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A la Une, Histoire(s) du 1er mai

édition du 18 avril 2001

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Le 1er mai 1886, un vaste mouvement de grève traversa les Etats-Unis pour obtenir la journée de huit heures. Il n’est pas nécessaire de se plonger dans le Capital pour savoir qu’à l’époque, la journée de travail pouvait être du double... A Chicago, l’explosion d’une bombe dans un meeting, lancée sans doute par un provocateur, fut le prétexte à l’arrestation de huit militants anarchistes, dont cinq furent condamnés à mort et quatre pendus en novembre 1887 - le cinquième s’étant suicidé dans sa cellule. Leurs noms : Auguste Spies, Albert Parsons, Adolf Fischer, Georg Engel, Louis Lingg. Les "Martyrs de Chicago" sont à l’origine même du premier mai : deux ans plus tard, le Congrès international de Paris déclara celui-ci "jour du prolétariat", progressivement adopté dans tous les pays. Ce n’est pas le lieu de faire l’histoire des conquêtes sociales, mais en 1891, la durée moyenne du travail était encore en France, de 12 heures... En fait, autant peut-être que les luttes ouvrières, les calculs des économistes contribuèrent à faire adopter la journée de huit heures, notamment lorsque John Rae démontra que la réduction des horaires, loin de diminuer la production, l’augmentait. C’était en 1898. La voie était mûre pour Taylor, Ford et tous les gourous du management, ce qui nous éloigne de la paresse...
La paresse a, heureusement, d’autres lettres de noblesse, à commencer par le célèbre pamphlet le Droit à la paresse de Paul Lafargue, gendre de Karl Marx. Le premier mai 1891, l’armée tire sur la foule rassemblée sur la place de l’Eglise à Fourmies, dans le Nord. Il y a neuf morts et des dizaines de blessés. Lafargue est condamné pour incitation au meurtre. Il se suicidera en 1911 en compagnie de sa femme, Laura Marx, "avant que, expliquera-t-il dans son ultime message, l’impitoyable vieillesse ne fasse de moi une charge à moi et aux autres". Moins connue est la Lettre sur la paresse de Marivaux citée en exergue, écrite en 1740 par un auteur dont la productivité n’est pas exactement celle d’un fainéant. Mais la paresse n’est-elle pas indispensable à l’écrivain ? Aussi fécond soit-il, celui-ci a besoin de cet entre-deux qu’on peut nommer de façons diverses, rêvasserie, méditation, mais en tout cas d’une activité intellectuelle qui n’a pas pour but d’être productive : "ne rien faire, mais attentivement", comme le disait Günter Grass. Parmi les autres chantres de la paresse, on peut citer aussi la fameuse Lettre à Ménécée d’Epicure, qui nous rappelle que le bonheur naît de la sérénité. Dans une toute autre lignée, les poèmes que Han Shan "taguait" au VIIe siècle sur les rochers de la Montagne Froide (Han Shan) dont il a pris le nom ne disent pas autre chose :

une fois à Han Shan, dix mille soucis s’apaisent
plus de pensée fugace s’accrochant au coeur
oisif, sur un rocher, inscrivant des poèmes
accordé au flux, barque sans amarres

Au fait : il est assez logique que saint Joseph ait mis les bouchées doubles et soit fêté deux fois : le 19 mars comme patron des ouvriers, et le premier mai en tant que patron des travailleurs (suite à une décision de Pie XII en 1955). Mais qui est donc le saint patron des paresseux ?
Sylvain Jouty

La lettre sur la paresse de Marivaux se trouve dans les Oeuvres diverses (Bordas, "Classiques Garnier", 1988, 149 F.

Une lettre de Spies Une lettre de Parsons à sa femme Le premier mai à Fourmies La Lettre à Ménécée d’Epicure Le droit à la paresse de Paul Lafargue