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Dernières parutions septembre 2014 Par Elisabeth Miso

 

Romans

David Foenkinos, Charlotte David Foenkinos, Charlotte. Quand il découvre par hasard Vie ? ou Théâtre ?, l’œuvre autobiographique de Charlotte Salomon, David Foenkinos prend instantanément la mesure du trouble qui l’envahit. Son attirance pour l’Allemagne, la langue allemande, pour Berlin, pour les écrivains et les artistes germaniques, ne pouvait que le mener jusqu’à elle. « La connivence immédiate avec quelqu’un. La sensation étrange d’être déjà venu dans un lieu. J’avais tout cela avec l’œuvre de Charlotte. Je connaissais ce que je découvrais. » Obsédé par la jeune peintre juive, morte à Auschwitz enceinte à vingt-six ans, le romancier lancé sur ses traces à Berlin et dans le sud de la France tente durant des années de lui consacrer un livre. Suite à un déclic formel, le projet finit par se concrétiser, alchimie de faits réels et de fiction. Née en 1917 dans une famille aisée berlinoise, Charlotte Salomon voit son monde se lézarder à l’âge de neuf ans à la mort de sa mère (elle n’apprendra que bien plus tard la série de suicides qui pèse sur l’histoire familiale). Son père, chirurgien et professeur à l’université de médecine, se remarie avec une cantatrice célèbre et la vie reprend ses droits jusqu’à l’arrivée au pouvoir des nazis en 1933. Bien qu’étudiante prometteuse aux Beaux-Arts, l’étau antisémite se resserrant dangereusement, elle doit renoncer à ses ambitions artistiques et à sa folle passion pour Alfred Wolfsohn et rejoint ses grands-parents exilés à Villefranche-sur-Mer. Là, encouragée par Ottilie Moore, une riche américaine, et par le docteur Moridis, elle trouve à nouveau l’énergie de peindre, ultime rempart contre le désespoir. Ensemble de gouaches, de récit et d’annotations musicales, Vie ? ou Théâtre ? (qu’elle confiera au docteur Moridis peu de temps avant son arrestation en 1943), met en scène son parcours tourmenté et celui de ses proches. Œuvre singulière que la jeune artiste introduit ainsi de sa voix distancée :
Il lui fallait pour quelques temps disparaître de la surface humaine,
Et pour cela consentir à tous les sacrifices,
Afin de recréer des profondeurs de son être son propre univers.

Éd. Gallimard, 224 p., 18,50 €. Élisabeth Miso
Mercredi 5 novembre 2014, David Foenkinos a reçu le prix Renaudot pour Charlotte.

Laurence Tardieu, Une vie à soi Laurence Tardieu, Une vie à soi. Il aura fallu une combinaison de sensations confuses, un jour de solitude, une souffrance tenace, une promenade apaisante dans les jardins des Tuileries, le souvenir d’enfance de ce musée parisien, pour que Laurence Tardieu s’aventure à l’intérieur du Jeu de Paume. Elle aurait pu passer à côté de cette déflagration, à côté de la « lumière crue » de Diane Arbus sur les êtres et les choses. Ce dimanche d’octobre 2011, elle ne s’attend pas à cela, à cette révélation esthétique et intime, à rencontrer là son double, à identifier dans les images de la photographe américaine (1923-1971) et dans sa biographie des échos à sa propre quête. Depuis des mois, depuis la parution de La confusion des peines (Stock, 2011) elle erre dans sa « nuit d’écriture », incapable de trouver ses mots, effroi qu’elle a raconté dans L’écriture et la vie (Éditions des Busclats, 2014). L’acuité du regard et des pensées de Diane Arbus la happe littéralement. Sa « présence violente, vivante » et celle de ses enfants sont alors ses seuls liens avec la réalité, la seule donnée qui fasse sens, le reste n’est que brume, doutes.L’artiste new-yorkaise semble en effet lui tendre un miroir, l’une comme l’autre, elles se sont arrachées à un milieu privilégié « propre et verrouillé » et ont choisi envers et contre tout de se dédier à l’art. « Nous sortions d’espaces emmurés, et notre énergie était immense. Et la force de ce mouvement d’extraction devenait notre moteur, nous propulsant, elle dans la photographie, moi dans l’écriture. » L’irruption de Diane Arbus dans son existence incite la romancière à rassembler ce qui s’est dissous en elle, à laisser remonter à la surface des pans entiers de son passé, à reprendre possession d’elle-même.Tissant son récit d’éléments biographiques, de rêves, de souvenirs, Laurence Tardieu restitue le long cheminement qui s’est opéré en elle, ce passage de l’oubli à la connaissance de soi. « Tes photos m’ont fait comprendre ce que je ressentais, et ne savais pas nommer : chaque fois qu’on comprend un autre, qu’on le comprend de l’intérieur, on grandit de ce qu’il est. On devient plus vaste. » Éd. Flammarion, 192 p., 18 €. Élisabeth Miso

Gabriel Josipovici, Goldberg - Variations Gabriel Josipovici, Goldberg : Variations. Une nouvelle, la sixième, commence ainsi, intitulée L’idiot : « Mon père est un idiot. Il se donne des airs et reste éveillé toute la nuit à lire des livres de métaphysique et de philosophie, il se rengorge du fait qu’il a correspondu avec “les plus grands esprits de l’époque” (...) Quelque part dans la bibliothèque, on peut trouver une lettre qui lui a été envoyée par Dieu en personne (...) p.61 » Imaginez que vous soyez affreusement insomniaque, imaginez aussi que vous ayez lu tous les livres et que cela vous plonge dans une mélancolie mortelle, imaginez enfin que vous soyez un noble Anglais, et que vous n’ayez d’autre solution pour alléger votre mal que de faire appel à un écrivain que l’on vous a recommandé, lequel est juif, a pour nom Goldberg, payé pour venir vous lire des histoires jusqu’au bout de l’endormissement. Hélas, la chose ne suffit pas et très vite Westfield exige de l’écrivain qu’il lui raconte des histoires qu’il aurait lui-même jour après jour composées. La chose s’avère délicate avant que la contrainte ne finisse par stimuler l’inspiration. C’est érudit, fou de fantaisie, sage, drôle, philosophique ou bucolique, passions simples qui appellent Homère ou Shakespeare, un papillon dans l’oreille d’une petite fille, le mariage, l’amour, la fugue en musique, la poésie qui rime avec mélancolie, la fertilité de l’imagination, comme autant de chapitres - 30 - ; variations autotéliques, à géométrie variable, combinaisons infinies et constituant un tout : unité, fragments. On cherche à découvrir l’auteur, né en 1940 de parents russo-italiens, romano-levantins, romancier britannique, nouvelliste, critique et dramaturge qui en est à son seizième texte de fiction, et s’inspira de l’histoire légendaire de la création des Variations Goldberg de J.S.Bach... Éd. Quidam, 290 p., 22 €. Corinne Amar

Vanessa Schneider, Le jour où tu m’as quittée Vanessa Schneider, « Le jour où tu m’as quittée ». Une femme qui aime encore, la narratrice, écrit une longue lettre à un homme plus jeune qui l’a quittée parce qu’il ne l’aime plus - Il est beau, il est jeune, il a la vie devant lui et tout à coup, elle le hait d’avoir tout ça -, cet homme qui l’a désirée comme un fou, à venir emménager chez elle et ses deux tout jeunes enfants aussitôt après l’avoir connue, qui l’a aimée, idôlatrée, tourbillon de la vie et du plaisir, et puis, un beau jour, quatre ans plus tard, comme ça, sans raison apparente, sans avoir besoin de se justifier, profitant d’une semaine de vacances qu’elle prenait avec ses enfants, prit ses affaires, se contenta d’envoyer un mail laconique de rupture définitive, et s’en alla, tranquille, désinvolte, indifférent. Il lui suffit d’habiter un autre lieu, de changer de numéro de téléphone pour être déjà loin ; il avait tourné la page. Un homme, un monstre, hélas humain. Elle n’avait rien vu venir. L’histoire est banale et pourtant singulière, comme à chaque fois qu’elle arrive à quelqu’un qui aime, et racontée sur un ton intimiste et juste, jusque dans ses exaltations de midinette, simplicité qui n’a pas lieu de s’enrober, souvenirs précis, crus qui affluent à la mémoire, jouissifs, douloureux, en colère, doux à mourir de chagrin, égrainant un par un le sentiment amoureux ou le désespoir, la fête et l’errance, cette béance radicale de l’être quand l’autre a disparu de son paysage quotidien, dépeuplant brutalement le monde.
« C’est machinalement, sans même y penser, que je suis allée sur ma boîte mail. Je n’y cherchais rien de particulier, je n’attendais aucun message. En l’ouvrant, j’ai eu comme un coup au cœur : ton nom s’affichait, en lettres grasses et noires, comme au début de notre histoire. À cette époque, tu adorais m’écrire chaque soir, une habitude abandonnée lorsque tu es venu vivre avec nous. (...) » Éd. Stock, 200 p., 18 €. Corinne Amar

Correspondances

JJ Rousseau-Henriette, Correspondance J-J. Rousseau - Henriette***, Correspondance (1764-1770). Présentation et notes Yannick Séité. En 1764, Jean-Jacques Rousseau, qui a vu ses essais Émile et Du Contrat social condamnés, est devenu indésirable en France, à Genève et à Berne. Il a trouvé asile à Môtiers-Travers dans la principauté de Neuchâtel, État du roi de Prusse Frédéric II. Quand il reçoit en mars la première lettre d’une inconnue qui signe simplement de son prénom, c’est un homme peu disponible, accablé d’ennuis psychiques et physiques, déjà accaparé par son projet de mémoires, qui se débat contre l’hostilité dont il est l’objet. Sa Nouvelle Héloïse et son Émile lui ont forgé une réputation d’expert en matière d’âme humaine et d’éducation, aussi, nombreux sont les correspondants à solliciter ses lumières. Dans la masse de son courrier, la lettre d’Henriette pique pourtant sa curiosité. Il est vrai que l’expéditrice présente des aptitudes certaines à philosopher et qu’elle porte en très haute estime les écrits de Rousseau. « [...] Monsieur, je ne me sens cette confiance qu’en vous. Je l’ai, parce que vous êtes le seul dont la manière de raisonner me plaise, me convienne, m’éclaire, me persuade [...] » Ayant perdu sa fortune à l’âge où elle aurait pu se marier, Henriette n’a pu endosser aucun des rôles dévoués aux femmes. Sa seule distraction à sa mélancolie et à son sentiment d’inutilité a été d’occuper son esprit à l’étude. Connaissant parfaitement les positions de Rousseau sur la question des femmes savantes, elle se définit néanmoins comme une exception, estimant avoir été écartée de la société. Tout en recherchant les conseils avisés du philosophe, elle l’interpelle finement sur l’égalité des sexes. Bien qu’impressionnante par la puissance de son raisonnement, Henriette n’en demeure pas moins une énigme pour Rousseau. « [...] Je connais peu de gens qui m’attachent davantage et personne qui m’étonne autant que vous. » lui avoue-t-il. Cette courte (huit lettres) et intense correspondance n’avait plus été publiée séparée depuis 1902, elle est l’un des exemples les plus emblématiques de ce que le XVIIIe siècle a pu produire comme trésors épistolaires. Éd. Manucius, 140 p., 10 €. Éd. Manucius, 140 p., 10 €. Élisabeth Miso

george-desvallières-correspondance-1914-1918 George Desvallières, Correspondance 1914-1918. Une famille d’artistes pendant la guerre. Édition établie par Catherine Ambroselli de Bayser. Préface de Jean-Jacques Becker. « 2 août 1914. Le peintre George Desvallières (1861-1950), fervent défenseur des artistes non académiques au Salon d’automne, dont il est le vice-président, rejoint Nice, lieu de son incorporation. Dès son départ de Paris, une correspondance s’engage avec ses proches : Marguerite, sa « chère femme si tendrement aimée », ses deux fils, Richard, mobilisé dans le Nord, Daniel, qui brûle de partir se battre à 17 ans, Sabine, « la grande », artiste militante, et les trois petites, « les bijoux ». La relation épistolaire s’étend bientôt à la famille élargie, aux amis, puis aux chasseurs, officiers et supérieurs qu’il côtoie dans les tranchées. Entre août 1914 et décembre 1918, plus de 3 000 lettres seront ainsi échangées. La guerre, Desvallières la vit au plus près, sur les premières lignes du front des Vosges de février 1915 à juillet 1918. L’expérience sera déterminante dans sa vie d’homme et d’artiste chrétien. La Correspondance 1914-1918 propose une sélection de plus de 1 600 lettres annotées, retraçant, au jour le jour, l’épopée du commandant Desvallières à la tête du 6e bataillon territorial de chasseurs alpins, dans un dialogue ininterrompu avec son entourage. Une sombre période, faite de sacrifices et de deuils, de souffrances et de fraternité mêlés, traversée avec la grâce de la foi. Alors que s’ouvrent les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale, ce livre est un témoignage unique sur la vie du front et de l’arrière, et un hommage rendu aux millions de soldats qui ont combattu. » Éd. Somogy, 591 p., 2013, 49 €. Présentation de l’éditeur. Catherine Ambroselli de Bayser, octobre 2013

Entretiens

Marcel Duchamp Entretiens avec Pierre Cabanne Marcel Duchamp, Entretiens avec Pierre Cabanne. « Je pense qu’un tableau au bout de quelques années meurt comme l’homme qui l’a fait ; ensuite, ça s’appelle l’histoire de l’art. » En 1966, deux ans avant sa mort, Marcel Duchamp acceptait de répondre aux questions du critique d’art Pierre Cabanne. « L’homme le plus intelligent du XXe siècle » selon André Breton, se penche sur sa vie et sur sa vision révolutionnaire de l’art. « J’aurais voulu travailler, mais il y avait en moi un fond de paresse énorme. J’aime mieux vivre, respirer, que travailler. Je ne considère pas que le travail que j’ai fait puisse avoir une importance quelconque au point de vue social dans l’avenir. », confie-t-il. Ce soi-disant paresseux, porté par son refus des conventions et son besoin d’absolue liberté, a pourtant fait exploser tous les codes picturaux et ouvert la voie à l’art conceptuel. Le rejet par ses amis cubistes de son Nu descendant un escalier au Salon des indépendants de 1912, est le point de bascule qui le convainc d’évoluer en dehors de tout courant ou groupe artistique, et qui l’amène à remettre en question ses valeurs et la place même de l’artiste. « Une méfiance contre la systématisation. Je n’ai jamais pu m’astreindre à accepter les formules établies, à copier ou à être influencé [...] » Une seconde version du tableau exposé à l’Armory Show de New York en 1913, le propulse artiste précurseur. Avec ses ready-made et Le Grand Verre ou La Mariée mise à nu par ses célibataires, même, il rompt avec l’espace de la toile, se détournant d’un art purement rétinien prisonnier de l’émotion esthétique. Concentré sur ses recherches autour du hasard, du mouvement et de l’optique, il élabore une nouvelle approche créatrice basée « sur l’indifférence visuelle en même temps que sur l’absence totale de bon ou de mauvais goût. » Installé à New York depuis 1915, son influence culturelle se précise pendant la Seconde Guerre aux côtés des surréalistes réfugiés aux États-Unis, inspirant par la suite des artistes comme Jasper Johns, Rauschenberg ou Warhol. Ce n’est que dans les années soixante avec les rééditions de ses ready-made qu’il est vraiment reconnu comme une figure essentielle de l’art du XXe siècle. Marcel Duchamp est à l’honneur du Centre Pompidou à Paris jusqu’au 5 janvier. Éd. Allia/ Sables, 160 p., 15 €. Élisabeth Miso

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