant l’absurdité de l’existence. » Éd. Stock, 256 p., 19 €. Élisabeth Miso

Jonathan Cott, Diner avec lenny Jonathan Cott, Dîner avec Lenny. Le dernier long entretien avec Leonard Bernstein. Traduction de l’américain Michel Marny. « La vie sans musique est impensable. La musique sans la vie est académique. C’est pourquoi mon contact avec la musique est une étreinte totale. » Leonard Bernstein (1918-1990), l’un des chefs d’orchestre et compositeurs les plus charismatiques du XXe siècle n’a eu de cesse de partager son amour de la musique et de la vie. Direction d’orchestre, composition, écriture, pédagogie, défense des droits de l’homme, sa curiosité intellectuelle sans limites et son enthousiasme débordant ont marqué durablement la sphère musicale. Propulsé sur la scène médiatique en novembre 1943, à vingt-cinq ans, lors d’un concert légendaire au Carnegie Hall avec l’Orchestre philharmonique de New York, porté par son talent, son audace, son refus des conventions et sa nature passionnée, il va se façonner une trajectoire palpitante. Le 20 novembre 1989, un an avant sa mort, le maestro reçoit dans sa maison du Connecticut le journaliste Jonathan Cott et commente le temps d’une longue interview certains aspects de son œuvre et de sa vie personnelle. L’enfance et la découverte du piano à dix ans, les enregistrements et les concerts mémorables, les différents orchestres de par le monde (onze ans à la tête du Philharmonique de New York), Mahler, Glenn Gould, Keats, West Side Story, les fameux Young People’s Concerts parfaite illustration télévisuelle de son « instinct quasi rabbinique pour l’enseignement, l’explication et la verbalisation » ou encore ses engagements politiques ; chaque expérience relatée, chaque engouement, chaque immersion dans la musique ou échange avec autrui, est une histoire de vibrations, de mouvement, de souffle, de vie qui circule plus intensément. « Oui, il existe une géographie intérieure de l’être humain qui peut être capturée par la musique, et par rien d’autre. C’est là la véritable magie de la musique [...] » Éd. Christian Bourgois, 154 p., 15 €. Élisabeth Miso

Mémoires / Autobiographies

Anne Brunswic, Voyages avec l’absente Anne Brunswic, Voyages avec l’absente. « Sur une photo réapparue récemment, je te vois avec une cigarette au bout des doigts, je n’ai pourtant aucun souvenir de toi fumant. Portais-tu des pantalons, à part aux sports d’hiver ? Lisais-tu le journal, en dehors des petites annonces ? Aimais-tu la peinture ? Pour ton anniversaire, Henri t’offrait-il un bijou ? une fourrure ? des fleurs ? des livre ? un soirée à l’opéra ? un dîner en amoureux ? (p.70) » Un jour de juin 1959, une petite fille de huit ans est envoyée avec ses deux frères, par la bonne, passer l’été à Londres chez leur tante. De la fratrie, elle fait partie des trois grands ; les deux petits eux, iront en Suisse. Un mois plus tard, elle apprend que sa mère est morte. Son nom ne sera plus jamais prononcé dans la maison, son souvenir jamais évoqué, son visage à jamais fantôme. Nul chagrin, nulle émotion montrés. Le père se tait, se remarie. Cinquante ans plus tard, Anne Brunswic décide de bousculer le silence autour de cette mère - née à Bruxelles en 1924, morte à 35 ans - qu’elle a à peine connue, la faire exister à nouveau. Elle imagine un échange de lettres, lui écrit. Elle ne part pas de rien : Léa, la grand-mère a conservé toutes les lettres de sa fille, et en 1977, à chacun de ses petits-enfants, a envoyé « un fascicule bleu », journal à la mémoire de sa fille qu’elle a elle-même tapé à la machine. Anne voyage sur les pas de sa mère, partout en Europe, jusqu’en Lituanie, aux lointaines origines de la famille maternelle, interroge, dessine le portrait d’une famille juive pratiquante dans la tourmente de la Deuxième Guerre mondiale, puis de l’après-guerre, qui eut à quitter Bruxelles pour fuir le nazisme, fit halte à Paris, puis en Bretagne, pour gagner Londres enfin, via le Portugal... Un récit épistolaire qui ouvre progressivement les portes de l’intime, pudique, brûlant, voyage au fond de la mémoire et de la trace familiale. Éd. Actes Sud, 200 p., 20 €. Corinne Amar

Catherine Cusset, Une éducation catholique Catherine Cusset, Une éducation catholique. La narratrice a un père croyant qui l’emmène, enfant, tous les week-ends à la messe, et le soir, avant qu’elle ne s’endorme, lui lit le chapitre d’une bible illustrée pour enfants, et une mère juive athée ; elle a une sœur un peu plus âgée qu’elle, si pétrie de qualités qu’elle la hait copieusement, elle, la grande trouillarde en tout et fayote en diable, qui étudie le grec, est « la chouchoute » de la bibliothécaire, et est amoureuse de sa camarade de quatrième, Ximena, chez qui, un soir, l’année d’après, elle va dormir. « Pour cette nuit chez elle, j’avais emprunté une chemise de nuit à ma mère, courte et sans manches, dans un coton très fin. Quand je me suis levée à sa demande, à minuit, pour éteindre la lampe de son bureau, je savais qu’elle pouvait voir mon corps nu dans la transparence de la chemise - et qu’elle le regardait (p.47). » À partir de quand l’innocence n’est-elle plus ? Le roman explore tout cela ; la religion et puis, l’amour ; la naissance du désir avant sa connaissance, l’embrasement de la passion, la promesse adolescente d’amour et de fidélité, la surprise du sentiment dans sa complexité, la confusion, la souffrance, la culpabilité, le joug de l’amour et la libération du joug ; tous les passages obligés de l’épreuve initiatique, jusqu’à la rencontre avec le premier amour, le désamour de Dieu, la virginité abandonnée à un amant de passage, et le pouvoir alors, jouissif, pour la première fois, de crucifier l’autre.
Il y a un style Catherine Cusset, un ton ; désinvolte sinon incisif, factuel et sans fioritures ; une certaine façon « d’être à l’intérieur d’une émotion » ; un sens de la musique de la phrase, et avec elle, nous emmenant au gré des chapitres, dans la vie de ceux qui traversent sa propre vie. Éd. Gallimard, 132 p., 15,90 €. Corinne Amar

Revues

Les moments littéraires N°32
Revue semestrielle qui privilégie l’écrit intime.
Dossier : Cécile Reims, L’élan vital

Cécile Reims
Photo tirée du film Voir ce que devient l’ombre de Matthieu Chatellier, Tarmak Films

Cécile Reims est née à Paris de parents d’origine lituanienne. A la mort de sa mère, quelques semaines après sa naissance, son père la confie à ses grands-parents maternels qui vivent à Kiberty, en Lituanie. De cette petite enfance, elle gardera le souvenir d’un monde merveilleux. Elle revient à Paris à six ans pour suivre sa scolarité. Juive, clandestine pendant la guerre, elle part en Palestine après la guerre à la recherche d’un absolu. De retour en France, pour soigner une tuberculose, Cécile Reims se sent le devoir de donner un sens à cette vie de rescapée. Graver, tisser, écrire, c’est par ces voies qu’elle tentera d’y arriver.
L’œuvre de Cécile Reims, au burin et à la pointe sèche, a cheminé entre une gravure personnelle et la gravure d’interprétation des dessins de Hans Bellmer, de Léonor Fini et de Fred Deux.
Renonçant momentanément à la gravure, elle s’intéressera au tissage et fournira des maisons de haute couture (Dior, Fath).
Cécile Reims est également l’auteur d’une œuvre autobiographique. Après L’Épure, éditée en 1962, elle publiera Bagages perdus (1986), Plus tard (2002), Peut-être (2010) et cette année, Tout ça n’a pas d’importance.
Le dossier que nous lui consacrons comporte un portrait signé Pierre Wat (Cécile Reims. Portrait de l’artiste en clandestine), un entretien et un texte inédit de Cécile Reims (La ligne d’horizon). (Présentation de l’éditeur)
Découvrir le sommaire et se procurer la revue sur le site des Moments Littéraires - 135 p., 12 €.

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