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Discours des lauréats du Prix Wepler 2014

Prix Wepler Fondation La Poste 2014

 

Le Prix a été remis lundi 10 novembre à :

Jean-Hubert Gaillot, Le Soleil Jean-Hubert Gailliot, Le Soleil, Éditions De L’olivier
L’ouvrage relate la quête d’Alexandre Varlop pour retrouver Le soleil, un manuscrit volé ayant successivement appartenu au photographe surréaliste Man Ray, au poète Ezra Pound et au peintre Cy Twombly. De Mykonos à Formentera en passant par Palerme, l’enquête le conduit de rencontres en découvertes, jusqu’à réaliser l’ampleur des manipulations dont il est l’objet.

La Mention spéciale du jury revient à :

Sophie Divry, La Condition Pavillonnaire, Noir Sur Blanc/Notabilia
A travers la vie d’une femme, M.-A., dans la province française des années 1950 à 2025, ce roman décrit la condition féminine contemporaine dans les classes moyennes et interroge l’absurdité de l’existence.

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Discours de réception des deux lauréats

Lundi 10 novembre 2014

Jean-Hubert Gailliot : « Le désir de littérature »

Prix Wepler14 Le désir de littérature ne peut pas disparaître. Ce qui disparaît, c’est le temps, long, très long, qui est parfois nécessaire à son élaboration et à sa réception. Le temps est l’oxygène de la création. Il ne peut être donné aux écrivains en quantité suffisante que par les bons éditeurs et les bons libraires.

Il y a dix-sept ans, en 1997, j’avais envoyé le manuscrit de mon premier roman, "La Vie magnétique", comme on envoie une bouteille à la mer. Un jour d’avril, Olivier Cohen m’avait appelé, à Auch, dans les Pyrénées, où je vis. Il aimait le livre et voulait le publier à la rentrée de septembre. "Pouvez-vous venir à Paris pour signer le contrat ? - Oui, bien sûr. Quand ? - Demain." Cette conversation a changé ma vie. Ni ce roman, ni les quatre qui ont suivi, n’ont été de grands succès. Et pourtant, les Editions de l’Olivier ont toujours désiré que j’écrive un autre livre, et encore un autre. Depuis le début de l’écriture du "Soleil", il y a huit ans, tous les ans Olivier Cohen et Laurence Renouf m’appelaient pour savoir où j’en étais, si j’aurais bientôt fini, et chaque année je réclamais un an de plus. Ils m’ont offert ce temps dont le roman et moi avions besoin. Et même davantage, comme vous allez le voir.

Le manuscrit du "Soleil" comportait, en son centre, une tranche de 80 pages écrites sur du papier rose. J’ai été stupéfait que mes éditeurs aient le désir de conserver ces pages roses dans le livre imprimé, malgré la complication technique, malgré le coût, malgré le risque de rendre le roman légèrement monstrueux.

On sait qu’il n’y a rien de mieux qu’un beau prix littéraire pour permettre à un livre de voyager longtemps, et aider les libraires à lui apporter des lecteurs. Je ne m’attendais pas à recevoir le prix Wepler - Fondation La Poste. La liste me semblait, cette année comme les années précédentes, bien trop impressionnante. Mais j’étais heureux de figurer dans la sélection, comme cela avait déjà été le cas il y a huit ans, pour "Bambi Frankenstein", et il y a dix ans, pour "L’Hacienda".

Bien que ce ne soit pas l’usage, je voudrais remercier non seulement le jury du Wepler 2014 d’avoir bien voulu honorer aujourd’hui "Le Soleil", mais aussi le jury du Wepler 2004, et celui du Wepler 2006, de ne pas l’avoir fait à l’époque.

C’est la première fois que j’aime un de mes livres sans réserve. Il faut que je sois plus précis : c’est la première fois que j’ai été dominé et submergé par ce que j’étais en train d’écrire. Je ne sais plus du tout comment cela a été possible et je serais incapable de le refaire. Mais l’expérience, pour moi, a été inoubliable.

Je voudrais ajouter un dernier mot. 2014 est un millésime étonnant. J’admire Patrick Modiano, j’admire Lydie Salvayre, j’admire Antoine Volodine, qui viennent tous trois de recevoir de très grands prix. C’est une chance et un honneur que de pouvoir figurer à leurs côtés cette année, dans un petit coin du tableau.


Sophie Divry : « Chaque écrivain a des démons »

Prix Wepler 2014 Chaque écrivain a des démons qui lui rendent visite tous les jours ou irrégulièrement. Jacques Roubaud énumère les siens dans La Dissolution. Le poète a le démon de la digression et de la parenthèse, le démon de la procrastination, le démon du renoncement, le démon des plans.

Nous avons aussi le démon de l’originalité absolue, qui trompe souvent les artistes, le démon du doute, le démon de la culpabilité d’écrire, le démon de la cohérence ; ce ne sont pas tous des démons malfaisants.

Il existe tout de même le démon du narcissisme, le démon de la mode facile, le démon du délayage, mais nous ne croisons pas ceux-ci au Wepler.

Personnellement je connais bien le démon de la description, souvent allié au démon de l’avant-garde ; ainsi que le démon de la politique parce qu’il n’aura pas échappé au jury la dimension politique de mon roman La Condition Pavillonnaire. Comme tout lettré, j’ai le démon de la référence ou démon de l’érudition parce qu’on écrit avec les influences, tout en essayant de ne pas faire de littérature uniquement savante mais bien en prise avec ce monde : « la tradition c’est la passation du feu, non la vénération des cendres » disait le compositeur Gustav Malher.

Chaque texte que nous parvenons à achever est à un combat contre ses démons, en tentant de les maîtriser. Un combat avec ses démons, en nous servant de leurs pouvoirs. Avec ou contre, mais jamais sans eux.

Parmi ses démons, l’un d’eux, qui a un pouvoir obscur de motivation et une puissance terrible de découragement, est le démon de la reconnaissance.

Comme les autres démons, il faut le connaître, lui donner parfois à manger, il faut souvent le garder à l’œil et même l’éloigner. Comme tous les autres démons, il faut qu’il se tienne tranquille et n’entrave pas notre besoin de création, car tout artiste ne doit s’occuper de rien d’autre que de suivre ses désirs pluriels de littérature.

Sophie Divry, La Condition pavillonnnaire En recevant cette Mention spéciale du très beau prix Wepler et de son jury 2014, je suis une auteur heureuse : mon démon va se tenir tranquille pendant un moment. Je suis heureuse pour mon texte, qui m’a amené là où je ne pensais pas aller, mais aussi la jeune collection Notabilia. Je suis heureuse d’être avec vous ce soir qui faites tant pour la littérature de qualité, avec vous pour partager à présent le démon du champagne et des petits-fours.

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