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Charles Gounod : Portrait Par Corinne Amar

 

Charles Gounod 1859 Charles Gounod
en 1859

C’est à son amie George Sand que, le 16 février 1850, la jeune et déjà célèbre cantatrice, Pauline Viardot confie tout le bien qu’elle pense d’une rencontre qu’elle vient de faire : « Je suis heureuse depuis quelque temps. Nous avons fait la connaissance d’un jeune Compositeur qui sera un grand homme dès que sa musique sera connue. Il a eu le prix de Rome, il y a 10 ans, et depuis ce temps, il a travaillé solitairement dans son cabinet, sans paraître se douter que chaque phrase qui sort de sa plume est un trait de génie.(...) » (Melanie von Goldbeck, Lettres de Charles Gounod à Pauline Viardot, Actes Sud/Palazzetto Bruzane, 2015, p.22). Splendide contralto, pianiste, compositrice, Pauline Viardot recevra les hommages de plus d’un maître en musique, et on la retrouvera sur toutes les scènes d’Europe, dans les opéras de Rossini, Berlini, Mozart, Gluck... ; elle inspirera Meyerbeer, Massenet, Fauré, Gounod - dont elle sera la protectrice puis la muse - mais aussi, et intensément, l’écrivain russe Ivan Tourgueniev ; elle jouera avec Clara Schumann sur scène à deux pianos, connaîtra l’apogée de sa carrière dans le rôle titre de la re-création d’Orphée de Gluck par Berlioz, en 1859, se produira durant plusieurs saisons à Saint-Pétersbourg, et sera l’une des premières artistes à faire connaître l’art russe en Europe de l’Ouest. Elle est la fille du ténor espagnol et pédagogue illustre, Manuel Garcia, et sœur cadette de la fameuse Malibran qui mourut d’un accident, en pleine gloire, à l’âge de 28 ans. Elle allait reprendre le flambeau et débute sa carrière à l’âge de 16 ans. Charles Gounod lui, dans ses Mémoires d’un artiste, rédigés autour de 1884, se souviendra avoir rencontré Pauline Viardot (elle épouse Louis Viardot, directeur du Théâtre italien à Paris) dix ans plus tôt, lors de son séjour romain - elle avait 19 ans, lui, 21 ans) : « Ce fut l’hiver 1840-1841 que j’eus l’occasion de voir et d’entendre Pauline Garcia. [...] Elle faisait son voyage de noces avec son mari et j’eus l’honneur et le plaisir de lui accompagner, dans le salon de l’Académie, l’air célèbre et immortel de Robin des bois. Je fus émerveillé (...). Chose curieuse ! à douze ans, j’avais entendu la Malibran dans l’Othello de Rossini et j’avais emporté de cette audition le rêve de me consacrer à l’art musical ; à vingt-deux ans, je faisais la connaissance de sa sœur, madame Viardot, pour qui je devais, à trente-deux ans, écrire le rôle de Sapho, qu’elle créa, en 1851, sur la scène de l’Opéra, avec une si éclatante supériorité. » (Op. cité dans les Lettres..., Préface p.11).

Charles Gounod naît à Paris en 1818 ; son père, peintre, meurt alors qu’il a cinq ans ; sa mère est alors professeur de piano. Aptitudes musicales frappantes ; on le confie à des maîtres, il prend des leçons au Conservatoire de Paris, tente le prix de Rome qu’il obtient au bout de la troisième fois, en 1839, et part pour l’Italie et la Villa Médicis, alors dirigée par Ingres. Il est fasciné par Rome, ville dans laquelle toute sa vie il voudra retourner. Lors de son séjour, il étudie la musique religieuse, notamment celle de Palestrina (1525-1594), ce compositeur italien né près de Rome, à Palestrina (dont il prit le nom), qui grandit comme enfant de chœur, devint organiste, puis maître de chapelle, connu pour ses Messes, ses Motets, ses madrigaux, et reconnu par tous les musiciens de son temps. Gounod composera avant son départ un Agnus Dei. Puis, dans cette même veine religieuse, une messe, d’autres pièces religieuses, des mélodies ; il reçoit l’enseignement du Père Lacordaire, envisage un temps de se faire prêtre ; empreint de foi, il hésitera longtemps entre romantisme et mysticisme et laissera un véritable catalogue de musique religieuse, en même temps qu’un Faust mémorable (présenté en 1859 d’après le texte de Goethe), lequel innovait un genre entre opéra comique et grand opéra et fut longtemps, l’opéra français le plus joué dans le monde. C’est sous la protection de Pauline Viardot que Gounod entrera comme compositeur lyrique dans la carrière musicale ; la cantatrice lui ouvre les portes de l’Opéra, après la mort douloureuse de son frère et une période de religiosité exacerbée. Il compose alors pour elle son premier opéra, créé le 16 avril 1851, Sapho. Succès mitigé, mais cercle de relations et d’amis agrandi. Pauline Viardot l’avait installé près de sa famille à Courtavenel, dans la Brie, afin qu’il puisse travailler tout à son aise, tandis qu’elle était en tournée internationale. « Grâce au calme qui régnait autour de moi, mon ouvrage avança plus rapidement que je ne l’avais espéré. Après sa saison d’Allemagne, madame Viardot fut appelée par ses engagements en Angleterre ; elle en revint au commencement de septembre, et trouva mon travail presque terminé. Je m’empressai de lui faire entendre cette œuvre sur laquelle j’attendais son impression avec grande anxiété (...) Mémoires, op. cité p.23. »
Admiration, reconnaissance, passion, respect, intimité partagée ; en plus d’une fidèle amitié, une longue correspondance les liera, dès 1949, et jusqu’à la mort de Charles Gounod, en 1893. Correspondance qui peut nous laisser supposer un échange, tant il est vivant, présent, chaleureux, quotidien sur les comptes rendus de la vie musicale parisienne, sur les activités des journées, les heures de repas, le temps qu’il fait, le rythme des lettres qui arrivent n’arrivent pas, mais dont seule la voix de Gounod nous parvient, et laisse parfois même entendre qu’il sait aussi sa destinataire dans la proximité de son mari... (Nous ne savons pas ce qu’il est advenu des lettres de Pauline Viardot). En 1856, Il est devenu une figure de la vie musicale. Il reçoit la Légion d’honneur. Il a épousé quatre ans plus tôt, le 20 avril 1852, Anna Zimmerman, fille d’un professeur au Conservatoire. De cette nouvelle, qui sera aussi l’occasion d’une rupture de l’amitié entre Charles Gounod et les Viardot, il est resté trace, dans une lettre de Pauline Viardot à George Sand, écrite les 1er et 5 août 1852 : « À peu près six semaines après notre retour d’Écosse, Gounod arrive d’un air tout drôle à la maison et nous dit à Louis et moi, en devenant pourpre, « mes chers amis, j’ai deux grandes nouvelles à vous annoncer. Je me marie et je suis nommé Sur-Inspecteur des Orphéonistes de France ». À la première nouvelle, j’ai éprouvé comme un coup de poing dans la poitrine - d’après certains bruits de théâtre, je tremblais que ce fût avec Melle Poinsot ce qui, je l’avoue m’aurait désolée. Quand il nous a nommé Melle Zimmerman, le soulagement que j’ai éprouvé a égalé ma surprise qui n’a pas été mince. (...) je lui ai fait de bon cœur compliment de son choix.(...) » Pauline Viardot enverra un cadeau à la fiancée ; un bracelet qu’elle priait Gounod de lui remettre. Il lui répondra peu après, en lui renvoyant maladroitement son cadeau, sans même le montrer à sa femme, sous prétexte que le seul bijou qu’elle daignât porter était celui que lui-même venait de lui offrir et que « pour m’éviter un refus qu’il serait aussi pénible à Anna de faire qu’à moi de recevoir, il prenait sur lui seul de me renvoyer ce souvenir, en me remerciant toutefois de ma bonne intention et me priant d’agréer les vœux qu’il allait faire pour moi, mon cher mari, et tous les miens. » (op.cité p.357). Gounod accourra pour demander pardon et obtenir réconciliation. Il composera Faust (1859), Roméo et Juliette (1867 - un immense succès -, renouera définitivement avec la foi, deviendra vieux et sage...

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