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Dernières parutions décembre 2014 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Correspondances conjugales Correspondances conjugales 1914-1918, Dans l’intimité de la Grande Guerre. Édition établie et présentée par Clémentine Vidal-Naquet. « Traubach-le-haut, le 25 décembre 1914, Ma bien chérie, Je profite d’un instant que j’ai eu ce jour de Noel, qui est fête pourtant, mais que nous avons passée tout entière au travail, au son du canon. » (P. 12). Hippolyte Bougaud écrit à sa femme, Félicie. Il a tout juste trente ans. Lorsque la guerre éclate, qu’il est mobilisé, il exploitait des terres avec sa femme. Ils ont une petite fille. En son absence, c’est elle, enceinte d’un deuxième enfant, qui prendra, comme nombre d’autres épouses, toute la responsabilité du foyer, la gestion de l’exploitation familiale, et lettre après lettre, année après année, le tiendra au courant de l’évolution des terres, de la maison, jusqu’à s’user de responsabilité et de fatigue, attendant son retour, quatre années plus tard. Abel et Hélène Ferry, Jean et Jeanne, Philippe Pétain et Eugénie Hardon, Henri et Sophie, Constant et Gabrielle M. , Maurice et Yvonne...., autant de couples, anonymes ou connus, mariés ou amants, séparés pendant la guerre, déchirés -certains rentreront de la guerre, d’autres, non - et dont la correspondance, parfois, et quand elle le peut, quasi quotidienne, dit ce quotidien avec et malgré les dangers de la guerre, de la séparation qu’elle impose, des risques qu’elle fait encourir, et dit aussi toutes les variations de l’expression de l’amour, du désir sexuel, du plaisir charnel, du rêve des retrouvailles, de l’importance salvatrice de l’univers épistolaire ; écrire, attendre, recevoir, espérer, fantasmer, construire. Souvent, l’écriture joue un rôle fondamental dans la conscience puis le dépassement de la pudeur ; échanges érotiques où la distance facilite le dévoilement et où, comme dans la correspondance de Constant et Gabrielle M., « l’écriture de la lettre devient une pratique sexuelle de substitution » (p.351). Éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 1088 p, 30€. Corinne Amar.
Ouvrage publié avec le concours de la Fondation La Poste

Alberto Moravia, Lettres d’amour à Lélo Fiaux Alberto Moravia, Lettres d’amour à Lélo Fiaux. Préface René de Ceccatty. Introduction Julie Enckell Julliard avec Alessandra Grandelis. « [...] l’amour n’est pas une question de volonté, il faut un certain dépôt de fantaisie, de désir et de voracité pour aimer - il faut qu’un idéal féminin, c’est-à-dire une figure imaginaire, se soit formé à travers les jours [...] » Alberto Moravia a vécu une brève mais intense idylle avec la peintre Lélo Fiaux, rencontrée à Rome en 1933. La conception romantique du couple de Moravia est d’emblée mise à rude épreuve par le mode de vie de la jeune artiste qui s’épanouit dans des relations sexuelles multiples, refusant toute aliénation affective. Après leur rupture, ils manifestent encore un vif intérêt l’un pour l’autre comme en témoignent les trente lettres de l’écrivain italien expédiées de 1934 à 1947 et publiées ici pour la première fois. Persuadé d’avoir énormément compté pour cette femme fascinante qui se dérobe et le tourmente, il cherche à s’expliquer les raisons de l’échec de leur histoire. Entre tentation de la ramener à lui et constat pessimiste de leurs divergences profondes, Moravia affirme dans cette correspondance sa vision tragique de l’amour et de l’existence. Sa gravité d’intellectuel, son angoisse face à une Italie fasciste, son engagement créatif, son besoin d’être rassuré par un amour exclusif, ne peuvent s’harmoniser avec la désinvolture, l’égoïsme, le manque de conscience politique dont Lélo fait preuve à ses yeux. « [...] tu ne comprendras jamais la différence qu’il y a entre un artiste et un homme qui n’est pas artiste - je suis un artiste et malheureusement l’art me coûte beaucoup : en amour, en loisir, en tout [...] » L’auteur du Mépris restera durablement marqué par cette passion de jeunesse et la personnalité farouchement indépendante de la peintre suisse inspirera les profils féminins libres, terriblement désirables et insaisissables dépeints dans ses livres. Les missives de Lélo Fiaux n’ont pas été conservées, des vues de Rome et un portrait de Moravia exécutés par cette dernière, ainsi que des photographies, accompagnent cette correspondance. Éd. Zoé, 112 p., 17 €. Élisabeth Miso

Autobiographies

Italo Calvino, Ermite à Paris Italo Calvino, Ermite à Paris. Pages autobiographiques. Traduction de l’italien Jean-Paul Manganaro. « Mon idée, en somme, avait toujours été de participer à la construction d’un contexte culturel qui réponde aux exigences d’une Italie moderne et où la littérature pût constituer une force d’innovation et le réservoir des raisons les plus profondes. » Dans ces textes et entretiens qui courent de 1953 à 1984, Italo Calvino se retourne sur son parcours littéraire et politique, esquissant son propre portrait et celui d’une génération « qui a cru en un dessein de la littérature inséré dans un dessein de la société. » Né dans une famille bourgeoise de libres-penseurs, d’un père agronome et d’une mère botaniste anticléricaux et antifascistes, il grandit à San Remo, une ville très cosmopolite. L’expérience de la guerre et de la Résistance au sein des brigades Garibaldi, aiguise sa sensibilité à l’histoire et son désir de participer activement « au renouveau de l’Italie au sortir des ruines de la guerre et de la dictature. » Des convictions familiales à son adhésion au Parti communiste jusqu’à l’invasion de la Hongrie, l’auteur du Baron perché évoque son combat politique. « Je crois que la conscience civique et morale doit influer sur l’homme d’abord et ensuite sur l’écrivain. [...] Tout ce qui conduit à renoncer à une partie de soi-même est négatif. Je participe à la politique et à la littérature de façon différente selon mes dispositions, mais elles m’intéressent toutes les deux comme un même discours sur le genre humain. » Au fil des textes, Italo Calvino ausculte également son identité d’écrivain, convoque les figures littéraires admirées, aborde ses liens étroits avec la maison d’édition Einaudi, l’influence déterminante de son amitié avec Cesare Pavese, des ses racines liguriennes ou de Turin. Dans sa quête à rendre compte de la complexité humaine, les voyages et notamment son séjour de cinq mois aux États-Unis de 1959 à 1960, les villes comme New York ou Paris, sont un champ de réflexion particulièrement productif, une manière stimulante d’éprouver la réalité, un processus de connaissance. Éd. Gallimard, Du monde entier, 320 p., 22 €. Élisabeth Miso

Lionel Duroy, Échapper Lionel Duroy, Échapper. Un écrivain ne peut pas ne pas écrire, il en mourrait, surtout lui, alors il part, il choisit le nord de l’Allemagne, Husum, en plein hiver, là où il fait très froid, où c’est très loin, où il est très seul, il part en quête du sujet de son prochain livre. Husum, le nom l’intrigue d’autant plus que parmi les raisons qui l’ont ramené dans cette ville, figure le fait que c’est le lieu de son dernier voyage en compagnie de la femme qu’il aimait et dont il allait pourtant se séparer. La région est austère et rude, magnifique, au bord de la Baltique et constamment balayée par les vents et les tempêtes. Il a un vélo pour compagnon, sur lequel il s’épuise quel que soit le temps, et des être d’ici liés à la région, ses héros à lui, dont il cherche la proximité dans ce lieu même où il est venu écrire ; l’écrivain allemand Siegfried Lenz, auteur de « La leçon d’allemand », ce roman qu’il aurait rêvé lui-même écrire, et le peintre Emil Nolde, ayant servi de modèle au personnage de Lenz et dont il cherche à retrouver les traces ... Il cherche, il interroge. Quoi ? - « Je vous l’ai dit : tout ce qui s’égrène sous mes yeux, j’essaie de tout noter, de tout garder - la pluie, le vent, la digue, les maisons, les gens... cela parait insignifiant mais insensiblement les mots construisent un objet, comme les mailles font un tricot, ou les briques une maison, petit à petit la chose prend forme et elle témoignera d’un moment de nos vies, de la mienne en tous cas. (p. 108) » Des chapitres courts, ramassés, ils portent un titre, utile, pas utile, familier, nécessaire, comme si tout devait partir de là, de ce titre qui précède l’écriture, et de l’écriture qui parle de ce chaos difficile à maîtriser ; le souvenir de l’amour ou de sa rupture, la place des livres et de l’écriture, la lutte contre le désespoir et l’effondrement, le vœu possible de rédemption et de libération... Éd. Julliard, 280 p, 18,50€. Corinne Amar.

Romans

Emmanuelle Guattari, New York, petite Pologne Emmanuelle Guattari, New York, petite Pologne. Après La petite Borde et Ciels de Loire, qui mettaient en scène quelques éclats choisis de son enfance et de son adolescence singulières dans le Loir-et-Cher, Emmanuelle Guattari se penche sur un autre décor de sa jeunesse, celui du New York des années quatre-vingt. Ici encore, comme dans ses deux précédents romans, le récit s’élabore par fragments, petite musique intérieure de portraits de new-yorkais, de visions et d’échanges fugaces. De Manhattan à son quartier de Brooklyn, « [...] ce couloir bruyant et éclectique sous la vieille rame aérienne ; une succession de petites boutiques, de restaurants véreux, de coffee shops graisseux et étroits [...] », un immense territoire inconnu s’offre à elle. La jeune femme contemple la ville, s’y perd la nuit sans crainte, ouverte à toute son étrangeté et ne se lasse pas du spectacle des diverses nationalités qui s’y côtoient. « C’est sur cette ligne de métro qu’un incroyable paysage humain prend une courte réalité d’ensemble. Non pas que cette cohabitation soit irréelle, mais elle a un effet étourdissant, à cause de la coloration véhémente des différents rythmes et les préoccupations qui s’y croisent quotidiennement. » Séance de cinéma animée à Williamsburg, géant à l’allure de moujik accostant les passants, homme bougon affairé à recoller avec un ruban adhésif l’écorce d’un arbre, dernier regard troublant d’un chien trouvé dans le métro et déposé à la SPA, les images de la mégapole se superposent, dessinant une carte sensible des lieux, un kaléidoscope d’interconnexions humaines. Éd. Mercure de France, 88 p., 9,80 €. (En librairie le 15 janvier) Élisabeth Miso

Récits

Rosa Montero, L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir Rosa Montero, L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir. Traduction de l’espagnol Myriam Chirousse. Au moment même où l’intrigue de son roman né pendant la maladie de son mari lui résiste, Rosa Montero se voit proposer de rédiger une préface au journal que Marie Curie a tenu juste après le décès de Pierre Curie. Immédiatement ce bref récit d’une vingtaine de pages fait écho en elle, certes parce qu’il relate une expérience commune du deuil, l’absence de l’être aimé, mais aussi parce que le destin hors normes de la scientifique vient éclairer ses propres réflexions sur l’émancipation des femmes, sur le dépassement de la douleur ou sur le pouvoir de la créativité et des mots sur nos vies. « La créativité est précisément ça : une tentative alchimique de transmuer la souffrance en beauté. L’art en général, et la littérature en particulier, sont des armes puissantes contre le Mal et la Douleur. Les romans ne les vainquent pas (ils sont invincibles), mais ils nous consolent de l’effroi. » Plongée dans les biographies et les écrits de cette incontestable pionnière, l’auteur mesure l’ampleur de sa détermination face à l’ignorance, aux obstacles et aux préjugés et découvre sous son apparente austérité une âme enflammée. Entrelaçant ses souvenirs avec la trajectoire de Marie Curie, Rosa Montero dégage quelques archétypes de fonctionnement entre hommes et femmes, interroge notre rapport à l’intimité amoureuse, à la mémoire de nos chers disparus, étudie notre manière de tenir la mort à distance, notre besoin de nous raconter, et dans son cas précis souligne l’impossibilité de se sentir reliée à la vie sans l’écriture. Éd. Métailié, 180 p., 17 €. (En librairie le 22 janvier) Élisabeth Miso

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