Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Nouvelles écritures

 

La crise de l’unité, la fragmentation, l’abandon -voire le mépris- de certaines règles que l’on croyait immuables nous laissent l’impression un peu amère que "raconter" n’est plus possible. Il semble que depuis le début du XXe siècle tout a été remis en cause : la configuration du temps, le rôle et l’identité du personnage, la nécessité des décors, la "mise en intrigue" comme dirait Paul Ricoeur.

C’est la perception du temps et de l’histoire, l’inscription des événements dans l’histoire, la mort, l’avenir -ou devenir - qui sont, semble t-il, en passe de changer.

Si cette perception de l’histoire trouve des correspondances dans notre manière de raconter, il est certain qu’aujourd’hui les configurations du récit, qui signaleraient une façon de voir et comprendre le monde, sont bouleversées par l’afflux de documents d’archives, la possibilité de tout stocker -et de ne rien laisser au hasard de l’oubli-, l’omniprésence des sources d’information, des messages visuels -écritures et images, etc.

Ce que nous voyons dans l’œuvre (Didi Uberman) se confond avec ce qui nous regarde de l’oeuvre : la mode de l’archivage, du "copier-coller" ou du témoignage nous dit assez à quel point l’écrivain se veut aujourd’hui être, moins qu’un créateur, un représentant de l’histoire qui nous fait défaut. D’où la frontière poreuse qui existe entre les genres : documentaires, fictions, journaux, publicités, théâtre d’actualité, romans, témoignages, etc.

Le temps s’est rétréci : nous faisons venir à nous des récits du passé que nous introduisons dans notre présent sans plus distinguer ce qui nous regarde de l’œuvre et ce que nous voyons dans l’œuvre.

Il y a comme un décalage, une béance à combler - un appareil critique, une théorie de l’histoire ? - ; l’information est tellement présente qu’elle change la fonction du "raconter" : celui-ci n’est plus en marge mais au cœur de l’événement -dans la ville, dans les métros, les bus, sur les panneaux publicitaires, etc.

Ainsi ce qui nous regarde se fond avec ce que nous voyons : tentative de repenser et de réécrire l’histoire. La mode du copier-coller, l’émergence systématique du témoignage -objet ou parole- pourrait être interprétées comme une volonté de refaire l’histoire, de la réagencer comme si nous avions le pouvoir de changer ce qui est révolu - et qui plus est, nous a constitués. Il y a un réaménagement a posteriori : la profusion de films et documentaires plus ou moins fictifs tentent en effet de donner une visibilité sur celle-ci qui nous soit un tant soit peu acceptable.

En somme, il y a dans les nouvelles écritures d’aujourd’hui deux caractéristiques majeures : d’une part un grand désarroi quant à la forme que prendra le récit -sa mise en intrigue- et une volonté de se réapproprier l’Histoire en se servant des archives, lesquelles n’ont jamais été aussi prolifiques et à portée de main.

Du coup, la critique est désoeuvrée devant un matériau qui ne se réclame ni vraiment de l’Histoire, ni vraiment de la fiction. La division entre présent, passé et avenir ne tient plus non plus, le présent voulant s’étendre en amont comme en aval sans distinction.


Anne Vauclair, (CICV Pierre Schaeffer) expérimente des situations d’écriture et de langage, qu’elles soient liées au multimédia - ou à l’espace physique - lectures, affichages, mises en scène de textes dans des lieux particuliers-. De la fiction au texte théorique, en passant par le documentaire.

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite