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Dernières parutions février 2015 Par Elisabeth Miso

 

Romans

Fanny Chiarello, Dans son propre rôle Fanny Chiarello, Dans son propre rôle. Fennella Bancroft, domestique à Wannock Manor, mène une vie monotone, parfaitement consciente des limites de sa fonction, aussi dévouée et invisible que le stipulent les règles archaïques de l’aristocratie anglaise. Suite à un traumatisme elle a perdu l’usage de la parole quelques années plus tôt lors du Blitz à Londres et communique par le biais de carnets. Sa seule façon de s’évader de ce monde figé est de lire et de conserver les articles consacrés à l’art lyrique dans ses revues préférées. « Elle n’a jamais été qu’un grain de sable entrant dans diverses constructions, un grain de sable mouvant et solitaire en quête du bon édifice auquel se fondre définitivement. » Pourtant une intime conviction lui souffle qu’elle ne restera pas muette et qu’un avenir plus lumineux l’attend ailleurs. En cet été 1947, un courrier arrivé par erreur à Wannock Manor va bouleverser son quotidien. Adressée à la cantatrice Kathleen Ferrier, la lettre émane d’une certaine Jeanette Doolittle, femme de chambre au Grand Hotel de Brighton, qui confie à la contralto combien son interprétation d’Orphée au festival de Glyndebourne a entrouvert « la porte d’autres mondes, où se reposer de celui-ci [...] », véritable moment de répit dans une existence dévastée par la mort de son époux sur le front. Persuadée de partager la même sensibilité musicale, d’être parcourue par les mêmes profondes vibrations et aspirations, Fennella met tout en œuvre pour croiser la route de cette veuve. Fanny Chiarello déroule les destins parallèles de deux femmes en quête d’une nouvelle identité, qui au contact l’une de l’autre trouveront l’impulsion nécessaire pour s’émanciper de leur condition et pour transcender leur douleur. Éd. de l’Olivier, 240 p., 18 €. Éd. de l’Olivier, 240 p., 18 €. Élisabeth Miso.

Entretiens

Susan Sontag, Tout et rien d’autre Susan Sontag, Tout et rien d’autre. Conversation avec Jonathan Cott. Traduction de l’anglais (États-Unis) Maxime Catroux. « [...] j’ai besoin de nouvelles nourritures, de sang neuf, d’inspiration. Et parce que j’aime ce qui ne me ressemble pas, j’aime savoir ce qui n’est pas moi ou ce que je ne connais pas. » L’insatiable appétit de son esprit, Susan Sontag, l’une des figures intellectuelles américaines les plus emblématiques de la seconde moitié du XXème siècle, en donne un aperçu significatif dans cet entretien accordé en 1978 à Jonathan Cott pour le magazine Rolling Stone et resté inédit à ce jour en France. Sur la base d’une conversation autour des ouvrages Sur la photographie publié l’année précédente, Moi, etc. et La Maladie comme métaphore sur le point de paraître, l’essayiste et romancière y déploie la fluidité et le foisonnement de sa perception d’écrivain. « Ce que je veux, c’est être au cœur de ma vie - être là où l’on se trouve, contemporain de soi-même dans sa vie, prêter une totale attention au monde, qui vous inclut. »
Intensité et pensée en perpétuel mouvement, Susan Sontag n’aura eu de cesse d’obéir à ces deux exigences. Au fil des thèmes abordés, elle témoigne de sa curiosité sans limites. L’expérience récente du cancer fait ainsi naître instantanément une réflexion sur la maladie. Qu’elle évoque sa passion pour la lecture, le rock, la photographie, l’évolution de ses engouements littéraires, les périodes obsessionnelles d’écriture qui accaparent toute son énergie, le dépouillement recherché, son combat contre toutes les formes de fausseté ou de stéréotypes, ou encore sa nostalgie de ses années d’enseignante à Columbia ou le rôle de la femme ; tous ses propos traduisent une volonté féroce de ne pas se répéter, d’assimiler les choses, de dépasser ses influences et d’explorer de nouvelles idées. « Mon projet intellectuel est en réalité un projet critique - au sens profond du terme. Et il implique inévitablement de construire de nouvelles métaphores parce qu’elles s’avèrent nécessaires pour penser. Mais il faut se montrer critique et sceptique à l’égard des métaphores dont nous héritons, de façon à libérer sa pensée, à l’ouvrir, à la faire respirer. » Éd. Climats/Flammarion, 184 p., 19 €. Élisabeth Miso.

Récits

Andrzej Stasiuk, Un vague sentiment de perte Andrzej Stasiuk, Un vague sentiment de perte. Traduction du polonais Margot Carlier. « Que devient le temps passé ? Les événements que nous avons vécus, où s’en vont-ils ? », s’interroge Andrzej Stasiuk, traversé dans ce récit par des scènes anciennes de son enfance, de sa jeunesse ou d’un passé plus proche. Remontent à la surface la voix de sa grand-mère paysanne, formidable conteuse d’histoires mêlant le plus ordinaire au surnaturel ; les visites à Augustin, ce vieil écrivain hospitalisé pour un AVC, qui se résumaient à tenter de reconstituer « quelques traces confuses du passé ». La mémoire, les circuits mystérieux qu’elle emprunte, pourquoi telle image, telle sensation ressurgit-elle plutôt qu’une autre ? Que gardons-nous inscrits en nous de notre vie, des êtres que nous aimons ? L’écrivain se souvient de ce dernier voyage en voiture de la Pologne à l’Italie avec son ami Olek qui allait mourir. Depuis leur adolescence, ils avaient toujours pris la route ensemble, tenté de repousser l’horizon déprimant de leur quotidien à Varsovie, se rêvant libres. Même dans leur quartier populaire de Grochów, ils étaient toujours en mouvement, avides d’expériences, « impatients, au détour des jours volés. » Leur plus grande crainte était d’être engloutis comme leurs pères par l’usine, dans un destin d’abrutissement et d’échec. « Trente ans plus tôt, au milieu des rails de Grochów, nous avions rêvé d’une vie qui jamais ne nous trahirait, ne se jouerait de nous, parce que la seule chose qu’elle attendrait de nous, c’était une acceptation totale de ce qu’elle nous apporterait. » Andrzej Stasiuk parle donc ici de mémoire, mais aussi de notre besoin de tenir la mort à distance, de notre incapacité à partager la mort, car « En accompagnant un mourant, nous mourons un peu nous-mêmes, nous devenons un peu plus mortels. » Éd. Actes Sud, 96 p., 12 €. Élisabeth Miso.

Sabine Olewkowiez Cann, Aller-retour Sabine Olewkowiez Cann, Aller-retour, Voyages dans le temps... Préface de Jean-Michel Rey. « J’aurais aimé le voir vieillir. Mais Herschl Olewkowicz n’a pas vieilli. Le 8 février 1944 après la rafle d’Uriage, un train l’a conduit jusqu’à Drancy, puis un autre train de marchandises, dans des wagons fermés de l’extérieur, l’a ramené en Pologne, au camp d’Auschwitz dont il n’est pas revenu. Il avait trente-sept ans, moi je n’avais que vingt mois (p.34). » C’est à lui que s’adresse le récit, lettre hommage au Disparu (un « disparu », c’est quelqu’un qui s’est peut-être perdu, qui va revenir), au fantôme, revenu à la vie, à l’histoire, grâce à l’écriture, Juif et polonais, arrivé en France avant la guerre, fraîchement marié, engagé dans la Résistance et donc contraint de fuir, abandonnant sa femme et son bébé, de se cacher, de prendre d’autres identités, de brouiller les pistes pour survivre. Comment grandit-on dans l’image d’un père absent, sans preuve de son existence, de sa présence, sinon en le rêvant, en l’inventant - prononcer son nom, penser à lui vivant, l’appeler en secret - en recomposant son histoire ou encore, en tachant de reconstituer, dans un désir forcené de vérité, cette identité même qui nous échappe ? Partir à la recherche des traces de ce père dont la fille porte le nom, tourner indéfiniment autour de cette année 1944, exorciser l’obsession, mettre en mots les images qui hantent, suivre sur les cartes géographiques les routes parcourues par le père, en dépit des fuites, des traques, des filatures, fouiller les procès-verbaux, partir, faire les voyages, aller chercher sa présence dans les camps en Pologne, prendre aussi des trains, retrouver une odeur tant de fois humée, imaginée qu’elle en devient réelle, retrouver jusqu’au goût de certains plats sucrés polonais, reconstituer le puzzle dont il manque tant de pièces... Voilà ce que veut le roman. Éd L’Harmattan, 195 p., 19 €. Corinne Amar.

Essais

L’une et l’autre Marie Desplechin, Gwenaëlle Aubry, Camille Laurens, Lorette Nobécourt, Marianne Alphant, Cécile Guilbert, L’une & l’autre. Préface de Isabelle Lortholary. Elles sont six romancières actuelles à rendre hommage à six écrivaines du passé, sœurs de littérature particulièrement inspirantes dont l’œuvre et la vie entrent en résonance avec leur propre cheminement créatif. Marie Desplechin convoque la comtesse de Ségur, son regard aiguisé sur l’enfance et sa force de vie qui la pousse comme une évidence à se réinventer à plus de cinquante ans par l’écriture. Gwenaëlle Aubry accueille la soif d’intensité amoureuse, charnelle, maternelle et poétique de Sylvia Plath. « Je crois qu’elle a été violemment, excessivement vivante, que de la vie elle a tout embrassé, mort incluse. Et je crois aussi que l’écriture naît de ça : de la sensation (effroi et émerveillement) d’un excès de la vie sur elle-même que la vie ne suffit pas à combler. » Camille Laurens se glisse, elle, au XVIe siècle dans les pas de la poétesse féministe Louise Labé, qui a foi en l’amour passionnel et « en la puissance de vérité de la littérature, En son rôle vital de transmission, d’échange. » Lorette Nobécourt dialogue avec Marina Tsvetaeva, prise dans la tourmente de l’histoire russe et dans ses déchirements entre maternité et écriture. Marianne Alphant sonde la vie « singulièrement dénuée d’événements » de Jane Austen, tout entière tournée vers son imaginaire romanesque et les troubles intérieurs de ses personnages. Cécile Guilbert décrit l’effet foudroyant qu’ont eu sur elle les textes et la correspondance de Cristina Campo. Dans cet exercice d’admiration, chacune des six auteurs d’aujourd’hui révèle un peu d’elle-même, de ses propres désirs, de la manière dont elle est habitée par la littérature, de ce qui se joue pour elle dans l’acte d’écrire. Ainsi accompagnée par le pouvoir des mots de l’aînée de leur choix, chacune d’entre elles pourrait faire sienne cette phrase de Gwenaëlle Aubry : « Je cherche en elle, à travers elle, le point d’ajustement de l’écriture à la vie. » Éd. L’Iconoclaste, 288 p., 17 €. Élisabeth Miso.

Autobiographie

Justine Levy, La gaieté Justine Levy, La gaieté. C’est l’histoire d’une jeune femme, douce et jamais drôle, taiseuse et volontiers mélancolique, sans repères, sans abri, imprégnée d’une enfance chargée d’anxiété et de complexes ; un père idéal mais parti, une mère, là sans l’être, excessive et peu maternelle - splendeur devenue misérable d’alcool, de drogues, d’errances, et à laquelle elle se sentait attachée de manière fusionnelle... Qu’est-ce qu’être heureux ? Elle se demande souvent. Elle tourne autour de la question, du mot, ne voit pas, en trouve d’autres, la joie, la gaieté, être gaie, ça lui parle. « J’aime les gens gais, je me colle à eux, je pars en vacances avec eux, je me branche sur eux comme sur une prise de courant, je ne sais pas s’ils ont eu eux aussi un jour l’idée d arrêter d être triste, ni s’ils ont parfois des rechutes de chagrin, un jour je leur demanderai, mine de rien, en passant, en blaguant, et si on s’entraînait ensemble ? (p.16). » Le fait est que c’est le jour où elle tombe enceinte, que Louise - alter ego de l’auteur) prend la décision de cesser d’être triste et de ne plus en démordre. En devenant à son tour mère, pourtant, c’est sa propre enfance qui lui remonte à la gorge, le souvenir de sa propre mère se mourant au moment même où elle était enceinte, les belles-mères autrefois de passage dans la maison du père ; jamais à la hauteur, jamais partageuses non plus... Alors, elle fait ce vœu tel une résolution âpre ; chasser toute la tristesse du monde réfugiée dans son cœur pour n’offrir à ses enfants qu’un héritage de gaieté, de solidité, de dévotion. C’est un roman comme un journal, comme une confession où les souvenirs affluent, pêle-mêle et sans censure, sans ratures, sans fioritures... Un rien d’enfance et d’innocence qui perdure, une lucidité qui appelle un chat un chat. Éd Stock, 215 p., 18 €. Corinne Amar.

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