Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Lettres choisies - À Gangotena

 

Alfredo Gangotena portrait peinture Alfredo Gangotena
Portrait de Alberto Coloma Silva

Lettres choisies - À Gangotena

Lettres à Gangotena
Sous le figuier de Port-Cros
Nouvelles Éditions Jean-Michel Place

......

Lettre de Jacques Viot [1924]

Galerie Pierre
Tableaux
13, rue Bonaparte - Paris
R.C.Seine 292.859

Lundi

Mon cher Gangotena

Je voudrais vous voir publier vos poèmes.
J’en ai parlé à Cocteau qui se met à votre disposition. Vous pourriez le voir un matin vers Midi. Il est très serviable.
Vôtre
JViot

P.S. J’ai tout à fait oublié de vous rendre vos livres. Excusez-moi. Je voudrais aller vous voir mais je suis occupé maintenant du matin jusqu’au soir. Est-ce que, vous, pourrez passer ?

......

Lettre de Jean Cocteau
décembre 1924

10 rue d’Anjou

Mon cher Gangotena

Venez tout de suite me voir avec vos poèmes.
Je m’en chargerai,
Vous me ferez plaisir
Votre
Jean Cocteau Déc. 1924

P.S. Je n’écris plus et n’écrirai peut-être plus jamais. Je suis donc libre pour les autres.

......

Lettre de Max Jacob
5 janvier 1925

St Benoît sur Loire
Loiret

Cher poète très cher. Échangeons donc des souhaits selon l’usage à cette époque de l’amitié toute l’année. L’amitié j’y compte, sur les lettres je compte peu car vous ne me gâtez pas. Je suis plein d’indulgence une indulgence admirative ! car les nombreux si contradictoires travaux où je vous vois en proie me laissent pantois. On ne lit que vos vers et vous ne laissez pas le temps d’exprimer une admiration que vous ne l’exhaussiez par quelque autre merveille. Vos vers sont royaux, loyaux, joyaux ! Vastes, astres, piastres, pilastres et Zoroastre, fastes, chastes, aristocrates, acrobates, Goliath, amphithéâtres et opiniâtres. Je ne me lasserai jamais de le dire : vous êtes le ... non ! soyons prudent... un des seuls qui... soyons encore prudent.
Morhange dit que je devrais préfacer votre livre prochain : je lui réponds que cette préface appartient à Supervielle qui est votre inventeur français. Et qu’elle appartient plutôt encore à quelqu’un de votre génération : une génération doit désigner elle-même dans son sein celui qu’elle élit comme « maître de préfaces ». Une génération doit se suffire : dans votre génération vous avez l’admirable aristocrate qu’est Jouhandeau.
D’ailleurs si vous saviez combien ma voix porte peu est peu écoutée, peu entendue ! Je suis littéralement écrasé par les écraseurs. Il est vrai que c’est ainsi depuis 25 ans !
Voyez-vous Michaux ? faites-lui mes amitiés ! Où sont les Supervielle ?
Je vous félicite de tous vos succès, je vous serre la main, vous couronne, et vous embrasse à la face de Dieu.
Max

Votre génération commence vraiment à prendre tournure...

Delteil m’a communiqué quelques feuillets de sa Jeanne d’Arc. C’est furieusement beau et savant et tout.
Vous avez une cervelle confondante
La mienne est comme mon amabilité...fondante...

Je crois que Delteil est décidemment quelqu’un de formidable en dehors de ses amusettes. C’est lui qui devrait vous préfacer et non moi.

......

Lettre de Pierre Morhange
5 mai 1925

Cher Alfredo

Je trouve ici Intentions : merci de m’avoir dédié un poème. Il est très beau. Maintenant tout ce que tu fais est beau.
Ton œuvre est adorable, elle est aussi féconde puissante et naïve.
Je suis plein de joie à cause de cela.
Tu es un grand, un très grand poète. Ma seule fierté est d’avoir été un des premiers à en être ému.
Je te conseille de recueillir au plus tôt en plaquette ces premiers poèmes.
À bientôt ; si le veulent bien les Mères.
Affectueusement
P.M.

Ton poème « long » pour Philosophies est-il prêt ?
Reçu ta carte : merci

T.S.V.P.

P.S.
Tâche de nous faire une dizaine (x) d’abonnés à la revue des pamphlétaires. Je t’en serais reconnaissant. Que les « riches » prennent plusieurs abonnements. (x ou plus : pas de limites)
Merci.

Prix France 10 F Etr. 15 F

Viens me voir, cher et sale individu.

......

Lettre d’Henri Michaux
(vers mars 1926)

Éditions du Sagittaire
Simon Kra
Paris
Direction : 6, rue Blanche

Cher ami,
Ne vous en faites donc pas !
Je trouverai un professeur d’espagnol avant 8 jours.
Quant à Barcelone. Cela attendra et puis... quand vous serez en Espagne cela ira peut-être plus facilement.
De ttes façons ce qui doit se faire, se fera nécessairement.
Je serai donc en Espagne avant 1 an.
Je projette sur vous tout ce que je peux d’influx magnétique.
Vos examinateurs seront confondus.
Et vous réussirez dans toutes les épreuves.
Je suis votre ami
Mes hommages à Madame Gangotena
Henry Michaux

Après vos examens, vous aurez bien un jour pour moi.
J’espère.

......

Lettre de Jules Supervielle
29 juin 1928

Mon vieux Gango,

Votre livre ne paraîtra, malgré mes efforts, que le 8 juillet ! J’ai donné votre liste à Mr Hirsch lui-même qui veillera à ce que les envois soient faits aux personnes que vous avez désignées. Par ailleurs, comme je dois quitter Paris le 1er juillet j’ai demandé à Paul Bar de faire un tour à la NRF au moment de la parution du livre pour voir si tout va bien.
J’ai fait faire des cartes à votre nom avec votre adresse à Quito qu’on insèrera dans les exemplaires. On vous enverra aussi, bien entendu, des exemplaires à Quito.
Le Survivant paraîtra en Octobre. Je l’ai enfin donné. Uruguay sortira le 15 juillet. Je ne serai pas là non plus au moment de la parution.
Lundi je parlerai de vous et de Michaux avec Gaillard. Je me réfugie à Marseille afin d’y travailler dans la solitude (oui !) à des pages sur le Paraguay et à des poèmes.

Je pense beaucoup à vous deux qui me manquez tant et vous serre les mains, les quatre mains, de tout cœur

Julio

......

Lettre de Marie Lalou
19 novembre 1933, prolongée au 23 juillet 1934

19 novembre 1933
23 juillet 1934 - je n’ai pu, jusqu’ici, faire parvenir cette lettre. M.L.

Alfredo Gangotena, ici la France. Je vis dans les briques et la suie du Nord. Ma province toute noire se hérisse de hautes cheminées d’usines, il y a bien les fumées lourdes, jaunes et inquiétantes, mais elles obscurcissent l’horizon, ce n’est pas une consolation.
Je lis Femmes amoureuses et je trouve que Birkin a de la chance. En quittant le boudoir d’Hermione, après la scène aux deux coups de poings qui l’ont à demi assommée (la gauchère éperdue voulait écraser la tête charmante de son amant) Birkin se rend « au flanc mouillé de la colline recouverte de buissons et de fleurs » (Lawrence) il se déshabille et se roule dans les primevères et les primeroses ; il se promène tout nu dans les sapins « qui lui battent les reins de leurs aiguilles effilées et douces » - après il y a un chardon et puis des jacinthes « collantes et fraîches » « le fouet léger des noisetiers » Vous vous rendez compte du luxe de cette installation.
Tandis que moi !... Quand je fuis mon Ami, sa colère et ses haines, je trouve juste l’ascenseur au sixième, derrière la porte, et je me frotte ensuite aux rudes scorsonères de l’avenue. Les hommes d’ici sont tous des salsifis plus ou moins défraîchis ; on remarque le salsifis d’Espagne ou salsifis noir. Je ne l’ai pas souvent rencontré celui-là. Ma place est marquée dans la boue, sous une enseigne lumineuse, un carrefour bruyant et sans joie des plus ignobles convoitises. Il faut rester là des heures et sourire au monde entier.
Je demande humblement une colline avec des primevères mouillées, des sapins et la suite pour les soirs blêmes et illimités où je me fais mettre dehors par le tragopogon le plus actuel.
Je demande un beau livre de vers, cela revient au même. Je vous appelle.
S.O.S.

© Nouvelles Éditions Jean-Michel Place

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite