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Dernières parutions octobre 2014 Par Elisabeth Miso

 

Romans

Per Olov Enquist, Le livre des paraboles Per Olov Enquist, Le livre des paraboles. Un roman d’amour. Traduction du suédois Anne Karila et Maja Thrane. À près de quatre-vingts ans, la mort se rapprochant, un écrivain peut ressentir l’urgence de ce qui reste encore d’essentiel à explorer. Aussi ce qui semblait inenvisageable jusque-là comme s’aventurer sur les rives d’un roman d’amour peut alors prendre forme. Avec Le Livre des paraboles, prolongement autobiographique d’Une autre vie (Actes Sud, 2010), Per Olov Enquist signe en effet une magnifique réflexion sur la puissance salvatrice du désir et de l’écriture. Du bloc-notes des poèmes d’amour de son père qu’il croyait brûlé à son inoubliable initiation érotique adolescent, l’auteur suédois tisse tout un réseau de correspondances, interrogeant des énigmes laissées en suspens, revisitant une histoire intime marquée par le poids du secret et l’aliénation de la religion. Le fantôme du frère mort-né dont il porte le prénom, le décès du père, l’effrayante piété de la mère, la folie qui circule dans la famille, les passions contrariées, la rigidité des mentalités, le désir étouffé, et partout à chaque instant, au moindre indice de plaisir, la menace de la sentence divine. Dans sa jeunesse, deux petites étincelles lui ouvrent néanmoins la perspective d’autres possibles : la lecture édifiante de Kim de Kipling (en cachette de la mère), et le courage de la tante Valborg osant affirmer qu’elle avait perdu la foi. Puis vient la révélation sexuelle, l’été de ses quinze ans, moment d’extase partagé avec une femme plus âgée, expérience libératrice, véritable geste de transgression qui ne cessera plus de l’habiter. Éd. Actes Sud, 240 p., 21,80 €. Élisabeth Miso

Récits

Nancy Huston, Bad Girl Nancy Huston, Bad Girl. Classes de littérature. « L’amour n’est pas qu’une affaire privée. Chacun de nous descend et dépend d’autres membres de notre espèce, et pas n’importe lesquels. Même si notre esprit refuse de le savoir, et même si nous décidons de ne pas procréer, notre corps grouille de cette descendance et de cette dépendance. Nous ne tombons pas du ciel, mais poussons sur un arbre généalogique. » Pour Nancy Huston toute œuvre romanesque s’inscrit dans une histoire de filiation. Chacun de nous est constitué de l’histoire familiale dont il hérite mais aussi des parentés, des affinités qu’il se choisit. S’adressant au fœtus qu’elle était, à cette personne qu’elle aurait pu être et qu’elle n’est pas devenue, la romancière met en lumière les ressorts fondateurs de son parcours. La question de la transmission recouvre une réalité complexe, le plus souvent perçue comme impalpable. Bien qu’issue de la classe moyenne canadienne, Nancy Huston rattache son identité aux traces diffuses de la folie, de la pauvreté et des frustrations des générations passées. Son père souffrira toute sa vie d’une incapacité à se réaliser professionnellement et d’une insécurité financière, sa mère déchirée entre ses devoirs maternels et ses convictions féministes quitte le foyer quand elle a six ans. « Sur les sables mouvants de ton enfance, langage et musique seront des échafaudages invisibles, amovibles, sans poids, auxquels tu pourras te cramponner. » Lire et écrire devient alors la seule chose tangible en laquelle croire. Son destin littéraire s’est ainsi en partie forgé en opposition au désordre mental de son père et grâce à la vive stimulation intellectuelle de la correspondance échangée avec sa mère partie s’établir à l’étranger. Transformer le vécu, se nourrir des histoires des autres, s’appuyer sur la solidité des mots, sur les voix de Beckett, de Romain Gary, de Virginia Woolf ou de Simone Weil, définir son propre univers d’écrivain et infléchir le cours de sa vie, c’est ce cheminement intime et créatif que dessine cette singulière autobiographie intra-utérine. Éd. Actes Sud, 272 p., 20 €. Élisabeth Miso

Patti Smith, Glaneurs de rêves Patti Smith, Glaneurs de rêves. Traduction de l’anglais (États-Unis) Héloïse Esquié. Le 30 décembre 1991, jour de son quarante-cinquième anniversaire, Patti Smith mettait le point final à ce mince ouvrage, entreprise littéraire qui l’a aidée à sortir d’une étrange mélancolie survenue au printemps de la même année. Deux décennies plus tard le texte est réédité et traduit en français dans une version augmentée de fragments et de photographies inédits. Sous forme de collage autobiographique, l’artiste newyorkaise y convoque des souvenirs de son enfance. Se tenant au plus près de son imaginaire d’alors, elle restitue la dimension féérique et poétique de son regard d’enfant sur le monde qui l’entourait. La grange noire aux chauves-souris, le verger, la haie, le champ à l’herbe haute, le vieil homme qui vendait des appâts, chaque élément de son paysage du sud du New Jersey abritait un potentiel magique. La nuit de la fenêtre de sa chambre, elle scrutait de fascinantes créatures, les glaneurs de rêves qui s’ébattaient dans le champ voisin, « Les silhouettes n’étaient pas si insaisissables, pas si furtives. Non, elles se tenaient côte à côte face à moi, et se préparaient, vêtues des manteaux et coiffes de leur espèce ; tissés d’un fil tremblant. » Les moments d’enivrante liberté de l’enfance, de complicité et de communion silencieuse avec son frère Todd et sa sœur Linda, avec son chien Bambi, se mêlent à d’autres scènes réelles ou fictives de sa jeunesse à New York quand elle se rêvait peintre. Patti Smith a toujours pensé qu’elle écrirait un jour et qu’elle pourrait inviter le lecteur à se glisser dans son imaginaire. Avec ce bref récit, elle a su saisir toute la grâce de l’enfance, le pouvoir de l’esprit, l’éclat précieux des souvenirs. « Le temps passe et avec lui passent certaines sensations. Mais de temps à autre la magie du champ et de tous les événements qui s’y sont déroulés affleure. » Éd. Gallimard, 112 p., 10 €. Élisabeth Miso

Entretiens

Oe Kenzaburô, L’écrivain par lui-même Oe Kenzaburô, L’écrivain par lui-même, Entretiens avec Ozaki Mariko. Traduit du japonais par Corinne Quentin. « Ma mère m’a parfois taquiné en me disant que c’était heureux que je sois devenu romancier ! Personnellement, je savais que j’étais un homme sans attraits. En première année d’école primaire, j’allais en classe, mon cartable sur le dos, avec mes camarades qui habitaient dans les environs et en les regardant je me disais qu’ils avaient vraiment la gaieté et la beauté de l’enfance. (p.160) ». À la journaliste qui lui fait part du succès fou qu’il remporte, lors de conférences ou de séances de signatures, auprès d’un public féminin aussi diversifié que fervent, Kenzaburô Oe rappelle ce souvenir d’enfance, émouvant, implacable. Prix Nobel de littérature en 1994, prix Akutagawa (la plus haute récompense littéraire japonaise) en 1958, à l’âge de 23 ans, Kenzaburô Oe, né en 1935, dans un village cerné de forêt de l’ile de Shikoku, passionné depuis la prime enfance par les cultures et les littératures étrangères, par le pouvoir des mots, la magie du roman et de la création, la lecture des grands écrivains, revient sur plus de cinquante ans d’une vie intellectuelle, la sienne. Il évoque, au fil des questions et des retours en arrière, tout ce qui accompagna jusque-là sa pensée, son écriture ; ses années d’école, son entrée à l’université à Tokyo, en littérature française, ses amitiés, ses passions ou comment il est devenu l’écrivain qu’il est ; il évoque le Prix Nobel et après encore, plus de vingt ans après, une œuvre qui continue, foisonnante ; il raconte aussi le quotidien, sa vie de père avec son fils aîné, Hikari, dont il continue de s’occuper, né handicapé et que la musique a sauvé, son engagement contre la violence nucléaire, avec une franchise, une pureté, une lucidité, une bouleversante humilité en somme. Éd. Philippe Picquier, 375 p. 23,50€. Corinne Amar

Assayas par Assayas Olivier Assayas et Jean-Michel Frodon, Assayas par Assayas. « Ce que je cherche, c’est la voie d’un cinéma impressionniste, au présent, où la vie quotidienne et la pratique de l’art seraient une seule et même chose, où la circulation de l’une à l’autre serait parfaitement fluide. » En quinze films et trois décennies de pratique du 7ème art, Olivier Assayas s’est attaché « à rendre compte du monde, à en restituer l’expérience, autant que possible vécue », creusant son sillon solitaire entre une industrie grand public et un cinéma d’auteur français avec lequel il ne sent pas vraiment en phase. Né dans une famille où l’on parlait six langues, d’un père juif milanais scénariste et d’une mère styliste aristocrate hongroise, il s’est construit une culture cosmopolite. Critique aux Cahiers du cinéma, au début des années 80, il y a déplacé les frontières de la cinéphilie, s’enthousiasmant notamment pour le nouveau cinéma hollywoodien ou les films de Taïwan et de Hong Kong puis a nourri de son insatiable curiosité son travail de metteur en scène. De film en film, il affine sa vision, tourne et retourne les notions de fiction, de romanesque, de modernité, de visible et d’invisible, d’inconscient ; se demande ce que c’est qu’être un cinéaste contemporain, qu’articuler poétique et politique, que faire dialoguer son art avec son époque. « Ainsi la mort de Pasolini en 1975, celle de Fassbinder en 1982 et celle de Truffaut en 1984, ne marquent pas seulement la fin d’une œuvre, elles marquent aussi le début de leur absence en tant que fait agissant. » Des débuts aux Destinées sentimentales sorti en 2000, dans une conversation érudite avec le critique et journaliste Jean-Michel Frodon, Olivier Assayas se confie sur sa trajectoire personnelle et sur sa quête artistique. « Pour moi, c’est la clé du cinéma. Et c’est de l’ordre du mystère. Ce qui est en jeu, ce n’est pas tant la réalisation d’un film, ou la mise en scène d’une histoire, mais que le verbe se fasse chair. » Éd. Stock, 368 p., 24 €. Élisabeth Miso

Correspondances

Nicolas de Staël, Lettres 1926-1955 Nicolas de Staël, Lettres 1926-1955. Il signe « éternelles fragilités (21 oct 1954) », il aime comme s’il aimait à chaque fois pour la première fois, comme il peint, avec la même intensité, la même radicalité ; Jeannine Guillou, peintre de cinq ans son aînée, rencontrée en 1937, à Marrakech, qui quitte son mari pour le suivre, dont il aura une fille, Anne ; Françoise, la jeune fille qui s’occupait d’Anne et d’Antek (le fils de Jeannine), qu’il épousera quelques mois après la mort de Jeannine (en 1946), et avec qui il aura trois enfants - naissances comme autant de lumière dans sa vie ; Jeanne Polge enfin - « Je t’aimerai toute ma vie tant que j’aurai du souffle » (Antibes, oct. 1954) ; mariée, rencontrée en 1953, dont il tombe éperdument, vainement amoureux et qui le rendra fou de désespoir. À son père adoptif, il écrit fièrement le janvier 1943, alors que sa fille, Anne a près d’un an : « Jeannine est bretonne de Concarneau (...). Elle a 33 ans, elle est belle comme aucune femme en ce monde et a un réel talent de peintre ». Il abandonnera le paysage, se tournera vers le portrait, elle sera son modèle. Il dit encore qu’il est heureux, qu’il travaille, qu’il n’a pas besoin d’argent. Il donne le change, tenaillé par la faim, comme il le sera toute sa vie. Il refuse les étiquettes, admire Braque, a pour ami René Char, travaille avec acharnement ,détruit autant qu’il réalise, passe de la joie la plus profonde à la solitude la plus atroce, naît un 5 janvier à St Pétersbourg, meurt quarante et un plus tard, dans la nuit du 16 au 17 mars 1955, en se précipitant dans le vide du haut de son immeuble, à Antibes, écrit sa dernière lettre, le jour de sa mort, à Jacques Dubourg, marchand d’art et ami ; « Jacques, J’ai commandé chez un petit menuisier ébéniste près des remparts deux chaises longues en bois dont j’ai payé une, cela pour Ménerbes. (...) ». Sublime correspondance, magnifique édition qui lui rend hommage. Éd Le bruit du temps, 720 p. 29€. Corinne Amar

Revues

Cécile Reims
Photo tirée du film Voir ce que devient l’ombre de Matthieu Chatellier, Tarmak Films
Les moments littéraires N°32. Dossier : Cécile Reims, L’élan vital. Revue semestrielle qui privilégie l’écrit intime.
Cécile Reims est née à Paris de parents d’origine lituanienne. À la mort de sa mère, quelques semaines après sa naissance, son père la confie à ses grands-parents maternels qui vivent à Kiberty, en Lituanie. De cette petite enfance, elle gardera le souvenir d’un monde merveilleux. Elle revient à Paris à six ans pour suivre sa scolarité. Juive, clandestine pendant la guerre, elle part en Palestine après la guerre à la recherche d’un absolu. De retour en France, pour soigner une tuberculose, Cécile Reims se sent le devoir de donner un sens à cette vie de rescapée. Graver, tisser, écrire, c’est par ces voies qu’elle tentera d’y arriver.
L’œuvre de Cécile Reims, au burin et à la pointe sèche, a cheminé entre une gravure personnelle et la gravure d’interprétation des dessins de Hans Bellmer, de Léonor Fini et de Fred Deux.
Renonçant momentanément à la gravure, elle s’intéressera au tissage et fournira des maisons de haute couture (Dior, Fath).
Cécile Reims est également l’auteur d’une œuvre autobiographique. Après L’Épure, éditée en 1962, elle publiera Bagages perdus (1986), Plus tard (2002), Peut-être (2010) et cette année, Tout ça n’a pas d’importance.
Le dossier qui lui est consacré comporte un portrait signé Pierre Wat (Cécile Reims. Portrait de l’artiste en clandestine), un entretien et un texte inédit de Cécile Reims (La ligne d’horizon). (Présentation de l’éditeur)
Également au sommaire du n°32 :
- Hubert Haddad : Journal pour rien
Hubert Haddad, poète, romancier, nouvelliste, dramaturge, essayiste mais aussi peintre et illustrateur, il explore toutes les voies de la littérature, de l’art et de l’imaginaire. Il vient de publier Théorie de la vilaine petite fille. La revue publie des pages de son journal 2010.
- André Bay : Vieillir, mourir
Arrivé dans l’année de son « octogénariat », André Bay, ancien directeur littéraire des éditions Stock où il créa en 1941 le Nouveau Cabinet cosmopolite, note sur un carnet ses réflexions sur le vieillissement, sans détour, sans fausse pudeur.
- Les chroniques littéraires d’Anne Coudreuse
Découvrir le sommaire et se procurer la revue :
http://lml.info.pagesperso-orange.fr/ 135 p., 12 €.

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