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Dernières parutions janvier 2015 Par Elisabeth Miso

 

Romans

Anne Wiazemsky, Un an après Anne Wiazemsky, Un an après. Après Une année studieuse paru en 2012, où elle relatait sa rencontre avec Jean-Luc Godard et le tournage de La Chinoise, Anne Wiazemsky poursuit le récit de son éducation sentimentale, artistique et intellectuelle. Mai 1968, elle a vingt ans et savoure pleinement ce qui s’offre à elle. Aux côtés d’Annie Girardot et de Jacques Brel elle fait partie de la distribution du deuxième film de Philippe Fourastié La Bande à Bonnot, a joué dans Théorème de Pasolini, est terriblement amoureuse de Godard malgré ses accès de jalousie récurrents et adore son nouvel appartement de la rue Saint-Jacques. Quand le Quartier Latin s’embrase, elle est donc aux premières loges et suit dans les manifestations son cinéaste de mari très mobilisé par les mouvements contestataires qui agitent la France et les États-Unis (les militants anti guerre du Viêt Nam, le Black Power). Des AG d’étudiants, aux états généraux du cinéma et au blocage du festival de Cannes, le réalisateur du Mépris se radicalise, rejetant le cinéma classique, tout entier animé par son désir de faire des films révolutionnaires, collectifs, débarrassés de toute ambition personnelle. « Je vomis votre conception romantique du cinéma et de l’œuvre d’art en général. », clame-t-il ainsi à Rome face à une assemblée d’étudiants, déchaînant instantanément admiration ou hostilité. « Vivant auprès de lui, j’oubliais à quel point sa présence pouvait soulever de passions. » se remémore l’auteur. En cette année de soubresauts décisifs, la jeune actrice, révélée à dix-huit ans par Au hasard Balthazar de Bresson, s’enthousiasme surtout pour les collaborations artistiques qui se profilent, une adaptation du Conformiste de Moravia avec Bertolucci, les projets de Carmelo Bene et de Marco Ferreri. Autour de la figure centrale de Godard, Anne Wiazemsky fait graviter les visages de tous ceux qui d’une manière ou d’une autre illustrent cette époque exaltante : ses amis Michèle Rosier et Jean-Pierre Bamberger, Michel Cournot, Daniel Cohn-Bendit, Gilles Deleuze, Chris Marker, Jean-Pierre Léaud, Pasolini, McCartney et Lennon ou encore les Rolling Stones. Éd. Gallimard, 202 p., 17,90 €.

François-Henri Désérable, Évariste François-Henri Désérable, Évariste. « Tout est écrit et, de fait, sur Évariste on a beaucoup écrit [...] On a dit à tort qu’il fut victime d’un complot ; à raison qu’il fut aux mathématiques ce qu’à la poésie fut Arthur Rimbaud [...] » En vingt chapitres enlevés, où la vivacité d’esprit le dispute à la dextérité du style, François-Henri Désérable retrace le destin romanesque d’Évariste Galois, prodige des mathématiques, mort à vingt ans dans un duel. De sa naissance en 1811 à Bourg-la-Reine, sa courte vie « fut un crescendo inquiétant, tourmenté, au rythme marqué par le tambour de passions frénétiques, jusqu’à l’effondrement final [...] » dans une clairière parisienne à l’aube du 31 mai 1832. Le fougueux Évariste Galois s’entiche des mathématiques à 15 ans, montrant très vite des aptitudes exceptionnelles pour cette discipline. Mais il échoue au concours de Polytechnique après avoir jeté au visage de l’examinateur le chiffon du tableau, humilié par ses questions jugées trop faciles. En juillet 1830, enfermé dans le dortoir de Louis-le-Grand avec d’autres de ses camarades, il enrage de ne pas être sur les barricades des Trois Glorieuses. Début 1831, il prend part à tous les soulèvements républicains, côtoyant notamment Dumas et Raspail. Ses convictions politiques lui valent d’être emprisonné par deux fois, et lors de son deuxième séjour de six mois à Sainte-Pélagie où il croise Gérard de Nerval, il retourne nuit après nuit son mémoire « sur les conditions de résolubilité des équations par radicaux », jetant ainsi les bases de sa théorie des groupes, de sa révolution des mathématiques. Pour une âme aussi ardente, l’amour peut s’avérer le théâtre de cruelles désillusions et de conséquences tragiques, du moins c’est la piste que privilégie le narrateur. Sa dernière nuit, il la passe à affiner fiévreusement ses thèses, sûr de la pertinence de son raisonnement. Ce n’est que quarante ans après sa disparition, que son génie commence réellement à susciter l’intérêt car il avait élaboré « une théorie si novatrice, si audacieuse qu’elle fut incomprise en son temps, si profonde qu’elle n’a pas encore fini de nous livrer ses secrets [...] » Les livres de François-Henri Désérable, romancier et hockeyeur professionnel, n’ont eux assurément pas fini de nous séduire. Éd. Gallimard, 176 p, 16,90 €.

Juliette Kahane, Une fille Juliette Kahane, Une fille. Enfant et adolescente Juliette Kahane navigue entre deux mondes. D’un côté, l’appartement étouffant qu’elle partage avec sa mère, sa sœur et sa grand-mère, véritable capharnaüm qui abrite toute la tristesse et l’amour anxieux de Laurette sa mère. « C’est ce qui les isole du reste du monde, ce qu’elles ne peuvent partager avec personne. La chose terrible de vivre là, d’être une habitante de cette maison mal tenue. Tenue par la mélancolie. » De l’autre, le territoire de « folles batailles » et « prodigieux projets » du père, Maurice Girodias, éditeur subversif de Lolita, Miller et Burroughs. Le fondateur des éditions du Chêne et d’Olympia Press, est un dandy beau parleur, un don Juan, un noctambule qui réside à l’hôtel, dépense avec insouciance et n’aime rien tant que défier la censure et les puritains. « Le mystère de son père, c’est quelque chose qui la sidère, qui la rend muette. » Il l’entraîne dans ses soirées d’adultes, elle l’observe silencieuse, écoute pendant des heures « ce personnage énigmatique, pas tout à fait réel, fasciné par lui-même, obsédé et insatisfait de lui-même, poursuivant toujours des chimères démultipliées, heureux dans la bataille, provoquant l’échec, fuyant le succès, truquant, trompant, dilapidant - et si séduisant. » En 1965, suite à ses nombreux procès pour outrage aux bonnes mœurs, il s’installe à New York. L’été de ses dix-sept ans sa fille lui rend visite et traverse en bus les États-Unis jusqu’à la Californie, premier élan de libération avant la révélation de Mai 68. À travers l’évocation de sa jeunesse, Juliette Kahane raconte aussi cela, cette sortie du silence, cette prise de la parole, ce cheminement intime vers les mots et l’écriture. Esquisser le portrait de son père supposait de se confronter à certaines zones d’ombre. Elle s’est plongée dans ses archives et dans son autobiographie, Une journée sur la Terre, réveillant à nouveau un malaise, un sentiment de honte qu’elle tenait à distance depuis des années. Éd. de l’Olivier, 176 p., 16,50 €. Élisabeth Miso

Gilles Leroy, Le monde selon Billy Boy Gilles Leroy, Le monde selon Billy Boy. « J’ai commencé ce livre le jour anniversaire de mes cinquante-cinq ans. À un âge avancé, était-il nécessaire d’aller dans ces régions de nos êtres où ça fait mal, où ça souffre encore comme à cinq ans ? », s’interroge Gilles Leroy dans son exploration de l’héritage familial. Le Billy Boy du titre c’est lui et le monde dont il est question c’est celui des origines, celui d’avant sa naissance. Fin des années cinquante, Éliane sa mère tombe enceinte à vingt ans, elle ne connaît André que depuis peu et découvre avec stupeur qu’il est à peine âgé de dix-sept ans. La famille du jeune homme fait pression, hostile à toute idée de mariage. Chassée un temps par sa propre mère pour qui cette grossesse est le coup du sort de trop dans une existence déjà assombrie par un veuvage prématuré, une fille cadette handicapée et un métier de couturière précaire pour diverses maisons de Haute Couture ; elle trouve refuge dans une mansarde parisienne. Seule et inquiète, travaillant le jour comme secrétaire à la Direction générale de l’aviation civile, tapant le soir des thèses d’étudiants, Éliane fait front bien décidée à garder l’enfant. L’auteur d’Alabama Song (Prix Goncourt 2007), convoque les personnages et les évènements emblématiques de son histoire familiale, s’empare de la jeunesse de ses parents, de leurs rêves brisés, de leur solidarité dans l’épreuve, de leur volonté de construire une vie ensemble et met en lumière l’amour inconditionnel qu’il a reçu de ces deux êtres qui ne l’attendaient pas. Éd. Mercure de France, 256 p., 18,50 €.

Biographies

Tiphaine Samoyault, Roland Barthes Tiphaine Samoyault, Roland Barthes. « Roland Barthes meurt le 26 mars 1980. Aux problèmes pulmonaires qui s’étaient réveillés après son accident s’étaient ajoutés une infection nosocomiale, de celles qu’on attrape régulièrement à l’hôpital et qui peuvent être fatales. Elle a été probablement la cause immédiate de son décès. » Ce sont les premières lignes du prologue... Plus loin, les premiers mots de l’introduction nous diront l’importance de la voix de Barthes « qui ne meurt pas ». Roland Barthes, de toute éternité. Pourtant, celle qui lui consacre une biographie époustouflante de clartés, d’empathie, d’érudition de plus de 700 pages, était à peine adolescente à sa mort et ne l’a pas connu. À l’heure du centenaire de la naissance de l’écrivain (12 novembre 1915, à Cherbourg), la place de Barthes reste profondément actuelle dans le paysage intellectuel contemporain, et l’auteur le confirme qui trace un récit de vie (qui commencerait par la mort) et se demande comment écrire une vie « qui ne fut pleinement occupée qu’à écrire ». Elle eut accès pour cela aux archives inédites, aux agendas, aux carnets, aux lettres, aux fiches, aux listes que Barthes faisait si régulièrement pour tout - étiqueter, ne rien oublier... Un père, officier de la marine marchande, mort en mer alors qu’il avait un an, les difficultés matérielles à la maison, une maladie (la tuberculose) qui le contraint à passer plusieurs années en sanatorium et le coupe de ses études supérieures, de sa famille (sa mère, son demi-frère), le sentiment déchirant, lors d’une crise à l’âge de 37 ans, d’être arrivé « au cœur de l’âge mûr avec une jeunesse imparfaitement réalisée », l’impossible séparation d’avec la mère - seule figure aimante -, les quelques amis, l’ennui, les voyages, son homosexualité, le désir d’écriture et de littérature (qui sous-tend l’existence même de Barthes). Et ce style, inimitable. Éd Seuil, coll. Fiction et Cie, 715 p., 28 €. Corinne Amar

Documents

La journée du 27 janvier 2015 marque le 70e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, site classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Helen Berr dvd Hélène Berr, Une jeune fille dans Paris occupé. Un film de Jérôme Prieur, d’après l’œuvre littéraire Journal 1942-1944 écrit par Hélène Berr, paru aux Éditions Tallandier (2008). En 2015 sera commémoré le 70e anniversaire de la libération des camps et de la victoire sur la barbarie nazie. Hélène Berr voulait « pouvoir plus tard montrer aux hommes ce qu’a été cette époque ». Avril 1942, Hélène Berr, étudiante à la Sorbonne et violoniste brillante de 21 ans, commence à écrire son journal intime. Elle y raconte avec une grande acuité l’étau qui se resserre : le port de l’étoile jaune, la rafle du Vel’ d’Hiv, les conséquences quotidiennes des lois anti-juives du Gouvernement de Vichy et de la persécution nazie. Arrêtée avec ses parents, internée au camp de Drancy, déportée le 27 mars 1944 à Auschwitz, Hélène Berr est morte à Bergen Belsen à l’âge de 24 ans, quelques jours avant la libération du camp par l’armée britannique en avril 1945. Le réalisateur Jérôme Prieur propose une adaptation bouleversante de son Journal à l’aide de nombreuses images inconnues tournées dans Paris sous l’Occupation dont d’étonnants films amateurs, des archives officielles et des photographies familiales. Il réussit à nous montrer ce que les yeux d’Hélène ont vu, ce qu’elle aurait pu voir et met ainsi en image la double vocation du Journal qui est à la fois une grande œuvre littéraire et un témoignage précieux sur le Paris Occupé. DVD, production Mélisandre Films et participation de France Télévisions. 19,95 € (décembre 2014). Durée : 84 mn + Suppléments inédits :
Entretien de 19 mn avec Mariette Job, nièce d’Hélène Berr
Entretien de 30 mn avec Henry Rousso, historien
Entretien de 17 mn avec Jérôme Prieur, réalisateur
« J’ai appris à 15 ans, de ma mère, l’existence du journal, se souvient Mariette Job. De ma tante, je savais peu de choses. La dimension tragique de son destin était peu évoquée dans ma famille. Lisant ce texte à 19 ans, j’y ai trouvé des réponses aux questions que je me posais. Je l’ai relu à 23 ans et, alors, sa valeur historique m’est pleinement apparue. J’ai compris que sa portée dépassait de beaucoup le cadre intime. » Communiqué de presse.

Une méoire philatélique des camps Michel Claverie, Une Mémoire philatélique des camps. Michel Claverie, né en 1961, médecin militaire puis civil, raconte qu’en reconstituant le passé de son père, déporté à Sachsenhausen en 1943, il a découvert les vertus de la philatélie comme outil historique et mémoriel. Le livre, réalisé en partenariat avec l’UNADIF, Union Nationale des Associations de Déportés, Internés et Familles de disparus, réunit près de 300 pièces, représente quatre ans de travail et s’articule autour de trois axes : les lieux ; les hommes, les femmes et les enfants ; et un troisième axe autour de la mémoire. Cet ouvrage a une dimension pédagogique qui le destine à un large public. « En août 1943, mon père avait été autorisé à envoyer un courrier à ses parents. Ce pli est affranchi d’un timbre à l’effigie d’Hitler. Soixante-dix ans après, cela fait toujours froid dans le dos, j’imagine donc la réaction d’effroi de ses parents lorsqu’ils l’ont reçu ». Éd. du signe, 164 p., 29 €. (paru en avril 2014) NJ

Suite-Francaise le film Suite Française, un film de Saul Dibb. Suite Française est une adaptation du livre de Irene Nemirovsky.
Date de sortie : 11 février 2015.
En attendant la sortie du film, nous vous proposons un article sur le livre de Irène Nemirovsky, paru en 2004 chez Denoël puis en 2006 chez Gallimard dans la collection Folio.

Irène Némirovsky, Suite française Irène Némirowsky, Suite française. Juive d’origine ukrainienne, née un 24 février 1903 à Kiev, elle mourra à Auschwitz, le 17 août 1942. Romancière russe, polyglotte, qui écrivait en français, seul écrivain à recevoir le prix Renaudot à titre posthume en 2004, pour ce roman inachevé, Irène Némirowsky n’avait pas 23 ans quand elle publia un premier roman Le malentendu - étude sentimentale sur fond de guerre, autour d’une histoire d’amour et d’adultère, et douée d’une maturité et d’une vision plus qu’étonnantes ; quatre ans plus tard, elle envoyait à Grasset le manuscrit de David Golder. À partir de là, elle devenait une personnalité littéraire et fêtée, jusqu’à ce qu’elle fût victime de « l’aryanisation » de l’édition qui l’empêcha de publier sous son nom. La guerre l’oblige à se réfugier, l’arrache à son mari, ses filles. Elle obtient asile dans un village du Morvan avant d’être déportée, puis assassinée. Elle n’avait pas terminé son ultime roman, celui qui devait être son chef-d’œuvre et le titre d’une série projetée de cinq romans dont elle avait imaginé les grandes lignes... Elle n’a que le temps d’en écrire deux. Ils sont publiés ensemble sous le titre de Suite française. Nous sommes au début : 3 juin 1940, l’armée allemande vient d’envahir le nord de la France... Tempête en juin dépeint la fuite de nombreux habitants de Paris dans les heures qui précèdent ou suivent l’arrivée des Allemands... C’est à lire, parce que sublime. Éd. Gallimard, coll. Folio, préface de Myriam Anissimov, 575 p., 9,50 €. Corinne Amar

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