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Edito du 18 avril 2001

Une fête bien mal nommée

gastonlagaffe

C’est tout de même curieux : lors de la fête de la musique, on joue de la musique. Lors de Livres en fête, on lit. Et pour la fête du Travail, que fait-on ? Tout ce qu’on veut, sauf travailler ! Cette obligation négative semble échapper à toute logique, et son absurdité même démontre bien que ce n’est pas le travail que l’on fête, mais son arrêt ; non pas la productivité, qualité majeure du travailleur depuis le "Management scientifique" de Frederick Winslow Taylor (1911), mais son contraire, l’inefficacité, le loisir, le repos, le temps libre.
Bref, la paresse. D’ailleurs, l’origine même de la fête du Travail (lire ci-dessous) démontre qu’elle n’est nommée ainsi que par antinomie. La paresse est mal vue, c’est un fait, et on voit mal l’instauration officielle d’une fête de la fainéantise, encore qu’on voit bien un Gaston Lagaffe (vous savez, le préposé au courrier...) en devenir le héros.
premierrmai

Elle n’a pourtant pas que des défauts. La paresse consiste à prendre son temps au lieu de le compter comme Monsieur Taylor et ses disciples nous y convient depuis 1909. Parmi les remèdes à la mélancolie, Cioran n’exhorte-t-il pas son ami le poète Guerne (lire l’interview de Sylvia Massias) au "non-agir" ? La paresse est une qualité essentielle pour la correspondance. Car la lettre paresseuse, comme la rivière, est celle qui fait des méandres, digresse, bavarde, perd du temps, et non pas, comme on pourrait le croire, la missive courte et purement informative. Mais aujourd’hui on cherche à profiter de tout, et même le farniente doit être "profitable" ! La fête du Travail serait une belle occasion de redécouvrir qu’une belle lettre est souvent une lettre inutile. Sylvain Jouty