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> Edition du 7 février 2007

A la Une, La lettre du Roi

édition du 4 avril 2001

lokenat

Le poète bengali Lokenat Bhattacharya vient de mourir. Francophile, traducteur de Rimbaud, il vivait en France et a beaucoup fait pour développer les échanges culturels entre la France et le Bengale, sans doute l’Etat indien où la littérature est la plus tenue en haute estime. Avant lui, un autre Bengali, Rabindranath Tagore (1861-1941) fut le premier non européen à obtenir le prix Nobel, dès 1913. Tagore avait publié en 1911 une pièce de théâtre, Dakghar (la Poste).
Préfacée par Yeats en Grande-Bretagne, traduite par Gide en français en 1924 sous le titre Amal et la lettre du Roi, c’est l’histoire du fils adoptif de Madhav un veuf de petite condition. Amal est malade, le docteur lui a interdit de sortir. Alors il interpelle les passants et leur pose des questions sur le monde. Au bout de la rue se tient la poste toute neuve. Il demande ce que c’est, à qui elle appartient. Au Roi, lui répond-on, peut-être celui-ci lui enverra-t-il une lettre ? Amal y croit, la souhaite, l’attend... Plus tard, lorsqu’il sera guéri, le roi le nommera postier et il courra le monde. L’entourage se prend au jeu, la lettre du roi lui est montrée, c’est une feuille blanche, mais son oncle Gaffer, qui est fakir, déchiffre le message invisible. Le roi lui envoie son meilleur médecin et va venir lui-même. Bientôt arrive le héraut royal, puis le médecin. Le petit garçon s’endort. Il se réveillera quand le roi arrivera...
D’une forte portée symbolique et d’une grande émotion, la pièce de Tagore a été jouée par les enfants du ghetto de Varsovie avant leur déportation à Auschwitz. La création française, par Sacha Pitoëff, eut lieu en 1937 au théâtre des Mathurins, sur une musique de Darius Milhaud. Elle est reprise aujourd’hui au théâtre Aktéon dans une mise en scène pour les enfants de cinq à dix ans.
S.J.

R. Tagore, Amal et la lettre du Roi, Chitra. Gallimard, "Du monde entier", 1962.