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Dernières parutions mars 2015 Par Elisabeth Miso

 

Récits

Elsa Morante, Anecdotes enfantines Elsa Morante, Anecdotes enfantines. Traduction de l’italien Claire Pellissier. De juin 1939 à janvier 1940, Elsa Morante (1912-1985) égrène dans la revue Oggi quelques fragments de son enfance, tous révélateurs de sa voix singulière et puissamment poétique. Enfant, elle se sentait différente, mal aimée par les petites filles de sa classe, elle aurait voulu être de bonne constitution pour exceller en gymnastique ou dans les jeux physiques. L’admiration que lui portaient les adultes pour la qualité de ses poésies la distinguait davantage des autres enfants. Seul le fils de son institutrice s’intéressait sincèrement à elle. « Que Dieu bénisse Amore. Je ne sais pas comment, mais je sentais obscurément que, de ma planète déserte et scintillante, il me ramenait à la terre par des voies secrètes. » Redoutant l’enfer, elle s’accusait de tous les péchés capitaux, notamment ceux d’orgueil et du goût démesuré du luxe. Avec sa cousine Giacinta ou avec ses deux frères, dotés d’une imagination aussi foisonnante que la sienne, elle inventait des pièces de théâtre, évoluait dans des mondes prodigieux peuplés de majestueux monuments romains, d’astres ou de planètes. Les manifestations amoureuses des garçons de son âge la laissaient de marbre car elle se savait destinée à une vie d’une « somptuosité royale », au bras d’un homme héroïque, sportif ou aviateur. Elle adressait ainsi à Lindbergh des lettres enflammées certaine d’éveiller sa passion en retour. « Je lui écrivais qu’en dehors de lui aucun homme n’existait, et j’avançais au milieu des autres, hautaine, portant à la place du cœur un feu sacré. » D’anecdote en anecdote savoureuses sur ses émotions, sa famille, les domestiques, ses institutrices ou sur son premier amour, Elsa Morante donne à voir la richesse de sa vie intérieure d’enfant, formidable terreau d’une sensibilité d’écrivain en construction. Éd. Arléa, 96 p., 14 €. Élisabeth Miso

Benjamin Stora, Les clés retrouvées Benjamin Stora, Les clés retrouvées. Une enfance juive à Constantine. Le 20 août 1955 la violence de la guerre s’est imprimée dans la mémoire d’enfant du futur historien. Ce jour-là des soldats français ont fait irruption dans l’appartement familial de Constantine pour tirer à la mitrailleuse sur des Algériens depuis la fenêtre de sa chambre. Il avait quatre ans et demi et ne pouvait encore comprendre la scène qui se jouait sous ses yeux, ce n’est que plus tard que Benjamin Stora démêlera l’histoire complexe de l’Algérie et de la France, l’histoire de ces différentes communautés qui vivaient côte à côte sans véritablement se mélanger. Dans ce récit intime, il imbrique des souvenirs personnels, la trajectoire de sa famille juive dans une analyse plus ample de la présence française en Algérie. Il se remémore la beauté de Constantine surplombant les gorges du Rummel, sa gaité et sa richesse multiculturelle. Les couleurs, les odeurs les sons et les saveurs de la vieille ville judéo-musulmane séparée du quartier européen. L’école de la République et l’école talmudique, l’arabe parlé avec la mère et le français de l’assimilation, le quotidien rythmé par les fêtes religieuses, la sensualité du hammam dans la proximité des corps dénudés des femmes. Il y a un temps lumineux, puis le basculement dans l’inquiétude jusqu’au départ définitif en juin 1962. En 2000 à la mort de sa mère, Benjamin Stora trouvera, preuve d’une nostalgie tenace, les clés de leur appartement de Constantine dans le tiroir de sa table de chevet. Malgré l’arrachement de l’exil, la dure confrontation à une France fantasmée, au mépris, à un antisémitisme larvé, le jeune Stora mesure les bénéfices du processus d’intégration. « Mais vite, un sentiment de liberté m’a gagné. L’insécurité de la guerre était derrière nous. Et, mon horizon s’élargissant, le poids de la pression communautaire, dont jusqu’alors je n’avais pas conscience, s’allégeait, de nouvelles normes supplantaient les anciennes que j’avais crues immuables. Les interdits d’hier peu à peu tombaient. » À travers sa perception d’un monde perdu et de son expérience de l’intégration, Benjamin Stora retrace les espoirs et les désillusions des juifs d’Algérie pris entre leur attraction pour la France et leur identité orientale. Éd. Stock, 152 p., 17 €. Élisabeth Miso

Patrick Roth, Mon chemin vers Chaplin Patrick Roth, Mon chemin vers Chaplin. Traduction de l’allemand Gilles Ortlieb. « Qu’est-ce que j’aimais le plus en lui ? Le metteur en scène génial ? L’auteur, le compositeur et le producteur ? Ou bien était-ce ce personnage de vagabond, de gentleman, poet, dreamer - always hopeful of romance, comme il s’était une fois caractérisé lui-même ? » Dans la famille de Patrick Roth on aimait à citer Charlie Chaplin, les aventures de Charlot soulevaient toujours l’enthousiasme. Enfant, l’écrivain allemand, adorait les farces et l’étonnante vitalité de ce personnage attachant. Quelque chose de cette jubilation va persister. Il obtient une bourse pour étudier la langue et la littérature anglaises à l’université de Californie, mais se passionne davantage pour le 7e art réalisant avec d’autres étudiants du département cinéma des films en super-huit inspirés du style des réalisateurs qu’ils admirent. La projection des Lumières de la ville dans un vieux cinéma de Los Angeles, lui fait une telle impression qu’il a la révélation que sa place est bien ici dans cette ville, à creuser un sillon cinématographique, tout comme Chaplin avant lui. Il a alors vingt-deux ans, et de retour en Allemagne pour les vacances de Noël, il décide de se rendre à Vevey en Suisse dans l’espoir de pouvoir approcher le vieil homme qui a bouleversé son existence. Patrick Roth garde de ce 1er janvier 1976 le souvenir d’une journée magique, de « merveilleux hasards » qui lui ont permis de s’introduire dans le manoir de Chaplin, d’y déposer en mains sûres la lettre qu’il a écrite dans le train et de se sentir connecté l’espace de quelques instants à cet artiste de génie. Car pour le jeune homme qu’il était alors, le but de ce voyage « était bien d’être entendu, de toucher et d’être touché. » Éd. Le Bruit du temps, 96 p., 13 €. Élisabeth Miso

Mémoires

Gary Shteyngart, Mémoires d’un bon à rien Gary Shteyngart, Mémoires d’un bon à rien. Traduction de l’anglais (États-Unis) Stéphane Roques. « 1979. Venir en Amérique après avoir passé son enfance en Union soviétique, c’est un peu comme tomber d’une falaise monochrome dans une piscine de pur Technicolor. » À l’âge de sept ans Igor Shteyngart quitte Leningrad pour New York. Débarquer en Occident est un éblouissement mais aussi le début d’un long chemin intérieur d’acclimatation et de combat acharné contre l’idée d’échec et la peur de ne pas être aimé. Malingre, asthmatique et rêveur, il a le sentiment d’être une constante source d’inquiétude et de déception pour ses parents qui attendent de lui qu’il « connaisse une réussite insolente dans ce pays ». Rebaptisé Gary pour faciliter son intégration en pleine guerre froide, le jeune garçon n’en est pas moins rejeté et raillé pour ses origines russes par les autres élèves de l’école hébraïque du Queens. Enfant solitaire, il trouve en sa grand-mère paternelle Polia une indéfectible alliée qui le gave de hamburgers, de bretzels et de séries télévisées. « Derrière chaque enfant russe, il y a une grand-mère russe qui fait office de chef de cuisine, de garde du corps, de coursier et d’agent de relations publiques. » Son autre grand-mère qui a aiguisé en lui le goût de l’écriture dès ses cinq ans contre des sandwichs au fromage est elle restée en URSS. Au fil des ans, ses parents doivent se rendre à l’évidence que leur rejeton n’embrassera jamais la carrière d’avocat et accepter avec perplexité son ambition de devenir écrivain. En 1999, vingt ans après son départ, le romancier revient à Saint-Pétersbourg « pour (se) laisser emporter par un torrent nabokovien de souvenirs liés à un pays qui n’existe plus [...] » et y séjourne régulièrement depuis. De l’Union soviétique à l’Amérique, de son imaginaire d’enfant à son premier roman publié en 2002, de la langue russe à l’anglais, de l’amour précieux de ses parents à ses déconvenues sentimentales, d’une partie de cache-cache avec son père au pied de la statue de Lénine à ce voyage émouvant entrepris avec ses parents en 2011 dans leur ville d’origine ; Gary Shteyngart balaie avec un humour irrésistible et une tendresse délicate quatre décennies de strates de culture juive russo-américaine et de détermination littéraire. Le bon à rien s’en est en fait très bien sorti. Éd. de l’Olivier, 400 p., 23,50 €. Élisabeth Miso

Autobiographies

Colombe Schneck Colombe Schneck. Dix-sept ans. C’est l’histoire d’une jeune fille de dix-sept ans, dans les années 80, qui passe son bac. Elle est heureuse parce que la vie qu’elle mène lui plaît, qu’elle est insouciante, que de surcroît, elle a un amant, depuis peu. Ses parents sont tous les deux médecins « de gauche », ouverts et cultivés, un ami de la famille lui prescrit la pilule. (Parfois, il lui arrive de l’oublier.) « Mon amant est un garçon de ma classe. Il s’appelle Vincent, il est nouveau, il vient de la Rive droite. C’est un grand type avec des lunettes en écailles. Il est charmant, il a un scooter. Je ne suis pas amoureuse de lui, mais je l’aime bien. Je l’ai choisi. (...) Tout est si facile (p.21). » Et désinvolte. Elle n’a peur de rien, elle est libre, d’ailleurs, elle le dit, qu’on l’a élevée ainsi : dans sa famille, « les garçons et les filles sont à égalité ». Mais elle comprend que c’est faux, lorsqu’elle tombe enceinte et qu’il lui faut avorter, sans en parler à personne. Le ton est donné ; personnel, bref, direct, sans fioriture, un pan de vie intime, jusque-là, tu, verrouillé dans sa solitude, libéré de son secret trente ans plus tard : l’opus fait près de 90 pages, et salue au passage Yves Simon (qui lui rappelle ses années adolescentes) et Annie Ernaux (qui avait elle-même fait le récit de ce même « événement » survenu dans sa propre vie, en 1964, lorsqu’elle avait vingt-trois ans, et de la détresse qui l’avait accompagnée). Nulle réprimande de ses parents, tout s’est bien passé, mais toute légèreté tout à coup a disparu. Elle ne sera plus jamais la même. Elle rencontrera un autre garçon, elle l’épousera, ils feront un enfant, puis un deuxième... Elle pense à celui, pas né, qui a précédé, à ces femmes qui ont vécu ça aussi, à cette époque où avorter était un crime puni par la loi, à Annie Ernaux qui dit que « les filles ne se mobilisent pas assez »... Alors, elle se mobilise. Éd. Grasset, 91 p., 10 €. Corinne Amar

Marceline Loridan-Ivens, Et tu n’es pas revenu Marceline Loridan-Ivens, avec Judith Perrignon. Et tu n’es pas revenu. « Je voudrais que tu ne sois pas mort, en ce mois de février. Moi je ne porte plus les habits des morts. À Raguhn, on m’a tendu une robe rayée, comme celle dont je rêvais tant à Birkenau. Il y a toujours la croix rouge dans mon dos, l’étoile jaune sur ma poitrine, mais je ne les vois même plus, j’ai la robe que je voulais (...) (p. 56). » Elle fut déportée à Auschwitz-Birkenau avec son père, elle avait seize ans, le 13 avril 1944... Ils attendaient, à Drancy, avec des milliers d’autres juifs français, le convoi qui allait les emmener vers l’est, telle une prophétie, il avait dit : Toi tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas. Il ne s’est pas trompé, n’est pas revenu. Elle, oui. Matricule 78750 sur l’avant-bras gauche. Est devenue une artiste engagée, a été actrice, scénariste, réalisatrice. On lui doit de nombreux documentaires. C’est une lettre au père - le seul à qui elle puisse s’adresser - dans laquelle elle lui raconte sa captivité, son retour, le cheminement parcouru depuis, l’absence inconsolable, la blessure indicible de l’intime, le souvenir qu’un rien à jamais ravive ou encore, comment, un jour, par miracle dans le camp, ils s’étaient vus, avaient frémi, étaient sortis de leurs rangs respectifs pour courir l’un vers l’autre, pour que la fille puisse se jeter dans les bras de son père, l’étreindre, vivant comme elle, pour ensuite, être violemment frappée jusqu’à l’évanouissement et traitée de putain par un SS « car les femmes ne devaient pas communiquer avec les hommes », sous les yeux horrifiés, impuissants de son père. Elle avait dix-sept ans lorsqu’elle en est revenue. Qu’est-ce qui est possible quand on a connu le pire de l’homme... Les mots font le bilan d’un itinéraire qui la fait sortir des camps et comme pour tant de déportés, en permanence y retourner. Écrire soulage... À peine, on n’oublie jamais le camp... Éd. Grasset, 107 p., 12,90 €. Corinne Amar

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