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Lettres et extraits choisis - Secrets d’État

 

Bruno Fuligni
Secrets d’État
Les grands dossiers du ministère de l’intérieur 1870 / 1940
Éditions de L’Iconoclaste, octobre 2014

Le scandale de Panama
Ferdinand de Lesseps et les « chéquards »

Scandale de Panama (éditions de l’Iconoclaste, page 37)

Note sur la campagne entreprise contre M. de Lesseps par L’Intransigeant et les groupes anarchistes, 28 mars 1887

Il est fortement question (et je cherche à découvrir l’influence secrète qui y pousse) de faire ouvrir par les groupes anarchistes, une campagne violente contre M. de Lesseps, que l’on nomme le « Grand Français » et que l’on accuse d’être vendu à l’Allemagne.
On lui reprocherait également la mortalité énorme qui se produit parmi les ouvriers de Panama, les wagons, au lieu de transporter des matériaux, ne serviraient qu’à charrier des cadavres.
L’Intransigeant a déjà commencé l’attaque, mais cela ne suffit pas et l’on compte sur les réunions publiques pour mener grand bruit autour de cette affaire.

......

Arrestation d’un agent de l’Allemagne

Lettre du préfet de police au président du Conseil, ministre de l’Intérieur et des cultes, 23 mai 1901

J’ai l’honneur de vous transmettre à toutes fins utiles les renseignements qui viennent de me parvenir sur un sieur Baliguet, Paulin Léon, né à Houdizy (Ardennes) le 25 janvier 1862, demeurant rue Caqué, 4, à Reims, qui serait suspect au point de vue national.
Le sieur Baliguet, dans le but de se livrer à l’espionnage, paraît-il, apprendrait la langue allemande ; il ferait à Strasbourg et à Nancy de fréquents voyages qui seraient pour lui une source de larges bénéfices.
Cet individu est un ancien employé des postes soupçonné d’être, sinon l’auteur, du moins l’instigateur du vol d’un sac de dépêches commis en novembre 1896, rue d’Allemagne, à Paris, par un individu revêtu de l’uniforme de facteur des postes.
Il demeurait à cette époque rue de Crimée, 136, d’où il est parti en mars 1898, pour se rendre à Reims. Il aurait d’abord habité en cette ville, rue des Élus, 2. Des renseignements parvenus plus tard à l’administration des postes, il résulte que le nommé Baliguet a été rencontré par un téléphoniste du bureau n°55, à qui il a tenu les propos suivants :
« Je ne crains plus rien, j’ai de l’argent, je les em.. tous et si un jour il y avait du chambard, je serais le premier à monter à l’assaut pour leur ficher une raclée, car j’ai opté et j’ai reçu ma commission de commis à Strasbourg. J’ai passé l’examen, mais j’ai échoué, je suis commissionné quand même comme ancien officier de télégraphie. Je vais passer une semaine à Paris et je retourne à Strasbourg. » Le nommé Baliguet aurait été sous-officier de chasseurs, mais on ignore dans quel régiment il a servi.

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Mussolini l’anarchiste

Rapport du commissariat spécial
Des chemins de fer (gare de Pontarlier)
Au directeur de la Sûreté générale,
27 juin 1903

Mussolini Benedeto anarchiste italien
Pontarlier, le 27 juin 1903. Rapport.

Je reçois, de Berne, la communication suivante : « La police de Berne a mis, ces jours-ci, en état d’arrestation, un italien nommé Mussolini Benedetto, instituteur, né le 29 avril 1883, à Predappio, province de Forti (Italie) d’Alexandre et de Rosa Maltoni. Le motif de la détention est libellé comme suit : “Intrigues secrètes politiques.”
« Mussolini pendant son séjour à Berne avait des relation fréquentes et suivies avec les anarchiste réfugiés dans cette ville : ce serait un propagandiste par le fait militant et dangereux. »
Note du commissaire spécial : Je n’ai rien trouvé dans mes archives concernant le nommé Mussolini Benedetto.

Le commissaire spécial

[Signature]

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Contre la licence

Note, 4 février 1910

On raconte qu’au cours d’une conversation privée, M. René Bérenger, sénateur, voulut convaincre de l’existence du commerce des obscénités M. Paul Meunier, député de l’Aube, qui en doutait ou feignait d’en douter. À cet effet, il lui remit tout un paquet, une collection rare et curieuse, de livres et de photographies obscènes. M. Paul Meunier dut s’en « pourlécher les babines », puisque, au lieu de rendre à M. Bérenger ses photographies et livres obscènes, il les a gardés, répondant à toutes les réclamations de M. Bérenger par des prétextes dilatoires.
Le sénateur s’est adressé au Président de la Chambre, le priant d’intervenir, mais en vain. Il parle de faire marcher les huissiers. En attendant, il fait ses confidences aux journalistes qui, demain, conteront au public ce conflit cocasse qui dure depuis trois ans.

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La dernière courtisane

Note, 11 octobre 1911

Le duc d’Orléans vient de se brouiller avec son frère, le duc de Montpensier, dans les conditions suivantes : A la messe du mois de septembre, à Weybridge (anniversaire de la mort du comte de Paris), le duc de Montpensier s’est éclipsé sitôt après le service après avoir dit à sa mère et sa sœur (la reine-mère du Portugal) qu’il ne pouvait déjeuner avec sa famille. La raison de ce départ précipité est que la reine-mère du Portugal était chargée de parler à son frère de sa conduite scandaleuse, de la vie de dissipation qu’il mène et qui va le conduire à la ruine avant peu.
On reproche au duc de Montpensier de s’être « collé » avec une femme, Paulette Debaye (ou Delbaye) qu’il a emmené avec lui au Tonkin, qu’il a même présentée au gouverneur et à qui il a acheté l’hôtel Continental de Saïgon, plus une grande terre à proximité de cette ville. Ce n’est pas tout. Il aurait aussi acheté à cette femme (qui a plusieurs enfants) un château en Anjou, près de Saumur, où [il] invite des officiers de l’école. Cette Paulette va de temps [en temps] à Angers, en automobile, fait des achats chez de nombreux fournisseurs au nom du duc de Montpensier, qui ne paie pas !
La comtesse de Paris, qui est au courant de tous ces scandales, aurait [aimé] que sa fille aînée, la reine du Portugal, fît de sévères remontrances à son frère. Celui-ci, averti, fila aussitôt à Londres et disparut. À la suite de cet esclandre, le duc d’Orléans qui [a] déjà fait son testament, a fait demander à Me Lanquest, son notaire, pour, en cas de décès, révoquer certaines dispositions qu’il avait faites en faveur de son frère.

......

Asile politique

Lettre de Léon Trotsky au député
Henri Guernut, 31 mai 1933

Prinkipo, le 31 mai 1933
À Monsieur le député Henri Guernut.

Monsieur le député,
Quelques-uns de mes amis ont pris l’initiative de m’obtenir le droit de séjour en France. Ils étaient soutenus par des hommes politiques et des hommes de lettres. On me communique que vous, monsieur le député, êtes intervenu avec énergie et autorité dans cette affaire. Je vous en remercie.
Je ne crois pas que la difficulté consiste dans le fait que j’ai été expulsé de France en 1917 pour mon activité contre la guerre. Ce qui peut préoccuper les autorités françaises, c’est l’avenir et non le passé. Or je tiens à vous déclarer en toute franchise : si je viens en France, je resterais tout à fait isolé de la vie politique active, je n’interviendrais pas dans la vie des organisations, je ne ferais ni conférences ni meetings, je réglerais ma vie comme ici à Prinkipo d’une manière qui ne puisse donner aucune inquiétude aux autorités chargées de l’ordre public. Mes intentions seraient bien simples, faire une cure normale, ma femme et moi, avoir la possibilité de me servir des trésors des bibliothèques françaises, lire les journaux français et anglais non quatre ou cinq jours après leur parution mais le jour même, et poursuivre mes travaux littéraires.
Veuillez croire, monsieur le député, à ma haute considération.
Léon Trotsky

...

Lettre au préfet de Seine-et-marne,
M. Sassier, 15 décembre 1933

Monsieur le préfet,
Comme suite à notre conversation téléphonique de ce jour, j’ai l’honneur de vous faire connaître que M. Trotsky, voyageant avec un passeport au nom de « Sedoff Léon », viendra s’installer à Lagny, villa les « Hirondelles » allée Antoinette, dans les derniers jours de l’année. J’appelle votre attention sur ce fait que l’intéressé ayant été l’objet de menaces de mort, il importe que sa résidence soit tenue strictement secrète. Veuillez agréer, Monsieur le préfet, l’assurance de mes respectueux sentiments.

...

© Éditions de l’iconoclaste

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