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Léon Trotsky : Portrait Par Corinne Amar

 

Trotsky et journal Léon Trotsky
© H. Roger-Viollet

Grande figure qui occupera un poste majeur dans la révolution soviétique et lui vouera sa vie, Léon Trotsky mourra un 21 août 1940, à soixante et onze ans, à Coyoacan, dans la banlieue de Mexico, assassiné. Théoricien de la « révolution ininterrompue », précoce compagnon de Lénine (1870-1924), fondateur et maître de la toute puissante Armée rouge en 1918, rapidement écarté du pouvoir par Staline, expulsé d’URSS avec sa famille en 1929, installé en France entre 1933 et 1935, puis au Mexique, dès 1937, révolutionnaire en exil, il errera jusqu’à la fin de sa vie. A l’heure ou Staline et Hitler triomphent, le 20 août 1940, dans une vaste villa, Léon Trotsky soigne ses lapins. Il pénètre dans son bureau pour y recevoir un visiteur. Quelques minutes plus tard, un cri dans la maison ; les gardes du corps accourent ; un piolet enfoncé dans le crâne, Léon Trotsky aux prises avec son meurtrier, Ramon Mercader, agent secret de la police politique de Staline, s’effondre, décède le lendemain.
7 Novembre 1879 (trente-huit ans précisément avant le coup d’état victorieux du 7 novembre 1917 qu’il mènera à Petrograd) : naissance de Lev Davidovitch Bronstein dans une grande ferme du sud à demi désertique de l’Ukraine ; fils d’un paysan juif aisé à qui il reconnaît d’avoir dévoué son existence à la volonté d’élargir son bien, qui exploite des centaines d’hectares et possède un moulin dans lequel sa mère issue d’une famille petite-bourgeoise de la ville passe la plus grande partie de ses heures de travail, il grandit loin de la fureur du monde. « Ni les débats parlementaires, ni les actes diplomatiques ni même les explosions de dynamite n’avaient écho dans le village de Ianovka où j’ai vu le jour et passé les dix premières années de ma vie. » (Ma vie, Gallimard 1953, cité par Jean-Jacques Marie, dans Trotsky, naissance d’un destin, Autrement, 1998, p.16). Fils de maître, lequel veut offrir à son cadet les connaissances qu’il n’a pu lui-même acquérir, il peut entamer dès l’âge de neuf ans, des études privilégiées auprès d’un cousin professeur, à Odessa. Ambiance juive libérale, intellectuelle, cultivée ; Lev découvre un nouveau monde proche de ses aspirations ; l’univers des livres dont il s’enivre et qui lui restera essentiel, autant que la politique, l’intelligentsia locale reçue à la maison, l’imprimerie dans laquelle il donne un coup de main, la découverte du théâtre, la ville enfin, comme matrice de civilisation et de culture. C’est de cette enfance puis adolescence préservées, pourtant, qu’il retiendra le rejet d’un certain type de valeurs. « À la ville comme à la campagne, j’ai vécu dans un milieu petit-bourgeois où tous les efforts tendent à l’enrichissement. C’est ce qui m’a éloigné du village de ma première enfance et de la ville de mes années scolaires. J’ai rompu d’une violente secousse avec les instincts d’acquisition, le régime de la vie et les visées de la petite bourgeoisie et je m’en suis détaché pour la vie (op. cité, p.33). Il est étudiant à la faculté des sciences d’Odessa ; sinon reprendre la florissante exploitation paternelle, une brillante carrière de mathématicien lui semble promise, mais il fréquente bientôt un cercle d’étudiants qui l’en éloignera, où domine la personnalité marxiste d’une jeune femme plus âgée que lui, fille d’un intellectuel populiste juif, Alexandra Sokolovskaïa, qui vient de décider de consacrer sa vie à la révolution. Il se dit anti marxiste, penche plutôt pour l’écrivain théoricien du mouvement populiste, Mikhaïlovsky : « En 1896 et au début de 1897, je me considérais comme un adversaire de Marx dont, à la vérité, je n’avais pas lu les livres. Je jugeais du marxisme par Mikhaïlovsky. » (op. cité p. 88). À 19 ans, il s’engage à la tête de l’organisation d’un groupuscule révolutionnaire, l’Union ouvrière du sud de la Russie, tout entier à cette première activité militante. Il écrit lui-même ses tracts à la main, que les ouvriers distribuent dans les usines, et qui visent à leur donner confiance en leur propre force, laquelle, selon lui, n’existe qu’organisée. Par sa foi, son éloquence, il manifeste ses premières qualités d’entraîneur. Il est arrêté et déporté au bout de vingt mois d’action clandestine, jeté en prison comme criminel d’État. Il est condamné à quatre ans d’exil intérieur en Sibérie, participe à l’organisation socialiste, continue de rédiger tracts et brochures. Alexandra est à ses côtés qui l’a épousé, afin de pouvoir le suivre en Sibérie. Après la naissance de leurs deux filles, ils se sépareront. C’est le moment où il s’évade, il ne les reverra plus avant 1917. On est en 1902 ; muni d’un faux passeport, il a pris le nom de Trotsky, d’un geôlier de la prison où il était incarcéré, quitte la Russie, s’installe à Paris, part pour Londres où il va rencontrer Lénine, prend part au congrès que tiennent à Bruxelles, puis à Londres, les marxistes russes. D’abord fervent partisan de Lénine, il s’oppose à lui, lui reprochant une conception dictatoriale du pouvoir. De nouveau déporté pour sa participation à l’insurrection de 1905 (il a vingt-six ans, le révolutionnaire juvénile s’est transformé en homme politique, il est devenu un « dirigeant » et la révolution lui a donné un statut), risquant les travaux forcés, fers aux pieds, il s’évade de manière spectaculaire, retrouve sa femme (la seconde), Natalia Sedova, rencontrée en mars 1903, et leur fils, né trois ans plus tard, s’établit avec sa famille en Finlande, rédige en quelques semaines « Aller-Retour », récit, aussitôt édité en Allemagne, de son « évasion sur un traîneau tiré par des rennes à travers l’espace désertique et enneigé qui sépare Berezov de l’Oural... ». En février 1917, lorsqu’éclate la révolution, il a trouvé refuge aux États Unis. Trois mois plus tard il retourne en Russie, se rallie aux bolcheviks, est élu président du soviet de Petrograd ; les bolcheviks prennent le pouvoir, il devient commissaire du peuple aux Affaires étrangères, puis commissaire à la Guerre, met sur pied l’Armée rouge. Après la mort de Lénine, le 21 janvier 1924, il s’oppose à Staline, mais en minorité. Exclu du bureau politique en 1926, puis exclu du parti après la manifestation de l’Opposition à Moscou, il est exilé à Alma-Ata, en janvier 1928 avant d’être déchu de la nationalité soviétique. En janvier 1933, Hitler est au pouvoir. En juillet, Trotsky arrive en France. Il en sera expulsé par le gouvernement Laval sous la pression de Staline, en juin 1935. Il a commencé de rédiger un « Journal d’exil » (Gallimard, 1960), écrit sur trois cahiers d’écolier. Les premières lignes sont de Cassis, le 7 février 1935 : « Le journal intime n’est pas un genre de littérature auquel je sois porté. Je préfèrerais en ce moment un quotidien. Mais je n’en ai pas... (...) Je n’ai guère de contact avec la vie, ici, que par les journaux, et un peu par les lettres. Rien d’étonnant donc si mon carnet ressemble à une revue de presse périodique. (...) (Premier cahier, p.34). Notes ou commentaires sur ce qu’il reçoit de la vie politique, sur ses lectures - Edgar Poe, dans l’original-, son apprentissage laborieux de la langue étrangère, sur sa santé, supportable, sur le fait qu’il habite « ouvertement et sans garde, en Norvège à présent, près d’Oslo... « Même la porte de la maison est jour et nuit grande ouverte. Hier deux Norvégiens ivres sont venus faire connaissance. Nous avons causé un peu avec eux, en tout bien tout honneur, et ils sont repartis. (Troisième cahier, 13 juillet 1935, p.181) »

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« Asile politique
Quand Trotsky se réfugie en France » in :
Bruno Fuligni
Secrets d’État
Les grands dossiers du Ministère de l’Intérieur (1870-1945)

Éditions de L’Iconoclaste, 16 octobre 2014,
320 pages. 59 €

Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation La Poste

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Télécharger FloriLettres n°157, édition octobre 2014

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